scholarly journals Zone grise d’emploi, pouvoir de l’employeur et espace public : une illustration à partir du cas Uber

2017 ◽  
Vol 72 (3) ◽  
pp. 433-456 ◽  
Author(s):  
Christian Azaïs ◽  
Patrick Dieuaide ◽  
Donna Kesselman

L’article propose une grille de lecture des transformations de la relation d’emploi dans le cadre de la globalisation des marchés à partir de la notion de « zone grise d’emploi » (ZGE). Cette notion, forgée à l’origine par le juriste A. Supiot, pour désigner une convergence de situation entre l’« état de subordination » des salariés et des travailleurs indépendants est reprise et discutée dans le cadre élargi d’une « relation d’emploi avec tiers ». Ce cas de figure renvoie à un contexte d’internationalisation de la production où la relation employé-employeur ne se résume pas à une relation de face à face, mais dépend d’un ensemble de parties prenantes impliquées dans les conditions qui président à son organisation et sa gestion. L’article propose une définition de la ZGE qui ne se limite pas à souligner un défaut d’institutionnalisation dans la règle de droit, mais considère que tout « écart à la norme » est devenu la règle et non plus l’exception. La ZGE est définie comme « espace public » entendu comme un espace de délibération où les jeux d’intérêt et les relations de pouvoir se coordonnent ou se confrontent pour la constitution d’un ordre de régulation hybride, public et privé, formel et informel. L’intérêt de cette notion est de porter un autre regard sur les transformations de la relation d’emploi. En prenant la firme Uber comme exemple, l’article montre que l’on ne peut réduire la question de l’emploi des chauffeurs prestataires au paradigme juridique standard qui limiterait le débat entre choisir le statut de travailleur indépendant ou celui de salarié. La diversité, mais aussi la fragilité des jugements prononcés par les tribunaux, leurs caractères partiels et toujours provisoires, laissent deviner que la situation socio-professionnelle des chauffeurs, si elle relève de l’« indécidable » au plan du droit, ne peut être comprise sans prendre en considération l’action des États, des territoires et de la société civile dans le jeu de la régulation.

2014 ◽  
Vol 32 (3) ◽  
pp. 159-176 ◽  
Author(s):  
Sarah Ben Néfissa

Cet article a pour objectif de renouveler le questionnement sur la société civile égyptienne en proposant une démarche susceptible de lever les apories du débat classique sur celle-ci. La démarche repose sur la distinction entre la société civile comme un répertoire de l’action pour les acteurs sociaux et politiques et la société civile comme un concept formulé par les scientifiques. Le texte montre ainsi que le renouvellement du concept de société civile proposé par Jean Cohen et Andrew Arato peut être utile pour comprendre le processus d’autonomisation de la société civile égyptienne des dernières années. Le texte met l’accent sur le redémarrage du parcours historique de la notion de société civile en Égypte à la suite de la révolution du 25 janvier 2011 avec le débat en cours sur la question de la « civilité » de l’État égyptien et de ses rapports avec la religion et l’institution militaire. La dernière partie de l’article constate toutefois que la distinction entre les deux registres de discours sur la société civile est difficile à faire. Les luttes de définitions de la société civile au sein du milieu scientifique revêtent une telle intensité qu’elles nuisent à l’obtention d’un consensus scientifique minimal sur cette notion.


2010 ◽  
Vol 2 (1) ◽  
pp. 35-56 ◽  
Author(s):  
Luc Turgeon

Ce texte propose une ré-interprétation de la Révolution tranquille qui puisse permettre de comprendre l’appui relativement massif de la population québécoise aux réformes du gouvernement Lesage. En se basant sur une théorie de la société civile comme espace public d’interaction, ce texte tend à démontrer que la Révolution tranquille constitue l’aboutissement d’une réorganisation de la société civile durant le règne duplessiste. Les modifications de la société civile à cette époque se présentent sous plusieurs aspects qui anticipent les grandes transformations des années 1960 : décléricalisation des institutions, renouvellement du discours, et mise en place d’une nouvelle culture politique basée sur les notions d’autonomie et de participation.


2011 ◽  
pp. 37-60 ◽  
Author(s):  
Martin Normand

La notion de développement se retrouve généralement dans les débats sur les langues officielles au Canada. Comment les différents acteurs communautaires se représentent-ils cette notion ? Ce texte propose que les représentations du développement découlent des effets structurants du contexte plus global du débat sur les langues officielles au Canada. Après un survol de l’évolution du débat sur le développement, ce texte vérifie les effets du Plan d’action pour les langues officielles, compris comme une institution qui à la fois structure l’action de la société civile et qui lui procure des ressources, sur les représentations du développement véhiculées par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et par la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick. Dans les deux cas, les représentations du développement semblent influencées par l’action du gouvernement fédéral dans le domaine des langues officielles.


2011 ◽  
pp. 13-46
Author(s):  
Jean-François Côté ◽  
Greg M. Nielsen

La notion d’espace public, telle qu’elle a été notamment développée par Jürgen Habermas, apparaît aujourd’hui comme étant problématique. Dans le contexte de l’intégration continentale des Amériques, l’application de cette notion appelle des considérations à l’égard des transformations qu’ont subies les sociétés depuis les développements de la démocratie de masse. Il est possible de repenser aujourd’hui cette notion en portant attention à cela, ainsi qu’au nouveau contexte continental, en fonction d’une référence d’ensemble à l’hybridité culturelle des Amériques et des formes du pouvoir politique se profilant dans une communauté continentale. Bien que de nombreux problèmes persistent pour la configuration d’un tel espace public continental, les perspectives de son développement théorique et pratique sont également présentes. C'est cette idée qui est développée ici.


