Identifications et rapports entre majoritaires et minoritaires. Discours de jeunes issus de l’immigration

2018 ◽  
Vol 17 ◽  
pp. 29-47 ◽  
Author(s):  
Marie-Odile Magnan ◽  
Fahimeh Darchinian ◽  
Émilie Larouche
Keyword(s):  

Des recherches menées dans les années 1990 et 2000 ont souligné les identités multiples des jeunes issus de l’immigration fréquentant les écoles montréalaises et le rapport de distance établi avec l’identité « francophone québécoise ». Ce rapport de distance avec l’identité du groupe majoritaire existe dans d’autres sociétés. C’est à partir d’une analyse critique des rapports ethniques que nous appréhendons cette frontière entre les groupes minoritaires et le groupe majoritaire, en prenant en compte les rapports de pouvoir en jeu. Nous analysons 60 entretiens qualitatifs menés auprès de jeunes issus de l’immigration à Montréal. Une analyse typologique met en exergue trois types de rapports au groupe majoritaire et de multiples identifications s’y raccrochant. Il s’avère qu’une majorité des jeunes interrogés ont développé un rapport de tension vis-à-vis du groupe majoritaire et qu’une majorité d’entre eux s’identifient à leur pays d’origine et au Canada. En conclusion, nous discutons des implications sociales et politiques de ces résultats.

1986 ◽  
Vol 41 (4) ◽  
pp. 789-815 ◽  
Author(s):  
Michel de Certeau
Keyword(s):  
De Se ◽  

L'abondance des travaux statistiques et sociologiques relatifs à la diversité culturelle et linguistique (minorités, particularismes, immigration, etc.) et aux politiques d'éducation mises en œuvre pour la « gérer » autorise à s'interroger sur les problématiques mêmes dont ces travaux s'inspirent ou que, par leurs résultats, ils peuvent suggérer. Ce sera l'objet des quelques réflexions qui suivent. Je n'envisagerai donc pas directement les conflits opposant des groupes minoritaires à des institutions scolaires nationales, ni les données massives qui fondent les revendications de ces groupes et découvrent les déficits de ces institutions. Par « problématique », j'entends la manière dont est traité le problème qui ressort de la violence des faits, la façon de le poser, le système idéologique dans lequel on l'articule pour lui apporter des solutions. Il s'agit de se demander à quelle codification sociale se réfère la manière de penser tous ces faits, et si, d'eux-mêmes, ils n'invitent pas — ils n'obligent pas — à changer le cadre qui sert de référence à une gestion.


