scholarly journals Pourquoi les statistiques sont-elles difficiles à enseigner et à comprendre? Quelques réflexions

2017 ◽  
Vol 46 (2) ◽  
pp. 397-419
Author(s):  
Denis Cousineau ◽  
Bradley Harding

Les statistiques sont une matière notoirement difficile à enseigner aux étudiants des sciences humaines. L’anxiété statistique, une forme d’anxiété bien documentée chez ces étudiants, est présente dès le début du cours et explique donc une partie des difficultés rencontrées par ces étudiants. Cependant, nous croyons que l’anxiété statistique est la conséquence plutôt que la source de ces difficultés. Pour enclencher une discussion qui, à terme, pourrait bonifier la façon d’enseigner les statistiques dans les sciences humaines, nous examinons ici trois causes qui pourraient expliquer cet anxiété. D’une part, les humains ont très peu d’intuition du hasard (comme le montrent les études sur les jeux d’argent dans lesquels des conceptions erronées sont dévoilées), et donc, les notions de distribution et d’échantillonnage restent des concepts opaques pour plusieurs. De plus, certains concepts statistiques reposent sur des raisonnements « méta-statistiques » dans lesquels il faut concevoir des statistiques sur des statistiques. Finalement, la notion de prise de décision dans un contexte où l’information est partielle et incertaine est souvent mal comprise. Dans ce texte, nous précisons ces trois difficultés et suggérons des recommandations pour en amoindrir les conséquences. Cependant, les pistes présentées ici nécessitent d’être validées par des études formelles; ce texte se veut avant tout un catalyseur de discussions visant l’amélioration de l’état de nos classes de méthodes quantitatives.

2002 ◽  
Vol 26 (1) ◽  
pp. 1-33 ◽  
Author(s):  
Luc Faucher
Keyword(s):  

RÉSUMÉ De l'avis de plusieurs, il existe une tension entre le modèle « naturaliste » des émotions qui inspire les psychologues évolutionnistes et le modèle des constructionnistes sociaux. D'un côté, il semble que les émotions sont innées, rigides et panculturelles ; de l'autre, elles sont conçues comme des artefacts culturels, changeant au gré des arrière-plans culturels. Nous examinons chacune des deux approches et montrons que l'approche naturaliste n'est pas incompatible avec une forme de constructionnisme faible, en ce que la première peut tenir compte d'un certain degré de plasticité. Nous soutenons qu'en fait les deux courants devraient être vus comme offrant des points de vue différents, mais complémentaires, sur les mêmes phénomènes. Cependant, une part du domaine des émotions étudiée par les constructionnistes échappe aux efforts d'intégration. Une façon de remédier à la situation est de proposer un réaménagement conceptuel du domaine. Par exemple, Griffiths (1990, 1997) propose que la solution passe par l'élimination du concept d’« émotion ». Quoique notre investigation des différentes formes d'émotions suggère un certain scepticisme concernant l'utilité théorique du concept d’« émotion », nous croyons qu'il est trop tôt pour en annoncer la mort.


2013 ◽  
Vol 28 (S2) ◽  
pp. 56-56
Author(s):  
B. Falissard

En 1992, le concept d’Evidence Based Medicine (EBM : médecine fondée sur des faits prouvés) a été présenté comme un nouveau paradigme pour la pratique de la clinique. Si la définition de ce concept n’est pas totalement stable au cours du temps, plusieurs auteurs l’ont présenté comme « l’utilisation des faits les mieux étayés par la science pour la prise de décision médicale » ou encore « le développement d’un processus rationnel et explicite de décision médicale dans le but de réduire la part d’intuition et d’expertise clinique informelle et d’augmenter le recours aux plus grandes découvertes scientifiques ». À bien y regarder, derrière cette présentation a priori fort raisonnable, se cachent possiblement des arrières pensées nettement moins amènes. Par exemple, derrière la proposition que la science doive investir le domaine médical, on peut bien entendu y voir la poursuite d’une démarche relevant du progrès des connaissances et plus généralement des Lumières. En fonction du ton utilisé et des modalités d’applications, on peut parfois se demander si certains ne pensent pas en fait que « Les cliniciens vivent dans un univers médiéval où règne intuition et expertise informelle » ou que « Les cliniciens doivent donc être mis sous tutelle des scientifiques ». Par ailleurs, on a souvent l’impression en psychiatrie et en psychiatrie infanto–juvénile en particulier, que le mot « scientifique » désigne les personnes qui réalisent des essais contrôlés randomisés et des travaux neuroscientifiques (et notamment pas de travaux en sciences humaines et sociales). La thèse défendue dans cette conférence est que si l’EBM est incontestablement une approche intéressante pour faire évoluer positivement les pratiques médicales, l’EBM ne peut cependant pas prétendre représenter l’étalon Or, de la connaissance médicale. Elle est finalement un outil parmi d’autres, et ne devrait pas être considérée comme un Graal et a fortiori pas comme un totem.


