scholarly journals L’articulation du général et du particulier : une approche méthodologique dans le champ des sciences sociales

2007 ◽  
Vol 11 (2) ◽  
pp. 251-276
Author(s):  
Roberto Miguelez

Résumé La question de l'articulation du général et du particulier n'a pas qu'une dimension épistémologique, elle commande aussi la résolution du problème du rapport entre théorie et pratique éclairée, et ceci dans la mesure où la pratique s'exerce toujours sur des processus ou des phénomènes individués. Après avoir réalisé un examen critique de trois tentatives de réponse à cette question — l'approche positiviste traditionnelle, celle fondée sur la notion de « modèle » et celle, weberienne, qui fait appel aux « types idéaux » —, nous envisageons cette articulation comme rapport particulier entre concepts théoriques — portant sur des déterminations ou objets abstraits-formels —, et concepts empiriques — portant sur celles de la singularité des objets concrets —. Cette solution méthodologique est présentée via la construction d'un concept exemplaire, celui de « formation sociale », et l'analyse de son fonctionnement dans l'étude d'un cas concret, à savoir les sociétés latino-américaines.

Author(s):  
Hervé Ondoua

Les subalternes peuvent-elles parler ? C’est à cette question que s’attèle à répondre notre communication à partir d’une approche marxiste propre à Spivak. En empruntant la méthode déconstructive, il s’agit pour Spivak de résister à la traduction et à tentation de la « reconnaissance du tiers-monde par assimilation ». Aussi pour Spivak comme pour Derrida de s’interroger sur la manière d’accueillir l’Autre comme absolument étranger, sans le soumettre à la violence de la traduction, de la première question, qui es-tu ? Il ne s’agit plus de rendre invisible la pensée ou le sujet pensant, mais bien au contraire de faire ressortir l’ethnocentrisme. Le risque est toujours de se « reterritorialiser » au sein du langage hégémonique impérialiste sur un essentialisme. Il faut donc une réécriture de l’impulsion structurale utopique qui fait « délirer la voix intérieure qui est la voix de l’autre en nous ». Il s’agit pour Spivak de déconstruire, en tant qu’intellectuelle post-coloniale et décolonialiste, le concept de « femme du Tiers-monde », de désapprendre c’est-à-dire se poser en situation de recul par rapport à la manière dont elle a pu être formée dans une logique traductrice. Dès lors, « les subalternes peuvent-elles parler ? » n’apparaît elle pas comme le lieu où les minorités sortent du discours impérialiste et discriminatoire de la francophonie ? Cette nouvelle orientation du discours ne permet-elle pas de sortir des concepts monolithiques majoritaires utilisés dans les sciences sociales pour parler des minorités ?   Mot clés : subalterne, francophone, couleur, éducation, occident


2013 ◽  
Vol 8 (1) ◽  
pp. 221-236
Author(s):  
Catherine Ghosn

Associer « représentation de la diversité ethnique » et « télévision » dans une juste mesure ne relève-t-il pas d’une impossibilité? Pour répondre à cette question, nous considérons d’abord les fondements scientifiques, souvent venus de l’étranger, qui ont déterminé la prise en compte d’objets « hors normes », différents de ceux habituellement traités en sciences sociales. En France, ces recherches restent majoritairement limitées au domaine universitaire et scientifique. Il faut attendre l’année 2000 puis l’année 2008 pour consulter les deux études menées par des chercheurs et destinées à des instances audiovisuelles. Quelles répercussions ces démarches et résultats scientifiques ont-ils concrètement sur la politique télévisuelle? Nous nous appuyons sur deux rapports rédigés par les instances audiovisuelles françaises pour évaluer dans quelles mesures ces intentions modifient effectivement le paysage audiovisuel.


2005 ◽  
Vol 41 (114) ◽  
pp. 311-321 ◽  
Author(s):  
Pierre Hamel

Ces dernières années, la critique postmoderne s'est attaqué à tous les domaines des sciences sociales et humaines. Les théories de la planification ne font pas exception. Or cette critique n'est pas la seule à occuper l'avant-scène des débats au sein de ce champ de recherche. Le courant communicationnel a aussi contribué à renouveler les perspectives de la planification moderne. Mais jusqu'à quel point le courant communicationnel est-il en mesure de répondre aux critiques formulées par les tenants du postmodernisme à l'endroit des théories de la planification? C'est afin de répondre à cette question que nous examinons ici d'une manière comparative le point de vue postmoderne et le point de vue communicationnel.