2006 ◽  
Vol 4 (1) ◽  
pp. 11-111 ◽  
Author(s):  
Lenore Kupperstein

Résumé LE TRAITEMENT ET LA REHABILITATION DU DELINQUANT : QUELQUES CONSIDERATIONS SOCIOCULTURELLES Ce rapport s'efforce d'etablir la relation entre certains facteurs socioculturels ( communautaires, institutionnels, « organisationnels », et individuels ) et le traitement ou la rehabilitation du jeune delinquant. Sur le plan communautaire, le choix de mecanismes formels d'intervention qui sont preferes, ou substitues, a des methodes informelles et non officielles, varie selon : 1 ) les perceptions qu'a la communaute de la delinquance et des jeunes delinquants; 2) le statut socio-economique qui prevaut chez les membres de la communaute; 3) le statut socio-economique et l'origine ethnique du jeune delinquant; 4) le degre de concordance entre 2) et 3). L'auteur suggere que les classes moyennes, meme lorsqu'elles adoptent le principe de l'individualisation de la justice et de la rehabilitation pour le juvenile et qu'elles acceptent une politique de reinsertion sociale pour les jeunes en difficulte et pour les delinquants de la classe moyenne, conservent des stereotypes si negatifs sur le style de vie des classes inferieures qu'il en resulte frequemment une attitude punitive plus forte a l'egard des delinquants de ces classes sociales. Il appert en outre que, dans le cas ou le systeme officiel d'intervention n'est pas compris par la communaute ou s'ecarte suffisamment du sentiment collectif, la communaute non seulement ne soutient pas son action mais va jusqu'a saper celle-ci. L'examen de la structure de fonctionnement des services institutionnels revele de plus un desequilibre entre les ressources sociales et les ressources psychiatriques. Dans les classes sociales inferieures, l'absence relative de programmes de prevention et de services non judiciaires est aggravee par le recours a des criteres selectifs d'admission, par les longues listes d'attente, et par l'absence de ressources therapeutiques appropriees dans les quelques services qui existent, ce qui amene l'utilisation excessive des mecanismes formels d'intervention avec les jeunes, qu'ils soient des delinquants endurcis ou des jeunes aux prises avec de serieux problemes d'adaptation. Le resultat a ete de faire de la cour juvenile un « depotoir » pour les adolescents a problemes, alors que ceux-ci devraient et pourraient etre pris en main plus efficacement par des services commmunautaires n'ayant pas de caractere judiciaire. A l'examen, il est evident que les principes d'organisation du systeme de justice juvenile et de mise en application des politiques dependent pour une large part : 1 ) de la philosophie et de l'orientation en ce qui concerne l'etiologie et la therapeutique de la delinquance juvenile; 2) de leur propre experience avec certains groupes de la population juvenile; 3) de la frequence et de l'intensite des contacts et des communications avec les autres agences dans le systeme; 4) des valeurs, de la formation, de l'experience personnelle et des perceptions individuelles, des attitudes et des autres biais des membres du personnel. Les ideologies et les objectifs contradictoires, les politiques inappropriees et les changements de procedure compromettent frequemment les objectifs theoriques du systeme de justice juvenile qui peuvent etre excellents, en les sacrifiant a des considerations d'efficacite et d'opportunisme. Le resultat est le refus quasi inevitable de dispenser des « soins appropries et un traitement regenerateur » aux jeunes delinquants, tels que stipules dans l'esprit et le texte de la loi. L'effort qui a ete fait pour identifier les elements importants (personnels, sociaux et culturels) sur lesquels reposent les decisions qui concernent l'intervention et le traitement revele : 1) l'absence de consensus sur les caracteristiques significatives qui differencient le delinquant endurci du delinquant primaire ou occasionnel; 2) l'incertitude par rapport a l'importance qui doit etre donnee lors de l'evaluation, a la presence ou a l'absence de certaines caracteristiques; 3) l'incoherence dans la relation entre ces caracteristiques et le choix du traitement. Les modeles d'action bases sur la tradition et sur l'intuition prennent le plus souvent le pas sur ceux qui sont bases sur des criteres scientifiques, si bien que la « maladie » est frequemment assimilee a criminalite ou mechancete. En somme, les jeunes de la classe inferieure ou les jeunes des groupes minoritaires sont le plus souvent desavantages a l'interieur de l'appareil judiciaire, en meme temps qu'est perpetue le mythe de l'individualisation du traitement. Etant donne ces faits, l'auteur souligne l'urgence de l'education des citoyens. Il importe de les amener a une conception plus eclairee du probleme de la delinquance ainsi qu'a une plus grande comprehension et connaissance des objectifs de la prevention et du controle social. La priorite doit etre donnee au support communautaire et a l'acquisition de la responsabilite. Pour ce faire, il faut developper un systeme plus etoffe et tres specifique qui permettrait de s'eloigner de la clinique traditionnelle et de l'approche psychogenetique de la delinquance. Une approche interdisciplinaire eclairee de l'etiologie et des solutions a apporter au comportement criminel s'impose. Un systeme doit etre developpe dans lequel seraient concilies sans compromis les objectifs de la punition, du controle de la prevention et de la rehabilitation; il servirait a affronter plus efficacement tous les problemes de la jeunesse qui necessitent notre attention. Indubitablement, l'efficacite d'un tel systeme est conditionnee par la philosophie qui l'inspire, par la politique et les procedures qui sont appliquees, par le personnel et par l'appui qu'il recoit de la communaute. Si le delinquant est au depart le produit d'un jugement social, le delinquant rehabilite doit aussi etre un produit de la communaute, donc d'un systeme capable de le servir et de l'aider a resoudre ses problemes. Il importe que chacun de nous puisse souscrire a la realisation de ce traitement individuel et puisse demander l'abandon des pratiques discriminatoires, et non scientifiques, auxquelles la societe fait frequemment appel. Enfin, le principe de l'equite doit remplacer le present systeme d'une justice de classe.


