scholarly journals De la pauvreté à la misère : La détresse alimentaire chez les femmes de l’agglomération de Québec

2005 ◽  
Vol 13 (1) ◽  
pp. 93-112
Author(s):  
Lise Pilon

Dans un pays où le supermarché est un puissant symbole d'abondance alimentaire, plus de 16 500 ménages de la région de Québec manquent d'argent pour la nourriture, se privent d'aliments essentiels, vivent en état de malnutrition et doivent recourir à la charité privée pour survivre. Cet enfer quotidien prend le nom de « détresse alimentaire », et les femmes, seules, en famille monoparentale ou en famille nucléaire sont plus nombreuses que les hommes dans cette situation. L'auteure a diagnostiqué trois degrés de gravité de détresse alimentaire, à partir d'entrevues, qui ont une incidence sur l'ensemble de la vie de ces personnes. Mentionnons la perte de la capacité de se nourrir par soi-même, des problèmes graves de santé physique et mentale et la perte de l'espoir de pouvoir s'en sortir. Conséquence de l'appauvrissement rapide des personnes exclues du marché du travail au cours des cinq dernières années, la détresse alimentaire exige, pour être saisie dans toute son ampleur, de comprendre ses causes sociales profondes : un système de domination et d'exploitation qui a changé le contrat social entre l'État, les entreprises privées ainsi que les travailleurs et les travailleuses pour surcharger de travail certaines personnes et accroître leur insécurité, alors qu'il en exclut d'autres du marché du travail et les condamne à la misère.

2012 ◽  
Vol 10 (1) ◽  
pp. 169-196 ◽  
Author(s):  
Mireille Tremblay ◽  
Fabrice Olivet

La citoyenneté est un objet fragile, source d’interrogations pour les praticiens, les chercheurs, mais aussi pour les usagers. Cet article est le résultat d’un dialogue tenu lors du Deuxième colloque international francophone sur la dépendance aux opioïdes (Paris, les 4 et 5 novembre 2010), qui a réuni une chercheure québécoise et un représentant français de l’autosupport des usagers de drogues. Tous deux ont tenté de répondre à la question posée : La citoyenneté de l’usager de drogues peut-elle constituer un facteur déterminant de la réussite des traitements de substitution aux opiacés (TSO) ?La réponse est ambivalente. Elle témoigne à la fois de la virtualité positive de la dimension citoyenne dans l’espace thérapeutique, mais aussi des limites de cet exercice dans le cadre spécifique des TSO. Depuis 20 ans, les pouvoirs publics, en France comme au Québec, renforcent les dispositifs légaux qui favorisent la participation des personnes sans réussir à impliquer à un niveau significatif des représentants du secteur des addictions. Cette situation est le résultat d’un déficit de compétences qui mériterait d’être pris en compte, mais aussi d’une stigmatisation particulière des usagers de TSO, toujours suspectés de se complaire dans la toxicomanie.


2005 ◽  
Vol 4 (3) ◽  
pp. 313-336
Author(s):  
Gérald Fortin ◽  
M.-Adélard Tremblay

