scholarly journals Le libéralisme avant la liberté. Le républicanisme et la crise du Directoire chez Benjamin Constant

Tangence ◽  
2015 ◽  
pp. 67-91
Author(s):  
Augustin Simard

S’inspirant du paradigme républicain, plusieurs travaux récents ont cherché à retracer la constitution d’un langage « républicain-libéral » pendant la période du Directoire. À partir des écrits révolutionnaires de Benjamin Constant, le présent article cherche à mettre en lumière deux limites de cette notion de « républicanisme libéral ». D’une part, une limite qui tient à la prédominance, dans la culture politique post-Terreur, du topos républicain de la corruption comme division du corps civil, et à la façon dont ce topos impose une représentation moniste et unanimiste de l’espace politique. D’autre part, une limite qui renvoie à la nature même des « langages » républicains et libéraux. Plutôt que de les considérer comme des « langages » de même nature, je défendrai l’idée que le républicanisme renvoie surtout à un lexique, alors que le libéralisme relève d’une rhétorique ou d’un certain style argumentatif. En considérant la façon dont Constant a cherché à justifier le coup d’État du 18 fructidor (4 septembre 1797), je voudrais établir que si son discours est littéralement républicain — en ce qu’il réitère la doxa républicaine officielle —, le style de l’argumentation et les voies qu’elle emprunte sont « paradoxaux » et obéissent à un dessein « libéral ».

2005 ◽  
Vol 34 (1) ◽  
pp. 5-26
Author(s):  
Richard LaRue
Keyword(s):  

Le présent article essaie de délimiter de la manière la plus précise possible le rôle de la notion de loi naturelle dans le cadre de l'opération de codification des lois civiles au Bas-Canada. Dans le contexte de la modernité politique, la notion de loi naturelle ne peut plus exister que sous une forme dégradée, représentée. Cette notion peut être abordée comme la médiation symbolique au sein de laquelle s'organisera la modernité du droit civil canadien. Médiation qui réalisera aussi la mise en rapport de la tradition civiliste québécoise, recueillie par la codification, et du droit public anglais. C'est ainsi que l'on peut interpréter le rôle central, premier, conféré au titre des obligations dans l'économie générale de la codification. De la même manière, l'organisation de la personnalité juridique dans la codification de 1866 exprime la logique de la loi naturelle représentée.


2010 ◽  
Vol 65 (5) ◽  
pp. 1225-1247 ◽  
Author(s):  
Sudhir Hazareesingh ◽  
Karma Nabulsi

RésuméLe publiciste Albert Laponneraye jouissait d’une immense réputation dans les milieux républicains sous la monarchie de Juillet. Ardent robespierriste, il se décrivait comme issu d’une génération qui avait juré « haine et mort à la tyrannie »: c’est à travers cette notion de haine, composante essentielle d’une déontologie de la vertu, que nous analyserons sa culture politique républicaine. Cette haine provoquait aussi des instabilités qui révélaient les tensions (tout à la fois théoriques, pratiques, et mémorielles) auxquelles étaient confrontés les républicains; les rapports complexes entretenus par Laponneraye avec le mythe napoléonien en témoignent.


Phronesis ◽  
2013 ◽  
Vol 2 (1) ◽  
pp. 8-14 ◽  
Author(s):  
Yves Couturier
Keyword(s):  

La réflexivité constitue une thématique à la mode, qui traduit à sa façon une évolution importante dans la façon de penser les pratiques sociales. Mais pour cette même raison, sa conception est encore instable, et les sens et usages dont elle est l’objet sont pour le moins multiples. Pour effectuer un travail de conception sur la notion de réflexivité, il faut d’abord montrer en quoi elle est objet d’une inflation normative la posant comme catégorie logique si attendue qu’une critique n’en est presque pas pensable. Or, cette aura très (trop) positive doit être dispersée pour qu’un travail théorique rigoureux puisse émerger. Le présent article propose de contribuer à une théorie de la réflexivité en décrivant l’aire de dispersion des usages de cette notion, distribués sur cinq plans logiques.


