scholarly journals Dix-huit ans de corporatisme militant. L'École sociale populaire du Montréal, 1933-1950

2005 ◽  
Vol 21 (1-2) ◽  
pp. 55-96 ◽  
Author(s):  
G.-Raymond Laliberté

Préoccupé de cerner plus étroitement que ce n'est souvent le cas le concept même de corporatisme, cet essai en propose une définition opératoire susceptible de réserver cette notion aux seuls projets sociaux globaux qui s'appuient sur une restructuration à base de domination directe qui fasse l'économie des appareils d'État parlementaires ou les contourne en un fascisme de type étatique. Conçue en vue de cerner la forme spécifique de corporatisme que l'on connut au Québec au cours des décennies trente et quarante surtout et dont l'Action libérale nationale, le Bloc populaire, de même que d'autres mouvements politiques de moindre envergure sont directement tributaires, cette étude applique ce concept on ne peut plus politique à l'École sociale populaire de Montréal dont un des éléments forts du discours était de dire son corporatisme social et non politique. Elle tente également de cerner les origines cléricalistes de cette idéologie de classe marquée d'une conjoncture économique de crise, en même temps que d'une tentative hégémonique de prise 'en charge directe de la superstructure idéologique/politique, à travers une nouvelle articulation de la reproduction sociale large qui fasse régner politiquement la petite bourgeoisie clérico-intellectuelle, oriente l'économie locale vers cette forme de « restauration sociale » et asservisse le syndicalisme « national » à cette nouvelle direction politique de la société civile. En cela même, l'École sociale populaire et ses associés intellectuels se révèlent avoir été à l'origine d'un projet corporatiste aussi remarquable, pour le Québec, que ne l'ont été les fascismes catholicistes de l'Europe de l'Ouest dans la période qui précéda la Seconde Guerre mondiale, corporatisme dont les racines nationalistes utopistes effleurent encore la scène politique québécoise actuelle.

2014 ◽  
Vol 32 (3) ◽  
pp. 159-176 ◽  
Author(s):  
Sarah Ben Néfissa

Cet article a pour objectif de renouveler le questionnement sur la société civile égyptienne en proposant une démarche susceptible de lever les apories du débat classique sur celle-ci. La démarche repose sur la distinction entre la société civile comme un répertoire de l’action pour les acteurs sociaux et politiques et la société civile comme un concept formulé par les scientifiques. Le texte montre ainsi que le renouvellement du concept de société civile proposé par Jean Cohen et Andrew Arato peut être utile pour comprendre le processus d’autonomisation de la société civile égyptienne des dernières années. Le texte met l’accent sur le redémarrage du parcours historique de la notion de société civile en Égypte à la suite de la révolution du 25 janvier 2011 avec le débat en cours sur la question de la « civilité » de l’État égyptien et de ses rapports avec la religion et l’institution militaire. La dernière partie de l’article constate toutefois que la distinction entre les deux registres de discours sur la société civile est difficile à faire. Les luttes de définitions de la société civile au sein du milieu scientifique revêtent une telle intensité qu’elles nuisent à l’obtention d’un consensus scientifique minimal sur cette notion.


2013 ◽  
Vol 28 (S2) ◽  
pp. 42-42
Author(s):  
J. Holtzmann

La dépression unipolaire est une maladie fréquente et particulièrement sévère en termes de morbi-mortalité (prévisions OMS pour 2030). Cette sévérité est en partie liée au profil évolutif de la maladie et en particulier au caractère de résistance aux traitements antidépresseurs qu’elle peut comporter. On estime ainsi que la résistance peut atteindre jusqu’à 30 % des cas de dépression unipolaire (Thase, J Clin Psychiatry, 2011). Une prise en charge optimale des dépressions résistantes est donc indispensable mais nécessite au préalable une définition claire, consensuelle et utilisable en clinique. La définition de la résistance la plus utilisée prend en compte uniquement le nombre d’essais d’antidépresseurs (Thase, J Clin Psychiatry, 1997, 1998). Elle présente l’avantage de la simplicité mais comporte plusieurs limites. Il apparaît aujourd’hui nécessaire pour bien définir la résistance d’une dépression de déterminer les facteurs prédictifs cliniques et para-cliniques, le profil évolutif de la maladie, ainsi que le niveau de résistance actuel tout en ayant pris soin d’éliminer une pseudo-résistance. Cette notion de résistance s’inscrit ainsi complètement dans l’évolution du cours de la maladie et est caractérisée par son intensité et sa dynamique. Cette définition théorique peut permettre en la transposant à la pratique clinique de dégager une prise en charge adaptée, personnalisée et, de là, plus efficace pour chaque patient. Néanmoins, ce travail de définition et de suivi de la résistance n’est pas aisé dans la pratique clinique courante et le développement d’outils cliniques spécifiques allant au-delà de la simple quantification de la résistance pourrait faciliter cette démarche, ainsi que le recours à des centres spécialisés dédiés à cette problématique.


