La discussion des modèles d’action, une condition pour l’action des comités en santé et en sécurité au travail

2018 ◽  
Vol 73 (2) ◽  
pp. 252-273
Author(s):  
Bernard Dugué ◽  
Johann Petit

Le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) s’avère, en France, une pièce maitresse des dispositifs de prévention des risques et d’amélioration des conditions de travail dans les entreprises. Bien que son rôle soit de plus en plus reconnu, il a souvent des difficultés à fonctionner et à trouver sa place dans le paysage des relations professionnelles. Cette situation est liée, d’une part, à la nature même du comité — à la fois institution de représentation du personnel et instance chargée de la prévention des risques de manière coordonnée avec les services de l’entreprise — et, d’autre part, aux caractéristiques de son champ d’intervention. La conduite des actions et leur efficience sont directement en lien avec la capacité du CHSCT à mettre en discussion des conceptions différentes, et parfois opposées, en matière de conditions de travail, de santé, de risques professionnels et d’exercice du mandat représentatif. Les représentations qu’ont les différents acteurs de ces questions contribuent à la définition des choix stratégiques et des actions à entreprendre. Notre travail de recherche s’est appuyé sur deux types de données. D’abord celles recueillies, au moyen d’entretiens et d’observations participantes, auprès de 27 CHSCT dans des entreprises de tailles et de secteurs d’activité très variés. Ensuite, des données collectées au moyen d’une grille de questionnement auprès de plus de 100 CHSCT lors de sessions de formation ou d’interventions dans des entreprises sur une période de cinq ans, et de la consultation de procès-verbaux de réunion ou de documents d’information remis aux membres de l’instance. L’objectif de cet article est de montrer que si les tensions qui traversent l’activité du CHSCT sont, en grande partie, inhérentes aux caractéristiques de cette instance et si elles sont fréquemment à l’origine de conflits, elles sont aussi une source de débats féconds qui constituent un espace de créativité pour le développement de l’action collective. Au-delà des CHSCT en France, nous sommes convaincus que les conclusions de cette recherche concernent toute instance chargée de la prévention et de l’amélioration des conditions de travail dans les entreprises à travers le monde.

2012 ◽  
Vol 67 (3) ◽  
pp. 477-504 ◽  
Author(s):  
Michel Tremblay ◽  
Denis Chênevert ◽  
Audrey Hébert

Depuis les dernières années, l’attrait des infirmières pour les agences de placement temporaire a connu une croissance marquée. Or, dans un contexte de rareté de la main-d’oeuvre, on peut se demander quelles sont les sources de motivation qui incitent les infirmières à choisir le travail d’intérim et à demeurer loyales envers leur agence. Prenant appui sur la classification de Tan et Tan (2002), quatre sources de motivations ont été explorées, soit les motivations individuelles ou familiales, les motivations économiques, les motivations professionnelles et les préférences personnelles. Pour les motivations familiales, cette étude s’est principalement intéressée au rôle des conditions de travail flexibles offertes par les agences de placement. En regard des motivations économiques, nous nous sommes intéressés à l’influence des conditions salariales et, en ce qui concerne les motivations professionnelles, à l’influence des possibilités de développement des compétences des infirmières d’agence. Enfin le rôle des préférences personnelles s’est limité l’étude de la charge de travail. Les résultats de notre étude, réalisée auprès de deux échantillons, l’un provenant de 500 infirmières oeuvrant dans des agences de placement infirmier au Québec, et l’autre de 99 infirmières provenant de deux agences, ont montré que les motivations familiales et celles liées au développement professionnel avaient un effet positif sur la satisfaction des infirmières d’agence. En ce qui a trait à leur loyauté, celle-ci serait davantage liée à la flexibilité des horaires, à la formation et au développement des compétences, à la sécurité d’emploi et à la possibilité de choisir ses mandats. De bonnes conditions salariales n’apparaissent pas suffisantes à leurs yeux. Elles ne veulent pas seulement avoir de meilleures conditions économiques, ces infirmières veulent aussi une plus grande liberté de choix et sont en quête d’une plus grande autodétermination et de meilleures chances de développement professionnel.