Terminal ◽  
2020 ◽  
Author(s):  
Vincent Raynauld ◽  
Emmanuelle Richez ◽  
Stéphanie Wojcik
Keyword(s):  

1986 ◽  
Vol 41 (4) ◽  
pp. 817-838 ◽  
Author(s):  
Lucette Valensi

L'Éternel descendit pour voir la ville et la tourqu'avaient bâties les fils des hommes. Puisl'Éternel dit : « […] Allons, descendons, mettonsla confusion dans leur langage, afin qu'ilsne comprennent plus la langue les uns desautres. » Ainsi l'Éternel les dispersa de là surtoute la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.C'est pourquoi on lui donna le nom de Babel.Le pluralisme ethnique, linguistique et religieux a surgi comme un phénomène social et politique auquel les sociétés contemporaines n'étaient généralement pas préparées. Loin de disparaître par un processus d'intégration et d'assimilation, les particularismes résistent et refleurissent. Ils font même leur apparition dans des pays qui, ayant édifié leur unité nationale depuis longtemps, avaient pu recevoir des travailleurs et des réfugiés comme immigrants temporaires mais non pas concevoir leur installation permanente.Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ont du pluralisme une expérience millénaire. Périodiquement, des tableaux et inventaires nomment, situent, dénombrent des groupes minoritaires définis principalement par leur religion, leur langue ou leur origine géographique. Exercice vertigineux, qui évoque ce personnage d'Italo Calvino, monsieur Palomar, donc l'activité principale était de « regarder les choses du dehors », et qui s'employait à cerner les contours d'une vague, « une seule, en la distinguant bien de toutes les autres ».


2002 ◽  
Vol 29 (2) ◽  
pp. 163-170
Author(s):  
Roberto MIGUELEZ

Résumé Si les histoires de vie ont un degré variable de généralisation, dépendant essentiellement de leur degré de typicité, elles peuvent posséder par contre un potentiel heuristique non négligeable. À partir de l'histoire de vie d'un sociologue, cet article se propose d'examiner la manière dont les enjeux idéologiques d'une époque et d'une société ont influencé la reflexion sociologique. Il y est notamment question de quatre époques, trois sociétés, et quatre enjeux idéologiques : le début des années soixante, l'Argentine, et l'institutionnalisation académique de la sociologie ; la fin des années soixante, la France, et le débat de la gauche ; le début des années soixante-dix, le Canada français, et le mouvement nationalitaire ; enfin, la fin des années soixante-dix, le Canada français, et les revendications des groupes " minoritaires ". L'examen de cette influence vise surtout les conséquences de celle-ci aux niveaux épistémologique et institutions de la discipline.


2010 ◽  
Vol 43 (2) ◽  
pp. 433-456 ◽  
Author(s):  
Yasmeen Abu-Laban ◽  
Claude Couture

Abstract.In this article we re-establish the relevance of linguistic diversity by highlighting that French is a minority language spoken by a growing number of non-white and non-Christian minority groups, including Muslims. These groups are often characterized in contemporary Canada as essentially non-modern, traditional and opposed to secularism—characterizations that were used historically to depict French ethnic minorities as essentially Catholic, traditional and non-modern. Utilizing a historically grounded case study of the evolution of French language education rights in Alberta, the study reveals how “Franco-Albertans” are a linguistic minority comprised of other minorities. We also show the contradictions inherent in dichotomous representations of “secularism” when it comes to “Western” and “non-Western” societies, or “Christian” and “Muslim” groups. We argue that in expanding the discipline's focus to deal with a wider range of “groups,” analysts need to attend to how “multiple minorities” may take analytically relevant forms, and be wary of evolutionary and dichotomous constructions of diverse “others.”Résumé.Dans cet article, nous redonnons une place importante à la question linguistique comme dimension politique fondamentale au Canada, et au français comme langue minoritaire parlée par un nombre croissant de groupes minoritaires non blancs et non chrétiens, y compris les musulmans. Ces groupes, ce qui n'est pas selon nous sans intérêt, sont souvent globalement décrits aujourd'hui comme étant non modernes, traditionnels et opposés au sécularisme dans un discours qui n'est pas sans évoquer la façon dont les Canadiens français furent historiquement décrits comme une société strictement catholique et prémoderne. Dans ce cas-ci, le Canada francophone est étudié à travers le prisme de la francophonie albertaine, elle-même composée de plusieurs minorités. Nous nous concentrons en particulier sur les droits scolaires en Alberta et un lien est aussi établi entre cette situation et la description souvent dichotomique par rapport au sécularisme de la société canadienne entre les groupes «occidentaux» et «non occidentaux» ou encore entre les groupes «chrétiens» d'un côté, et de l'autre, les groupes de la diversité multiculturelle canadienne, notamment les musulmans francophones. La thèse de cet article est qu'en élargissant le champ d'investigation de la discipline de façon à inclure un éventail de groupes plus grand, les analystes doivent être vigilants quant à l'articulation complexe du concept de «minorités multiples» de façon à éviter les constructions trop évolutionnistes et dichotomiques des divers «autres».


