scholarly journals Faut-il avoir peur de l’ethnicité ?

2011 ◽  
Vol 34 (2) ◽  
pp. 199-223 ◽  
Author(s):  
Geneviève Zoïa

Cet article propose un approfondissement de la notion d’ethnicité à partir de ses définitions et usages dans le champ universitaire international ainsi que de sa mise en jeu dans les questions contemporaines de reconnaissance et de justice sociale. Il explore la réception et la charge encore négatives du concept d’ethnicité dans la production française en sciences sociales et dans les débats animant la société civile. Il montre que l’ethnicité y est interprétée à la fois comme un leurre efficace pour détourner des véritables mécanismes de domination à l’oeuvre dans les sociétés, et en concurrence potentielle avec le système d’interprétation et les acteurs organisés autour de ces dominations. À partir de l’exemple du débat sur les statistiques ethniques contre les discriminations en France, il envisage un recours à une politique de reconnaissance permettant aux individus de participer à la construction des identités collectives par la prise en compte de leur « ressenti ». Il montre que si les individus construisent les frontières de leurs identités et celles des autres, leurs opportunités à proposer des – ou de contribuer aux – définitions des situations sont fonction de la position qu’ils occupent dans les rapports sociaux. C’est l’accès à la construction de ces labels collectifs qui peut alors constituer une source nouvelle et contemporaine de justice sociale. Enfin, l’article interroge l’ethnicité comme catégorie pratique pouvant contribuer à une théorie de l’action sur le rôle de l’identité et de la culture dans la construction des rapports sociaux.

2018 ◽  
Vol 49 (1) ◽  
pp. 61-87
Author(s):  
Artemisa Flores Espínola

L’analyse féministe a porté une attention particulière aux sciences explorant la sexualité ou le comportement des sexes comme les sciences biomédicales. Cet article étudie les publications féministes anglophones sur la recherche biomédicale, en se plaçant dans la perspective des deux objectifs qui fondent le projet épistémologique féministe : d’une part, établir les apports de la critique féministe à la mise en évidence du sexisme et de l’androcentrisme dans la pratique scientifique ; d’autre part, proposer et soutenir des pratiques scientifiques féministes qui engagent à la libération des femmes, dans une perspective d’égalité sociale et politique, et ce, en expliquant comment de telles propositions moralement et politiquement engagées sont à même de permettre la production d’un nouveau mode de connaissance (Anderson, 1995). Après avoir retracé les origines et la nature des critiques féministes « réformistes », ce texte s’intéresse aux critiques « révolutionnaires » en mobilisant les épistémologies sociales, notamment celle de Longino. Comment les « épistémologies féministes » participent-elles d’une transformation des pratiques scientifiques (pour les sciences sociales comme pour les sciences biomédicales) et partant, d’une nouvelle forme de connaissance ?


Author(s):  
Nicolas K. Angélis

Le droit, considéré comme un ensemble de régles-normes ayant force ogligatoire et contraignante, régit les rappoerts entre les hommes dans une société donnée. En même temps, il est porteur à la fois de l'image d'organisation des rapports sociaux familiaux, économiques et politiques (structure de base de la societé), et des valeurs. A ce titre, le droit constitue un type-idéal qui, inscrit dans les textes (droit positif-objectif) et enraciné dans la conscience des individus, remplit les fonctions générales de la régulation sociale, de la résolution des conflits, de l'intégration sociale et de la reproduction des structures sociales. En suivant l'enseignement d'Aristotle, le droit en tant que véhicule de valeurs peut et doit contenir la valeur suprême de la vertu qui est au principe du bonheur humain. L'État est, donc, tâché d'enseigner moyennant la loi (droit positif) la vertu tant intellectuelle qu'éthique. Ainsi, le droit devient un moyen d'éducation et remplit, outre ses fonctions générales, les fonctions pédagogique et axiologique en contribuant de cette manière à la réalisation du bonheur des citoyens, La vertu, incorporée dans le droit, s'avère la condition sine qua non de l'actualisation de toutes les valeurs contenues dans le droit, telles que démocratie, liberté, justice sociale, respect de la personne et ainsi de suite.


