scholarly journals La fonctionnalité de la formation académique

2005 ◽  
Vol 15 (2-3) ◽  
pp. 313-334
Author(s):  
René Carpentier ◽  
Claire Chamberland ◽  
Louise Laliberté ◽  
Marc Rainville ◽  
Nicole Gagnon

Aborder la réalité universitaire sous l'angle de la fonctionnalité suppose une mise en perspective de l'univers de la formation académique avec celui du marché du travail. Du côté de la formation, nous pouvons identifier provisoirement deux dimensions: l'acquisition des connaissances académiques proprement dites à travers la relation pédagogique, que nous appellerons le « savoir-science » ; l'acquisition d'un autre type de savoir, plus diffus, originant du contexte culturel de l'étudiant en cours de formation, que nous appellerons le « savoir-culture ». En postulant ainsi deux types de formation, nous pouvons poser le problème de la fonctionnalité en formulant l'hypothèse suivante: la formation académique du sociologue serait non fonctionnelle dans la mesure où le savoir-culture serait davantage utile sur le marché du travail. Distinguant, en outre, une fonctionnalité réelle, utilitaire, et une fonctionnalité symbolique, nous pouvons développer cette hypothèse en quatre hypothèses spécifiques : — le savoir-science n'a pas de fonctionnalité réelle parce que le rôle du sociologue dans la société n'est pas défini; — le savoir-science a une fonctionnalité symbolique pour autant qu'il sert de justification au poste occupé et au savoir-culture; — le savoir-culture a une fonctionnalité symbolique pour autant qu'il sert à s'imposer dans les relations sociales inhérentes au travail; — le savoir-culture a une fonctionnalité réelle puisqu'il est utilisé pour donner un aspect sociologique de surface aux travaux du sociologue, ce qui permet à celui-ci de légitimer son titre et la qualification de son travail. À la limite, l'université ne servirait-elle au sociologue qu'à devenir capable de se légitimer sur le marché du travail?

Author(s):  
Mathieu Lefebvre ◽  
Sergio Perelman ◽  
Pierre Pestieau

Depuis quelques années, il est admis qu’il y a lieu de s’inquiéter pour l’avenir de l’État providence. Des menaces croissantes pèsent en effet sur son fonctionnement. Elles ont pour noms vieillissement, concurrence fiscale, changements familiaux et segmentation du marché du travail. Pour toutes ces raisons, les États providences européens ont besoin de réformes, réformes qui permettraient une meilleure adéquation entre leurs structures et la réalité socio-économique actuelle, très différente de celle qui prévalait après la seconde guerre mondiale, lorsque les grands programmes de protection sociale ont été créés. Avant de procéder à toute réforme, il est nécessaire de se rappeler quels sont les objectifs de la protection sociale. En effet, pour juger de sa performance, il importe de savoir comment ces objectifs ont été atteints. Ces objectifs sont essentiellement de deux ordres : assurer une bonne protection contre les grands risques de la vie (le chômage, la maladie, l’invalidité, l’absence de qualification) et réduire au mieux les inégalités sociales et la pauvreté. Dans ce numéro de Regards économiques, nous proposons une mesure et un classement de la performance de la protection sociale des 27 pays membres de l’UE ainsi que des régions belges. On retrouve les suspects habituels dans le peloton de tête, à savoir les Pays Nordiques et les Pays-Bas. Parmi les derniers entrants, la Tchéquie et la Slovénie se comportent également très bien. Malgré les différences de performances observées entre les pays, une analyse de l’évolution dans le temps montre que les pays à la traine tendent à rattraper leur retard par rapport aux Etat les plus performants, ce qui semble indiquer l’absence de dumping social. Quant à la Belgique, elle se retrouve au milieu du classement des 27 pays. Ce n’est guère glorieux surtout par rapport à la réputation que notre pays pouvait avoir il y a deux décennies. Ce qui est intéressant, c’est de distinguer les deux principales régions belges. La Flandre se retrouve tout en haut du classement alors que la Wallonie est classée parmi les derniers.


