scholarly journals De la mise à l’écart éducative à la rééducation par le travail : le cas des Opérations Été-jeunes 83 en France

Author(s):  
Dominique Duprez

Si l’Opération Été 82 a été marquée par trois logiques : mise à l’écart des jeunes délinquants des cités populaires durant l’été, intervention directe de l’État pour développer des nouvelles formes de travail social, redéfinition provisoire des politiques de prévention de la jeunesse, la poursuite de ce type d’opération en 83 a fait apparaître une orientation plus centrée sur des activités d’animation liées au travail et un retour en force du travail social. Si la soudaineté de la mise en place de l’Opération Été 82 avait permis le développement d’un néo-travail social plus souple, à logique militante, en 83 la logique de concertation entre travailleurs sociaux et administrateurs de l’aide sociale réinstaure des processus au sujet desquels on peut se demander en quoi ils ne sont pas seulement défensifs. Quant aux animateurs issus des cités populaires qui s’étaient vu reconnaître un rôle important dans les activités d’animation de quartier en 82, leur professionnalisation constitue une source de conflits à l’intérieur du travail social tout en étant porteuse d’ambiguïté : occupant une position dominante dans leur milieu d’origine et une position subalterne par rapport aux autres catégories d’encadrement, ils se retrouvent à gérer des contradictions à la charnière des rapports sociaux.

2008 ◽  
Vol 10 (2) ◽  
pp. 123-133 ◽  
Author(s):  
Paul-Antoine Bien-Aimé ◽  
Louis Maheu

Résumé Les gestionnaires du social auraient réussi à tayloriser les services sociaux. L'analyse des pratiques permet de réfuter cette proposition, car la relation observée entre le producteur et l'usager des services constitue un espace de création d'informations qui sont, dans certains cas, réinvesties dans les rapports sociaux pour alimenter des interventions novatrices. Des paramètres essentiels de la taylorisation n'ont pu être vérifiés. Le rejet de la thèse de la taylorisation n'induit pas l'adhésion à des affirmations volontaristes qui attribuent aux praticiens une capacité généralisée d'échapper aux contraintes installées par des gestionnaires tentés par l'autoritarisme.


2004 ◽  
Vol 14 (2) ◽  
pp. 144-156 ◽  
Author(s):  
Alain Simonin

Résumé La notion d’espaces de transaction dans l’intervention sociale incite tous les acteurs engagés dans l’intervention, qu’ils soient « eux » ou « nous », à développer l’entreprise participative, l’innovation dans les politiques publiques, la citoyenneté inclusive. Le modèle du positionnement social permet de situer les nouveaux rapports sociaux émergents entre un pôle formel (agir sur le mode des régulations normatives), un pôle informel (agir sur le mode de l’expérience innovante) et un pôle mixte (agir sur le mode coopératif ou associatif). Le modèle a pour caractéristiques de légitimer les individus porteurs de projets dans leur aptitude à occuper l’espace public, de situer les projets dans le mouvement dialectique entre l’instituant et l’institué et de mettre en rapport les transactions avec les enjeux démocratiques et le respect de l’environnement. On peut définir trois domaines de compétences requises pour mener à bien ce processus de développement local. Ils correspondent aux trois fonctions que devrait assumer l’agent de développement : un rôle de « passeur », un rôle de « tiers médian », un rôle d’« ingénieur démocratique ».


2014 ◽  
Vol n° 36 (2) ◽  
pp. 121
Author(s):  
Laurence Bachmann ◽  
Sophie Rodari

Author(s):  
Anne Perriard

Cadre de la recherche : Cet article cherche à saisir les processus de catégorisation et de hiérarchisation à l’œuvre dans des politiques sociales spécifiques Objectifs : En analysant la formulation et la mise en œuvre de politiques de l’emploi dans un canton suisse en direction de trois catégories de parcours de vie que le politique nomme les « jeunes adultes en difficulté », les « familles pauvres » ou les « chômeurs âgés », cet article propose d’explorer l’articulation des rapports sociaux d’âge et de genre qui participent à produire des figures de la dépendance problématique. Méthodologie : La recherche, conduite au sein de Pôle de recherche LIVES, s’appuie sur l’analyse de discours de deux groupes d’agent·e·s : d’une part les élu·e·s chargé·e·s d’élaborer les lois et d’autre part le personnel du travail social mettant en œuvre ces lois dans ses pratiques professionnelles. Il a été demandé aux personnes interviewées de décrire trois situations qui leur paraissaient emblématiques de leur travail auprès des trois catégories cibles de politiques sociales. Cette méthodologie a l’avantage de faire apparaître des catégories sociales absentes de la formulation des politiques. Résultats : L’analyse met en lumière que les formes de dépendance à l’État ne sont pas toutes perçues comme problématiques, certaines étant normalisées en fonction de leur conformité aux normes du parcours de vie traditionnel constitué de la triade formation-emploi-retraite. Conclusions : L’analyse montre que les significations données aux notions d’autonomie et d’indépendance varient en fonction de l’âge et du genre. Contribution : L’originalité de cet article réside dans le fait de réunir et de comparer trois catégories de l’intervention sociale qui représentent trois étapes du parcours de vie traditionnel.


