scholarly journals La violence des femmes et des lesbiennes : analyses et enjeux politiques contemporains ?

2006 ◽  
Vol 18 (1) ◽  
pp. 79-99 ◽  
Author(s):  
Vanessa Watremez

Travailler sur la violence dans les relations lesbiennes, c’est aussi s’interroger sur la violence des femmes dans ses enjeux sociaux et politiques. En effet, cette dernière est un phénomène qui suscite de plus en plus de débats, où différents discours, perspectives et théories analysent la réalité de façon diamétralement opposée (des analyses féministes aux plus antiféministes). Il apparaît important alors de discuter et de mesurer les enjeux de cette question tant sur le plan des politiques sociales, du service social et de la réalité sociale qu’en ce qui concerne la vision des rapports sociaux de sexe, car, à l’issue de ce débat, les analyses qui feront le poids auront des incidences, notamment sur les orientations et réorientations des politiques sociales en matière de violence conjugale. Ce texte propose ainsi de jeter un regard sur ces enjeux et les perspectives qui se dessinent et d’élaborer un cadre d’analyse du féminisme matérialiste et du lesbianisme politique pour rendre compte de la violence des lesbiennes dans un cadre domestique.

2019 ◽  
Vol 58 (2) ◽  
pp. 143-150
Author(s):  
Pascale Molinier

La psychodynamique du travail a étendu les conditions sociales de la sublimation au travail ordinaire et à la dynamique de la reconnaissance. Selon Christophe Dejours, la reconnaissance porte sur le faire mais elle se capitalise dans le registre de l’être. Or ce que les femmes font est généralement confondu avec ce qu’elles sont. D’où un déficit chronique de reconnaissance de leurs contributions, bien sûr aggravé par les rapports sociaux de domination (voir l’effet Mathilda dans les sciences). Ce constat sera ici principalement argumenté à partir des analyses psychodynamiques du travail féminisé (les activités de care) qui se caractérisent par leur discrétion. De la sous-estimation du travail féminin, il résulte de nombreuses conséquences, tant sur le plan théorique que clinique : la sublimation dépend-elle nécessairement de la reconnaissance ? – on déplacera cette question autour de l’expressivité et de la voix.


2007 ◽  
Vol 21 (2) ◽  
pp. 93-116 ◽  
Author(s):  
Kathleen Laughrea ◽  
Claude Bélanger ◽  
John Wright

Résumé Pourquoi certaines relations de couple, initialement harmonieuses, basculent-elles dans des rapports de violence et d'abus ? Quelle est l'ampleur de ce type d'abus ? Plusieurs études se sont penché sur ce phénomène pour tenter d'en circonscrire l'incidence et d'en saisir la dynamique. Ces recherches semblent faire ressortir un phénomène social d'une ampleur non négligeable. Ainsi, selon une étude réalisée par MacLeod et Cadieux en 1980, une femme sur dix serait battue sur une base régulière. Selon Statistique Canada, en 1993, 25 % des femmes canadiennes mentionnent avoir été victimes de violence de la part d'un conjoint depuis l'âge de 16 ans. Parmi ce groupe, 15 % de ces femmes vivent toujours avec leur conjoint. De plus, en dépit des programmes d'aide aux victimes de violence conjugale, le nombre de cas de violence déclarés ne semble pas avoir diminué. Ces résultats alarmants ont amené plusieurs chercheurs à se pencher sur cette dynamique. Dans les dix dernières années, certains progrès ont ainsi été réalisés dans la compréhension du phénomène de la violence faite aux femmes. Des programmes d'intervention, l'implication des gouvernements, la judiciarisation de certaines formes d'abus, la sensibilisation accrue de la population face à la violence conjugale ainsi que la dénonciation des cas de violence ont marqué ces progrès. En dépit de cette conscience sociale accrue vis-à-vis ce phénomène, la recherche se bute parfois à des obstacles. En dépit de modélisations complexes des concepts et des facteurs de prédiction du phénomène, les résultats se montrent parfois décevants. Existe-t-il donc un consensus social pour définir cette problématique et la dynamique qui y est associée ? Nous tenterons de répondre à cette question en révisant les diverses approches théoriques utilisées pour définir la violence conjugale. Nous tenterons ensuite de faire une analyse critique de ces théories en examinant les diverses recherches empiriques qui ont été menées dans ce domaine.