2016 ◽  
pp. 165-175
Author(s):  
Valentina Anacleria

Cet article questionne la situation de la littérature au temps de la mondialisation. Le désir du sinologue François Jullien de découvrir s’il y a encore la possibilité d’établir un dialogue entre les cultures — pas en termes d’identité, mais d’écart et de fécondité culturelle — a suscité ma curiosité. Comment la littérature et l’imaginaire des lecteurs sont-ils en train de se modifier ? Notre terrain d’observation privilégié sera celui de ce que nous appellerons l’écriture migrante, lorsque les écrivains immigrés utilisent la langue du pays d’accueil pour écrire leurs histoires. Ce sujet, à son tour, conduit aux questions du canon littéraire, de l’intertextualité et de l’interprétation comme base lexicale pour la réécriture d’un nouveau réseau de mots-clés de la littérature, à l’époque de la postmodernité.


2020 ◽  
Vol 28 (2) ◽  
pp. 202-203
Author(s):  
Erling Lundeby

SummaryMcGrath’s book is a helpful opening up of what ‘discipleship of the mind’ means, and how to acquire it. He shows how discipleship is the habit of understanding and imagining ourselves and our world firmly rooted in the Christian gospel. The creeds work like a map. We are joined by fellow Christians in the wider Church past and present (and especially through books). The vision is lived out in today’s pervasive secular culture, and we can learn from good examples who have lived before us. This vision and hope resonates with contemporary philosophers and authors. McGrath’s book is short on practical specifics, but rich and very stimulating when it comes to understanding ourselves as disciples in today’s secular society. It is highly recommended.RÉSUMÉCet ouvrage offre une perspective utile sur la nature du « discipulat de la pensée » et sur les moyens d’y parvenir. Il souligne que le discipulat implique l’habitude de se comprendre et de s’imaginer soi-même, ainsi que notre monde, comme étant fermement enracinés dans l’Évangile. Les confessions de foi fonctionnent comme une carte routière. Nous sommes associés aux autres chrétiens au sein de l’Église dans sa dimension la plus large, du passé et du présent (et tout spécialement grâce aux livres). Cette vision se vit dans la culture actuelle en tout point sécularisée, et nous pouvons apprendre de bons exemples vécus avant nous. Cette vision et cette espérance sont en résonance avec des philosophes et auteurs contemporains. L’apport pratique spécifique de cet ouvrage est succinct, mais il est riche et très stimulant lorsqu’il traite de la manière de se voir comme disciple dans la société moderne sécularisée.ZusammenfassungMcGraths Buch ist eine hilfreiche Einführung in eine sogenannte ,,Jüngerschaft des Verstandes“, in das, was sie bedeutet und wie sie zu erreichen ist. Der Autor zeigt auf, dass Jüngerschaft das Modell dafür ist, wie wir uns selbst und unsere Welt als fest im christlichen Evangelium verwurzelt begreifen. Die Glaubensbekenntnisse funktionieren dabei wie eine Landkarte. Auf dem Weg begleiten uns Mitchristen aus dem weiteren Kirchenumfeld in Vergangenheit und Gegenwart (gerade durch Bücher). Diese Vision leben wir aus in der allgegenwärtigen säkularen Kultur von heute. Dabei können wir von den wertvollen Vorbildern jener lernen, die ihr Leben vor uns gelebt haben. Diese Sicht und Hoffnung findet ein Echo bei gegenwärtigen Philosophen und Autoren. Praktische Einzelheiten kommen ein wenig kurz in McGraths Buch, doch es ist sehr reichhaltig und anregend, wenn es darum geht, dass wir uns selbst als Jünger in einer modernen säkularen Gesellschaft verstehen. Ein sehr empfehlenswertes Werk.