2013 ◽  
Vol 28 (S2) ◽  
pp. 73-74
Author(s):  
E. Loeb

Envisager ce que sera le métier de psychiatre dans 20 ans est un exercice périlleux tant les composantes qui le modèlent au fil des siècles ne connaissent de lois absolues. Si nous devions néanmoins réfléchir sur les évolutions possibles pouvant infléchir sur ce devenir, il est indéniable qu’il appartiendra à la société d’en définir les contours tant la place de l’individu, qu’il soit soigné ou soignant, y joue un rôle central. Cette notion de la place du psychiatre à travers les époques et les courants de pensée est parfaitement illustrée par l’ouvrage de Jacques Postel et Claude Quetel « Nouvelle histoire de la psychiatrie ». En effet, la place du psychiatre au sein de ses contemporains soulève un grand nombre de questions, dont nous pouvons extraire quelques grands thèmes, sans pour autant rentrer dans une énumération exhaustive.Depuis le Traité médico-philosophique sur l’aliénation ou la Manie de Pinel, jusqu’à nos jours, la place de la psychiatrie au sein du corpus médical et son implication dans le mode de prise en charge des patients ne cessent de faire débat entre les tenants d’une approche psycho-dynamicienne et les tenants d’une approche biologique. Pourtant, comme le relève Georges Lantéri-Laura : « Quand on se demande si la psychiatrie renvoie à une pathologie psychique ou à une pathologie organique, on laisse de côté l’évidence assez peu récusable que toute la vie psychique, aussi bien consciente qu’inconsciente, aussi bien intellectuelle qu’affective, et ainsi du reste, fonctionne grâce au système nerveux central et, en particulier, à l’encéphale, et, dans l’encéphale, au cortex. ».La prise en charge « communautaire » du soin psychiatrique, à travers la mise en place des secteurs, reste également une question d’actualité, notamment au travers de la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires qui, sans remettre en cause l’organisation des soins en psychiatrie, a remplacé la notion de secteur par celle de territoire.La place du psychiatre dans le cadre de l’accès aux soins primaires est également à redéfinir dans un contexte démographique défavorable, nécessitant de préserver un accès aux soins égalitaire pour tous et sur l’ensemble du territoire, où la notion de parcours de soins prédomine et au sein duquel, et à juste titre, l’ensemble des professionnels de santé et des associations de patients ont un rôle central à jouer. À ce titre, le psychiatre, par le suivi au long cours des patients qu’il accueille, a développé une haute expertise de la prise en charge de la pathologie chronique et des processus qui l’accompagnent que sont l’éducation thérapeutique et la réhabilitation des patients.Enfin, la place du psychiatre à travers l’expertise psychiatrique ne cesse d’interroger la société sur la vision qu’elle a des troubles psychiques et de leurs conséquences juridiques. Depuis la loi de 1838 et jusqu’à encore très récemment, les droits des patients atteints de troubles psychiques nécessitent une vigilance particulière pour leur garantir une protection indispensable dans laquelle le psychiatre joue un rôle clé.