2009 ◽  
Vol 36 (2) ◽  
pp. 63-79 ◽  
Author(s):  
Marie-Françoise Legendre

Résumé Ce texte aborde la question du lien social sous l’angle de ses fondements épistémologiques. Sa contribution est donc essentiellement théorique. Nous nous interrogeons plus particulièrement sur la manière dont l’école peut contribuer, à travers l’instruction, à la constitution et à l’entretien de rapports sociaux solidaires à la fois au sein de l’école et à l’extérieur de celle-ci. La réponse à cette question nous paraît indissociable du choix paradigmatique qu’effectue l’école sur le plan épistémologique. Ce choix n’est pas neutre puisqu’il contribue à instaurer un certain type de rapport aux savoirs et à l’apprentissage. Après avoir clarifié le sens que nous donnons ici à la notion de « paradigme », nous précisons ce qu’est un paradigme socioconstructiviste, puisqu’il y est fait largement référence dans le cadre des réformes éducatives actuelles, et quelles sont les implications d’un tel choix. Ce paradigme conduit à envisager de manière particulière les rapports entre le cognitif, le social et le culturel et, partant, la contribution potentielle des savoirs scolaires à l’institution de liens sociaux. Dans cette perspective, les savoirs apparaissent à la fois comme des sources d’affranchissement personnel, des modes de participation à la culture et des formes d’engagement dans des rapports sociaux. Leur mise en scène par l’enseignant s’avère alors extrêmement importante et suppose de sa part un engagement épistémologique, ne serait-ce qu’implicite.


Author(s):  
Pierre Suzanne Eyenga Onana

Le roman féministe camerounais est un roman de combat. Il agit comme une forme de plaidoyer que formule l’écrivain en vue de la postulation des rapports sociaux de sexe plus dignes. Dans ce roman, le démiurge lutte pour l’avènement d’un ordre social plus juste au cœur duquel tous les genres se valent et tous les sexes se doivent un respect mutuel. Ce roman travaille dans plusieurs sens: redorer le blason de la femme en matière de droits et lui permettre de disposer de son propre corps comme une personne humaine respectée. Cet objectif de réappropriation du corps féminin bute cependant contre une certaine vision phallocratique des rapports de genre visant à maintenir la femme dans le giron sexiste. Dès lors, comme mode de déclinaison de la violence sexuelle, l’agression sexuelle ne participe-t-elle pas des stratégies dont la finalité n’est que la réification de la femme ? En nous inspirant de l’appareillage conceptuel sociocritique formalisé par Pierre Barbéris ainsi que l’approche genre, nous répondons à cette question de recherche. Le travail est organisé en trois parties. Dans la première, nous scrutons les formes de violence dont la femme fait les frais dans le texte féministe examiné. La deuxième partie porte sur la stylisation des violences sexuelles. Elle questionne les formes linguistiques à l’œuvre dans le texte littéraire, puisque l’œuvre littéraire se veut avant tout une œuvre d’art : par-delà la reproduction des faits observés, elle est production de langage. La dernière partie se préoccupe du message des romanciers ou encore leur vision du monde sur la question de l’agression sexuelle. Il s’agit dans cette partie de montrer que le viol constitue une grave enfreinte des droits de la femme, un obstacle majeur à son autonomisation et à l’affirmation de son identité.


2011 ◽  
Vol 57 (1) ◽  
pp. 31-48 ◽  
Author(s):  
Simon Lapierre ◽  
Isabelle Côté

À la lumière de développements récents dans le champ de la protection de l’enfance, il s’avère important d’examiner comment les différents acteurs dans le système de protection conceptualisent les situations de violence conjugale. Le présent article aborde précisément cette question, s’appuyant sur les résultats d’une étude de cas réalisée dans un centre jeunesse du Québec. La méthodologie qualitative combinait une analyse documentaire des politiques et des entrevues individuelles réalisées auprès de différents acteurs dans le système de protection de l’enfance, soit des intervenants sociaux, des cadres intermédiaires, des cadres supérieurs et un réviseur. Dans l’ensemble, les résultats de cette étude révèlent que tous les participants reconnaissent que les intervenants en protection de la jeunesse sont confrontés à des situations de violence conjugale dans le cadre de leur travail et que de telles situations peuvent nécessiter l’intervention des services de protection de la jeunesse, du moins dans certaines circonstances. Selon les données recueillies, ces circonstances relèvent principalement des conséquences pour les enfants et des capacités parentales de leur mère. Par ailleurs, les résultats présentés ci-dessous semblent indiquer que les différents acteurs dans le système de protection de la jeunesse ne mettent pas l’accent sur la violence des hommes et sur la victimisation des femmes, mais bien sur l’exposition à la violence conjugale et sur ses conséquences pour les enfants. Ils sont préoccupés par la situation des femmes dans la mesure où cela met en cause leur capacité à assurer la sécurité et le développement de leurs enfants. Les femmes victimes de violence sont donc perçues comme une partie du problème, voire même comme la source du problème.