Le besoin étant défini de façon subjective, l'univers des besoins de la famille constitue pour celle-ci un système normatif qui conditionnera ses conduites économiques. Cependant, la famille dans la définition de sa situation globale doit tenir compte non seulement de ses normes mais aussi du niveau réel de ses ressources, de son revenu. Nous avons pu déterminer que la définition de la situation était aussi influencée par l'histoire de la famille et par certaines dispositions psychologiques. La définition de la situation par la famille peut cependant porter sur deux objets différents. La famille peut extérioriser sa définition de la situation en exprimant son degré de satisfaction ou de privation par rapport aux différents postes du budget et par rapport à des conduites particulières. Elle peut aussi livrer sa définition en évaluant globalement la situation présente et passée. En général, il nous est apparu que la famille avait beaucoup de difficulté à subdiviser la situation en aspects particuliers et avait plutôt tendance à percevoir globalement ses chances de vie. C'est pourquoi nous voulons consacrer le présent article à l'analyse de la définition globale de la situation. À ce propos deux questions s'imposent à notre attention : a) comment les familles évaluent-elles leur revenu par rapport à leurs besoins ? et, b) de quelle façon les familles entrevoient-elles l'avenir ? Cette double interrogation nous permet de rejoindre l'univers des aspirations, c'est-à-dire ce qui est considéré comme souhaitable et réalisable dans un avenir plus ou moins rapproché. L'aspiration peut être analysée à travers les explications que fournit l'individu pour justifier un comportement et à travers les désirs que ces explications expriment. L'aspiration se révèle aussi dans les objectifs et les projets dont l'individu poursuit la réalisation. Mais tous ces différents indices qui manifestent à des degrés divers, à travers divers mécanismes, la présence d'aspirations n'apparaissent que lorsque le consommateur a atteint un certain niveau de vie. En effet, comme nous le verrons plus loin, la définition de la situation s'exprimera à travers des aspirations seulement si l'individu a réussi au préalable à satisfaire la plupart de ses besoins essentiels. Un individu qui est constamment aux prises avec les problèmes posés par l'incomplète satisfaction des besoins immédiats de sa famille peut difficilement élaborer des projets d'avenir et planifier à long terme l'amélioration de ses conditions de vie. Cependant, la possibilité de se projeter dans l'avenir par l'aspiration ne dépend pas uniquement de la situation objective (un certain niveau de vie), mais aussi de la définition de cette situation. Cette définition de la situation dépend aussi bien de la situation objective de la famille que de ses normes de consommation. C'est pourquoi, avant d'aborder l'étude des aspirations, il faut examiner la manière dont les familles jugent leur situation objective (les ressources disponibles) par rapport à leurs besoins. Cette première section s'intitulera : « La satisfaction des besoins quotidiens ». Dans une deuxième section, on définira « l'univers des aspirations » des travailleurs salariés, puis on analysera comment s'effectue le passage du besoin à l'aspiration et comment les aspirations deviennent des rêves.


2014 ◽  
Vol 29 (S3) ◽  
pp. 559-560
Author(s):  
S. Berthoz

L’idée que certaines dimensions de la personnalité et du fonctionnement affectif prédisposent à l’émergence de comportements à risque pour la santé physique et/ou soient des facteurs de vulnérabilité pour différents troubles psychiatriques n’est pas nouvelle. Dans la lignée de ce courant, plusieurs instruments auto-rapportés de l’évaluation de la personnalité et/ou du fonctionnement socio-affectif ont été développés. Toutefois, la capacité de ces instruments à rendre compte des mécanismes neurobiologiques sous-jacents reste limitée, et le fait qu’ils constituent des reflets pertinents de mécanismes génétiques et cérébraux spécifiques est de plus en plus discuté [1]. Les échelles de personnalité développées par J. Panksepp et al. pallieraient cette limite. Plutôt que de se baser sur un lexique descriptif du ressenti émotionnel, leur construction repose sur les avancées dans le domaine des neurosciences affectives et l’identification des circuits cérébraux et neuromédiateurs impliqués dans la réaction et la régulation émotionnelle [2]. Ces « échelles neuroaffectives de personnalité » (Affective Neuroscience Personality Scales [ANPS]) permettraient l’évaluation d’endophénotypes émotionnels. Les ANPS rendraient compte du fonctionnement et de l’équilibre entre 6 systèmes émotionnels primaires (3 positifs : la maternance, la jovialité, l’exploration ; 3 négatifs : la peur, la colère et la tristesse). Leur élaboration, validation en langue française ainsi que les données de la littérature émergente en faveur de leur utilisation seront présentées. Les pistes proposées pour en améliorer les qualités psychométriques seront discutées ([3,4]).


1985 ◽  
Vol 67 (751) ◽  
pp. 24-28 ◽  
Author(s):  
J. de Preux
Keyword(s):  
De Se ◽  

En 1981, la XXIVe Conférence internationale de la Croix-Rouge déplorait (Résolution VI) que dans plusieurs conflits armés des dispositions fondamentales des Conventions de Genève étaient violées et que ces violations avaient pour conséquences d'entraver les activités du Comité international de la Croix-Rouge. Or, en dépit de l'appel solennel lancé par la Conférence pour remédier à cette situation, des réticences, voire une certaine mauvaise volonté à respecter pleinement ces règles fondamentales continuent de se manifester. Sous prétexte d'exiger la réciprocité, l'application des dispositions conventionnelles est parfois subordonnée à des marchandages et les prisonniers euxmêmes sont traités en otages, voire en instruments de chantage. Ces prises de position sont inacceptables. Le texte suivant est destiné à faire le point sur ces questions.