Author(s):  
Vincent Bodart ◽  
Laurence Jacquet ◽  
Bruno Van der Linden

Les négociations salariales dans le cadre de l’accord interprofessionnel 2003-2004 vont prochainement débuter. Ce numéro de Regards Economiques se penche sur les enjeux, les raisons et les modalités de la modération salariale en Belgique. 1.   Les enjeux Face à l’arbitrage entre salaire et emploi étayé ci-dessous, notre point de vue est qu’il faut davantage mettre l’accent sur le développement de l’emploi que sur la croissance des salaires. Cette priorité à l’emploi s’explique par le rôle de celui-ci dans l’insertion sociale et par le souci de sauvegarder une sécurité sociale efficace face au choc du vieillissement de la population et en présence de notre fort endettement public. Nous sommes bien conscients que l’emploi doit vérifier certaines caractéristiques pour être un vecteur d’insertion sociale. Même si nous n’abordons pas ces aspects ici, la négociation collective et la législation relatives aux conditions de travail sont donc essentielles elles aussi. 2.   Les raisons L’analyse d’un éventail de données statistiques livrent plusieurs enseignements. Primo, ils rappellent que le niveau du coût salarial en Belgique est parmi les plus élevés en Europe. Secundo, il semble bien que la croissance du coût salarial en Belgique ait pu effectivement être maîtrisée depuis l’entrée en vigueur de la loi de 1996 relative à la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité. Les coûts salariaux unitaires ont cependant progressé plus rapidement que dans les pays voisins, provoquant ainsi une détérioration de la compétitivité de l’économie belge. Tertio, les performances d’emploi de la Belgique s’améliorent mais demeurent extrêmement préoccupantes pour une série de groupes de la population (travailleurs moins qualifiés, travailleurs de nationalité non européenne, travailleurs âgés). Toutes les études disponibles pour la Belgique aboutissent à la même conclusion : le niveau macroéconomique de l’emploi varie négativement avec celui des coûts salariaux. Cette relation est la résultante d’effets tantôt positifs, tantôt négatifs. Cette conclusion pourrait donc s’inverser si les coûts salariaux baissaient fortement. On n’en est cependant pas là. La modération du coût salarial n’est certainement pas la panacée pour répondre à la situation préoccupante des groupes de population mentionnés à l’instant. La stimulation de l’offre d’emploi que cette modération favorise est cependant un complément indispensable à un ensemble de mesures structurelles bien coordonnées (relèvement des qualifications les plus basses, poursuite des actions ciblées sur des sous-régions particulièrement meurtries, abandon des freins à la mobilité des travailleurs, révision du profil salarial en fonction de l’âge ou de l’ancienneté, accroissement de l’écart entre revenu en emploi et revenu d’allocation en jouant sur la (para-)fiscalité, etc.). Les perspectives conjoncturelles peu brillantes pour le futur immédiat renforcent la nécessité d’une modération salariale. On sait en effet qu’en ces périodes assez déprimées sur le plan de l’embauche, les plus qualifiés vont davantage prospecter les marchés du travail où ils sont en quelque sorte "sur-qualifiés". Promouvoir une offre d’emplois dynamique dans tout l’éventail des qualifications est alors une manière de limiter ce phénomène dont seuls les plus qualifiés tirent un parti clair. 3.   Les modalités Depuis l’accord interprofessionnel de 1999-2000, la norme salariale est avant tout devenue "indicative". Elle est une recommandation des partenaires sociaux réunis au niveau national à l’égard des partenaires des négociations sectorielles et d’entreprise. Compte tenu des faits observés en Belgique depuis le premier choc pétrolier et des analyses réalisées depuis, il est fort plausible que se coordonner sur une norme, même fruste, est préférable à une absence de coordination. Pour que la modération salariale contribue le plus largement possible au développement de l’emploi, des aménagements complémentaires au système actuel nous semblent nécessaires. Ceux-ci se situent à trois niveaux. Pour favoriser la création d’emploi, il est primordial que les importants allégements structurels de cotisations sociales contribuent pleinement à la réduction du coût du travail. On recommande donc de maîtriser la croissance des salaires bruts afin que les baisses de cotisation structurelles allègent le coût salarial et stimule l’emploi. Cette maîtrise aurait une réciproque en ce sens que la réforme fiscale et les allégements de cotisations personnelles au bas de l’échelle salariale ne devraient pas être récupérées par les employeurs lors de la négociation du niveau des salaires bruts. Ces réformes pourraient alors pleinement jouer leurs rôles de soutien aux bas revenus et d’incitation à la recherche d’emploi et à la participation au marché du travail. L’indexation automatique assure tous les salariés contre le risque généré par des mouvements de prix et constitue à ce titre un mécanisme à préserver. Il faut toutefois souligner qu’en cas de hausse de prix des produits importés, l’appauvrissement collectif qui en résulte risque d’être aggravé par l’indexation automatique. Lorsque des biens importés qui ont un poids significatif dans l’"indice-santé" connaissent des hausses substantielles et durables de prix, il faudrait veiller à la suspension de l’indexation automatique des salaires sur ces prix et trouver d’autres modalités pour répondre à la dégradation de la situation socio-économique de certains groupes en présence de tels chocs. Tant la modération salariale que les allègements de la parafiscalité doivent faire l’objet d’une coordination au niveau européen. Sans une coordination forte au sein de l’UE, les dispositions prises au niveau de chaque Etat seront sous-optimales.


