scholarly journals Entre valeurs humanistes et modèles d’intervention : réflexions théoriques sur le sentiment de non-reconnaissance des travailleurs sociaux

2014 ◽  
Vol 19 (2) ◽  
pp. 164-179 ◽  
Author(s):  
Isabelle Chouinard

L’identité professionnelle constitue une source d’enjeux constants en travail social. Si les services sociaux tendent à être méconnus, voire dévalorisés, par la population (Stephensen, et collab., 2000), un sentiment de non-reconnaissance est fréquemment ressenti chez les travailleurs sociaux, allant jusqu’à provoquer un haut taux de détresse et de retrait au travail (Pelchat, et collab., 2004). Par-delà les contraintes externes qui pèsent sur elle, l’identité professionnelle relève néanmoins d’un enjeu plus fondamental au sein de la profession. Sa professionnalité se fondant sur une dimension relationnelle hautement abstraite, symbolique et complexe, la pratique professionnelle et les contributions propres au travail social demeurent difficilement compréhensibles pour plusieurs. Cet article s’attarde à problématiser la dimension relationnelle du travail social et à proposer quelques pistes de réflexion pouvant mieux cerner l’origine des difficultés qui y sont reliées.

2017 ◽  
Vol 28 (2) ◽  
pp. 105-122
Author(s):  
Frédéric Ballière

Depuis maintenant plusieurs décennies, les transformations de l’État providence associées à une précarisation croissante de la société ont profondément redessiné les contours du travail social. Ces évolutions exposent les professionnels concernés à des difficultés nouvelles qui mettent en tension la dimension éthique de leurs interventions. L’accompagnement des familles migrantes en situation irrégulière est particulièrement concerné par ces enjeux. À partir d’une enquête sociologique réalisée dans une association assurant l’hébergement de ces familles, cet article expose les limites d’une forme d’action sociale qui consiste à venir en aide à une population à laquelle on refuse le droit de séjourner en France. Ce mandat, pour le moins paradoxal, soumet les intervenants à des contradictions fortes qui les amènent à repenser les modalités de leur engagement auprès du public. Au croisement d’enjeux politiques, éthiques et institutionnels se dessine alors une nouvelle économie morale de l’intervention sociale, à l’aune de laquelle se construit le sens de l’action et se recompose la pratique professionnelle.


2003 ◽  
Vol 48 (1) ◽  
pp. 1-15
Author(s):  
Renée B. Dandurand

Résumé À l’aide d’une recherche menée auprès de jeunes familles de trois quartiers montréalais différenciés selon le statut socio-économique, l’article présente le point de vue des parents sur les services sociaux. Certaines caractéristiques s’en dégagent : quand il n’est pas ignoré, le professionnel du travail social est représenté comme une figure ou bien d’assistance ou bien de surveillance. Sont ensuite définis quatre espaces d’intervention qui délimitent les marges de manoeuvre entre lesquelles agissent actuellement les travailleurs sociaux. Deux notions centrales guident l’analyse : l’autonomie des familles, de même que la solidarité, privée et publique, qui les entoure.


2011 ◽  
Vol 2 (3) ◽  
pp. 78-96
Author(s):  
André Jacob

Au Canada et au Québec, traiter des questions liées à la diversité culturelle et au racisme a été un défi pour les gouvernements depuis les années soixante. Auparavant et jusqu'à présent, une grande partie des responsabilités en termes de développement ethnoculturel sensible des services publics (services sociaux, des programmes de formation en travail social, etc.) ont été laissés aux mains d’organismes de charité non-lucratifs. Cependant, peu à peu, depuis les années soixante, le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial, ont dû développer des politiques et des programmes d'action. Au Québec, le travail social a fait partie du débat face à deux grands courants politiques, l’un canadien basé sur le multiculturalisme, et l’autre québécois basé sur l'interculturalisme. L'article vise à donner une perspective historique sur la façon dont le travail social a dû faire face à des contradictions différentes. In Canada and Quebec, dealing with issues related to cultural diversity and racism has been a challenge for the governments since the sixties. Before and up to our days, a large part of responsabilities in terms of developping ethnocultural sensitive public services (social services, training programs in social work, etc.) have been left in the hands of non profit and charity organizations. But, little by little, since the sixites then, both governements, federal and provincial had to develop politics and programs of action. In Quebec, social work has been part of the debate facing two mainstream politics, the canadian one based on multiculturalism and, in Quebec, on interculturalism. The article intends to give a historical perspective on how social work had to deal with different contradictions.