Author(s):  
Jean-Claude Martin ◽  
Raymond Baril

Une recherche exploratoire sur les principaux facteurs qui facilitent ou retardent le retour au travail a permis d’aborder l’expérience vécue par les travailleurs et les travailleuses qui, suite à une lésion professionnelle laissant des séquelles permanentes, sont passés par un processus de réadaptation physique, sociale et professionnelle dans le cadre de la loi québécoise sur les accidents de travail et les maladies professionnelles. Au cours du processus et à l’issue de celui-ci, les travailleurs sont confrontés à des conditions difficiles de retour au travail ou encore à des rejets répétés du marché du travail, à des contestations, à l’épuisement de leurs réseaux de support ou encore à des conflits conjuguaux. Cette situation de précarité et de marginalisation les expose à un vide identitaire et les rend vulnérables à la solitude et à l’isolement social.


2021 ◽  
Vol 3 (1) ◽  
pp. 01-10
Author(s):  
Ilunga Kalombo Fifi ◽  
Sem Mbimbi Pascal

La République démocratique du Congo en général et la ville de Lubumbashi en particulier enregistrent une croissance démographique rapide accompagnée d’énormes défis socio-économiques. Alors que le chômage ainsi que les inégalités sociales sont largement documentés, cette situation touche malheureusement plus des femmes malgré leurs niveaux d’étude universitaire. À Lubumbashi, l’enquête conduite dans les entreprises publiques et privées renseigne que seulement 9% des femmes universitaires y travaillent dans l’administration malgré le nombre important de femmes diplômées ces dernières années. L’objectif de cette étude était d’identifier les facteurs d’insertion professionnelle ainsi que des défis à relever pour capitaliser, au profit du pays, les compétences des femmes universitaires pour une croissance plus inclusive. Les données utilisées dans le cadre de cette étude proviennent d’une enquête conduite à Lubumbashi auprès de 384 femmes diplômées d’universités choisies de manière aléatoire en 2019. Les résultats indiquent 76% de femmes interrogées ont obtenu leurs licences mais celles qui ont fait leurs études dans des filières spécialisées (par exemple : médecine, accouchement) et des filières techniques (par exemple : géologie, chimie) se sont vite insérées dans le monde professionnel. En outre, la matrice de corrélation montre que la position du mari dans une entreprise et sa rémunération, le statut des parents, la connaissance de la langue anglaise ainsi que de l’informatique sont des éléments supplémentaires positivement corrélées à l’insertion professionnelle des femmes diplômées à Lubumbashi. Ces résultats nous motivent d’inviter et d’encourager les filles à s’inscrire dans les filières techniques et apprendre l’outil informatique et l’anglais pour augmenter les chances de trouver de l’emploi. Cette étude constitue aussi une source d’informations fiables pour le pouvoir public qui cherche à améliorer les conditions d’accès des femmes au marché du travail.


Author(s):  
Mathieu Lefebvre ◽  
Sergio Perelman ◽  
Pierre Pestieau

Depuis quelques années, il est admis qu’il y a lieu de s’inquiéter pour l’avenir de l’État providence. Des menaces croissantes pèsent en effet sur son fonctionnement. Elles ont pour noms vieillissement, concurrence fiscale, changements familiaux et segmentation du marché du travail. Pour toutes ces raisons, les États providences européens ont besoin de réformes, réformes qui permettraient une meilleure adéquation entre leurs structures et la réalité socio-économique actuelle, très différente de celle qui prévalait après la seconde guerre mondiale, lorsque les grands programmes de protection sociale ont été créés. Avant de procéder à toute réforme, il est nécessaire de se rappeler quels sont les objectifs de la protection sociale. En effet, pour juger de sa performance, il importe de savoir comment ces objectifs ont été atteints. Ces objectifs sont essentiellement de deux ordres : assurer une bonne protection contre les grands risques de la vie (le chômage, la maladie, l’invalidité, l’absence de qualification) et réduire au mieux les inégalités sociales et la pauvreté. Dans ce numéro de Regards économiques, nous proposons une mesure et un classement de la performance de la protection sociale des 27 pays membres de l’UE ainsi que des régions belges. On retrouve les suspects habituels dans le peloton de tête, à savoir les Pays Nordiques et les Pays-Bas. Parmi les derniers entrants, la Tchéquie et la Slovénie se comportent également très bien. Malgré les différences de performances observées entre les pays, une analyse de l’évolution dans le temps montre que les pays à la traine tendent à rattraper leur retard par rapport aux Etat les plus performants, ce qui semble indiquer l’absence de dumping social. Quant à la Belgique, elle se retrouve au milieu du classement des 27 pays. Ce n’est guère glorieux surtout par rapport à la réputation que notre pays pouvait avoir il y a deux décennies. Ce qui est intéressant, c’est de distinguer les deux principales régions belges. La Flandre se retrouve tout en haut du classement alors que la Wallonie est classée parmi les derniers.