1989 ◽  
Vol 8 ◽  
pp. 61
Author(s):  
Ηλίας ΑΝΑΓΝΩΣΤΑΚΗΣ
Keyword(s):  

&nbsp; <p>Ilias Anagnostakis</p><p>Notes de g&eacute;ographie historique </p><p>Dans la premi&egrave;re note nous passons en revue les identifications propos&eacute;es des toponymes Aqrita et Ikritiya, ville ou r&eacute;gion des fronti&egrave;res arabo-byzantines et mentionn&eacute;es par les chronographes arabes. La th&egrave;se de Gr&eacute;goire, &agrave; savoir qu'il s'agirait d'un &laquo;th&egrave;me&raquo; akritique (Lykandos ou autre) fut g&eacute;n&eacute;ralement accept&eacute;e. Partant du principe que la nature des textes s'offre &agrave; plusieurs interpr&eacute;tations, et rapprochant le toponyme arabe &agrave; L'&laquo;'E&kappa;&rho;&eta;&tau;&iota;&kappa;ὴ&raquo; de Ptolem&eacute;e, &agrave; Agritice de Plinie ou Egriwike, pays des Egres de Colchis de la G&eacute;ographie arm&eacute;nienne, nous croyons que Aqrita ou Ikritiya proviendrait &eacute;ventuellement d'une confusion entre la capitale du th&egrave;me de &laquo;Chaldie&raquo;, Trapezous, avec Ἐ&kappa;&rho;&eta;&tau;&iota;&kappa;ὴ ou Agritice et la ville Takrit en Chald&eacute;e de M&eacute;sopotamie.</p>Dans la deuxi&egrave;me note nous examinons sous un angle &eacute;tymologique le toponyme Voulkano de Mess&eacute;nie du P&eacute;loponn&egrave;se. Apr&egrave;s une courte esquisse historique annot&eacute;e des etymologies propos&eacute;es, Voulkano est interpr&eacute;t&eacute; comme toponyme anthroponymique d'origine slave. Nous croyons voir dans la famille des &laquo;Esclavons&raquo; La Vulge ou &Lambda;&iota;&alpha;&beta;&omicron;ύ&lambda;(&rho;)&kappa;&omicron;&iota; la premi&egrave;re mention historique (13&egrave;me s.) en P&eacute;loponn&egrave;se d'un nom, qui aurait pu se trouver &agrave; l'origine de Voulkano.


Author(s):  
Ji Yujing ◽  
Agnès Tutin

Le discours des écrits scientifiques est dialogique. L’auteur des écrits scientifiques présente non seulement des contenus informatifs, mais utilise aussi des éléments métadiscursifs pour évaluer les contenus et interagir avec ses lecteurs. Dans notre étude, nous nous focalisons sur l’aspect interlocutif des écrits scientifiques réalisé à travers des éléments métadiscursifs complexes, les routines de guidage du lecteur comme L’objectif de cet article est d’étudier… Plus précisément, nous examinons un petit ensemble des routines que nous nommons « routines de topicalisation » afin de comprendre comment l’auteur met en relief les idées ou les informations importantes pour ses lecteurs. À partir d’un corpus d’articles de recherches en sciences humaines et sociales, nous appliquons la méthode des « arbres lexico-syntaxiques récurrents » pour extraire des routines. Nous modélisons et analysons ensuite les fonctions rhétoriques et argumentatives des routines de topicalisation.