2005 ◽  
Vol 46 (4) ◽  
pp. 766-802 ◽  
Author(s):  
Lise Poulin Simon ◽  
Judith Carroll
Keyword(s):  

L'objet de cette étude est de mettre en lumière l'évolution historique des interventions du gouvernement du Québec dans le domaine de la main-d'oeuvre à partir du début du XXe siècle. La démarche historique permet d'une part de dégager la rationalité économique de ces interventions et d'autre part d'offrir des explications à l'avortement des multiples tentatives du gouvernement du Québec de se doter d'une politique active du marché du travail.


Ethnologies ◽  
2009 ◽  
Vol 31 (1) ◽  
pp. 21-47
Author(s):  
Catherine Arseneault
Keyword(s):  

Prendre la décision de se retirer du marché du travail constitue une étape importante dans la vie d’une personne. À cette étape, le futur retraité se retrouve tout autant au terme de sa carrière, qu’au seuil d’une période nouvelle de sa vie. Comment alors souligner ce passage ? Au Québec, plusieurs usages rituels accompagnent les départs à la retraite et les réactions en regard à ces festivités s’avèrent toutes aussi diverses que les manières de partir. En s’appuyant sur un travail de terrain ethnologique, cet article se penche sur la pratique rituelle spécifique aux départs à la retraite. Aujourd’hui, cette dernière prend régulièrement la forme d’un hommage personnalisé appelé le bien cuit. Habituellement entendue par les ethnologues comme un rite de passage, la célébration d’un départ à la retraite est dans cet article examinée comme une performance rituelle qui influence et accompagne l’individu dans cette transition. L’auteure porte principalement son attention sur le dispositif rituel, le cadre, ainsi que sur le contexte des différentes fêtes de départ à la retraite. Elle examine aussi le rôle joué par l’humour dans l’efficacité significative de ce rituel contemporain.


Author(s):  
Roberto Sussumu Wataya ◽  
Patricia Frauches ◽  
Andressa Ferreira Bergamo
Keyword(s):  
De Se ◽  
Mao A ◽  

Le Projeto Gestão Financeira na Palma da Mão a été élaboré dans le but de sensibiliser les étudiants de premier cycle au Centro Universitário Adventista de São Paulo – UNASP / SP, et la communauté environnante, parce qu’il est entendu que c’est un thème très important pour l’avenir de ces jeunes étudiants universitaires. L’objectif de cette étude était de former les individus plus conscients et responsables de l’utilisation de l’argent, en fournissant un changement de comportement et d’attitudes financières afin d’obtenir des résultats efficaces dans la vie sociale et professionnelle. Cette étude a présenté les résultats de la neuvième édition du projet 2018, qui a débuté en 2010, des données ont été recueillies à l’UNASP/SP. Les activités consistaient en des conférences sur le thème en question et l’application d’activités visant à sensibiliser et à savoir comment leur santé financière est, en outre, les applications Mobills, GuiaBolso et Realcash ont été utilisés, permettant aux participants de « apprendre à connaître » et de se familiariser, puis de choisir l’un d’eux, comme un outil pour contrôler leurs finances personnelles. Le rendement « en degré de facilité » des participants aux demandes a obtenu les résultats suivants avec Mobills 85 %; GuiaBolso 90% et RealCash 75%, à partir de ce résultat l’application GuiaBolso a été le point culminant pour les participants. Ainsi, nous pouvons affirmer que la plupart des élèves ont terminé les sept étapes de manière satisfaisante. Pour les considérations finales, nous pouvons affirmer que l’éducation financière combinée à des ressources technologiques avec des applications propres, a abouti à une prise de conscience significative des jeunes à la recherche d’une meilleure connaissance de la finance, afin d’être en mesure de faire de meilleurs choix liés à l’argent, à court, moyen et long terme.