Author(s):  
Marc Mormont ◽  
Catherine Mougenot

Depuis quelques années les sciences sociales se préoccupent à nouveau des sociétés locales. Et ceci en vue de comprendre la spécificité des dynamiques locales qui ne se résument pas à reproduire les « régularités globales » puisqu’elles sont en mesure de générer leur « propre mode de développement ». À partir de ce premier constat les auteurs cernent les enjeux de la résurgence du local. Non seulement ceux-ci renvoient-ils à une restructuration de l’économie et à une redéfinition du rôle de l’État, mais en plus ils correspondent à des stratégies élaborées par les classes moyennes pour se « créer un pouvoir social ». Quelle interprétation doit-on faire de ces réajustements autour du pouvoir local ? Est-ce que l’acteur qui investit la scène locale est un acteur « nouveau » ? Avons-nous affaire à des pratiques de résistance ou à des pratiques d’innovation ? Dans quelle mesure les rapports sociaux dominants sont-ils menacés par les modes de gestion et de développement qui s’énoncent à partir du local ? Sans fournir de réponse définitive, les auteurs mettent en lumière les ambiguïtés du discours sur le local qu’énoncent les acteurs.


Author(s):  
Jon Frauley

RésuméLes textes à l'étude illustrent des problèmes méthodologiques et pédagogiques généraux considérés par les sciences sociales. En tant qu'exemples illustratifs, chacun de ces textes contribue de manière significative à notre compréhension de la façon dont les sociologues conçoivent et déploient la «race» comme catégorie analytique et comment cela influe sur la production des connaissances au sujet du contrôle de la criminalité et de la justice sociale. Ainsi, les textes montrent, en général, comment des catégories analytiques sont traités dans l'enseignement et la recherche. Adoptant une approche comparative à partir de trois textes récents, cet essai pose qu'on ne peut éviter de considérer les enjeux épistémologiques provenant de l'emploi de catégories analytiques centrales et que les tentatives de le faire mènent à un engagement passif plutôt qu'actif avec l'objet de l'analyse. Au surplus, des approches passives ne servent guère une enquête critique en sciences sociales.


2009 ◽  
Vol 40 (2) ◽  
pp. 181-198
Author(s):  
Ludovic Gaussot

Résumé Cet article porte sur la genèse des problématiques de sexe dans les sciences sociales et propose une contribution à l’élucidation des rapports entre connaissance, point de vue et position de l’observateur. Le problème est envisagé dans sa généralité, mais il s’agit aussi de le poser dans le champ d’études des rapports de sexe : comment la position au sein du système hiérarchique du sexe/genre peut-elle avoir une incidence sur l’interprétation de ce système ? Le problème est envisagé sous différents angles : historique, épistémologique, théorique. Un exemple est sollicité : la controverse autour de l’explication de la reproduction de la domination et du « consentement à la domination », opposant la théorie de Godelier à la critique de Mathieu. La conclusion milite pour une plus grande prise au sérieux de la question de la position de l’observateur, dans un contexte de querelle rationalisme/relativisme apaisée.


2021 ◽  
Vol 11 (1) ◽  
pp. 42-59
Author(s):  
Stéphanie Bauer ◽  
Myriam Radhouane

Le concept de justice sociale semble de plus en plus prégnant dans les sciences sociales francophones. Dans cette contribution, nous avons choisi de mobiliser la théorie fraserienne relative à ce concept afin de mettre en perspective la question de la justice sociale en éducation. Nancy Fraser, en développant une définition ternaire du concept, nous permet de porter un regard sur les enjeux de distribution, de reconnaissance, mais aussi de représentation dans l’école. Ce travail théorique nous permet de mettre en lumière le potentiel de l’usage du concept de justice sociale en éducation, les interdépendances entre ses différentes dimensions, et ainsi de proposer un regard critique et complexifié sur les différentes politiques et actions éducatives visant à rendre l’école plus juste. En outre, nous étendons également notre réflexion à l’importance de la pensée critique comme outil du développement de la justice sociale dans les différentes strates des systèmes éducatifs.


