scholarly journals Un regard socioconstructiviste sur la participation des savoirs à la construction du lien social

2009 ◽  
Vol 36 (2) ◽  
pp. 63-79 ◽  
Author(s):  
Marie-Françoise Legendre

Résumé Ce texte aborde la question du lien social sous l’angle de ses fondements épistémologiques. Sa contribution est donc essentiellement théorique. Nous nous interrogeons plus particulièrement sur la manière dont l’école peut contribuer, à travers l’instruction, à la constitution et à l’entretien de rapports sociaux solidaires à la fois au sein de l’école et à l’extérieur de celle-ci. La réponse à cette question nous paraît indissociable du choix paradigmatique qu’effectue l’école sur le plan épistémologique. Ce choix n’est pas neutre puisqu’il contribue à instaurer un certain type de rapport aux savoirs et à l’apprentissage. Après avoir clarifié le sens que nous donnons ici à la notion de « paradigme », nous précisons ce qu’est un paradigme socioconstructiviste, puisqu’il y est fait largement référence dans le cadre des réformes éducatives actuelles, et quelles sont les implications d’un tel choix. Ce paradigme conduit à envisager de manière particulière les rapports entre le cognitif, le social et le culturel et, partant, la contribution potentielle des savoirs scolaires à l’institution de liens sociaux. Dans cette perspective, les savoirs apparaissent à la fois comme des sources d’affranchissement personnel, des modes de participation à la culture et des formes d’engagement dans des rapports sociaux. Leur mise en scène par l’enseignant s’avère alors extrêmement importante et suppose de sa part un engagement épistémologique, ne serait-ce qu’implicite.

2019 ◽  
Vol 58 (2) ◽  
pp. 143-150
Author(s):  
Pascale Molinier

La psychodynamique du travail a étendu les conditions sociales de la sublimation au travail ordinaire et à la dynamique de la reconnaissance. Selon Christophe Dejours, la reconnaissance porte sur le faire mais elle se capitalise dans le registre de l’être. Or ce que les femmes font est généralement confondu avec ce qu’elles sont. D’où un déficit chronique de reconnaissance de leurs contributions, bien sûr aggravé par les rapports sociaux de domination (voir l’effet Mathilda dans les sciences). Ce constat sera ici principalement argumenté à partir des analyses psychodynamiques du travail féminisé (les activités de care) qui se caractérisent par leur discrétion. De la sous-estimation du travail féminin, il résulte de nombreuses conséquences, tant sur le plan théorique que clinique : la sublimation dépend-elle nécessairement de la reconnaissance ? – on déplacera cette question autour de l’expressivité et de la voix.


2006 ◽  
Vol 18 (1) ◽  
pp. 79-99 ◽  
Author(s):  
Vanessa Watremez

Travailler sur la violence dans les relations lesbiennes, c’est aussi s’interroger sur la violence des femmes dans ses enjeux sociaux et politiques. En effet, cette dernière est un phénomène qui suscite de plus en plus de débats, où différents discours, perspectives et théories analysent la réalité de façon diamétralement opposée (des analyses féministes aux plus antiféministes). Il apparaît important alors de discuter et de mesurer les enjeux de cette question tant sur le plan des politiques sociales, du service social et de la réalité sociale qu’en ce qui concerne la vision des rapports sociaux de sexe, car, à l’issue de ce débat, les analyses qui feront le poids auront des incidences, notamment sur les orientations et réorientations des politiques sociales en matière de violence conjugale. Ce texte propose ainsi de jeter un regard sur ces enjeux et les perspectives qui se dessinent et d’élaborer un cadre d’analyse du féminisme matérialiste et du lesbianisme politique pour rendre compte de la violence des lesbiennes dans un cadre domestique.


2007 ◽  
Vol 11 (2-3) ◽  
pp. 225-252 ◽  
Author(s):  
Maria Tortajada
Keyword(s):  

RÉSUMÉ Se référant à Freud, Eisenstein réfléchit, dans les années trente, à l'idée d' « acte manqué » dans le jeu de l'acteur et l'associe à ce que Stanislavski appelle le « sous-texte ». Dans « Mise en jeu et mise en geste », il s'y réfère pour construire un principe de jeu à travers l'étude détaillée d'une scène de L'Idiot de Dostoïevski. Cette question concerne le passage de l'intériorité de l'acteur-personnage à sa mise en geste dans l'espace. Ni soumis à la rationalité de l'intention de Meyerhold en 1936 (voir par exemple « Chaplin et le chaplinisme »), ni rivé à la quête des « souvenirs affectifs » de Stanislavski, Eisenstein conçoit sa propre théorie de la mise en scène en accordant à l'intériorité, à ce qu'il appelle « interne », un sort très particulier.


2014 ◽  
Vol 33 (1) ◽  
pp. 35-49
Author(s):  
Serge Cardinal
Keyword(s):  

Où est la musique du film ? Cette question devrait permettre de cartographier le territoire de notre expérience cinématographique de la musique. Nous partirons d’une séquence tirée du filmMauvais sang,de Leos Carax (1986). Cette séquence fait de la musique l’objet même du dialogue, elle se sert de la diffusion radiophonique de deux chansons pour configurer l’espace filmique, et elle laisse leur rythme entraîner le corps des personnages. Ce faisant, cette séquence se soumet tout entier à une phénoménologie et à une logique expressive de la musique : transparences et reflets, couleurs et formes, chorégraphie de la figure humaine et rythme du montage, etc., tout cela est articulé ou animé par la mobilisation musicale. Par conséquent, la mise en scène dégage un espace pour le spectateur, le théoricien du cinéma et le musicologue ; cet espace en est un de rencontres entre tous les matériaux d’un film. C’est un espace à partir duquel faire l’expérience d’une oeuvre musicale, du musical et de la musicalité au cinéma. C’est cet espace qu’il faut aussi chercher à rejoindre si l’on veut répondre à la question : Où est la musique du film ?


