De la mise à l’écart éducative à la rééducation par le travail : le cas des Opérations Été-jeunes 83 en France
Si l’Opération Été 82 a été marquée par trois logiques : mise à l’écart des jeunes délinquants des cités populaires durant l’été, intervention directe de l’État pour développer des nouvelles formes de travail social, redéfinition provisoire des politiques de prévention de la jeunesse, la poursuite de ce type d’opération en 83 a fait apparaître une orientation plus centrée sur des activités d’animation liées au travail et un retour en force du travail social. Si la soudaineté de la mise en place de l’Opération Été 82 avait permis le développement d’un néo-travail social plus souple, à logique militante, en 83 la logique de concertation entre travailleurs sociaux et administrateurs de l’aide sociale réinstaure des processus au sujet desquels on peut se demander en quoi ils ne sont pas seulement défensifs. Quant aux animateurs issus des cités populaires qui s’étaient vu reconnaître un rôle important dans les activités d’animation de quartier en 82, leur professionnalisation constitue une source de conflits à l’intérieur du travail social tout en étant porteuse d’ambiguïté : occupant une position dominante dans leur milieu d’origine et une position subalterne par rapport aux autres catégories d’encadrement, ils se retrouvent à gérer des contradictions à la charnière des rapports sociaux.