2014 ◽  
Vol 11 (2) ◽  
pp. 42-52
Author(s):  
Elizabeth Geary Keohane

Cet article analyse un ouvrage d’André Gide, Carnets d’Égypte, dans le contexte de ‘late style’, un concept adornien développé par Edward Said. Bien que Carnets d’Égypte représente un des derniers ouvrages de Gide, il ne s’agit pas d’une tentative de créer une impression de complétude ni de couronner une œuvre variée. C’est plutôt un espace créatif où il peut se permettre de se concentrer sur l’inachèvement. Nous examinons donc ce que Gide a choisi de ne pas ‘terminer’ ou même de ne pas ‘finaliser’ – le voyage lui-même et surtout le processus d'écriture qui s'ensuit. Pour Said, ‘late style’ est une attitude que nous pouvons déceler chez certains auteurs qui se trouvent devant la mort. Se concentrer sur l’inachèvement et non sur la complétude dans un tel cas révèle une certaine résistance chez Gide qui est tout de même productive, car elle arrive à faire avancer le processus d’écriture. André Gide in Egypt: the Unfinished and the Creative Process This article analyses a work by André Gide, Carnets d’Égypte, in the context of 'late style', an Adornian concept developed by Edward Said. Although Carnets d’Égypte is one of Gide’s final works, it does not attempt to create a sense of completeness nor does it attempt to crown a varied body of work. It is instead a creative space where he can allow himself to concentrate on the incomplete or the unfinished. I therefore examine what Gide has chosen not to ‘finish’ or even not to ‘finalise’ – that is, the journey itself and more particularly, the related writing process. For Said, ‘late style’ is an attitude that can be detected in certain authors facing death. Concentrating in such a case on what remains unfinished, instead of on completeness, reveals a certain resistance on Gide’s part which is nonetheless productive, since it manages to advance the writing process.


