scholarly journals La théorie de l’esprit de l’enfant autiste

2007 ◽  
Vol 23 (1) ◽  
pp. 115-129 ◽  
Author(s):  
Nathalie Poirier

RÉSUMÉ La théorie de l'esprit est la capacité de se représenter les désirs, croyances et intentions des autres. Cette capacité est acquise chez l'enfant vers l'âge de sept ans. Toutefois, cette théorie est déficitaire chez les personnes autistes ayant un âge mental équivalent ou supérieur à sept ans. Cette difficulté semble s'expliquer par un délai développemental spécifique au niveau du mécanisme de la pensée (Baron-Cohen, 1989a). Ce délai serait associé chez les personnes autistes à leurs critères diagnostiques propres, soit à leurs difAcuités cognitives (Baron-Cohen 1989b), à leurs habiletés langagières déficitaires (Sparrevohn et Howie, 1995) et à leurs altérations des interactions sociales (Holroyd et Baron-Cohen, 1993). Cet article propose une recension des écrits sur la problématique de la théorie de l'esprit ainsi qu'une description de deux autres approches, soit celles des fonctions executives et de la cohérence centrale.

2016 ◽  
Vol 41 (1) ◽  
pp. 163-181
Author(s):  
Alexis Lafleur ◽  
Isabelle Soulières ◽  
Baudoin Forgeot d’Arc

Le sens de l’agentivité (SdA) consiste à détecter que l’on est la cause d’une action (Gallagher, 2000). Il est lié au contrôle moteur, mais également à la conscience de soi et pourrait jouer un rôle important dans l’interaction sociale. Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est caractérisé par une altération des interactions sociales et de la communication (DSM-5 ; APA, 2013), et est souvent perçu comme relevant d’un déficit primaire de fonctions spécifiques à la cognition sociale. Pourtant, le contrôle moteur est également altéré dans le TSA. Nous faisons l’hypothèse que les symptômes moteurs et l’atteinte de l’interaction sociale pourraient relever d’une même atteinte du SdA. Nous présentons d’abord les modèles explicatifs généraux et les bases neurofonctionnelles du SdA implicite et explicite (Synofzik et al., 2008), puis les manifestations de ses perturbations dans d’autres troubles neuropsychiatriques comme la schizophrénie. Dans le TSA, la formation atypique des modèles internes de l’action lors de l’apprentissage moteur (Haswell et al., 2009) pourrait être à l’origine de l’altération du SdA implicite. Le manque de fidélité des indices d’agentivité sensorimoteurs (Zalla et al., 2015) pourrait de façon concomitante entraîner l’altération du SdA explicite. Nous discutons les principales manifestations cliniques du TSA qui seraient reliées aux altérations du SdA (difficultés dans la théorie de l’esprit et l’imitation, déficits de la coordination et des praxies, etc.)


2015 ◽  
Vol 30 (S2) ◽  
pp. S91-S92
Author(s):  
C. Mille

On considère généralement que les enfants autistes développent peu de conduites d’imitation et il s’agit d’ailleurs d’un des critères diagnostiques classiques. On connaît notamment leurs difficultés spécifiques constatables dans les formes différées d’imitation, comme le jeu de faire semblant et le jeu social d’imitation, et leur indifférence manifeste à toute situation les éloignant de leurs objectifs immédiats. Il s’avère pourtant qu’ils se montrent ultérieurement capables d’imiter et d’utiliser l’imitation pour s’adapter. Alors qu’ils semblent durablement ne pas se préoccuper de l’opinion d’autrui et construire leurs désirs sans médiateurs sociaux, il arrive souvent qu’à l’adolescence se déclare ce besoin de se calquer sur d’autres érigés en modèles absolus. Alors que pendant longtemps, les personnes Asperger ne se montrent aucunement sensibles aux effets de mode et ne se fient qu’à leurs propres jugements, celles qui témoignent de leur parcours décrivent souvent l’émergence secondaire d’un profond souci de normalité plus que d’originalité, les amenant à copier l’apparence, les attitudes, les inflexions de la voix de ceux qui leur donnent le sentiment d’avoir parfaitement confiance en eux. Elles sont généralement conscientes de leur aspect caméléon et peuvent se soumettre à un entraînement intensif pour s’exercer et mettre en application leur apprentissage des normes sociales les plus reconnues. Elles n’en éprouvent aucune gêne et s’enorgueillissent plutôt des résultats obtenus. Par ce mimétisme délibéré, elles se livrent ainsi à une forme caricaturale de « désirabilité sociale », mais peut-on considérer que s’agit-il alors d’un accès tardif à un désir mimétique au sens où l’entend R. Girard ? La question mérite d’être posée.