PMLA ◽  
1963 ◽  
Vol 78 (4-Part1) ◽  
pp. 417-421
Author(s):  
Pierre Aubery
Keyword(s):  

Fin 1945 on vit paraître en France aux devantures des libraires un petit volume portant le titre modeste de Travaux. L'auteur, un authentique ouvrier manuel de quarante-un ans dont c‘était là le premier livre, nous parlait d'une façon très neuve des rapports, d'une richesse insoupçonnée, qu'il établissait avec le monde des choses à travers son travail. Navel se révélait en outre moraliste, préoccupé d'atteindre à plus de sensibilité, à plus de conscience, en dépit des obstacles redoutables que l'implacable rigueur de la condition ouvrière accumulait sur son chemin. Page après page on assistait à cette lutte tenace, malgré les accès de découragement et les retombées, d'un ouvrier qui ne voulait rien abdiquer de ses aspirations d'homme libre à vivre plus intensément, aussi bien par le cœur que par l'intelligence. Bientôt Navel, qui écrivait son livre à la première personne, nous expliquait comment il se rendit compte très jeune que son humanité était non seulement menacée mais contestée par l'ordre social existant. Pour tenter de sauver ce qui pouvait l‘être il oscille entre deux pôles. Tantôt il espère pouvoir faire son salut en même temps que tous les prolétaires, grâce à l'action politique, tantôt il essaye de se sauver tout seul en échappant à l'emprise de l'usine. Les récits que Navel donnait dans Travaux et plus tard dans Parcours et Sable et Limon de ce long combat qu'il devait livrer, entre 1919 et 1945, contre l'engloutissement qui le menaçait dans des tâches purement alimentaires, dressaient finalement, bien sÛr, un bilan de faillite. Mais d'une faillite qui n'avait rien d'une débâcle. Malgré l'inégalité de la lutte Navel avait connu des moments de bonheur et d'exaltation. Il avait préservé sa santé physique et aussi son juvénile appétit de beauté, de générosité et d'amitié. Il n'avait rien renié, rien trahi de ses aspirations de socialiste humaniste. En 1945 une telle attitude, qui illustrait en somme l'itinéraire de toute une génération passée par le Front populaire et la Résistance, valut à Navel de nombreuses sympathies. Son livre eut une excellente presse. Naval était lancé, promu écrivain, édité bientôt par Gallimard.


2005 ◽  
Vol 15 (2-3) ◽  
pp. 313-334
Author(s):  
René Carpentier ◽  
Claire Chamberland ◽  
Louise Laliberté ◽  
Marc Rainville ◽  
Nicole Gagnon

Aborder la réalité universitaire sous l'angle de la fonctionnalité suppose une mise en perspective de l'univers de la formation académique avec celui du marché du travail. Du côté de la formation, nous pouvons identifier provisoirement deux dimensions: l'acquisition des connaissances académiques proprement dites à travers la relation pédagogique, que nous appellerons le « savoir-science » ; l'acquisition d'un autre type de savoir, plus diffus, originant du contexte culturel de l'étudiant en cours de formation, que nous appellerons le « savoir-culture ». En postulant ainsi deux types de formation, nous pouvons poser le problème de la fonctionnalité en formulant l'hypothèse suivante: la formation académique du sociologue serait non fonctionnelle dans la mesure où le savoir-culture serait davantage utile sur le marché du travail. Distinguant, en outre, une fonctionnalité réelle, utilitaire, et une fonctionnalité symbolique, nous pouvons développer cette hypothèse en quatre hypothèses spécifiques : — le savoir-science n'a pas de fonctionnalité réelle parce que le rôle du sociologue dans la société n'est pas défini; — le savoir-science a une fonctionnalité symbolique pour autant qu'il sert de justification au poste occupé et au savoir-culture; — le savoir-culture a une fonctionnalité symbolique pour autant qu'il sert à s'imposer dans les relations sociales inhérentes au travail; — le savoir-culture a une fonctionnalité réelle puisqu'il est utilisé pour donner un aspect sociologique de surface aux travaux du sociologue, ce qui permet à celui-ci de légitimer son titre et la qualification de son travail. À la limite, l'université ne servirait-elle au sociologue qu'à devenir capable de se légitimer sur le marché du travail?


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