Author(s):  
Helena Beltran-Lopez

Au cours des derniers 26 mois, les marchés boursiers se sont inscrits en forte baisse des deux côtes de l'Atlantique. L'indice Standard and Poor's 500 est ainsi retombé en dessous des 1000 points, totalisant une perte réelle de plus de 40 % par rapport à janvier 2000. Le climat boursier morose a de plus été accentué par les récents scandales financiers comme Worldcom et Enron renforçant davantage la méfiance des investisseurs à l'égard des placements en actions. Dans ce contexte, de nombreux obser­vateurs craignent que la crise boursière ne pèse sur la croissance de l’économie réelle, en dépit de quelques signes de reprise. Plus particulièrement, certains affirment que la consommation des ménages américains a été soutenue par l’envolée des cours boursiers à la fin des années 90. Ils craignent donc que, de la même façon, la chute des cours n’incite les ménages à restreindre fortement leurs dépenses, ce qui repousserait la reprise tant attendue. Mais qu'en est-il vraiment ? Aux Etats-Unis, une diminution de 1 dollar américain de la richesse bour­sière ne se répercuterait sur la consommation qu'à concurrence de 4 cents. Ainsi, l’envolée des cours boursiers entre 1997 et 1999 n’aurait soutenu la croissance de la consommation qu’à hauteur de 0,2 à 0,3 point de croissance chaque année, ce qui n’est pas négligeable, mais reste faible par rapport aux 5 % de croissance annuelle de la consommation américaine enregistrés pendant cette période. Certes, diront certains, que l’effet soit faible n’est pas surprenant, car la majorité du patrimoine boursier est détenu par seulement 10 % des ménages américains. D'un autre côté, on pourrait arguer que, du fait de la plus forte pénétration du marché boursier tant dans la vie quotidienne que dans le patrimoine des ménages, le moral des ménages (mesuré par les indicateurs de confiance des consommateurs) risque d’être sensible aux fluctuations des marchés boursiers. Une étude menée à l’IRES et publiée dans Regards Économiques confirme qu’effectivement les cours boursiers ont un impact sur le moral des ménages américains, et ce depuis le début des années 90 seulement. Mais les principaux déterminants du moral des ménages restent de loin les conditions sur le marché du travail et le revenu. En Belgique, les ménages continuent d’investir, «en bon père de famille», dans des placements peu risqués, bien que la part des actions dans leur patrimoine augmente régulièrement depuis le début des années 90. Les ménages belges sont donc probablement encore moins sensibles aux fluctuations bour­sières que leurs homologues américains. D’ailleurs, plusieurs études montrent que l’impact de la richesse boursière sur la consommation devrait être faible, et que seules les conditions sur le marché du travail semblent influencer leur moral. Doit-on en conclure que la consommation est à l’abri des crises boursières, tant en Belgique qu’aux Etats-Unis ? Cela nous semble hâtif. En effet, dans les deux pays, de plus en plus de ménages détien­nent des actions, et cette meilleure répartition pourrait expliquer que l’impact de la bourse sur la consommation puisse être plus important dans le futur. Malheureusement, ces changements profonds dans la structure du patrimoine étant récents, nous manquons de recul pour pouvoir mesurer correc­tement leur impact sur le comportement des consommateurs. Par ailleurs, un autre élément, plus ponctuel, pourrait intervenir dans les prochains mois aux Etats-Unis. En effet, depuis quelques années, le moral des ménages américains (et donc leur consommation) est resté élevé, alors que leur situation financière n’a cessé de se dégrader suite à un endettement record. On peut donc craindre que, compte tenu des incertitudes quant à la reprise américaine, la durée ainsi que l'ampleur de la crise boursière actuelle n’amènent les ménages à réévaluer leur situation et à restreindre durablement leurs dépenses. La forte baisse de l'indicateur de confiance aux Etats-Unis en juillet dernier, alors que ses principaux déterminants macroéconomiques étaient relativement stables, est de ce point de vue inquiétant. Si ce scénario se confirmait, l’ensemble des ménages serait touché, et non plus uniquement les ménages ayant investi en bourse. L’impact sur la consommation serait alors non négligeable et probablement durable; quant à la reprise économique, elle interviendrait plus tard et de manière moins vigoureuse qu’attendue. En Belgique, aucun élément empirique n’indique que les ménages belges soient influencés par les fluctuations boursières. Bien sûr, la possibilité d'un «choc psychologique» similaire à celui suggéré pour les Etats-Unis ne peut être totalement écartée, mais cela semble peu probable, notamment au regard de la faible pénétration des actions dans le patrimoine des ménages belges. D'ailleurs, malgré le climat d'incertitudes actuel quant à la reprise économique, l'indicateur de confiance de la Banque Nationale de Belgique est resté remarquablement stable depuis le début de l'année. Le principal risque pour l’économie belge, par rapport à la crise boursière actuelle, résiderait alors dans l'importation de la récession américaine via le commerce extérieur.


