scholarly journals Cognition sociale et sens de l’agentivité en autisme : de l’action à l’interaction

2016 ◽  
Vol 41 (1) ◽  
pp. 163-181
Author(s):  
Alexis Lafleur ◽  
Isabelle Soulières ◽  
Baudoin Forgeot d’Arc

Le sens de l’agentivité (SdA) consiste à détecter que l’on est la cause d’une action (Gallagher, 2000). Il est lié au contrôle moteur, mais également à la conscience de soi et pourrait jouer un rôle important dans l’interaction sociale. Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est caractérisé par une altération des interactions sociales et de la communication (DSM-5 ; APA, 2013), et est souvent perçu comme relevant d’un déficit primaire de fonctions spécifiques à la cognition sociale. Pourtant, le contrôle moteur est également altéré dans le TSA. Nous faisons l’hypothèse que les symptômes moteurs et l’atteinte de l’interaction sociale pourraient relever d’une même atteinte du SdA. Nous présentons d’abord les modèles explicatifs généraux et les bases neurofonctionnelles du SdA implicite et explicite (Synofzik et al., 2008), puis les manifestations de ses perturbations dans d’autres troubles neuropsychiatriques comme la schizophrénie. Dans le TSA, la formation atypique des modèles internes de l’action lors de l’apprentissage moteur (Haswell et al., 2009) pourrait être à l’origine de l’altération du SdA implicite. Le manque de fidélité des indices d’agentivité sensorimoteurs (Zalla et al., 2015) pourrait de façon concomitante entraîner l’altération du SdA explicite. Nous discutons les principales manifestations cliniques du TSA qui seraient reliées aux altérations du SdA (difficultés dans la théorie de l’esprit et l’imitation, déficits de la coordination et des praxies, etc.)

2015 ◽  
Vol 30 (S2) ◽  
pp. S106-S106
Author(s):  
P. Lapierre ◽  
S. Szaffarczyk ◽  
T. Danel ◽  
O. Cottencin ◽  
D. Pins

L’alcoolo-dépendance est une maladie chronique hautement récidivante dont l’enjeu principal est la prévention des rechutes. Les rechutes sont favorisées par le ressenti du sujet vis-à-vis de son environnement social [1]. L’alcoolo-dépendance entraîne des troubles cognitivo-comportementaux dont des déficits de reconnaissance émotionnelle et une altération des interactions sociales [2] majorant le risque de rechutes [3]. Ces troubles pourraient être liés à une altération du sentiment de familiarité. La familiarité se définit comme un sentiment de connaissance préalable d’un stimulus générant une émotion inconsciente, sans souvenir conscient de son identité [4]. Nous nous proposons d’étudier la familiarité aux visages dans l’alcoolo-dépendance. Douze patients alcoolo-dépendants (AD) étaient appariés en sexe et en âge à 12 témoins (T). Les participants ne présentaient ni trouble psychiatrique, ni neurologique, ni addiction en dehors d’un trouble d’usage sévère d’alcool pour le groupe AD (classification DSM-5). Des morphes entre visages familiers et inconnus (contenant 5 à 95 % du visage familier) étaient présentés. Les sujets devaient indiquer les visages leur semblant familiers. Un pourcentage de réponse « familier » était alors calculé par niveau de familiarité, permettant de construire une fonction psychométrique par sujet, et d’en déduire le seuil de familiarité (pourcentage de familiarité contenue dans le morphe pour lequel 50 % des stimuli étaient considérés comme familiers). Les interactions sociales étaient évaluées par une échelle de cognition sociale (MASC). Le seuil de familiarité était significativement plus faible dans le groupe AD que dans le groupe T (48,79 % versus 54,94 % – p = 0,025). Parallèlement les 2 groupes différaient sur les scores au MASC (AD : 26/45 ; T : 31/45 – p = 0,015). Ces résultats démontrent une hyperfamiliarité dans l’alcoolo-dépendance, associée à une altération de la cognition sociale. L’implication de l’altération de ces deux processus sur les risques de rechute est abordée.


2017 ◽  
Vol 27 ◽  
pp. 127-140
Author(s):  
Émilie Jacobs ◽  
Charline Léonard ◽  
Nathalie Nader-Grosbois ◽  
Marine Houssa ◽  
Stéphanie Mazzone

Cette étude investigue la possibilité de modifier les compétences socio-émotionnelles d’enfants présentant une déficience intellectuelle (DI) grâce à un entrainement de la Théorie de l’esprit (ToM) ou du Traitement de l’information sociale (TIS). Dix-huit enfants présentant une DI sont répartis aléatoirement dans le groupe contrôle ou dans un des deux groupes expérimentaux, entrainant grâce à une séance, soit la ToM, soit le TIS. Avant et après ceux-ci, une évaluation de l’âge développemental, des compétences en compréhension des états mentaux, en résolution de problèmes sociaux, en adaptation sociale et en régulation émotionnelle des enfants est réalisée. La comparaison entre les trois groupes montre que certaines performances en ToM ou en TIS peuvent être améliorées.