2008 ◽  
Vol 11 (1) ◽  
pp. 153-163
Author(s):  
Jean-Martin Deslauriers ◽  
Luc Lacroix ◽  
Louis La Grenade

Résumé Dans cet article, les auteurs décrivent et surtout démontrent la pertinence de la mise sur pied d'un cours portant sur la condition masculine et les pratiques sociales dans une formation universitaire de base en travail social. Ils soulignent l'importance d'offrir aux travailleuses et aux travailleurs sociaux en devenir l'occasion de développer une réflexion rigoureuse sur la condition masculine afin de pouvoir contribuer dans leurs éventuelles pratiques sociales professionnelles à résoudre de façon efficace des problèmes émergeant, pour une bonne part, de l'évolution des rapports sociaux de sexe dans nos sociétés postmodernes. Ils donnent un bref aperçu des premiers résultats de cette expérience pédagogique innovatrice.


2019 ◽  
Vol 58 (2) ◽  
pp. 143-150
Author(s):  
Pascale Molinier

La psychodynamique du travail a étendu les conditions sociales de la sublimation au travail ordinaire et à la dynamique de la reconnaissance. Selon Christophe Dejours, la reconnaissance porte sur le faire mais elle se capitalise dans le registre de l’être. Or ce que les femmes font est généralement confondu avec ce qu’elles sont. D’où un déficit chronique de reconnaissance de leurs contributions, bien sûr aggravé par les rapports sociaux de domination (voir l’effet Mathilda dans les sciences). Ce constat sera ici principalement argumenté à partir des analyses psychodynamiques du travail féminisé (les activités de care) qui se caractérisent par leur discrétion. De la sous-estimation du travail féminin, il résulte de nombreuses conséquences, tant sur le plan théorique que clinique : la sublimation dépend-elle nécessairement de la reconnaissance ? – on déplacera cette question autour de l’expressivité et de la voix.


1982 ◽  
Vol 37 (2) ◽  
pp. 246-254 ◽  
Author(s):  
Janusz Tazbir

M'étant interrogé, il y a quelques années, sur l'accueil réservé aux œuvres de Thomas More et sur leur diffusion en Pologne, j'ai tenté de définir les raisons pour lesquelles les utopies classiques n'avaient pas trouvé de résonance parmi les citoyens de la République nobiliaire. Elles sont multiples. Ainsi, presque toutes les représentations de la société idéale, depuis la Politique de Platon, les visions de More ou de Campanella, jusqu'aux utopies du siècle des Lumières, préconisent une ingérence très poussée dans la vie privée des citoyens, un contrôle continu exercé sur eux par des censeurs spécialement institués à cette fin, la soumission à des normes très rigoureuses de discipline sociale — en un mot, un fonctionnement de l'État qui est en contradiction flagrante avec les institutions de la Pologne des xvie-xviie siècles. Comme le remarque à juste titre Claude Backvis, l'utopie naît dans des conditions où elle ne peut en aucune mesure être réalisée. Elle réclame tout parce qu'elle n'est en mesure de rien obtenir ; son maximalisme vient de ce qu'on pense impossible de modifier, de quelque façon que ce soit, les rapports sociaux et politiques existants. C'est la raison pour laquelle la noblesse polonaise qui, à l'époque de la Renaissance, avait largement les moyens de transformer l'État, ne recherchait pas de compensation dans la création imaginaire d'un monde idéal, utopique. Plus tard, le conservatisme de l'État polonais, son hostilité déclarée à tout changement, s'opposèrent efficacement tant à la création de variantes polonaises qu'à la réception des versions étrangères de l'utopie.


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