2010 ◽  
Vol 43 (2) ◽  
pp. 235-256 ◽  
Author(s):  
Allison Harell ◽  
Dietlind Stolle

Abstract.In recent years, there has been increasing popular and academic debate about how ethnic and racial diversity affects democratic politics and social cohesion in industrialized liberal democracies. In this introduction, different interdisciplinary theoretical approaches for understanding the role of diversity for intergroup relations and social cohesion are reviewed and four extensions to the current literature are proposed. These include taking advantage of a comparative framework to understand how generalizable the consequences of diversity are. A comparative country approach also helps to reveal which policies might be able to mitigate any potential negative consequences of diversity. Most importantly, we propose that the research in this area should include other aspects of social cohesion beyond measures of generalized trust, such as solidarity, attitudes about the welfare state and redistributive justice, as well as political and social tolerance. Finally, research on the effects of diversity might gain more insights from taking less of a majority-centric approach to include the effects on various minority groups as well.Résumé.Ces dernières années ont procuré un sol fertile au débat populaire et universitaire autour des effets de la diversité ethnique et raciale sur la politique démocratique et sur la cohésion sociale dans les démocraties libérales industrialisées. Dans cette introduction, nous passons en revue diverses approches théoriques interdisciplinaires permettant de clarifier le rôle de la diversité dans les relations entre les groupes et dans la cohésion sociale et nous proposons quatre ajouts à la littérature courante. Nous suggérons, entre autres, de tirer profit d'un cadre comparatif pour comprendre à quel point les conséquences de la diversité sont généralisables. Une étude comparative des pays aide également à cerner les politiques qui pourraient atténuer les conséquences négatives potentielles de la diversité. Par-dessus tout, nous avançons que la recherche dans ce domaine devrait inclure d'autres aspects de la cohésion sociale à part les mesures de la confiance généralisée, des aspects tels que la solidarité, les attitudes envers l'État-providence et la justice redistributive, ainsi que la tolérance politique et sociale. Finalement, la recherche sur les effets de la diversité pourrait devenir plus instructive en adoptant une approche moins centrée sur la majorité afin d'inclure également les effets sur divers groupes minoritaires.


2003 ◽  
Vol 10 (2) ◽  
pp. 57-74 ◽  
Author(s):  
Gervais Lavoie
Keyword(s):  

Résumé Identité ethnique et folklorisation : le cas des Mongols de Chine Depuis 1949, le gouvernement chinois s'est donné une série d'institutions, tel l'Ensemble de danse et de chant de Mongolie intérieure, dont la fonction est de supporter une structure politico-économique définie comme socialiste. En comparant les définitions classiques d'ethnicité et d'identité ethnique à celle de minorités nationales utilisée par les sociologues chinois, cet article tente d'établir des corollaires permettant de poser l'origine du " folklore " chez les groupes minoritaires en tant que dévaluation de leurs propres valeurs traditionnelles. Se basant sur l'expérience mongole en République populaire de Chine, il propose aussi une nouvelle définition de l'assimilation et de l'intégration et suggère que l'assimilation des valeurs socio-politiques est un préalable indispensable à l'intégration d'une minorité ethnique.


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