scholarly journals Le retour au local et les classes moyennes

Author(s):  
Marc Mormont ◽  
Catherine Mougenot

Depuis quelques années les sciences sociales se préoccupent à nouveau des sociétés locales. Et ceci en vue de comprendre la spécificité des dynamiques locales qui ne se résument pas à reproduire les « régularités globales » puisqu’elles sont en mesure de générer leur « propre mode de développement ». À partir de ce premier constat les auteurs cernent les enjeux de la résurgence du local. Non seulement ceux-ci renvoient-ils à une restructuration de l’économie et à une redéfinition du rôle de l’État, mais en plus ils correspondent à des stratégies élaborées par les classes moyennes pour se « créer un pouvoir social ». Quelle interprétation doit-on faire de ces réajustements autour du pouvoir local ? Est-ce que l’acteur qui investit la scène locale est un acteur « nouveau » ? Avons-nous affaire à des pratiques de résistance ou à des pratiques d’innovation ? Dans quelle mesure les rapports sociaux dominants sont-ils menacés par les modes de gestion et de développement qui s’énoncent à partir du local ? Sans fournir de réponse définitive, les auteurs mettent en lumière les ambiguïtés du discours sur le local qu’énoncent les acteurs.

2018 ◽  
Vol 49 (1) ◽  
pp. 61-87
Author(s):  
Artemisa Flores Espínola

L’analyse féministe a porté une attention particulière aux sciences explorant la sexualité ou le comportement des sexes comme les sciences biomédicales. Cet article étudie les publications féministes anglophones sur la recherche biomédicale, en se plaçant dans la perspective des deux objectifs qui fondent le projet épistémologique féministe : d’une part, établir les apports de la critique féministe à la mise en évidence du sexisme et de l’androcentrisme dans la pratique scientifique ; d’autre part, proposer et soutenir des pratiques scientifiques féministes qui engagent à la libération des femmes, dans une perspective d’égalité sociale et politique, et ce, en expliquant comment de telles propositions moralement et politiquement engagées sont à même de permettre la production d’un nouveau mode de connaissance (Anderson, 1995). Après avoir retracé les origines et la nature des critiques féministes « réformistes », ce texte s’intéresse aux critiques « révolutionnaires » en mobilisant les épistémologies sociales, notamment celle de Longino. Comment les « épistémologies féministes » participent-elles d’une transformation des pratiques scientifiques (pour les sciences sociales comme pour les sciences biomédicales) et partant, d’une nouvelle forme de connaissance ?


2011 ◽  
Vol 34 (2) ◽  
pp. 199-223 ◽  
Author(s):  
Geneviève Zoïa

Cet article propose un approfondissement de la notion d’ethnicité à partir de ses définitions et usages dans le champ universitaire international ainsi que de sa mise en jeu dans les questions contemporaines de reconnaissance et de justice sociale. Il explore la réception et la charge encore négatives du concept d’ethnicité dans la production française en sciences sociales et dans les débats animant la société civile. Il montre que l’ethnicité y est interprétée à la fois comme un leurre efficace pour détourner des véritables mécanismes de domination à l’oeuvre dans les sociétés, et en concurrence potentielle avec le système d’interprétation et les acteurs organisés autour de ces dominations. À partir de l’exemple du débat sur les statistiques ethniques contre les discriminations en France, il envisage un recours à une politique de reconnaissance permettant aux individus de participer à la construction des identités collectives par la prise en compte de leur « ressenti ». Il montre que si les individus construisent les frontières de leurs identités et celles des autres, leurs opportunités à proposer des – ou de contribuer aux – définitions des situations sont fonction de la position qu’ils occupent dans les rapports sociaux. C’est l’accès à la construction de ces labels collectifs qui peut alors constituer une source nouvelle et contemporaine de justice sociale. Enfin, l’article interroge l’ethnicité comme catégorie pratique pouvant contribuer à une théorie de l’action sur le rôle de l’identité et de la culture dans la construction des rapports sociaux.


2009 ◽  
Vol 40 (2) ◽  
pp. 181-198
Author(s):  
Ludovic Gaussot

Résumé Cet article porte sur la genèse des problématiques de sexe dans les sciences sociales et propose une contribution à l’élucidation des rapports entre connaissance, point de vue et position de l’observateur. Le problème est envisagé dans sa généralité, mais il s’agit aussi de le poser dans le champ d’études des rapports de sexe : comment la position au sein du système hiérarchique du sexe/genre peut-elle avoir une incidence sur l’interprétation de ce système ? Le problème est envisagé sous différents angles : historique, épistémologique, théorique. Un exemple est sollicité : la controverse autour de l’explication de la reproduction de la domination et du « consentement à la domination », opposant la théorie de Godelier à la critique de Mathieu. La conclusion milite pour une plus grande prise au sérieux de la question de la position de l’observateur, dans un contexte de querelle rationalisme/relativisme apaisée.