Swiss Surgery ◽  
2003 ◽  
Vol 9 (4) ◽  
pp. 167-172
Author(s):  
Schreyer ◽  
Engeler ◽  
Leyvraz

Les auteurs ont évalué dix ans de prise en charge, en réanimation chirurgicale du CHUV, des patients polyblessés. Chez le polyblessé, la coagulopathie irréversible, cause première de décès découle de l'effet conjoint de l'acidose, de l'hypothermie et des troubles de la crase, éléments constitutifs de la "triade fatale du traumatisé". Les auteurs on recherché un critère simple d'identification du patient à risque de décéder de coagulopathie irréversible (CI). Chaque valeur de pH, TP, PTT, compte thrombocytaire (Th) et de besoins transfusionnels (CE) ont été systématiquement recherchées à chaque moment clé de la prise en charge. Ces valeurs ont été considérées comme devenant valeur critique (VC) selon des critères reconnus (30). L'apparition de ces VC dans ce collectif de patients répartis en 3 groupes: survivants; décédés; décédés de coagulopathie irréversible, a permis d'établir que l'apparition d'une troisième VC peut devenir un critère d'identification du polyblessé à risque de décéder. Chez les patients instables une chirurgie de type "Damage control" peut être recommandée. Cette notion de troisième VC devient une des bases de la décision multidisciplinaire d'adoption d'une chirurgie du type DCS. Les auteurs inscrivent cette nouvelle notion dans un algorithme décisionnel qui rend interdépendants la salle de déchocage, le bloc opératoire et les soins intensifs. L'état biologique du patient, évalué par la recherche protocolée des VC, devient un élément décisionnel majeur dans la circulation du patient au sein de ces structures.


2011 ◽  
pp. 37-60 ◽  
Author(s):  
Martin Normand

La notion de développement se retrouve généralement dans les débats sur les langues officielles au Canada. Comment les différents acteurs communautaires se représentent-ils cette notion ? Ce texte propose que les représentations du développement découlent des effets structurants du contexte plus global du débat sur les langues officielles au Canada. Après un survol de l’évolution du débat sur le développement, ce texte vérifie les effets du Plan d’action pour les langues officielles, compris comme une institution qui à la fois structure l’action de la société civile et qui lui procure des ressources, sur les représentations du développement véhiculées par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et par la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick. Dans les deux cas, les représentations du développement semblent influencées par l’action du gouvernement fédéral dans le domaine des langues officielles.


2014 ◽  
Vol 29 (S3) ◽  
pp. 544-544 ◽  
Author(s):  
T. Loose ◽  
M. Guitteny ◽  
N. Cornet ◽  
F. Salome ◽  
V. Pialoux ◽  
...  

La qualité de vie des patients diabétiques est déterminée par un grand nombre de facteurs de type biologique, social et psychologique, qui interagissent ensemble. Le modèle biopsychosocial (BPS), élaboré par Engel dans les années 1980, est basé sur cette notion holistique et interactive. Plus récemment, cette conception a été opérationnalisée sous la forme d’un questionnaire hétéro-évaluatif qui comporte 20 items (outil INTERMED). Même si la notion de conception holistique du bien-être de l’individu diabétique est reconnue dans la pratique clinique, notamment hospitalière, peu de travaux s’intéressant, de manière expérimentale, au bénéfice de ce concept sont disponibles dans la littérature. L’étude présentée a inclus 28 patients diabétiques, hospitalisés en service d’endocrinologie. Chaque participant a donné son consentement écrit, s’est entretenu avec une investigatrice, et a rempli une échelle mesurant la qualité de vie (SF-36). 43 % d’entre eux présentent un haut niveau de complexité BPS, ce qui indique un besoin de prise en charge multidisciplinaire. À travers des analyses de corrélation, il a été démontré que chaque composante de la complexité est associée de manière négative, et statistiquement significative, à la qualité de vie perçue. De plus, la complexité globale permet de mieux expliquer la qualité de vie que la simple prise en compte de n’importe quel facteur local. En pratique, ces résultats soulignent la nécessité de prendre en charge les éléments psychosociaux auprès des patients afin d’assurer au mieux le vécu subjectif de leur état de santé. Des services, tels que la psychiatrie de liaison, deviennent ainsi essentiels dans l’offre de soin holistique et multidisciplinaire.