2013 ◽  
Vol 28 (S2) ◽  
pp. 22-22
Author(s):  
E. Peyroux

La cognition sociale, définie par Penn et al. [3] comme : « la faculté de comprendre soi-même et autrui dans le monde social » est déficitaire chez la plupart des personnes souffrant de schizophrénie [2]. Cette composante est pourtant d’une importance fondamentale pour le fonctionnement social, professionnel et interpersonnel [1]. Dans la schizophrénie, 5 processus du domaine de la cognition sociale sont régulièrement altérés : la théorie de l’esprit, la perception sociale, les connaissances sociales, le style attributionnel et les processus émotionnels. Dans le champ de la remédiation cognitive, plusieurs équipes ont développé des programmes afin de cibler les déficits de cognition sociale. On peut décomposer ces interventions en fonction de leur base théorique. Certaines procédures, qualifiées de « larges », reposent sur l’idée que les compétences neurocognitives renforcent les aptitudes relationnelles des patients, d’autres programmes « ciblés », plus restrictifs, permettent d’améliorer efficacement une composante de la cognition sociale, enfin, plus récemment, des interventions « globales », tenant compte de l’ensemble des processus de la cognition sociale altérés dans la schizophrénie ont été développés [4]. Le programme RC2S (Remédiation Cognitive de la Cognition Sociale) mis au point à Lyon est ainsi le premier programme en langue française entrant dans le champ des interventions globales. Cette intervention est individualisée et repose en partie sur l’outil informatique par le biais de situations de réalité virtuelle. Ce type de technologie offre en effet la possibilité de construire des environnements réalistes en 3D où toutes les composantes d’une interaction sociale réelle peuvent être mises en jeu. Des études de cas uniques multiples sont aujourd’hui en cours afin d’évaluer la pertinence de cet outil pour la prise en charge des déficits de cognition sociale chez les personnes souffrant de schizophrénie ou de troubles associés.


2013 ◽  
Vol 28 (S2) ◽  
pp. 36-36
Author(s):  
M.-A. Crocq

Le DSM-5 a introduit le chapitre des « Troubles NeuroDéveloppementaux » (TND) qui regroupe certaines catégories qui appartenaient aux Troubles apparaissant dans la petite enfance, l’enfance et l’adolescence. Les TND incluent les troubles du développement intellectuel, de la communication, du spectre de l’autisme (TSA), des apprentissages, moteurs (p. ex., Tourette), et le déficit de l’attention/hyperactivité. La catégorie TSA remplace les Troubles Envahissants du Développement. Les TSA sont définis par deux critères seulement : déficit persistant dans la communication et les interactions sociales, intérêts et comportements limités et stéréotypés. Ces modifications peuvent influencer les recherches et l’accès aux soins [1].


Author(s):  
Christopher Krupenye ◽  
Evan L. MacLean ◽  
Brian Hare

Theory of mind—the ability to reason about the thoughts and emotions of others—is central to what makes us human. Chimpanzees too appear to understand some psychological states. While less is known about bonobos, several lines of evidence suggest that the social-cognitive abilities of the two sister taxa may differ in key respects. This chapter outlines a framework to guide future research on bonobo social cognition based on the predictions of two potentially complementary hypotheses. The self-domestication hypothesis suggests that selection against aggression and for prosociality in bonobos may have impacted the ontogeny of their social-cognitive skills relative to chimpanzees. The empathizing–systemizing hypothesis links degree of prenatal brain masculinization, a potential result of self-domestication, to adult cognition. Specifically, relative feminization may yield more flexible theory of mind skills in bonobos than chimpanzees. Finally, directions for future study, including development of new paradigms that maximize ecological validity for bonobos, are discussed. La théorie de l’esprit—le pouvoir de raisonner les pensées et émotions des autres—est centrale à notre nature humaine. Il parait que les chimpanzés peuvent comprendre quelques états psychologiques. Tandis que nous savons moins des bonobos, plusieurs témoignages suggèrent que les capacités socio-cognitives des deux taxons soeur peuvent différer dans des aspects clefs. Nous traçons un cadre pour guider les prochaines recherches sur la cognition sociale des bonobos, basé sur les prédictions de deux hypothèses potentiellement complémentaires. L’hypothèse d’auto-domestication suggère que l’anti-agression et la prosocialité des bonobos a influé leur ontogenèse et leur capacités socio-cognitives relativement aux chimpanzés. L’hypothèse d’empathie systématique (Empathizing–Systemizing) forme un lien entre le degré de masculinisation prénatale du cerveau, le résultat potentiel d’auto-domestication, et la cognition adulte. Spécifiquement, la féminisation relative génère des théories de l’esprit plus flexibles chez les bonobos que chez les chimpanzés. Enfin, nous discutons le directions pour les prochaines études, inclut le développement de nouveaux paradigmes qui maximisent la validité écologique des bonobos.


