scholarly journals Santé mentale, adaptation sociale et individualité contemporaine

2011 ◽  
pp. 65-89 ◽  
Author(s):  
Marcelo Otero

Quels sont les liens entre santé mentale, adaptation sociale et individualité dans les sociétés contemporaines? Une tentative de réponse à cette question gagne à être replacée, me semble-t-il, dans le cadre des profonds changements intervenus sur le plan de la normativité sociale, afin de mieux comprendre les liens nécessaires et complexes entre les formes d’institutionnalisation de ces trois variables sociales (et sociologiques) étroitement dépendantes. Dans un premier temps, je problématise la question de la référence à la norme comme condition sine qua non de toute intervention sociale, y compris dans le domaine de la santé mentale, « négative » (régulation, contrôle, répression) ou « positive » (aide, revendication, lutte, traitement); dans un deuxième temps, je décris, de façon fort schématique, de quelle façon la problématique de la santé mentale s’est posée et se pose dans les sociétés occidentales; enfin, dans un troisième temps, je discute des relations étroites qui existent entre les définitions de l’individualité contemporaine, d’adaptation sociale et de la santé mentale.

2002 ◽  
Vol 17 (1) ◽  
pp. 93-108 ◽  
Author(s):  
Françoise BOUDREAU

Résumé Cette étude est exploratoire et ses conclusions préliminaires. Elle s'intéresse surtout à poser des questions et à stimuler la réflexion des lecteurs sur un sujet presque tabou dans le domaine de la santé mentale. En effet, l'auteure s'est proposée d'examiner dans quelle mesure le clergé et les communautés religieuses qui jouissaient jadis du monopole de la distribution des services psychiatriques à la population catholique du Québec, peuvent aujourd'hui se considérer et être considérés comme "ressource communautaire" en santé mentale. Pour répondre à cette question, l'auteure rend compte de la littérature sur ce sujet et d'un grand nombre d'interviews non structurées qu'elle a menées auprès d'un grand nombre de témoins ou d'acteurs privilégiés, allant des membres de l'assemblée des évêques, à des prêtres et des ex-prêtres, à des intervenants en santé mentale à titre de psychologues, psychiatres, etc. À travers ces témoignages et cette littérature, l'auteure se demande si au Québec, la rupture dramatique entre psychiatrie et clergé des années 60, donne aujourd'hui quelques signes d'assouplissement.


2015 ◽  
Vol 30 (S2) ◽  
pp. S74-S74
Author(s):  
J.-M. Thurin ◽  
M. Thurin ◽  
B. Odier

La question de la preuve scientifique (qu’est-ce qui fait preuve et comment ?) appelle aujourd’hui une réflexion de fond et une discussion à rouvrir. Cette question ne se limite pas au champ de la psychiatrie, même si ces questions s’y posent de manière aiguë. Dans le cadre d’un partenariat scientifique avec la HAS, un groupe de travail a été constitué par la FFP pour les traiter. Les points de départ identifiés sont le travail antérieur de la HAS sur ce sujet, l’expérience de l’American Association of Psychology, l’évaluation des interventions complexes réalisées par le MRC (UK), ainsi que différents textes qui introduisent la dimension épistémologique et présentent les nouvelles méthodologies qui réduisent la fracture entre pratique clinique et recherche. Après la présentation par J.-M. Thurin, des éléments issus de la réflexion documentée du groupe de travail et de ses premières propositions sur ces bases, M. Thurin partira du fait que les guides de traitement utilisés en santé mentale sont basés sur les troubles. Il faut en concevoir les limites dans le cadre de la clinique « ordinaire ». En effet, les cliniciens reçoivent des patients dont les comorbidités sont fréquentes. De plus, les problèmes qu’ils présentent vont bien souvent au-delà du simple diagnostic (problème familial ou professionnel, par exemple). Les données probantes ne doivent pas négliger ces aspects. Des critères permettant d’introduire la signification clinique au cœur des données probantes seront proposés. B. Odier montrera qu’en psychiatrie les tâches de description clinique sont inachevées. Certains chercheurs fondamentalistes pensent que la réponse viendra du génotype des maladies mentales. Les cliniciens chercheurs, modestement et patiemment, poursuivent les tâches de description clinique car ils pensent qu’elles sont des préliminaires incontournables aux travaux de classification, aux opérations diagnostiques, aux évaluations pronostiques, à l’étude des évolutions sans et sous traitement.