Author(s):  
Pierre Suzanne Eyenga Onana

Le roman féministe camerounais est un roman de combat. Il agit comme une forme de plaidoyer que formule l’écrivain en vue de la postulation des rapports sociaux de sexe plus dignes. Dans ce roman, le démiurge lutte pour l’avènement d’un ordre social plus juste au cœur duquel tous les genres se valent et tous les sexes se doivent un respect mutuel. Ce roman travaille dans plusieurs sens: redorer le blason de la femme en matière de droits et lui permettre de disposer de son propre corps comme une personne humaine respectée. Cet objectif de réappropriation du corps féminin bute cependant contre une certaine vision phallocratique des rapports de genre visant à maintenir la femme dans le giron sexiste. Dès lors, comme mode de déclinaison de la violence sexuelle, l’agression sexuelle ne participe-t-elle pas des stratégies dont la finalité n’est que la réification de la femme ? En nous inspirant de l’appareillage conceptuel sociocritique formalisé par Pierre Barbéris ainsi que l’approche genre, nous répondons à cette question de recherche. Le travail est organisé en trois parties. Dans la première, nous scrutons les formes de violence dont la femme fait les frais dans le texte féministe examiné. La deuxième partie porte sur la stylisation des violences sexuelles. Elle questionne les formes linguistiques à l’œuvre dans le texte littéraire, puisque l’œuvre littéraire se veut avant tout une œuvre d’art : par-delà la reproduction des faits observés, elle est production de langage. La dernière partie se préoccupe du message des romanciers ou encore leur vision du monde sur la question de l’agression sexuelle. Il s’agit dans cette partie de montrer que le viol constitue une grave enfreinte des droits de la femme, un obstacle majeur à son autonomisation et à l’affirmation de son identité.


Author(s):  
Martine Tremblay

Résumé La photographie est utilisée ici comme matériau permettant une approche des rapports symboliques qui se construisent au moment du mariage. Rituel au coeur du rituel, la séance de photographie raconte une histoire idéalisée du couple et de leurs relations familiales. Derrière cette mise en scène, nous décelons les conceptions communes et les valeurs qui structurent les rapports sociaux. Le choix du mariage ritualisé à la fin du XXe siècle montre que, même s’ils se sont libérés de l’autorité parentale, les jeunes ont intériorisé les normes qui structurent la conjugalité et la filiation.


2008 ◽  
Vol 16 (2) ◽  
pp. 67-89
Author(s):  
Jacques Beauchemin

Résumé La sociologie s’intéresse le plus souvent à l’éthique en l’abordant à partir des secteurs d’activités pour lesquels cette question paraît particulièrement sensible : les nouvelles technologies de reproduction, l’environnement, les médias ou le domaine de la communication. Rarement voit-on cette science se pencher sur le problème de l’élaboration du discours éthique dans la société. Pourtant, du point de vue de la sociologie politique, l’éthique sociale contribue, d’une part, à l’insertion sociale de l’individu dans le cadre d’un discours disciplinaire voué à la reproduction de l’ordre et, d’autre part, à la production du lien social à travers la représentation de l’être-ensemble de la société. Mais ce travail du discours éthique est toujours déterminé par une certaine forme de régulation des rapports sociaux ou, si l’on préfère, d’une forme d’État (libéral, providentialiste ou néolibéral). L’objectif consiste ici à mettre en rapport la production du discours éthique et les diverses modalités de régulation des rapports sociaux que la société moderne a dû inventer au fur et à mesure que s’épuisaient les capacités régulatrices de ces diverses formes d’encadrement.


2018 ◽  
Vol 28 (2) ◽  
pp. 119-136
Author(s):  
Pierre Suzanne Eyenga Onana

A certains égards, l’errance n’est-elle pas motivée par la volonté du sujet migrant de braver un écueil sexiste qui le pousse à chercher ailleurs des voies alternatives de liberté ? Nous répondons à cette question en nous adossant à l’appareillage sociocritique conceptualisé par Jean Dubois. La présente contribution montre ainsi, en trois parties, que les biais androcentriques à l’origine de la réification de la femme en constituent parfois le principal mobile d’errance. Femme infidèle de Tcha-Koura Sadamba s’offre avant tout comme un plaidoyer pour la refondation des rapports sociaux de sexe aux fins de conjurer une errance féminine qui ne se solde pas toujours par le bonheur escompté ; puis, comme un réquisitoire en vue de la légitimation de la fraternité universelle entre migrants et hôtes dans la perspective de redonner à cette (més)aventure la saveur libératrice qu’elle devrait secréter chez un sujet en quête de liberté.


Author(s):  
Mathieu Brugidou ◽  
Michèle Moine

Ce texte présente un dispositif d’enquête quantitatif en ligne conçu pour analyser, non pas des stigmatisations ou des sanctions, mais des énoncés, prenant le parti du déviant et visant à « resignifier » l’accusation. Pour cela il a été proposé aux personnes enquêtées de réagir à un dessin mettant en scène un personnage gaspillant de l’énergie et sanctionné ou stigmatisé par un autre personnage. Il a été demandé aux enquêtés d’imaginer la réponse du déviant à cette stigmatisation. Après avoir discuté la notion de resignification et son couplage théorique avec les notions de sanction et de stigmatisation, nous présentons l’analyse textuelle des réponses à cette question ouverte ainsi mise en scène dans un dessin. Nous cherchons à décrire et à caractériser les formes discursives de la resignification attestées dans notre corpus en montrant en quoi elles s’inscrivent dans la perspective proposée par Judith Butler. Le texte revient enfin sur les apports et les limites du dispositif.


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