2013 ◽  
Vol 317 (317) ◽  
pp. 51 ◽  
Author(s):  
Aurélien Masson ◽  
Jean-Marc Julien ◽  
Luc Boedt

L'importance de l'hévéa (caoutchouc), Hevea brasiliensis, en tant que culture de rente ne cesse d'augmenter justifiant de s'intéresser à de nouvelles techniques de clonage plus efficaces que le greffage (écussonnage) traditionnellement utilisé pour la production industrielle de matériel de plantation de qualité supérieure. Les bonnes performances sur le terrain (croissance rapide, haut rendement) des hévéas produits par embryogenèse somatique n'ont été constatées jusqu'à présent qu'à l'échelle expérimentale. La propagation de masse in vitro par embryogenèse somatique ou microbouturage de clones d'hévéas sur leurs propres racines reste pénalisée par un manque de réactivité de la plupart des génotypes sélectionnés et par des coûts de production prohibitifs. Face à cette situation, la propagation par bouturage de clones matures sélectionnés issus de micropropagation in vitro a été tentée par la SoGB en Côte d'Ivoire comme une alternative possible à l'utilisation exclusive des techniques in vitro. Les deux clones matures industriels, A (70 ans) et B (53 ans), ont d'abord été rajeunis in vitro par embryogenèse somatique puis micropropagés en plus grand nombre par microbouturage. Après acclimatation, les microboutures enracinées in vitro ont été rempotées dans des pots individuels pour être gérées de manière intensive comme pieds-mères destinés au bouturage. Après 3 semaines en conditions horticoles adéquates, les taux d'enracinement obtenus pour les boutures des clones A et B ont été respectivement de 74,6 % (1203/1613) et 76,5 % (198/259). Les racines adventices néoformées étaient généralement vigoureuses. A l'issue d'une phase d'acclimatation réussie, les boutures se sont développées de façon conforme pour atteindre 4 mois plus tard une hauteur de 25-30 cm suffisante pour être plantées au champ. En sus d'une plus grande vigueur et conformité sur le terrain, les clones issus de bouturage peuvent être produits plus rapidement, sur des surfaces plus réduites à moindre coût et dans des conditions de travail plus faciles par rapport aux plantes issus d'écussonnage. Des analyses en cours devraient permettre d'établir les avantages comparatifs des boutures par rapport aux plants écussonnés en ce qui concerne d'autres caractères à fort impact économique tels que le rendement de latex.