Eurostudia ◽  
2009 ◽  
Vol 4 (2) ◽  
pp. 0 ◽  
Author(s):  
Alexandre Escudier

RésuméLes développements de cet article n’ont pour ambition que de proposer un contre point d’histoire des sciences humaines aux débats contemporains sur le comparatisme à l’échelle globale. Nous nous bornerons à esquisser ce que nous croyons être le contexte d’émergence, les fonctions et les différents usages du genre omniprésent de l’histoire universelle dans le dernier tiers du XVIIIesiècle dans le Saint Empire romain germanique. Par contraste avec les pratiques théoriques et historiographiques contemporaines, ce tableau permettra tout au mieux de repérer continuités et discontinuités d’argumentation ; il permettra aussi peut-être de relativiser quelque peu les fausses généalogies méthodologiques ou encore les mérites parfois davantage supposés que démontrés de l’Universalhistoriedes Lumières allemandes.


2008 ◽  
pp. 89-113
Author(s):  
Lawrence Olivier

Résumé Les sciences sociales ont établi, grosso modo, d’une double manière leur rapport à la politique. Premièrement, la politique est évacuée des préoccupations du chercheur, au profit de la recherche de l’objectivité et du statut de science. D’autres croient, au nom du conditionnement social de la science, qu’elle participe non seulement à la vie politique, mais qu’elle est même un élément essentiel de la gouverne politique. Le travail théorique serait lié aux intérêts de ceux qui le font, aux classes sociales auxquelles ils appartiennent. On peut cependant se demander si l’articulation que les sciences sociales donnent du rapport entre théorie et pratique constitue une fatalité à laquelle il est difficile, sinon impossible, d’échapper. Autrement dit, les sciences sociales sont-elles enfermées dans ce dilemme d’être soit une science et, du même coup, d’exclure la politique de leur champ d’activité, soit une idéologie et de ne pas avoir le statut de science? Nous croyons qu’il existe une autre manière de penser le rapport de la théorie à la pratique, une façon d’échapper au dilemme des sciences sociales. Michel Foucault a montré — avec ses travaux sur la folie, la prison, la clinique, la sexualité, les sciences humaines… — que le travail historique et le travail politique étaient liés ensemble. Loin de s’exclure, écrit-il, « (… ) ils font corps, en une seule et même activité de déchiffrement ». C’est cette conception du rapport théorie/pratique dont nous voulons faire l’analyse. Elle repose sur une éthique du travail scientifique qui suppose de revoir les principes qui gouvernent nos manières de connaître — impératif du dire vrai — et surtout l’identité de celui qui connaît. Une telle éthique fonde une autre expérience du politique que celle qui structure nos conduites depuis deux siècles


2020 ◽  
Vol 72 (5) ◽  
pp. 383-410
Author(s):  
François Lefèvre ◽  
Thomas Boivin ◽  
Aurore Bontemps ◽  
François Courbet ◽  
Hendrik Davi ◽  
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L’adaptation est un enjeu majeur de la gestion forestière dans le contexte du changement climatique La diversité génétique qui caractérise les arbres forestiers leur confère un potentiel adaptatif très important mais pas illimité Prendre en compte les mécanismes de l’évolution dans les pratiques de gestion forestière adaptative renforcera la capacité des forêts gérées à répondre aux changements et aux aléas induits par le climat. En mettant l’accent sur le cas des forêts en régénération naturelle, nous proposons un cadre conceptuel général permettant d’intégrer la connaissance de ces mécanismes dans la prise de décision, dans une démarche de sylviculture par et pour l’évolution Ce cadre général pourra être décliné dans des situations locales diverses et complexes en s’appuyant sur la connaissance du contexte qu’ont les gestionnaires forestiers Nous développons une grille d’analyse simple, basée sur un petit nombre de paramètres caractérisant les mécanismes de l’évolution, pour comprendre l’impact des pratiques sylvicoles sur la dynamique de la diversité génétique et le maintien du potentiel d’évolution des populations d’arbres forestiers Après avoir rappelé l’état des connaissances sur les mécanismes de l’évolution chez les arbres forestiers, nous examinons les effets attendus de pratiques forestières actuelles ou innovantes sur ces mécanismes Pour illustrer la complexité des mécanismes en interaction, nous développons plus en détail les conséquences évolutives des interactions biotiques et celles d’un environnement fortement hétérogène La sylviculture par et pour l’évolution peut contribuer à l’adaptation des forêts au changement climatique Elle nécessite de combiner des objectifs à court et à long terme Nous proposons des pistes de recherche et d’expérimentation pour accompagner cette démarche.