2010 ◽  
pp. 93-103 ◽  
Author(s):  
Marie J. Bouchard ◽  
Winnie Frohn ◽  
Richard Morin

Le logement communautaire constitue au Québec une alternative au logement privé à but lucratif et au logement public subventionné de type HLM. Il s’agit d’un logement de propriété collective incarnée soit par une coopérative d’habitation, soit par un organisme sans but lucratif (OSBL) d’habitation. Ces deux formules juridiques, la coopérative et l’association, en plus d’offrir des logements accessibles financièrement, contribuent à la prise en charge de leur milieu de vie par les résidants en favorisant la participation, directe ou indirecte, de ces derniers à la gestion de leur ensemble résidentiel. La réalisation de ce type de logement implique l’engagement d’acteurs de la société civile, l’apport de fonds publics et une remise en cause de la logique marchande. Le logement communautaire représente ainsi une innovation sociale sur le plan des rapports de consommation, de production et de gouvernance. Nous mettons en lumière, dans cet article, non seulement les apports, mais aussi les limites de cette triple innovation sociale qui s’inscrit dans un mode de régulation associatif du logement.


2011 ◽  
Vol 29 (2) ◽  
pp. 83-104 ◽  
Author(s):  
Nicolas Milot ◽  
Laurent Lepage

En décrétant que la « gestion intégrée de l’eau » serait l’un des piliers de la Politique nationale de l’eau, le gouvernement du Québec (2002) formalisait du même coup le recours à la participation de la société civile dans un nouveau mode de gouvernance de cette ressource vitale. Or, l’apparition de nouveaux espaces délibératifs obligeait les acteurs concernés par cette ressource à revoir leur implication et même à ajuster leurs interactions. En utilisant les concepts généraux de l’analyse des organisations pour l’étude de trois organismes de bassin versant, nous décrivons les ajustements et les tensions observés à l’intérieur même des nouveaux organismes de bassin versant, et plus largement à l’échelle des régions. Nous verrons qu’au cours des premières années d’existence de ces organismes, les enjeux procéduraux dominent la dynamique interne alors que, sur la scène régionale, le comportement stratégique des acteurs découle d’une tension entre deux visions du modèle : 1) des organismes qui soutiennent la règle publique ou 2) la prise en charge du bassin versant par la communauté.


2007 ◽  
Vol 7 (1) ◽  
pp. 117-152 ◽  
Author(s):  
Jean-Marc Gouanvic

Résumé La traduction et le devenir social: le cas de l'irruption de la science-fiction américaine en France après la Seconde Guerre mondiale. À partir de la théorie de Pierre Bourdieu (concepts de champ, de capital et de biens symboliques, d'habitus et d'ïllusio), cette étude propose une sociologie de la traduction appliquée à l'importation de la science-fiction américaine en France dans les années 1950. C'est d'un « nouveau genre littéraire » d'origine américaine que Boris Vian, Raymond Queneau et Michel Pilotin se font les initiateurs dans l'espace socio-culturel français. Or, si les textes de SF des auteurs américains sont traduits massivement dans la culture française de l'époque, cette traduction n'a lieu que moyennant l'importation des structures institutionnelles américaines autonomes (en particulier des magazines et des collections spécialisées) qui ont émergées à la fin des années 1920 et à la naturalisation du modèle subculturel américain qui aboutissent à la constitution d'un champ de science-fiction autonome dans l'espace culturel français. Dès lors, la question traductologique essentielle que pose l'importation de la science-fiction américaine en France est la suivante. Lorsqu'un type de texte (ou un genre) prend corps dans un groupe social d'un espace culturel (source) et qu'il est traduit dans un autre espace culturel, par quel groupe social ce type de texte ou ce genre est-il reçu dans l'espace culturel cible? L'auteur fait l'hypothèse que la translation (au sens mathématique du terme) de la science-fiction américaine (textes et structures institutionnelles) réussit parce que, d'une part, il existe en France une ou des catégories sociales qui sont les homologues de la petite bourgeoisie américaine technophile des années 1920 et parce que, d'autre part, il existe une adhésion plus ou moins consciente à l'American way of life comme le modèle de société qui s'impose comme allant de soi dans de larges pans de l'espace social français de l'après-guerre. Dans ces conditions, la traduction contribue à renforcer le modèle américain dans sa prétention à l'universalité, quelles qu'aient été à l'origine les vertus de changement social que les agents d'implantation Vian, Queneau et Pilotin avaient reconnues dans la science-fiction et sur lesquelles ils s'appuyaient pour la présenter comme un « genre nouveau ».


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