Author(s):  
Ghaliya Djelloul

Cette contribution est le fruit d’un travail collectif mené par une soixantaine d’étudiants de baccalauréat en sciences sociales à l’Université catholique de Louvain sous ma supervision. Dans le cadre d’un séminaire de méthodologie en sciences sociales (récolte et analyse de données qualitatives[1]) dont le thème portait sur les pratiques écologistes, je les ai invités à exercer leurs talents de chercheur-se-s en sciences sociales, le temps de deux mois de « terrain » ethnologique (Beau et Weber 2003). Il leur fallait choisir un collectif dans le sillage du mouvement écologiste et mener des observations participantes et des entretiens auprès des personnes qui s’y engageaient. Quinze groupes de 3-4 étudiants se sont constitués et ont mené des enquêtes exploratoires, la moitié d’entre eux ayant reçu pour consigne d’adopter une grille d’analyse portant sur les rapports sociaux de sexe, tandis que l’autre moitié était libre de s’inspirer des théories souhaitées. Enfin, l’ensemble des travaux a fait l’objet d’une présentation dans le cadre d’un mini-colloque à la fin du quadrimestre (décembre 2012). Cela a permis de faire dialoguer des groupes ayant travaillé sur des collectifs similaires, partageant parfois le même un terrain, mais dans une perspective différente. Dans un premier temps, Je rendrai compte ici des travaux de ces étudiants en présentant les problématiques qui ont été élaborées au terme de leurs analyses exploratoires. Je proposerai ensuite une lecture transversale des données récoltées qui décline les dynamiques de genre (Jaunait et al. 2008) visiblement à l’œuvre dans ces collectifs. Ce concept qui induit la relation sociale entre les groupes sociaux de sexe, permettra de voir comment l’écologie, comme répertoire social de discours et d’actions, est mobilisée par les acteurs-trices sociaux dans leur production du genre, et comment le genre, de ce fait, affecte les formes des pratiques écologistes.   [1] Séminaire dans le cadre du cours dispensé en 2ème baccalauréat en sciences humaines et sociales, socio-anthropologie et sciences politiques.


2006 ◽  
Vol 18 (2) ◽  
pp. 109-136 ◽  
Author(s):  
Caroline Caron

Cet article analyse le contenu photographique des magazines féminins pour adolescentes produits au Québec. Le corpus est constitué de 345 photographies extraites des trois titres en circulation en 2002 : Cool, Adorable et Filles d’aujourd’hui. La technique utilisée est l’analyse de contenu des médias, qui permet de produire des relevés descriptifs exhaustifs répondant aux critières de validité et de reproductibilité scientifiques. Le choix des variables de recherche s’appuie sur la théorie sémiotique, tandis que leur opérationnalisation s’inspire des récents travaux qui prennent comme objet d’investigation les représentations iconographiques de la culture populaire. Les résultats révèlent la forte teneur publicitaire des messages visuels et le conservatisme des rapports sociaux de sexe qu’ils représentent. Ils montrent aussi la productivité scientifique de la combinaison des méthodes quantitatives et qualitatives en sciences sociales.


2019 ◽  
Vol 58 (2) ◽  
pp. 143-150
Author(s):  
Pascale Molinier

La psychodynamique du travail a étendu les conditions sociales de la sublimation au travail ordinaire et à la dynamique de la reconnaissance. Selon Christophe Dejours, la reconnaissance porte sur le faire mais elle se capitalise dans le registre de l’être. Or ce que les femmes font est généralement confondu avec ce qu’elles sont. D’où un déficit chronique de reconnaissance de leurs contributions, bien sûr aggravé par les rapports sociaux de domination (voir l’effet Mathilda dans les sciences). Ce constat sera ici principalement argumenté à partir des analyses psychodynamiques du travail féminisé (les activités de care) qui se caractérisent par leur discrétion. De la sous-estimation du travail féminin, il résulte de nombreuses conséquences, tant sur le plan théorique que clinique : la sublimation dépend-elle nécessairement de la reconnaissance ? – on déplacera cette question autour de l’expressivité et de la voix.


1949 ◽  
Vol 4 (3) ◽  
pp. 311-315
Author(s):  
Fernand Braudel
Keyword(s):  

Charles Morazé adore s'aventurer très en avant des lignes sagement, voire trop sagement tenues par ses confrères en histoire et en sciences sociales. Il lui faut l'ivresse des coups de main, des raids et de la solitude, car il a besoin de nous quitter pour nous surprendre ou nous irriter au retour — plus encore, pour se justifier à ses yeux de sa passion dévorante pour l'Histoire. Pour elle, n'a-t-il pas successivement trahi, hier, les mathématiques et la philosophie — qui d'ailleurs, rassurons-nous, en tireront vengeance tout au long de sa vie ?


1961 ◽  
Vol 16 (1) ◽  
pp. 136-146
Author(s):  
Robert Mandkou

Nos lecteurs connaissent les ouvrages et la vivante école de sociologie religieuse de Gabriel Le Bras : les termes mêmes de ses classifications (détachés, saisonniers, observants, dévots) sont passés dans le langage courant des sciences sociales, en même temps que leur auteur, approfondissant pendant un bon quart de siècle sa recherche, faisait progresser sa propre problématique en passant des dénombrements de la pratique à la mesure, plus difficile, de la vitalité religieuse.


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