2018 ◽  
Vol 64 (6) ◽  
pp. 443-446
Author(s):  
Altay Manço ◽  
Ertugrul Tas

Objectif : Cette contribution évalue les migrations matrimoniales en tant que facteurs de risque en santé mentale pour les personnes immigrées et leur entourage. Méthode : L’effet des migrations matrimoniales sur la santé mentale des personnes immigrées est approché grâce à l’analyse des données produites par une clinique psychologique située en Belgique. Entre 1997 et 2014, ce centre a accueilli un total de 3265 patients d’origine turque immigrés dans ce pays, dont 41% d’hommes et 59% de femmes. La moitié de ces personnes a migré à la suite d’un mariage. Résultats : L’étude montre une incidence prononcée des troubles psychosomatiques et de l’humeur chez les immigrées matrimoniales, alors que les immigrés matrimoniaux atteints de troubles anxieux ou de l’humeur le sont plus gravement. Cette question est peu élaborée dans la littérature bien qu’elle impacte le travail des spécialistes en santé mentale, ainsi que celui des acteurs de l’intégration. Conclusions : L’étude devrait être élargie vers d’autres communautés immigrées, dans d’autres pays récepteurs de migrants, notamment en Amérique du Nord. Les observations montrent l’importance de revoir les politiques migratoires et le droit du séjour en fonction des risques psychologiques pris par les migrants matrimoniaux, souvent dépendants de leur belle-famille pour leur subsistance dans le pays d’installation. Si ces personnes avaient d’autres voies d’accès au pays et un droit de séjour, même s’ils ne poursuivent pas leur mariage, cela diminuerait probablement le stress qu’ils vivent.


2016 ◽  
Vol 24 (2) ◽  
pp. 93-107
Author(s):  
Nadine Proia-Lelouey

L’article pose sur deux registres différents mais interdépendants la place de la psychanalyse dans le soin aujourd’hui. Il s’agit dans un premier temps de montrer, en se référant à des analyses sociologiques, que cette question est étroitement liée aux différentes manières d’appréhender la pathologie mentale au cours du 20e siècle. Evolution elle-même liée à des changements de la condition anthropologique du sujet. Ainsi, si la psychanalyse a été au coeur de l’institution du soin pour avoir largement contribué dans les années 1950/1960 au passage du paradigme de la pathologie mentale à celui de la souffrance psychique, elle a, en revanche, largement pâti d’une rupture qui, au cours des années 1980/1990, a mis au centre du soin le paradigme normatif de la santé mentale. La psychanalyse devient alors une forme de résistance afin que la norme n’efface pas totalement le sujet dans les institutions de soins. Mais la psychanalyse doit se transformer et penser de nouveaux dispositifs à partir des nouvelles conditions anthropologiques du sujet. L’auteure soutient que l’enjeu fondamental de cette nouvelle psychanalyse concerne la fonctionnalité du préconscient et l’accès à la capacité réflexive. Elle développe cette réflexion à partir des travaux contemporains engagés par R. Kaës et R. Roussillon sur l’analyse transitionnelle.


2006 ◽  
Vol 10 (2) ◽  
pp. 13-29 ◽  
Author(s):  
Chantal Brisson ◽  
Michel Vézina ◽  
Alain Vinet

Résumé Le présent article expose d'abord un modèle général de recherche concernant l'association entre des caractéristiques de l'organisation du travail et des atteintes à la santé et à l'intégrité phsysique et mentale des travailleurs et travailleuses. Par la suite, ce modèle est utilisé dans le domaine de la santé mentale pour examiner les conséquences d'une organisation du travail caractérisée par des tâches répétitives exécutées sous contrainte de temps. Une problématique de cette question est esquissée, suivie des résultats et des limites méthodologiques des recherches effectuées dans le domaine. Enfin, un cadre d'analyse intégrant les connaissances acquises et les avenues de recheche à privilégier dans l'avenir est présenté.


2013 ◽  
Vol 18 (10) ◽  
pp. 2869-2877 ◽  
Author(s):  
Michèle Clément ◽  
Lourdes Rodriguez del Barrio ◽  
Jean Gagné ◽  
Annie Lévesque

Cet article documente la manière dont s'est renouvelé et s'est transformé au fil du temps le projet de faire participer les usagers aux exercices de planification et d'organisation des services de santé mentale au Québec (Canada). Pour ce faire, les auteurs reviennent sur l'ensemble des documents ministériels qui ont traité de cette question et dégage, pour les principaux moment-clés, les principales modalités de participation des usagers.