2016 ◽  
Vol 41 (4) ◽  
Author(s):  
Jennifer Ellen Good

This article explores how the iPhone phenomenon was born, the reality of electronic waste, and the annihilation of news frames that link our use of electronics and electronic waste. Media sources and Google queries were searched for stories about the iPhone and electronic waste. Symbolic annihilation, push-and-pull media, and agenda-setting theory’s obtrusive issues are used to explore the implications. The results indicate that stories about the iPhone are plentiful and stories about electronic-waste very few and far between. The results also clearly show that stories that make connections between iPhones and electronic waste are annihilated. This article highlights that the iPhone is an iconic and readily outdated example of the horrible “waste makers” we have become. The conclusion offers suggestions for ways forward.Cet article explore les origines du phénomène iPhone, la réalité des déchets électroniques, et l’annihilation de cadres journalistiques faisant le lien entre l’utilisation d’appareils électroniques et les déchets qui découlent de celle-ci. Pour ce faire, nous avons eu recours aux concepts suivants : l’annihilation symbolique, les médias push et pull et les questions imposantes dans le cadre de l’agenda setting (« mise à l’ordre du jour »). D’autre part, nous avons cherché dans les médias et sur Google des articles sur l’iPhone et les déchets électroniques. Nos résultats indiquent que les articles sur l’iPhone sont nombreux mais que ceux sur les déchets électroniques sont rares. Par surcroît, les résultats montrent clairement l’annihilation d’articles établissant un lien entre l’iPhone et les déchets électroniques. Cet article-ci souligne que l’iPhone est un exemple iconique, voué à une obsolescence perpétuelle, des gaspilleurs horribles que nous sommes devenus. La conclusion propose des pistes à suivre pour sortir de cette situation.


2019 ◽  
Vol 19 (2) ◽  
pp. 76-79
Author(s):  
Ginette Gauthier ◽  
Monique Parent ◽  
Lise Lachance ◽  
Denis Plante

Les auteurs font une analyse de la situation actuelle du bibliotechnicien sur le marché du travail au Québec. En première partie, ils tracent l’historique des premières promotions en tenant compte des facteurs conflictuels, sans oublier les conditions salariales. La seconde partie se veut, avant tout, une description des plus objective des tâches actuelles remplies par les bibliotechniciens et des conditions de travail inhérentes à cette situation.


2009 ◽  
Vol 22 (1) ◽  
pp. 123-145 ◽  
Author(s):  
Anastasie Amboulé Abath

RésuméCet article porte sur les aspects particuliers de l’expérience au travail de femmes investies dans des postes de direction et de décision dans les milieux du sport de haut niveau au Québec. L’auteure examine, à partir de leur discours, si ces dirigeantes reçoivent un traitement équitable. Elle cherche aussi à saisir, le cas échéant, les stratégies qu’elles utilisent pour compenser les effets qu’entraînent des conditions de travail sexistes. Le discours de ces femmes est centré sur le fait qu’il existe des différences marquées en faveur des hommes dans ces milieux du sport. Pour elles, les directions sportives constituent des espaces culturels de domination masculine où les femmes doivent s’assimiler à la majorité, se conformer pour être entendues, ou pour être en mesure de faire leur travail, et s’adapter aux caractéristiques du groupe masculin. Les dirigeantes rencontrées par l’auteure désapprouvent et contestent cette situation. Elles sont obligées de recourir à diverses stratégies de résistance pour se faire valoir et se maintenir dans ces milieux sportifs. Dans ce contexte de partage inégal de responsabilités et de pouvoir, l’auteure formule l’hypothèse suivante : la place des femmes au sein de ces instances demeure sous la tutelle des dirigeants masculins.


2015 ◽  
Vol 39 (1-2) ◽  
pp. 61-83
Author(s):  
Michèle Cros

Nous sommes au Burkina, en pays lobi, lors d’un grand rituel de fécondité. L’ethnologue effectue une mission de terrain avec son jeune fils. On nous apprend que notre chienne (Bellina) est atteinte d’un mal foudroyant. On pourrait alléger sa souffrance à l’aide de soins palliatifs. L’enfant pleure celle qu’il considère comme une sorte de petite soeur. Les Lobi, mis au courant de cette situation, recommandent au contraire de tuer au plus vite Bellina afin d’en faire une bonne soupe, cynophagie oblige. Deux modes de représentations, d’affects et de comportements se retrouvent soudain mis en écho, discutés et commentés. Ils seront ici analysés à l’aide de narrations graphiques, de brèves de terrain recueillies dans le hors-champ de l’enquête et de récits aux allures de mythe. Mis en dialogues, ces éléments discursifs accentuent autant la violence de ces déliaisons croisées qu’ils mettent en évidence des liaisons vitales inattendues unissant l’homme au chien, en France comme au Burkina.


