scholarly journals Le Méridional, un roman hanté par la génétique

2018 ◽  
pp. 123-148
Author(s):  
Nicolas Martin-Granel
Keyword(s):  

S’il a souvent et longuement exprimé ses réflexions sur la genèse de son oeuvre, sur son travail d’écrivain, Henri Lopes a longtemps été réticent à livrer ses brouillons et avant-textes à la curiosité des chercheurs en génétique des textes. Il s’y est enfin résolu à l’occasion de la sortie d’Une enfant de Poto-Poto, le 12 décembre 2011, en mettant à la disposition de l’équipe « Manuscrits francophones » de l’ITEM tous les dossiers génétiques qu’il avait pu conserver et ensuite, la mise au net à peine remise à l’éditeur, celui du Méridional consistant en deux tapuscrits autographes, versions 1 et 2 corrigées de la main de l’auteur. Une première lecture de ce dossier, qui se concentre sur l’incipit et l’explicit considérés comme les lieux stratégiques de l’écriture, permet de confirmer la théorie de sa pratique : immuabilité de la première phrase, premier jet dactylographié directement à l’ordinateur, re-travail acharné lors des multiples campagnes de relectures et réécritures. Au vu de celles-ci, cependant, la critique génétique peut avancer l’hypothèse que la singularité de ce roman autofictionnel tient à ce que l’écrivain aurait intégré, voire embarqué, le questionnement génétique dans le cabinet intime de son « écriture métisse », que ce soit pour le prévenir ou en émousser la pointe indiscrète. Le ver génétique est dans le fruit.

2006 ◽  
Vol 3 (1) ◽  
Author(s):  
Vincent Simédoh
Keyword(s):  
De Se ◽  
En Face ◽  

Dans plusieurs oeuvres d’Henri Lopès, les personnages sont constamment en quête d’une identité. Une quête qu’ils entament comme un parcours puisque désormais ils vivent au confluent de plusieurs cultures et ils se sentent comme en exil. Ce n’est pas forcément un exil extérieur parce qu’ils ont quitté leur pays d’origine mais c’est plutôt un exil intérieur. Ainsi les personnages se sentent incapables de se situer par rapport à eux-mêmes et à autrui. Dès lors surgit une tentation, celle de se réfugier dans le souvenir qui n’existe même plus. La mémoire s’estompe. L’histoire elle-même fuit et disparaît. Ce qui fait naître chez les personnages un vide qui conduit à un malaise identitaire, d’où déchirement. En face de cet écartèlement, surgit une multitude de pistes. Et c’est dans cette perspective qu’Henri Lopès propose une identité plurielle.


2018 ◽  
pp. 51-67
Author(s):  
Bernard Mouralis
Keyword(s):  

À la différence de Mongo Beti ou de Tchicaya U Tam’si, Henri Lopes, dans ses romans, n’a pas cherché à retracer une histoire avec la périodisation qu’un tel projet implique. Dans un premier temps, on examinera l’intérêt que Lopes porte à l’écriture d’une chronique sociale nettement insérée dans le contexte de l’Afrique des années 1960-1970, avec le recueil de nouvelles Tribaliques (1971), La Nouvelle Romance (1976) et Sans tam-tam (1977). Puis, avec Le Pleurer-rire (1982), il sort du cadre strict de la chronique en proposant, dans la lignée de Rabelais et M.A. Asturias, le portrait d’un dictateur, truculent, cruel, obscène. L’article s’interroge enfin sur la façon dont Lopes ne cesse d’entrelacer l’histoire et l’Histoire, en s’appuyant notamment sur le cas de Marie-Ève, l’héroïne peintre de Sur l’autre rive (1992), et sur des textes plus nettement autobiographiques (Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois, 2003) ou relevant de l’autofiction (Le Méridional, 2015).


1992 ◽  
Vol 4 (2) ◽  
Author(s):  
Cilas Kemedjio
Keyword(s):  

Literator ◽  
2007 ◽  
Vol 28 (3) ◽  
pp. 131-144
Author(s):  
P.K. Mwepu

Born in Kinshasa, Democratic Republic of Congo, yet a citizen of Congo-Brazzaville, Henri Lopes is one of those African writers who were not only educated in Europe (France) but also lived there while writing a certain portion of their literary work. Being an influential political figure in his country, the author expresses his vision of an independent Africa through his literary works such as “Tribaliques” 1 (1971), “La nouvelle romance” (1976), “Sans tam-tam” (1977) and “Le pleurer-rire” (1982). However, from 1990, Lopes distances his writings from general political issues. In “Le chercheur d’Afriques” (1990) and “Le lys et le flamboyant” (1997), he veers into a new ideological direction, predominantly embedded in issues pertaining to existence: the quest for identity and issues related to hybridisation are recurrent themes and objects of scrutiny. It is clear that this biological approach serves as a pretext for the author to perform an in-depth interrogation of the complex issues of the universal in the context of a modern and globalising world. In his works, human blood and race represent an important aspect of culture; the blending of different cultures is an essential element for the construction of society. A community founded on cultural diversity is thus depicted as dynamic, strong and sustainable. One wonders whether the author is not describing his own life experiences through fiction. This might indeed be the case, considering that Lopes himself is a person of mixed origins, herein referred to as a “métis”. However, the experience described by the author, who lives in France, transcends race; it addresses the modern debate on the issue of cultural hybridisation.


Author(s):  
Judith Sinanga-Ohlmann

Le présent article tente de montrer comment les auteurs francophones d’Afrique sub-saharienne s’approprient la langue française ; idiome appartenant à l’Autre puisque hérité de l’ex-colonisateur. Cette pensée d’en être propriétaire ou de se l’approprier se heurte évidemment contre celle de Jacques Derrida qui a brillamment défendu l’idée qu’une langue ne saurait être une chose que l’on peut posséder et sur laquelle il serait possible d’avoir un contrôle quel qu’il soit. Notre article n’a pas l’objectif de contredire l’argument de Jacques Derrida, à contrario. En effet, si une langue ne peut être un objet auquel on peut prétendre avoir un droit quelconque, elle est néanmoins une matière malléable et les locuteurs non natifs peuvent, soit l’adopter comme ils l’ont apprise ou la transformer selon leur culture, croyances, philosophie, etc. Lui faire subir des changements aussi bien du point de vue lexicologique, morphologiquement, syntaxique, etc. afin de l’adapter à leurs us et coutumes est ce que nous entendons par appropriation de la langue de l’Autre. Pour quelles raisons les auteurs francophones d’Afrique sub-saharienne entreprennent-ils de s’approprier le français ? Parviennent-ils à faire cette langue leur ? Par quels moyens ? Telles sont quelques-unes des questions posées dans cet article et auxquels nous avons essayé de répondre en nous fondant sur trois romans : Le chercheur d’Afriques (Henri Lopes, 1990), Quand on refuse on dit non (Ahmadou Kourouma, 2004) et La femme aux pieds nus (Scholastique Mukasonga, 2008).


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