2007 ◽  
Vol 19 (1) ◽  
pp. 47-58
Author(s):  
Richard Hugman

RÉSUMÉ La réadaptation, en santé mentale, s'est éloignée progressivement de son objectif de maximisation du fonctionnement individuel, pour s'intéresser plutôt aux moyens qui pourraient aider les malades mentaux à interagir assez bien avec leur environnement et gagner en autonomie dans leur vie quotidienne (Wing, 1980). La réadaptation est alors apparue comme un processus plutôt que comme un événement (Sheppard, 1984). En d'autres mots, la réadaptation n'est pas simplement un traitement unique - ou une suite donnée de traitements - mais une intervention qui visera, souvent à plus long terme, à maintenir le fonctionnement social et à soutenir l'adaptation. Ignorer cette distinction ou refuser de l'aligner sur le principe directeur de la pratique de la réadaptation psychiatrique mène à une action mal orientée ou pire, à une série de rituels vides de sens qui renforcent la dépendance (Watts et Bennett, 1983; Brandon, 1991). Tous les professionnels de la réadaptation psychiatrique devraient donc se poser cette question primordiale: comment utiliser ses habiletés pour amorcer et soutenir ce processus?


2011 ◽  
Vol 36 (1) ◽  
pp. 115-130 ◽  
Author(s):  
Marie-Laurence Poirel ◽  
Ellen Corin

Cet article examine l’importance de la subjectivité comme dimension du sujet humain dans le champ de la psychiatrie et les impasses qui la marquent. La question de la subjectivité apparaît assez marginale dans les débats et les travaux contemporains en psychiatrie et en santé mentale, particulièrement en Amérique du Nord. Les auteures s’interrogent sur la tendance à mettre à l’écart cette question, et sur les espaces où la subjectivité est prise en compte dans la pratique du traitement en santé mentale. Les résultats d’une recherche qualitative auprès des personnes usagères, des intervenants et des responsables d’organismes non institutionnels identifiés comme des ressources alternatives de traitement, démontrent que les voix se rejoignent dans la compréhension du traitement, ce qui accroît l’intérêt et la portée des résultats de cette étude.


2006 ◽  
Vol 24 (1) ◽  
pp. 199-220 ◽  
Author(s):  
Christiane Cardinal ◽  
Danielle Laberge

Résumé L'accès à des services de santé mentale pour des personnes référées par la police représente un enjeu important pour éviter la criminalisation d'infractions mineures dont ces personnes pourraient être accusées. La police joue un rôle essentiel dans le choix de la réponse qui sera donnée à ces situations. Quand des mesures informelles ne peuvent être retenues ou que les services en santé ne sont pas accessibles ou que la personne les refuse, la criminalisation apparaît souvent comme la seule façon de régler le problème et, potentiellement, d'obtenir des soins pour cette personne. Cet article examine les travaux ayant porté sur cette question afin de tracer un canevas à partir duquel peut se faire une lecture des transformations récentes qui traversent le secteur de la santé mentale.


2006 ◽  
Vol 33 (1) ◽  
pp. 65-79
Author(s):  
Christian Perring

Résumé J’explore de façon critique la supposition du DSM1 et de théoriciens tels que Wakefield et Gert selon laquelle les troubles mentaux doivent être attribués à un individu plutôt qu’à un groupe de personnes. Cette supposition est particulièrement problématique en pédopsychiatrie où le système familial est très souvent au centre de l’attention clinique. Il y a bien sûr des éléments de preuve substantiels indiquant que certains troubles mentaux des individus sont causés par leurs relations avec les autres et que leur guérison est grandement facilitée en traitant le groupe, tel que la famille, comme un tout. Malgré cela, il y a eu beaucoup moins de travail conceptuel visant à définir ce que cela pourrait être pour un couple, une famille ou un autre groupe que de se voir attribuer un trouble mental. Pour traiter de cette question, j’utilise un débat entre Wakefield (2000) et Murphy et Woolfolk (2000) sur la question de savoir s’il fait partie du concept de trouble mental que celui-ci soit causé par une dysfonction interne de la personne. Je discute aussi de la proposition faite par Bolton (2000) d’abandonner complètement le concept de trouble mental et d’utiliser plutôt le concept, plus large, de problème de santé mentale. Je soutiens qu’en fin de compte le caractère individuel des troubles mentaux ne constitue pas une vérité conceptuelle a priori, et qu’il faut faire intervenir des considérations pragmatiques pour décider s’il est utile de nous limiter à une telle définition ou si nous pourrions être mieux servis par une définition plus extensive. Je fais le lien avec le pragmatisme et je soutiens qu’une approche pluraliste non réductive est particulièrement appropriée en pédopsychiatrie.


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