scholarly journals Sur les prétentions scientifiques et la légitimité philosophique d’une théorie des formes de l’établissement humain.

2005 ◽  
Vol 36 (98) ◽  
pp. 275-298
Author(s):  
Jean-Paul Hubert

Les sciences sociales se servent de découpages géographiques pour constituer les phénomènes sur lesquels porte leur savoir. Aussi, une théorie expliquant comment apparaissent ces cloisonnements du monde, en les considérant en tant qu'objets autonomes, pourrait apporter une connaissance cruciale, voire fondatrice, pour ces sciences. La théorie de la forme urbaine porte précisément sur de tels objets, mais peut-elle justifier épistémologiquement son droit à occuper cette place fondamentale? Cette question conduit à engager sur cette théorie une réflexion critique. Nous nous en rapportons à l'oeuvre de Kant afin de comprendre à quelles conditions a priori un lieu de l'oecoumène peut être déterminé par une position géographique. L'analyse des fondements transcendantaux des objets géographiques structuraux atteste une cohérence remarquable de la théorie de la forme urbaine avec l'architectonique des trois Critiques kantiennes et légitime ses prétentions scientifiques.

2019 ◽  
Author(s):  
Christoph Eberhard

Vivons-nous dans un univers ou dans un plurivers ? : Cette question émerge de plus en plus dans le domaine des sciences sociales, de la philosophie, des arts… Elle se cristallise dans le mouvement de la transition postmoderne qui remet en cause les assises de la modernité occidentale. Elle a des répercussions sur nos manières de penser le droit, le politique, le social et nos manières de les organiser au niveau local et global (de Sousa Santos 1995). Elle se pose le plus souvent en réaction aux modèles préexistants. Dans le cadre de sa réflexion sur les transformations du droit entre modernité et mondialisation, André-Jean Arnaud (1998 : 152) observe : « un droit postmoderne présenterait donc, a priori, une image inversée du produit des huit signes distinctifs de la modernité juridique ». Ces huit signes diacritiques de la modernité : l’abstraction, le subjectivisme, l’universalisme, l’unité de la raison, l’axiomatisation, la simplicité, la centralité de l’État et la sécurité s’inverseraient dans les approches postmodernes en huit autres principes structurants : le pragmatisme, le décentrement du sujet, le relativisme, la pluralité des rationalités, les logiques éclatées, la complexité, le retour de la société civile et le risque (Arnaud 1998 : 153). D’un point de vue anthropologique, on pourrait rajouter le dépassement du monoculturalisme par le multi, voire l’interculturalisme. Cette irruption du pluralisme est interpellante, d’autant plus qu’elle ne se limite pas à nos approches philosophiques et sociales, mais qu’elle a des répercussions profondes même dans les sciences dites dures. Ainsi, en cosmologie, les astrophysiciens se posent de manière de plus en plus persistante la question si nous vivons bien dans un univers… ou si nous ne nous trouverions pas plutôt dans un « multivers ». Nous ne serons pas étonnés d’apprendre qu’il n’y a pas une théorie du multivers. Dans son ouvrage The Hidden Reality. Parallel Universes and the Deep Laws of the Cosmos, Brian Greene (2011 : 355) en propose neuf variétés.Qu’est-il donc en train de se passer ?


2002 ◽  
Vol 24 (1) ◽  
pp. 81-90
Author(s):  
Marike FINLAY

Résumé Cet article pose la question suivante : est-ce que le sujet peut être réduit à une série de déterminations externes, qu'elles soient d'ordre discursif ou d'ordre socio-économique ? L'auteure répond à cette question en proposant une phénoménologie de l'horreur qui établit d'une part la primauté de l'affect dans l'expérience humaine et, d'autre part, un intérêt humain fondamental dans l'intégration psychosomatique du sujet. Sur ces bases, elle soutient que le sujet se déploie dans une sphère ontologique de l'intériorité. Cette sphère n'existe pas a priori mais se développe, comme l'école psychanalytique des relations d'objets le soutient (Klein, Winnicott), à partir d'une expérience du rapport entre le moi et le non-moi, le sujet et l'objet, l'image du corps et le schéma corporel, qui favorise l'intégration psychosomatique plutôt que le morcellement du sujet.