2002 ◽  
Vol 18 (2) ◽  
pp. 47-60
Author(s):  
Hélène DAVID ◽  
Michel BIGAOUETTE

Résumé À partir de l'analyse de plus de 2 000 prises de retraite chez les "cols bleus" et les "cols blancs" d'une grande municipalité, au cours de la décennie 1973-1983, il s'avère que les cols bleus perçoivent une rente inférieure, jouissent de leur vie à la retraite moins longtemps et meurent plus jeunes que les cols blancs. Le cheminement causal dégagé pour expliquer cette situation fait s'entrecroiser les effets complexes et conjugués de la réglementation du régime de retraite privé en vigueur, des conditions de travail ainsi que des itinéraires professionnels différentiels.


Author(s):  
Brynne Hayhurst-France

Cette présentation va considérer la conception du langage et sa fonction dans le contexte de la vie quotidienne. Ce sujet a été choisi parce que la langue est un aspect intégral des relations humaines dont la fonction et l'organisation sont beaucoup plus complexes que nous avons l'habitude de penser. Cette présentation va donc examiner certaines des utilisations et fonctions habituelles du langage quotidien pour ensuite les voir problematisées dans le contexte de textes de trois auteurs: Pour un nouveau roman d’Alain Robbe-Grillet, L’Usage de la parole de Nathalie Sarraute et Minima Moralia: Réflexions sur la vie mutilée de Theodor Adorno. À part de l’analyse de ces textes, cette étude constate que le langage peut-être aussi utilisé pour coincé une personne dans une convention de comportement particulière, réfléchir sur la construction du langage lui-même, et que cette réflexion peut même influencer comment nous communiquons avec les autres. Les conclusions que nous envisageons porterons sur le fait que nous sommes conditionnés et limités par un langage qui véhicule beaucoup plus de présupposés que nous avons tendance à croire. Une des conséquences de ceci est qu'il est difficile de prétendre à la spontanéité, à la singularité et à l'authenticité lorsque nous parlons dans le contexte du quotidien. Et ce que nous poussent à faire les oeuvres littéraires et philosophiques que nous allons aborder est de prendre conscience de ce fait pour ensuite prendre en compte cette situation.


2014 ◽  
Vol 40 (1) ◽  
pp. 9-43 ◽  
Author(s):  
Christian Brunelle

Pendant longtemps, l’action syndicale s’est déployée dans la clandestinité, en marge du droit. Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire des relations de travail, le droit criminel et le droit des rapports privés réprouvaient les moyens de pression exercés collectivement par les salariés. Cette situation contribuera dans une large mesure à nourrir la croyance, encore répandue dans certains milieux syndicaux, selon laquelle les tribunaux judiciaires ont un préjugé défavorable aux syndicats. C’est essentiellement par la mobilisation et l’action politiques que les syndicats finiront par obtenir du législateur, au milieu du XXe siècle, la reconnaissance du droit de négocier collectivement les conditions de travail et du droit d’exercer des moyens de pression à cette fin. Même si ce régime législatif a généralement bien servi les intérêts des salariés, le législateur est parfois intervenu afin de limiter la capacité des syndicats de négocier collectivement les conditions de travail ou d’exercer des moyens de pression contre l’employeur. Au lendemain de l’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, certains syndicats ont bien tenté de limiter de telles pratiques législatives au nom de leur liberté constitutionnelle d’association, mais sans succès. Certains ont vu là un autre signe d’insensibilité judiciaire à la réalité syndicale. Toutefois, la Cour suprême du Canada reconnaît désormais que la liberté d’association comprend à tout le moins un droit procédural à la négociation collective. Et si la Charte canadienne offrait ainsi aux syndicats un moyen de pression nouveau genre ?


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