2008 ◽  
Vol 10 (2) ◽  
pp. 123-133 ◽  
Author(s):  
Paul-Antoine Bien-Aimé ◽  
Louis Maheu

Résumé Les gestionnaires du social auraient réussi à tayloriser les services sociaux. L'analyse des pratiques permet de réfuter cette proposition, car la relation observée entre le producteur et l'usager des services constitue un espace de création d'informations qui sont, dans certains cas, réinvesties dans les rapports sociaux pour alimenter des interventions novatrices. Des paramètres essentiels de la taylorisation n'ont pu être vérifiés. Le rejet de la thèse de la taylorisation n'induit pas l'adhésion à des affirmations volontaristes qui attribuent aux praticiens une capacité généralisée d'échapper aux contraintes installées par des gestionnaires tentés par l'autoritarisme.


2008 ◽  
Vol 8 (2) ◽  
pp. 51-71 ◽  
Author(s):  
Léa Diotte ◽  
Louis Favreau

Résumé Le Québec de la fin des années 50 souffre d'un grave déficit démocratique. La Révolution tranquille n'est pas encore présente, bien qu'à l'ordre du jour. De leur côté, les services sociaux enregistrent de graves défaillances institutionnelles. Les pratiques sociales de la période 60-70 sont d'autant plus importantes à comprendre que les intervenants vont instaurer, du moins les plus jeunes d'entre eux devenus des professionnels, de nombreux changements. De quasi-intrus qu'ils étaient hier, plusieurs d'entre eux occupent aujourd'hui des postes de direction dans les services sociaux publics ou un leadership d'influence dans le secteur communautaire. L'article qui suit illustre le parcours d'intervenants sociaux et de leurs institutions d'appartenance sur une quinzaine d'années (de la fin des années 50 jusqu'en 1973) dans l'Outaouais québécois. Il analyse2 aussi ce qui caractérise une transition au tournant des années 1965-1966 qui s'opère entre deux dynamiques correspondant à deux sous-périodes. Il conclut sur une mise en perspective du travail social des années 60 par rapport au travail social d'aujourd'hui, à l'aube de l'an 2000.


2002 ◽  
Vol 13 (1) ◽  
pp. 27-47 ◽  
Author(s):  
Louis Favreau

Résumé En nous centrant sur des pratiques plus « généralistes » du travail social qui ont souvent émergé à sa périphérie (organisateurs communautaires de CLSC, agents de relations humaines, employés dans les organisations communautaires de santé et de services sociaux, etc.), nous souhaitons prolonger la réflexion amorcée dans la revue Nouvelles pratiques sociales voulant que le travail social ne soit pas à la remorque du changement social mais participe plutôt, avec d'autres, au renouvellement des pratiques (Mathieu, 1999). L'exemple du travail social pratiqué dans les champs de l'entraide économique, de l'insertion par le travail, du développement local et de l'économie sociale servira de démonstration. Cette démonstration sera précédée d'une analyse du travail social et de ses transformations depuis 40 ans (1960-2000), analyse qui nous amènera à conclure à la capacité de rebondir de la profession lors des crises successives (d'identité et de légitimité) que cette dernière a vécues et non à son repli identitaire.