2008 ◽  
Vol 16 (2) ◽  
pp. 67-89
Author(s):  
Jacques Beauchemin

Résumé La sociologie s’intéresse le plus souvent à l’éthique en l’abordant à partir des secteurs d’activités pour lesquels cette question paraît particulièrement sensible : les nouvelles technologies de reproduction, l’environnement, les médias ou le domaine de la communication. Rarement voit-on cette science se pencher sur le problème de l’élaboration du discours éthique dans la société. Pourtant, du point de vue de la sociologie politique, l’éthique sociale contribue, d’une part, à l’insertion sociale de l’individu dans le cadre d’un discours disciplinaire voué à la reproduction de l’ordre et, d’autre part, à la production du lien social à travers la représentation de l’être-ensemble de la société. Mais ce travail du discours éthique est toujours déterminé par une certaine forme de régulation des rapports sociaux ou, si l’on préfère, d’une forme d’État (libéral, providentialiste ou néolibéral). L’objectif consiste ici à mettre en rapport la production du discours éthique et les diverses modalités de régulation des rapports sociaux que la société moderne a dû inventer au fur et à mesure que s’épuisaient les capacités régulatrices de ces diverses formes d’encadrement.


2018 ◽  
Vol 28 (2) ◽  
pp. 119-136
Author(s):  
Pierre Suzanne Eyenga Onana

A certains égards, l’errance n’est-elle pas motivée par la volonté du sujet migrant de braver un écueil sexiste qui le pousse à chercher ailleurs des voies alternatives de liberté ? Nous répondons à cette question en nous adossant à l’appareillage sociocritique conceptualisé par Jean Dubois. La présente contribution montre ainsi, en trois parties, que les biais androcentriques à l’origine de la réification de la femme en constituent parfois le principal mobile d’errance. Femme infidèle de Tcha-Koura Sadamba s’offre avant tout comme un plaidoyer pour la refondation des rapports sociaux de sexe aux fins de conjurer une errance féminine qui ne se solde pas toujours par le bonheur escompté ; puis, comme un réquisitoire en vue de la légitimation de la fraternité universelle entre migrants et hôtes dans la perspective de redonner à cette (més)aventure la saveur libératrice qu’elle devrait secréter chez un sujet en quête de liberté.


2018 ◽  
pp. 52-68 ◽  
Author(s):  
Caroline Caron

Comment sait-on ce que l’on sait sur la citoyenneté des adolescents et leurs pratiques de participation civique ? Cette question épistémologique a été négligée dans les écrits traitant de l’engagement civique et de la participation politique des jeunes. Cet article utilise la perspective théorique de la justice sociale pour examiner le rôle que jouent les rapports sociaux fondés sur l’âge dans la production de connaissances qui offrent un portrait pessimiste du rapport des jeunes à la politique. L’analyse montre que l’injustice épistémique et la validation empirique déficiente des connaissances à propos de la compétence civique appellent une théorisation alternative, précisément inclusive, de la citoyenneté des jeunes. L’analyse souligne aussi que l’avènement du Web social a créé de nouveaux besoins de connaissances que les cadres de recherche établis par tradition peinent à satisfaire. Un premier pas vers la production de connaissances socialement justes au sujet des compétences civiques des adolescents à l’ère du Web social consiste à analyser les fondements épistémologiques des approches de recherche prédominantes afin de susciter des échanges fructueux au sujet des critères normatifs qui devraient guider la confection des protocoles de recherche dans le futur.