2007 ◽  
Vol 14 (1) ◽  
pp. 33-56
Author(s):  
Michaël La Chance

RÉSUMÉ Chez Foucault le pouvoir est d'abord pensé comme déploiement de la visibilité et comme inscription des corps. On voit dans une première partie comment les figures de l'autorité disparaissent, laissant place à un espace de dispersion où s'estompe la figure de l'homme comme effet passager d'une discontinuité entre le savoir et le pouvoir. Si le pouvoir est invisible lorsqu'il se confond avec l'adéquation à soi du savoir, c'est dans un effet de résistance que se constituent nos expériences qui sont à la fois événements et significations : dans une deuxième partie nous reprenons la question du pouvoir à partir de l'impuissance du sujet à fonder son expérience, la perte de l'intériorité, la difficulté de la contestation, la perte de la profondeur, la perte du corps comme « propre » qui est aussi perte de l'excellence inhérente à tout être humain et du sexe comme affirmation de la différence (ou d'une identité). Nous croyons toujours opposer une nature intacte au déploiement du pouvoir. Nous examinons comment nous croyons trouver cette nature dans ce que nous caractérisons comme sujet de la contestation, peuple-substrat, corps-rebelle ou sexe-nature. Mais - nous le voyons dans la troisième partie - ces natures sont toujours « informées » par le pouvoir. C'est pourquoi, dans ce qui oppose une résistance au pouvoir, tels les expériences de la contestation sociale, de la sexualité et aussi du redoublement et de la transgression dans le langage, on retrouve les mêmes figures de déploiement qui caractérisent un pouvoir qui se redouble en lui-même et se dissémine dès qu'il rencontre des résistances, pour informer celles-ci. Car chez Foucault, l'expérience est une structure tripartite qui met en relation savoir, pouvoir et subjectivité.


2006 ◽  
Vol 82 (1-2) ◽  
pp. 271-316 ◽  
Author(s):  
François-Charles Wolff

Résumé Cet article apporte un éclairage sur la prise de décision dans la famille, dans le domaine des transferts versés par les enfants adultes à leurs parents âgés. D’un côté, un enfant doit composer avec son éventuel conjoint pour s’occuper de ses parents et beaux-parents. De l’autre, chaque enfant peut compter sur un éventuel soutien de ses frères et soeurs pour la prise en charge des ascendants. Nous cherchons ici à savoir dans quelle mesure il importe de prendre en compte ces effets de fratrie pour comprendre les solidarités ascendantes. Nous examinons l’existence d’éventuels arrangements intrafamiliaux à partir de l’enquête MHSS réalisée en 1996 au Bangladesh. Nos résultats économétriques pour les transferts ascendants indiquent que les comportements des frères et soeurs ne sont pas indépendants les uns des autres.


1965 ◽  
Vol 5 ◽  
pp. 136
Author(s):  
J. Dommanget
Keyword(s):  

Au cours de recherches bibliographiques diverses, nous avons remarqué que bien des observateurs se sont servis et se servent encore de formules par trop approximatives pour calculer – lorsqu’ils le font – les erreurs moyennes affectant leurs mesures.Nous croyons important et opportun de rappeler ici la formule correcte dont nous avons donné une démonstration à une autre occasion (1959).


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