Author(s):  
Ghaliya Djelloul

Cette contribution est le fruit d’un travail collectif mené par une soixantaine d’étudiants de baccalauréat en sciences sociales à l’Université catholique de Louvain sous ma supervision. Dans le cadre d’un séminaire de méthodologie en sciences sociales (récolte et analyse de données qualitatives[1]) dont le thème portait sur les pratiques écologistes, je les ai invités à exercer leurs talents de chercheur-se-s en sciences sociales, le temps de deux mois de « terrain » ethnologique (Beau et Weber 2003). Il leur fallait choisir un collectif dans le sillage du mouvement écologiste et mener des observations participantes et des entretiens auprès des personnes qui s’y engageaient. Quinze groupes de 3-4 étudiants se sont constitués et ont mené des enquêtes exploratoires, la moitié d’entre eux ayant reçu pour consigne d’adopter une grille d’analyse portant sur les rapports sociaux de sexe, tandis que l’autre moitié était libre de s’inspirer des théories souhaitées. Enfin, l’ensemble des travaux a fait l’objet d’une présentation dans le cadre d’un mini-colloque à la fin du quadrimestre (décembre 2012). Cela a permis de faire dialoguer des groupes ayant travaillé sur des collectifs similaires, partageant parfois le même un terrain, mais dans une perspective différente. Dans un premier temps, Je rendrai compte ici des travaux de ces étudiants en présentant les problématiques qui ont été élaborées au terme de leurs analyses exploratoires. Je proposerai ensuite une lecture transversale des données récoltées qui décline les dynamiques de genre (Jaunait et al. 2008) visiblement à l’œuvre dans ces collectifs. Ce concept qui induit la relation sociale entre les groupes sociaux de sexe, permettra de voir comment l’écologie, comme répertoire social de discours et d’actions, est mobilisée par les acteurs-trices sociaux dans leur production du genre, et comment le genre, de ce fait, affecte les formes des pratiques écologistes.   [1] Séminaire dans le cadre du cours dispensé en 2ème baccalauréat en sciences humaines et sociales, socio-anthropologie et sciences politiques.


2015 ◽  
Vol 40 (1) ◽  
pp. 153-170 ◽  
Author(s):  
Isabelle Ruelland

Le réseau public de services de santé mentale de la ville de Campinas dans l’État de São Paulo au Brésil est constitué de divers dispositifs de délibération impliquant des personnes utilisatrices. L’assemblée des usagers dans les centres d’attention psychosociale (CAPS) constitue un exemple clé de ce genre d’innovation participative fondée sur des principes de démocratisation et de justice sociale. Est-ce que l’assemblée des usagers comme dispositif délibératif institué agit sur les inégalités sociales de pouvoir et le rétablissement des personnes ? Il s’agit ici de rendre compte de certains résultats d’une recherche qui a pour objectif de saisir si de tels dispositifs agissent sur la démocratisation des rapports sociaux du point de vue des personnes utilisatrices impliquées, et comment. À partir d’une ethnographie organisationnelle de près d’un an dans un CAPS du réseau public de santé mentale de Campinas, il a été constaté comment les échanges créés au sein et en dehors de l’assemblée des usagers participent à l’émergence d’une forme de pair-aidance spontanée et informelle. Ce constat permet de réfléchir sur le rapport entre cette pair-aidance implicite et la circulation des personnes dans une pluralité d’espaces collectifs ouverts dans lesquels celles-ci peuvent partager des affects et critiquer librement au sujet des services reçus.


2015 ◽  
Vol 26 (2) ◽  
pp. 111-126 ◽  
Author(s):  
Guitté Hartog ◽  
Itzel A. Sosa-Sánchez

Pour mieux comprendre plusieurs rapports sociaux de domination, l’article propose un ensemble de réflexions critiques sur les études des masculinités à partir de l’approche intersectionnelle. Par leur projet de justice sociale, les études féministes sur les masculinités remettent en question la domination masculine ainsi que d’autres formes d’oppression. En interpellant les relations de pouvoir dans la construction des connaissances sur les rapports de domination, nous explorons les points de convergence et de tension dans les processus de compréhension de l’inclusion et l’exclusion sociale. En guise d’alternative, nous proposons des exemples de contributions de connaissances élaborées à partir de la marge, de la diversité, et de l’exclu.


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