2009 ◽  
Vol 19 (2-3) ◽  
pp. 217-245 ◽  
Author(s):  
Alain Boillat

Résumé Popularisée par l’usage extensif (et de ce fait quelque peu galvaudé) qu’en fit Gérard Genette en narratologie littéraire, la « diégèse » constitue certes la notion vedette des filmologues, mais elle fut pendant plusieurs décennies le lieu d’une certaine occultation de son champ originel en raison des appropriations non référencées qu’en firent poéticiens et sémiologues. En suivant le fil historiographique des différents emplois et acceptions de cette notion associée à Étienne Souriau dans l’espace francophone, le présent article propose un état des lieux qui, par la petite porte d’une entrée terminologique, entend s’interroger sur les conséquences théoriques des variations que le terme « diégèse » a subies et, plus généralement, sur la question du statut octroyé au courant filmologique. En examinant les différentes implications de la définition première, qu’il s’agit parfois de délester de sens dont on l’a ultérieurement investie, cet article tente de montrer que le cadre dans lequel la diégèse a été conceptualisée contient des potentialités théoriques qui n’ont pas encore été épuisées aujourd’hui, et qui convergent avec certains champs d’études récents (comme celui de la logique des mondes possibles) dont l’application au cinéma n’a probablement jamais été aussi pertinente qu’à l’ère des images de synthèse, des univers virtuels et des environnements de jeux vidéo.


2008 ◽  
Vol 26 (2-3) ◽  
pp. 91-103
Author(s):  
Bruno Perreau
Keyword(s):  

Résumé Peut-on qualifier de « politique du risque » un dispositif d’action publique qui s’inspire de cette notion, mais ne s’en réclame jamais explicitement ? Le présent article soutient que la rhétorique du risque, issue des domaines environnementaux et bioéthiques, imprègne de façon croissante l’attitude des pouvoirs publics à l’égard des questions familiales. Tel est le cas de la procédure française d’agrément en vue d’adoption qui aborde l’homosexualité des candidats comme un danger potentiel pour l’enfant et pour la société. Nous formulons l’hypothèse que les travailleurs sociaux en charge de l’adoption dramatisent les enjeux de leur intervention pour mieux asseoir l’autorité de leurs décisions et, en conséquence, leur position institutionnelle. Mais le risque doit toujours rester inavoué : sa force performative réside dans la production de figures imaginaires à l’aune desquelles les candidats sont implicitement enjoints à s’identifier. Le risque constitue ainsi un instrument de la production biographique du « public » des politiques adoptives.


1987 ◽  
Vol 42 (1) ◽  
pp. 73-90 ◽  
Author(s):  
Sarah Maza

La notion d'« opinion publique » a fait couler beaucoup d'encre ces dernières années, aussi bien chez les historiens que chez les sociologues et politologues. Les historiens de l'Ancien Régime s'intéressent particulièrement à l'apparition de cette notion après 1750 : si l'une des conséquences majeures de la Révolution française, outre les bouleversements sociaux bien connus, a été une redéfinition radicale de la culture politique et des rapports de force au sein de l'« espace public », on doit se demander comment s'est dessinée cette redéfinition, et cela bien avant la convocation des États Généraux.


2005 ◽  
Vol 45 (4) ◽  
pp. 767-790
Author(s):  
Tristan Desjardins

Dans le présent article, l’auteur analyse la norme de tolérance de la société canadienne contemporaine, balise interprétative permettant d’apprécier le caractère criminellement répréhensible de conduites pouvant potentiellement corrompre les mœurs, à l’aide des décisions clés circonscrivant son application. Dans cette foulée, l’auteur s’attache particulièrement à étudier l’arrêt Labaye, et incidemment l’arrêt Kouri, deux décisions découlant de trames factuelles distinctes, quoique similaires, où la Cour d’appel du Québec a dû déterminer, par le truchement de la norme de tolérance, si les actes d’échangisme reprochés étaient criminellement indécents. L’analyse s’opère en deux étapes : la première, consacrée à l’évolution de la norme de tolérance et à son contexte d’application particulier en matière d’indécence, esquisse les grands traits de cette notion aux contours fort singuliers. La seconde, illustrant la complexité inhérente à sa mise en application, met en relief, dans une perspective essentiellement critique, l’application de cette norme ayant été effectuée à l’occasion de l’arrêt Labaye. L’auteur conclut que les motifs des opinions majoritaires distinctes rendues par les juges Rochon et Rayle dans ce dernier arrêt s’inspirent de considérations essentiellement subjectives et arbitraires. En ce sens, il précise qu’une application objectivement rigoureuse de la norme aurait dû permettre à l’appelant Labaye d’être acquitté.