2013 ◽  
Vol 28 (S2) ◽  
pp. 21-22
Author(s):  
M.-C. Bralet

Les cognitions sociales sont significativement perturbées dans la schizophrénie, ces perturbations sont à l’origine de difficultés dans les interactions sociales et par conséquent dans la vie quotidienne. Les programmes en remédiation cognitive ciblant uniquement les déficits en cognitions froides permettent d’améliorer spécifiquement ces déficits mais n’ont pas eu pour autant l’impact espéré sur la vie quotidienne. Différents programmes ciblant les cognitions sociales se sont par conséquent développés en ciblant soit globalement ces déficits (ex. : SCIT, Social Cognition Interaction Training, de D. Penn [1]), soit spécifiquement un domaine (ex. : TAR, Targeting Affective Recognition program, de W. Wolwer [3], ciblant la perception des émotions). Ces programmes peuvent présenter des limites en termes de faisabilité et d’indications cliniques (patients de bon pronostic). Or ce sont les patients de moins bon pronostic (durée d’évolution importante de la maladie) qui présentent les déficits les plus sévères en habiletés sociales. Il existe un pattern commun en termes de dysfonctionnement au niveau des cognitions sociales entre des patients souffrant de troubles autistiques et de certaines formes de schizophrénie. MindReading: An Interactive Guide to Emotions, est un logiciel interactif destiné à améliorer la perception et la reconnaissance des émotions faciales chez les patients souffrant de troubles autistiques [2].ObjectifsPrésenter le programme MindReading et l’intérêt de son utilisation chez les patients souffrant de schizophrénie ayant une longue durée d’évolution et/ou d’hospitalisation.PerspectivesUtiliser et développer des programmes de remédiation en cognitions sociales validés chez des patients souffrant de troubles autistiques pourraient être pertinents pour des patients souffrant d’une certaine forme de schizophrénie avec altérations sévères des cognitions sociales en complément d’un programme de remédiation cognitive sur les cognitions froides.


2013 ◽  
Vol 28 (S2) ◽  
pp. 21-21
Author(s):  
E. Brunet-Gouet ◽  
A. Oker ◽  
M. Urbach ◽  
N. Bazin ◽  
C. Passerieux

La pratique psychiatrique est amenée à intégrer de plus en plus de moyens spécialisés d’évaluation des capacités cognitives des patients schizophrènes. Évaluer ces facultés revêt un intérêt tout particulier du fait de leurs corrélations significatives, même partielles, avec le pronostic fonctionnel, autrement dit le handicap. De plus, les mesures des capacités cognitives sont directement en lien avec les moyens de remédiation cognitive dont l’intérêt thérapeutique est établi. En tant que domaine particulier du traitement de l’information, un nombre croissant de travaux a mis en lumière les spécificités neurofonctionnelles des processus permettant de comprendre les états mentaux et affectifs d’autrui. Sous les intitulés de reconnaissance émotionnelle, perception sociale, représentations partagées, prise de perspective, théorie de l’esprit, ou empathie sont identifiés des processus et des représentations dont la faillite impacte les capacités relationnelles des patients. Au stade actuel des connaissances, il n’existe pas de consensus sur les moyens de mesure pertinents et leur éventuelle hiérarchisation à des fins cliniques. Des propositions de batterie sont en cours d’évaluation et de déploiement. Pour aller plus avant, à l’encontre du réductionnisme scientifique prédominant, nous développons ici l’idée qu’aux côtés des évaluations fondées sur des mesures de construits cognitifs sociaux distincts et validés par les neurosciences sociales, de nouvelles méthodes sont à concevoir pour tester les capacités d’interaction sociale. Une approche « naturalistique » fondée sur la multi-modalité, la contextualisation et la mise en situation est rendue possible avec le développement des techniques de réalité virtuelle. Celles-ci constituent une voie prometteuse pour concilier deux besoins scientifiques apparemment contradictoires : d’une part, le besoin de complexifier les stimuli sociaux en les rendant réalistes, interactifs, partiellement prévisibles, et immersifs, et d’autre part, le besoin d’assurer la réplicabilité et la standardisation des mesures. Notre propos s’appuiera sur les résultats à mi-parcours du projet ANR COMPARSE.


2007 ◽  
Vol 23 (1) ◽  
pp. 115-129 ◽  
Author(s):  
Nathalie Poirier

RÉSUMÉ La théorie de l'esprit est la capacité de se représenter les désirs, croyances et intentions des autres. Cette capacité est acquise chez l'enfant vers l'âge de sept ans. Toutefois, cette théorie est déficitaire chez les personnes autistes ayant un âge mental équivalent ou supérieur à sept ans. Cette difficulté semble s'expliquer par un délai développemental spécifique au niveau du mécanisme de la pensée (Baron-Cohen, 1989a). Ce délai serait associé chez les personnes autistes à leurs critères diagnostiques propres, soit à leurs difAcuités cognitives (Baron-Cohen 1989b), à leurs habiletés langagières déficitaires (Sparrevohn et Howie, 1995) et à leurs altérations des interactions sociales (Holroyd et Baron-Cohen, 1993). Cet article propose une recension des écrits sur la problématique de la théorie de l'esprit ainsi qu'une description de deux autres approches, soit celles des fonctions executives et de la cohérence centrale.


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