Author(s):  
Hervé Ondoua

Les subalternes peuvent-elles parler ? C’est à cette question que s’attèle à répondre notre communication à partir d’une approche marxiste propre à Spivak. En empruntant la méthode déconstructive, il s’agit pour Spivak de résister à la traduction et à tentation de la « reconnaissance du tiers-monde par assimilation ». Aussi pour Spivak comme pour Derrida de s’interroger sur la manière d’accueillir l’Autre comme absolument étranger, sans le soumettre à la violence de la traduction, de la première question, qui es-tu ? Il ne s’agit plus de rendre invisible la pensée ou le sujet pensant, mais bien au contraire de faire ressortir l’ethnocentrisme. Le risque est toujours de se « reterritorialiser » au sein du langage hégémonique impérialiste sur un essentialisme. Il faut donc une réécriture de l’impulsion structurale utopique qui fait « délirer la voix intérieure qui est la voix de l’autre en nous ». Il s’agit pour Spivak de déconstruire, en tant qu’intellectuelle post-coloniale et décolonialiste, le concept de « femme du Tiers-monde », de désapprendre c’est-à-dire se poser en situation de recul par rapport à la manière dont elle a pu être formée dans une logique traductrice. Dès lors, « les subalternes peuvent-elles parler ? » n’apparaît elle pas comme le lieu où les minorités sortent du discours impérialiste et discriminatoire de la francophonie ? Cette nouvelle orientation du discours ne permet-elle pas de sortir des concepts monolithiques majoritaires utilisés dans les sciences sociales pour parler des minorités ?   Mot clés : subalterne, francophone, couleur, éducation, occident


2013 ◽  
Vol 68 (3) ◽  
pp. 839-848
Author(s):  
Robert Descimon

RésuméAndré Masson propose de remplacer le « théorème » de l’altruisme générationnel de Gary Becker par une explication structurale qui est inspirée du célèbre Essai sur le don de Marcel Mauss (1923), celle des réciprocités indirectes entre trois générations. Il construit ainsi une critique feutrée des a priori moraux qui sous-tendent souvent les analyses des économistes libéraux (tels « l’effet de démonstration », le disenfranchisement ou la théorie de l’homo reciprocans). A. Masson, assumant les ambitions de la science économique, conserve cependant une conception plus concurrentielle que coopérative des sciences sociales et développe une analyse convaincante des fondements économiques et sociaux des transferts entre générations de nos jours. L’argument développé dans cette note critique propose à la fois une lecture historique de l’idéologie de l’équité intergénérationnelle, qui n’est pensable que dans le passage des Trente Glorieuses aux Trente Piteuses, et une lecture structurale qui argue que, pour les possédants de l’Ancien Régime européen, la réussite des transferts entre générations répondait aux mêmes exigences formelles qu’au XXIe siècle.


Author(s):  
Sophie Allain
Keyword(s):  
A Priori ◽  

Dans le domaine de la gestion stratégique des PME, une des questions clés est de savoir comment s’établit le lien entre les idées contenues dans la vision stratégique du dirigeant et les décisions réelles qui sont prises. On aborde ici cette question par une approche cognitive ; il s'agit de comprendre pourquoi et comment un individu prend ses décisions. Et on considère que ce n’est qu’en revenant à la manière même dont celui-ci interprète sa situation qu’on peut y parvenir. On choisit le cas de l’entreprise agricole pour prospecter cette voie, car il s’agit d’une très petite entreprise, généralement pilotée par un seul décideur; vision stratégique et décisions concrètes relèvent donc de la même personne. On propose tout d’abord le schéma suivant des décisions : l’agriculteur a des représentations stables, qui sont, d’une part, une vision stratégique de son entreprise lui fournissant les éléments de sa politique générale et, d’autre part, des programmes d’action lui permettant de prendre des décisions opérationnelles à caractère répétitif, donc, d’assurer le fonctionnement courant de son entreprise; le couplage entre ces deux plans est assuré par les décisions de gestion stratégique qui sont, pour nous, les décisions qui gèrent le changement dans l'entreprise. On construit alors une grille d'analyse de ces décisions. Celles-ci sont vues comme suivant à la fois une logique de résolution de problème et une logique d'adéquation, l’individu recherchant une solution satisfaisante, non connue a priori, en s'appuyant sur les représentations qui guident son action ; ces deux logiques obéissent à des principes de simplification, de continuité et de connexion étroite aux actions à mener au même moment. On applique cette grille au cas d'un agriculteur d’une région de grande culture française et on envisage pour finir quelques perspectives en matière d’aide à la décision et de recherche.