2006 ◽  
Vol 25 (1) ◽  
pp. 288-312 ◽  
Author(s):  
Louise Séguin ◽  
Michel Pimont ◽  
Maryse Rinfret-Raynor ◽  
Solange Cantin

Résumé La violence conjugale est un problème complexe dont l'ampleur et les conséquences sont de mieux en mieux documentées. Parmi les multiples facettes du phénomène, son occurrence pendant la grossesse suscite des inquiétudes particulières. Cet article fait le point sur les écrits scientifiques portant sur cette question. Après avoir traité de la prévalence de la violence conjugale pendant la grossesse, il rend compte des principales études qui ont analysé les facteurs associés à cette violence et de celles qui se sont intéressées à ses conséquences pour la mère et pour le bébé. L'article conclut que les informations actuelles, quoique partielles, sont suffisantes pour justifier le dépistage le plus hâtif possible de la présence de violence conjugale afin de venir en aide aux futures mères de façon appropriée.


Author(s):  
Outi Kalla ◽  
Jarl Wahlström ◽  
Jukka Aaltonen ◽  
Juha Holma ◽  
Pentti Tuimala ◽  
...  

Identifier avec précision les troubles schizophréniques a toujours été un problème complexe et controversé. Les caractéristiques psychologiques de la schizophrénie ont donné lieu à un volume considérable de travaux et de débats. Ces dernières années sont apparus un nombre croissant d'articles portant sur les différences et similitudes des manifestations de la psychose selon les cultures, partant de l'idée que les caractéristiques de personnalité nationales pourraient contribuer aux tableaux psychopathologiques. Le but premier de cette étude est de mieux comprendre les troubles psychotiques par l'investigation de la structure de personnalité et du fonctionnement de patients faisant un premier épisode psychotique. Le second objectif est de décrire les différences et similitudes observées dans les réponses au Rorschach de patients finlandais et espagnols afin de mettre en évidence des caractéristiques nationales et de contribuer ainsi à la recherche Rorschach interculturelle. Ont été inclus 41 protocoles de patients finlandais hospitalisés de manière consécutive pour premier épisode psychotique, et 32 en Espagne. Le travail a porté sur un certain nombre d'indicateurs de difficultés d'ajustement tirés du résumé formel du Rorschach en Système intégré ( Weiner & Exner, 1991 ). Tous les patients avaient été diagnostiqués comme schizophrènes ou souffrant d'autres troubles fonctionnels psychotiques non affectifs selon le DSM-IV. Les Rorschach ont été administrés en Système intégré aussitôt que possible après leur admission mais après la phase aiguë. La comparaison des groupes finlandais et espagnol, loin de montrer des différences significatives, étaient similaires sur beaucoup de points. Ces résultats confirment des données déjà bien établies sur les structures et mécanismes des patients psychotiques, mais ils en interrogent d'autres. Les patients obtiennent plus de styles ambiéquaux et moins d'introversifs que prévu. Beaucoup d'entre eux manquent de compétences sociales, d'intérêt pour les relations interpersonnelles et semblent avoir une vie sociale insatisfaisante. On observe des signes de difficultés dans le contrôle émotionnel et de modulation des affects, des traits dépressifs, une détresse émotionnelle, et peu de capacités de coping. Les résultats soulignent la notion que les problèmes affectifs et les traits dépressifs devraient être considérés comme un élément important dans un premier épisode psychotique, et ils confirment la présence de déficits cognitifs survenants tôt dans l'histoire d'un trouble psychotique. On a rencontré moins de dysfonctionnements idéationnels que prévu. Les deux groupes de patients se différenciaient sur certaines variables Rorschach, en particulier celles qui concernent la perception de soi. Les patients finlandais sont plus souvent centrés sur eux-mêmes de faç on excessive, plus préoccupés d'eux-mêmes et plus enclins M l'introspection. La majorité des patients espagnols manifestent un sentiment de valeur de soi négatif. Ils disposent de moins de ressources et ont plus souvent des déficits en capacité de coping. En admettant que ces résultats sont dus à des différences dans les caractéristiques de personnalité des patients psychotiques en Finlande et en Espagne, plutôt que des différences nationales dans la manifestation au Rorschach de structures de personnalité en fait identiques, alors ces données pourraient bien nous permettre de repérer des différences interculturelles de personnalité. Toutefois, l'impact des facteurs culturels est difficile M évaluer, surtout s'agissant d'une psychopathologie aussi sévère que la psychose, et la seule faç on d'avancer dans la compréhension de cette question serait de recueillir plus de données Rorschach interculturelles sur des patients psychotiques.


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