Author(s):  
Helena Beltran-Lopez

Au cours des derniers 26 mois, les marchés boursiers se sont inscrits en forte baisse des deux côtes de l'Atlantique. L'indice Standard and Poor's 500 est ainsi retombé en dessous des 1000 points, totalisant une perte réelle de plus de 40 % par rapport à janvier 2000. Le climat boursier morose a de plus été accentué par les récents scandales financiers comme Worldcom et Enron renforçant davantage la méfiance des investisseurs à l'égard des placements en actions. Dans ce contexte, de nombreux obser­vateurs craignent que la crise boursière ne pèse sur la croissance de l’économie réelle, en dépit de quelques signes de reprise. Plus particulièrement, certains affirment que la consommation des ménages américains a été soutenue par l’envolée des cours boursiers à la fin des années 90. Ils craignent donc que, de la même façon, la chute des cours n’incite les ménages à restreindre fortement leurs dépenses, ce qui repousserait la reprise tant attendue. Mais qu'en est-il vraiment ? Aux Etats-Unis, une diminution de 1 dollar américain de la richesse bour­sière ne se répercuterait sur la consommation qu'à concurrence de 4 cents. Ainsi, l’envolée des cours boursiers entre 1997 et 1999 n’aurait soutenu la croissance de la consommation qu’à hauteur de 0,2 à 0,3 point de croissance chaque année, ce qui n’est pas négligeable, mais reste faible par rapport aux 5 % de croissance annuelle de la consommation américaine enregistrés pendant cette période. Certes, diront certains, que l’effet soit faible n’est pas surprenant, car la majorité du patrimoine boursier est détenu par seulement 10 % des ménages américains. D'un autre côté, on pourrait arguer que, du fait de la plus forte pénétration du marché boursier tant dans la vie quotidienne que dans le patrimoine des ménages, le moral des ménages (mesuré par les indicateurs de confiance des consommateurs) risque d’être sensible aux fluctuations des marchés boursiers. Une étude menée à l’IRES et publiée dans Regards Économiques confirme qu’effectivement les cours boursiers ont un impact sur le moral des ménages américains, et ce depuis le début des années 90 seulement. Mais les principaux déterminants du moral des ménages restent de loin les conditions sur le marché du travail et le revenu. En Belgique, les ménages continuent d’investir, «en bon père de famille», dans des placements peu risqués, bien que la part des actions dans leur patrimoine augmente régulièrement depuis le début des années 90. Les ménages belges sont donc probablement encore moins sensibles aux fluctuations bour­sières que leurs homologues américains. D’ailleurs, plusieurs études montrent que l’impact de la richesse boursière sur la consommation devrait être faible, et que seules les conditions sur le marché du travail semblent influencer leur moral. Doit-on en conclure que la consommation est à l’abri des crises boursières, tant en Belgique qu’aux Etats-Unis ? Cela nous semble hâtif. En effet, dans les deux pays, de plus en plus de ménages détien­nent des actions, et cette meilleure répartition pourrait expliquer que l’impact de la bourse sur la consommation puisse être plus important dans le futur. Malheureusement, ces changements profonds dans la structure du patrimoine étant récents, nous manquons de recul pour pouvoir mesurer correc­tement leur impact sur le comportement des consommateurs. Par ailleurs, un autre élément, plus ponctuel, pourrait intervenir dans les prochains mois aux Etats-Unis. En effet, depuis quelques années, le moral des ménages américains (et donc leur consommation) est resté élevé, alors que leur situation financière n’a cessé de se dégrader suite à un endettement record. On peut donc craindre que, compte tenu des incertitudes quant à la reprise américaine, la durée ainsi que l'ampleur de la crise boursière actuelle n’amènent les ménages à réévaluer leur situation et à restreindre durablement leurs dépenses. La forte baisse de l'indicateur de confiance aux Etats-Unis en juillet dernier, alors que ses principaux déterminants macroéconomiques étaient relativement stables, est de ce point de vue inquiétant. Si ce scénario se confirmait, l’ensemble des ménages serait touché, et non plus uniquement les ménages ayant investi en bourse. L’impact sur la consommation serait alors non négligeable et probablement durable; quant à la reprise économique, elle interviendrait plus tard et de manière moins vigoureuse qu’attendue. En Belgique, aucun élément empirique n’indique que les ménages belges soient influencés par les fluctuations boursières. Bien sûr, la possibilité d'un «choc psychologique» similaire à celui suggéré pour les Etats-Unis ne peut être totalement écartée, mais cela semble peu probable, notamment au regard de la faible pénétration des actions dans le patrimoine des ménages belges. D'ailleurs, malgré le climat d'incertitudes actuel quant à la reprise économique, l'indicateur de confiance de la Banque Nationale de Belgique est resté remarquablement stable depuis le début de l'année. Le principal risque pour l’économie belge, par rapport à la crise boursière actuelle, résiderait alors dans l'importation de la récession américaine via le commerce extérieur.


Sign in / Sign up

Export Citation Format

Share Document