2013 ◽  
Vol 8 (1) ◽  
pp. 221-236
Author(s):  
Catherine Ghosn

Associer « représentation de la diversité ethnique » et « télévision » dans une juste mesure ne relève-t-il pas d’une impossibilité? Pour répondre à cette question, nous considérons d’abord les fondements scientifiques, souvent venus de l’étranger, qui ont déterminé la prise en compte d’objets « hors normes », différents de ceux habituellement traités en sciences sociales. En France, ces recherches restent majoritairement limitées au domaine universitaire et scientifique. Il faut attendre l’année 2000 puis l’année 2008 pour consulter les deux études menées par des chercheurs et destinées à des instances audiovisuelles. Quelles répercussions ces démarches et résultats scientifiques ont-ils concrètement sur la politique télévisuelle? Nous nous appuyons sur deux rapports rédigés par les instances audiovisuelles françaises pour évaluer dans quelles mesures ces intentions modifient effectivement le paysage audiovisuel.


2007 ◽  
Vol 11 (2) ◽  
pp. 251-276
Author(s):  
Roberto Miguelez

Résumé La question de l'articulation du général et du particulier n'a pas qu'une dimension épistémologique, elle commande aussi la résolution du problème du rapport entre théorie et pratique éclairée, et ceci dans la mesure où la pratique s'exerce toujours sur des processus ou des phénomènes individués. Après avoir réalisé un examen critique de trois tentatives de réponse à cette question — l'approche positiviste traditionnelle, celle fondée sur la notion de « modèle » et celle, weberienne, qui fait appel aux « types idéaux » —, nous envisageons cette articulation comme rapport particulier entre concepts théoriques — portant sur des déterminations ou objets abstraits-formels —, et concepts empiriques — portant sur celles de la singularité des objets concrets —. Cette solution méthodologique est présentée via la construction d'un concept exemplaire, celui de « formation sociale », et l'analyse de son fonctionnement dans l'étude d'un cas concret, à savoir les sociétés latino-américaines.


2005 ◽  
Vol 41 (114) ◽  
pp. 311-321 ◽  
Author(s):  
Pierre Hamel

Ces dernières années, la critique postmoderne s'est attaqué à tous les domaines des sciences sociales et humaines. Les théories de la planification ne font pas exception. Or cette critique n'est pas la seule à occuper l'avant-scène des débats au sein de ce champ de recherche. Le courant communicationnel a aussi contribué à renouveler les perspectives de la planification moderne. Mais jusqu'à quel point le courant communicationnel est-il en mesure de répondre aux critiques formulées par les tenants du postmodernisme à l'endroit des théories de la planification? C'est afin de répondre à cette question que nous examinons ici d'une manière comparative le point de vue postmoderne et le point de vue communicationnel.


2002 ◽  
Vol 57 (6) ◽  
pp. 1615-1636
Author(s):  
Robert Descimon

RésuméQuelle était donc l’efficience du droit public dans l’ancienne France? Cette question opposa, à la veille de la Première Guerre mondiale, les tenants d’une histoire pragmatique pratiquée dans les facultés de lettres et ceux d’une histoire du droit qui croyait à la force des idées. L’enjeu était au moins triple: le débat portait sur la « méthode» positiviste et critique; il était secondaire par rapport aux propositions épistémologiques des durkheimiens et, enfin, largement surdéterminé politiquement; mais, alors que le renouvellement le plus profond vint des facultés de droit (avec Ernest Labrousse), il contribuait à structurer le champ des sciences sociales encore hier (et aujourd’hui?).


1970 ◽  
Vol 25 (4) ◽  
pp. 842-856 ◽  
Author(s):  
Denys Lombard
Keyword(s):  
A Priori ◽  
De Se ◽  

L'Asie du Sud-Est offre à l'historien un terrain à la fois privilégié et complexe ; on sait qu'en ce carrefour, le « substrat » a largement subi les influences de l'Inde, de la Chine, de l'Islam et de l'Europe et l'on est a priori en droit de se demander si le phénomène urbain n'y porte pas, de façon originale, la marque des diverses cultures qui s'y sont ainsi croisées. Il s'en faut malheureusement que nous disposions déjà des monographies élémentaires qui permettraient de donner à cette question une réponse certaine ; sauf exceptions, les études archéologiques ont principalement porté sur des édifices religieux (hindouistes ou bouddhistes) et, pour la période antérieure à l'arrivée des Européens, l'histoire économique et sociale reste pour ainsi dire à écrire.


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