Author(s):  
Charles Tousignant ◽  
Nora Morales

Depuis plus de dix ans qu’elle est connue des services sociaux, la famille Grouillant est considérée par les institutions comme « un milieu criminogène ». En fait, il y a eu au cours de ces dix dernières années, de nombreuses interventions auprès des Grouillant. Toutes ont plus ou moins échoué. Le dossier Grouillant se présente sous forme d’une volumineuse liasse de huit pouces de documents, d’évaluations, de lettres, de notes, etc. Cette écriture brute reflète la quotidienneté de l’exercice du contrôle social par les institutions. Or dans toute leur authenticité, ces documents plaident plutôt pour la famille Grouillant que pour la pratique du travail social. C’est un travail social judiciarisé qui fonctionne sur le mode du secret, à travers des documents confidentiels, à travers le huis clos de réunions entre intervenants d’où sont totalement exclus les principaux concernés : les Grouillant. Dans la mesure où le contrôle social qui caractérise ce type de travail social plus que tout autre s’exerce en permanence sur la quotidienneté, il est essentiel de le prendre sur le vif, de le laisser discourir dans toute sa vérité nue. C’est ce que propose cet article qui, dans un deuxième acte, nous permet de rencontrer les Grouillant dans leur vie de tous les jours.


2014 ◽  
Vol 34 (4) ◽  
pp. 257-269
Author(s):  
MS Zanchetta ◽  
C Maheu ◽  
C Fontaine ◽  
L Salvador-Watts ◽  
N Wong

Introduction Nous avons procédé à une évaluation qualitative des changements immédiats sur les plans de l'apprentissage et de l'attitude chez des professionnels de la santé et des services sociaux ayant participé à un atelier visant à susciter une réflexion critique sur la littératie en santé des Franco-Ontariens en situation de minorité linguistique. Méthodologie L'étude a été réalisée auprès de 41 professionnels francophones de la santé et des services sociaux. L'animatrice de l'atelier a utilisé des objets évocateurs pour susciter la réflexion sur la littératie en santé. Les sources de données étaient les enregistrements audio des discussions de groupes et les formulaires de rétroaction remplis par les participants. Résultats L'étude a révélé que l'atelier avait suscité chez les participants une prise de conscience à propos de la littératie en santé et les avait incités à promouvoir la littératie en santé dans leur pratique professionnelle. L'atelier a aussi élargi la vision de la littératie en santé qu'avaient les participants à sa dimension de déterminant social de la santé qui agit en synergie avec la culture, l'âge, le statut à l'égard de l'immigration, le soutien social et le statut socioéconomique. Conclusion Les professionnels ont estimé que la prise de conscience des problèmes de littératie en santé relevait d'une responsabilité collective. Cela corrobore notre hypothèse selon laquelle une pédagogie critique appliquée à la formation continue stimule chez les professionnels la prise de conscience de leur capacité à vouloir changer leur pratique et leur milieu de travail.


2005 ◽  
Vol 40 (2) ◽  
pp. 105-115 ◽  
Author(s):  
Belhassen Redjeb

Après avoir constaté et souvent contesté l'atomisation de sa pratique professionnelle par et dans les lieux de travail fortement organisés, l'intervenant social s'engage de plus en plus dans une démarche de réappropriation de sa pratique par la reconstitution et la revendication de son acte fondateur, l'acte clinique. Or, celui-ci est irréductible, croit l'auteur, aux gestes techniques posés quotidiennement par l'intervenant social : les constituantes, de même que les conditions de possibilité et de permanence du premier, diffèrent ostensiblement de celles propres aux seconds. Dans cet article, l'auteur tente d'abord d'établir ce qui revient à l'un et à l'autre, sachant bien que c'est seulement au terme de cet exercice qu'il pourra situer l'intervention sociale d'aujourd'hui et localiser ce qui lui fait défaut pour retrouver son sens d'acte clinique. Cet examen le conduira, pour finir, à remettre en perspective les conditions de restitution de l'acte clinique de l'intervention sociale.


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