2012 ◽  
Vol 2 (3) ◽  
pp. 84-117
Author(s):  
Pedro Buendía

The emergence of graffiti's urban subculture as a means of political expression has become a singular issue of the so-called Arab Spring. Graffiti and urban art, which had little to no relevance in the Arab world until now, emerged with unusual force in many countries, notably in the Palestinian territories, Lebanon, and Egypt. This blossoming takes shape in tangent with the strengthening of a civil society and its rise as a decisive actor in the new political arena. In Egypt's case, graffiti achieved a leading role that reflected the milestones of civil disturbance, marking the walls with virtual snapshots of the popular sentiment. The proliferation of graffiti also had considerable resonance in international media because of the strategy of spreading rebellious and subversive slogans by means of the symbolic occupation of a public space, which, until now, was monopolized by authoritarian powers.Spanish Un fenómeno singular de la denominada “Primavera Árabe“ ha sido la eclosión de la subcultura urbana del graffiti como medio de expresión política. De escasa o nula relevancia hasta ahora, el arte urbano de las pintadas ha surgido con una fuerza inusitada en varias zonas del mundo árabe, notoriamente en los Territorios Palestinos, el Líbano y Egipto. Dicho florecimiento cuaja en paralelo con la rearticulación de la sociedad civil y su irrupción irreversible como actor de los nuevos escenarios políticos. En el caso de Egipto, los graffitis han tenido un señalado protagonismo como reflejo de los sucesivos hitos de las revueltas, marcando los muros y paredes con verdaderas instantáneas del sentir popular. La proliferación del graffiti ha tenido asimismo una considerable resonancia en los medios internacionales, debido a la estrategia de ocupar simbólicamente el espacio público, -que hasta ahora estaba reservado al monopolio de los poderes autoritarios- para la difusión de consignas contestatarias y subversivas.French Un phénomène singulier de la “printemps arabe“ a été l'émergence de la culture urbaine du graffiti comme un moyen d'expression politique. Avec peu ou pas d'importance jusqu'à ce jour, l'art urbain et le graffiti ont émergé avec une force inhabituelle dans diverses régions du monde arabe, notamment dans les Territoires Palestiniens, le Liban et l'Égypte. Ce e éclosion doit être mise en parallèle avec le renforcement de la société civile et son émergence comme acteur décisif dans le nouveau scénario politique. Dans le cas de l'Égypte, le graffiti a joué un rôle clé comme reflet des jalons successifs des révoltes, en marquant les murs avec des instantanés virtuelles du sentiment populaire. La prolifération des graffitis a rencontré aussi un écho remarquable dans les médias internationaux en raison de la stratégie d'occupation symbolique de l'espace public pour la diffusion des slogans rebelles et subversifs; un espace public qui était réservé jusqu'à aujourd'hui aux pouvoirs autoritaires.


1987 ◽  
Vol 42 (1) ◽  
pp. 73-90 ◽  
Author(s):  
Sarah Maza

La notion d'« opinion publique » a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années, aussi bien chez les historiens que chez les sociologues et politologues. Les historiens de l'Ancien Régime s'intéressent particulièrement à l'apparition de cette notion après 1750 : si l'une des conséquences majeures de la Révolution française, outre les bouleversements sociaux bien connus, a été une redéfinition radicale de la culture politique et des rapports de force au sein de l'« espace public », on doit se demander comment s'est dessinée cette redéfinition, et cela bien avant la convocation des États Généraux.


2018 ◽  
pp. 336-339
Author(s):  
Heber Ostroviesky ◽  
Michèle Leclerc-Olive

2005 ◽  
Vol 21 (1-2) ◽  
pp. 55-96 ◽  
Author(s):  
G.-Raymond Laliberté

Préoccupé de cerner plus étroitement que ce n'est souvent le cas le concept même de corporatisme, cet essai en propose une définition opératoire susceptible de réserver cette notion aux seuls projets sociaux globaux qui s'appuient sur une restructuration à base de domination directe qui fasse l'économie des appareils d'État parlementaires ou les contourne en un fascisme de type étatique. Conçue en vue de cerner la forme spécifique de corporatisme que l'on connut au Québec au cours des décennies trente et quarante surtout et dont l'Action libérale nationale, le Bloc populaire, de même que d'autres mouvements politiques de moindre envergure sont directement tributaires, cette étude applique ce concept on ne peut plus politique à l'École sociale populaire de Montréal dont un des éléments forts du discours était de dire son corporatisme social et non politique. Elle tente également de cerner les origines cléricalistes de cette idéologie de classe marquée d'une conjoncture économique de crise, en même temps que d'une tentative hégémonique de prise 'en charge directe de la superstructure idéologique/politique, à travers une nouvelle articulation de la reproduction sociale large qui fasse régner politiquement la petite bourgeoisie clérico-intellectuelle, oriente l'économie locale vers cette forme de « restauration sociale » et asservisse le syndicalisme « national » à cette nouvelle direction politique de la société civile. En cela même, l'École sociale populaire et ses associés intellectuels se révèlent avoir été à l'origine d'un projet corporatiste aussi remarquable, pour le Québec, que ne l'ont été les fascismes catholicistes de l'Europe de l'Ouest dans la période qui précéda la Seconde Guerre mondiale, corporatisme dont les racines nationalistes utopistes effleurent encore la scène politique québécoise actuelle.


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