Author(s):  
Hilda C. P. Morana

Nous analysons 22 cas diagnostiqués comme Trouble de la Personnalité Antisociale poursuivis en justice et bénéficiaires de l’aide légale. Le diagnostic repose sur les critères stricts de la CIM-10 (F60.2) et du DSM-IV (301.7). Tous ces cas sont issus de l’expertise réalisée à l’Institut de Médecine Sociale et de Criminologie de l’état de Sao Paulo (IMESC) qui visait à évaluer leur état mental. L’expertise comprenait une évaluation psychiatrique et le test du Rorschach. D’autres tests psychologiques, des évaluations neurologiques et autres examens complémentaires ont été effectués à la demande. Les procédures judiciaires concernaient toutes des actes criminels. Toutefois on trouve des différences importantes quant à la potentialité criminelle. Ce fait, ainsi que d’autres éléments issus des dossiers, nous a persuadé que non seulement l’on se trouvait devant des potentialités criminelles distinctes mais qu’en outre que d’importantes différences dans la personnalité étaient en jeu, qui ne peuvent être appréhendées par les critères diagnostiques couramment utilisés pour le Trouble de la Personnalité Antisociale. En corrélant ces item avec la dynamique psychique donnée par le Rorschach et inférée des anamnèses des sujets, nous avons trouvé dans notre échantillon quatre sous-types bien distincts de Trouble de la Personnalité Antisociale, pour lesquels nous avons gardé la terminologie psychiatrique classique, et qui ne peuvent être considérés simplement comme des variantes individuelles. Cela ne veut pas dire, compte tenu des limitations de notre échantillon, qu’il ne pourrait exister d’autres sous-type. Dans le groupe diagnostiqué comme Trouble de la Personnalité Antisociale, nous avons trouvé les quatre sous-types suivants: instabilité (8 cas), caractère pervers (7 cas), explosivité (5 cas) et asthénie (2 cas). Bien que nous n’ayons pas procédé à des analyses statistiques, cette étude qualitative représente le point de départ d’une ligne d’investigation que les auteurs ont l’intention de poursuivre concernant le problème des troubles spécifiques de la personnalité. L’analyse porte sur les données démographiques, l’histoire personnelle, les antécédents, les épisodes cliniques, l’histoire des faits incriminés et l’âge auquel ils ont été commis, ainsi que sur les item diagnostiques. Les résultats du Rorschach sont présentés dans des tableaux et interprétés en référence à l’échantillon composé de 10 sujets non consultants qu’utilise Silveira (23) pour la standardisation du Rorschach à la population brésilienne. Dans la conclusion générale, nous mettons l’accent sur les aspects de la dynamique complexe du psychisme qui ont trait à la répercussion. L’un de ces aspects concerne des modalités particulières de la perception et de la pensée. L’autre aspect est lié à l’assertion donnée dans la définition du Trouble de la Personnalité Antisociale à la CIM-10: “incapacité de se conformer aux normes et règles sociales et aux obligations sociales.” En ce qui concerne le type d’infraction, nous avons observé que (1)dans le type explosif, ce sont les atteintes physiques et l’alcoolisation qui prédominent; (2)dans le caractère pervers, on trouve surtout des homicides (y compris attaque à main armée), utilisation de cannabis et absence de troubles épileptiformes, ainsi que des traumatismes accidentels; (3)on trouve une plus grande variété d’actes criminels ainsi que des addictions à la cocaïne dans le type instable. Les troubles associés à l’épilepsie prédominent dans les types antisocial et instable. Les auteurs estiment que les résultats de la présente étude intéressent les procédures épidémiologiques, d’expertise et de traitement, notamment en ce qui concerne les conséquences judiciaires et les possibilités de réhabilitation psychosociale des personnes qui présentent un Trouble de la Personnalité Antisociale.


2014 ◽  
Vol 6 (4) ◽  
pp. 276 ◽  
Author(s):  
Noémie Moreau ◽  
Maud Champagne-Lavau

2012 ◽  
Vol 23 ◽  
pp. 34-42
Author(s):  
Nathalie Nader-Grosbois

Cet article propose l’intégration de plusieurs axes d’évaluation et d’intervention ciblant les compétences socio-émotionnelles chez des enfants et adolescents à développement atypique, sur base d’un récent modèle heuristique du fonctionnement social de Yeates et al. (2007), inspiré des travaux menés en neuroscience sociale et en psychologie du développement. Il crée des articulations entre trois niveaux de fonctionnement social d’enfants et d’adolescents atypiques : en l’occurrence, le traitement de l’information sociale (Théorie de l’Esprit, traitement socio-perceptif, connaissances sociales), les interactions sociales (avec pairs et adultes), l’adaptation sociale et la qualité des relations. Pour chaque niveau spécifique, cet article propose des types d’instruments d’évaluation et des indications utiles pour soutenir leurs compétences ou pour limiter leurs déficits particuliers.


Sign in / Sign up

Export Citation Format

Share Document