2011 ◽  
Vol 7 (1-2) ◽  
pp. 11-35
Author(s):  
Lucie Roy

Partant de la conception bergsonienne de la perception d’images qui passe par l’image du corps dans la phénoménologie quotidienne, l’auteure propose d’aborder la problématique de la perception au cinéma et, plus particulièrement, de la perception du corps au cinéma. Cette perception du corps au cinéma, si elle passe par des images, et par des images qui font corps, elle impose une réflexion quant au système de prédication qu’induit ce qui a été appelé dans le présent article le « corps-percevant » de l’écran. Dans cette première partie du texte, donc, l’auteure réfléchit, pour le cinéma, à cette notion de corps percevant, alors que dans la seconde patrie, elle se livre à une étude de la séquence librement intitulée « La scène du petit manteau rouge » qui sert de motif dans cette région du film La Liste de Schindler. Dans ce film, et dans cette scène particulièrement, se joue une véritable opération langagière de classement et de différemment des corps (c’est la « descripture » filmique) dont les enjeux idéologiques sont lourds.


Author(s):  
Catherine Cyr

Soumise à l’impermanence des définitions, la notion de représentation a connu, en art, plusieurs bouleversements. Affranchie de l’impératif mimétique, désormais entendue plus largement comme « évocation », cette notion n’en continue pas moins, aujourd’hui, de se trouver bousculée, notamment lorsque certaines oeuvres performatives sont traversées par diverses trouées de réel, de présence, voire de surprésence. Émaillée de quelques exemples puisés dans la pratique immédiatement contemporaine (théâtre, performance), le présent article s’intéressera à une forme particulière d’ébranlement de la représentation, attribuable aux manipulations de la nourriture sur la scène. En effet, très fréquent dans la pratique actuelle, le jeu avec les aliments — répandus, piétines, triturés, apprêtés, mâchés, régurgités — n’est pas sans conséquence sur l’ordre représentationnel. De même, du côté du spectateur, la réception de l’oeuvre se trouve-t-elle souvent perturbée, « augmentée », par cette dimension du jeu. Ainsi, j’aborderai cette question de la réception du spectateur qui, confronté à ce qui semble excéder la représentation, se trouve soumis — souvent bien involontairement — au surgissement de la convoitise ou de l’abjection. Enfin, ce parcours se terminera par quelques réflexions sur ce qui advient de l’expérience esthétique au théâtre, ou devant une performance, lorsque l’oeuvre — ne serait-ce qu’un bref instant — ne paraît plus s’enraciner dans le système de la représentation, mais semble le déborder et l’engloutir tout à la fois.


2012 ◽  
Vol 67 (4) ◽  
pp. 911-942 ◽  
Author(s):  
Koenraad Verboven

RésuméLa nouvelle économie institutionnelle est devenue populaire dans la recherche de l’économie antique depuis une dizaine d’années. Pourtant la notion de « croyances culturelles », qui joue un rôle central dans l’oeuvre de Douglass North et dans les analyses du changement institutionnel par Avner Greif, a été largement ignorée. J’affirme qu’une approche néoinstitutionnelle qui utilise cette notion de « croyances culturelles » offre une meilleure voie pour comprendre l’influence des idéologies et des valeurs morales sur l’économie antique que le modèle de Moses Finley. Des croyances culturelles ne sont pas des contraintes déterministes sur le comportement humain, mais elles aident à orienter les prises de décision et permettent d’anticiper les (ré)actions des autres.J’étudie deux ensembles de normes et de valeurs qui, dans la culture romaine, ont profondément marqué le cadre institutionnel de l’économie. L’un était centré sur la réciprocité. Ses normes et valeurs ont permis de construire et de maintenir des réseaux sociaux au-delà du groupe de lafamiliaétendue avec ses affranchis. Elles étaient à la base du développement de la loi des obligations et de la représentation. L’autre se fondait sur la cité. Il a formé la culture politique en créant des droits et des obligations personnelles et en imposant des demandes légitimes aux élites politiques de défendre ceux-ci et de garantir et de stimuler des intérêts privés et communs. Le droit romain et la justice étaient ses résultats les plus importants. Idéologiquement, l’Empire romain se présentait comme une méta-cité qui incorporait les communautés locales qui, à leur tour, étaient graduellement transformées sur le modèle de la cité.Ces deux ensembles de croyances culturelles ont baissé les coûts de transactions, mais ils n’ont jamais menacé la prééminence de l’aristocratie locale et impériale. Vers la fin du IIe siècle de notre ère, les cités locales se sont affaiblies tandis que l’administration impériale se renforçait. Les aristocraties locales et régionales se sont tournées vers la bureaucratie et l’armée impériales pour maintenir leur rang social, leur influence et leur pouvoir. L’idéologie de la cité comme principe dominant de la culture politique devenait soumise à celle de l’empereur sacral, garant de la justice et de l’ordre divins.


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