2002 ◽  
Vol 57 (6) ◽  
pp. 1615-1636
Author(s):  
Robert Descimon

RésuméQuelle était donc l’efficience du droit public dans l’ancienne France? Cette question opposa, à la veille de la Première Guerre mondiale, les tenants d’une histoire pragmatique pratiquée dans les facultés de lettres et ceux d’une histoire du droit qui croyait à la force des idées. L’enjeu était au moins triple: le débat portait sur la « méthode» positiviste et critique; il était secondaire par rapport aux propositions épistémologiques des durkheimiens et, enfin, largement surdéterminé politiquement; mais, alors que le renouvellement le plus profond vint des facultés de droit (avec Ernest Labrousse), il contribuait à structurer le champ des sciences sociales encore hier (et aujourd’hui?).


2017 ◽  
Author(s):  
François Laplantine

La question du sujet est devenue la question cruciale de notre époque. Pour nous en rendre compte, il nous faut réfléchir d’emblée à son élimination qui revêt trois formes : sa destruction radicale dont le XXème siècle, siècle des génocides, porte la marque indélébile ; sa domination et sa discrimination dans les rapports coloniaux ; sa normalisation, sa neutralisation voire sa réification dans les sociétés contemporaines les plus modernes et d’apparence les plus démocratiques. L’anthropologie se doit de considérer de manière non pas réactive mais réflexive les opérations de simplification du sujet, qui s’accompagnent le plus souvent d’une falsification du langage : sa réduction à l’individu qui, en tant que monade séparée se créditant d’autosuffisance, est une construction culturelle qui n’a rien d’universelle ; à la culture (ou plus précisément à la monoculture dans certaines formes de nationalisme et de communautarisme), au cerveau dans une idéologie cognitiviste procédant d’une instrumentalisation des neuro-sciences. Ce sont des opérations de réduction du multiple à l’un qui recèlent une forte charge de violence. Aussi avant de se demander comment la question du sujet peut être traitée, il convient de constater que ce dernier est aujourd'hui maltraité y compris dans une partie des sciences sociales. Plusieurs dimensions du sujet (ou plus exactement de processus de subjectivation) doivent être distingués. Un sujet politique pris dans des rapports de pouvoir et cherchant à les transformer : c’est la notion de citoyen et de citoyenneté. Un sujet juridique, sujet de droit et du droit impliquant les notions de reconnaissance et de personne. Un sujet psychologique (moi, esprit, conscience) pouvant être groupal, sociétal, national. Un sujet grammatical ou sujet du langage engagé physiquement dans des processus d’énonciation mais qui n’a aucune universalité puisqu’un certain nombre de langues comme le japonais ne le place pas dans cette position d’antériorité et de centralité du je et peuvent très bien ne pas le désigner explicitement. Il existe enfin un sujet logique ou sujet de la connaissance – qualifié par Michel Foucault de « sujet épistémique ». C’est le sujet de la philosophie européenne. Successivement socratique, cartésien, kantien, durkheimien puis sartrien, il se pose comme étant indépendant des notions de genre, de culture et de couleur et présuppose, dans la constitution asymétrique d’un « champ », son antériorité, son extériorité et sa supériorité par rapport à un « objet ». C’est ce sujet premier et fondateur, visée et intentionnalité, foyer affranchi de toute détermination à partir duquel se constitue la dotation et l’assignation des significations qu’une anthropologie non hégémonique se doit de remettre en question. Ce qui est en crise aujourd'hui est à la fois le logicisme sans sujet du structuralisme et le sujet logique durkheimien non troublé d'affectivité, impassible et immuable, le sujet européencentré blanc, masculin, hétérosexuel, compact, constant, cohérent, transparent, adéquat à lui-même. Ce sujet de l'universalisme à la française n'a rien d'anthropologique car il est androcentré, géocentré et même chromatocentré. Cet universalisme par capitalisation de signes (homme – blanc – hétérosexuel – jamais malade – toujours jeune et toujours en forme – propriétaire ou copropriétaire de tous les biens et de toutes les valeurs) est une forme de communautarisme déguisé. C'est un universalisme abstrait, anhistorique et métaculturel qui a de la difficulté à prendre en considération les situations de vulnérabilité créées par la logique économiste de la globalisation. Pour dire les choses autrement, la notion égologique du sujet individuel tel qu'il s'est construit de manière historique, philosophique, sociologique et anthropologique en Europe n'est pas transférable telle quelle dans d'autres sociétés et à d'autres époques. Elle peut même constituer un obstacle dans la connaissance (qui commence avec la reconnaissance) de ce qui se joue aujourd'hui dans toutes les sociétés : non seulement des rapports socio-économiques de classe, mais des rapports de couleur, de genre, de génération, des rapports aux situations de handicap sans oublier la manière dont on traite les animaux. L’horizon de connaissance et d’action ne peut plus être celui de l’humanisme européen. Il ne peut plus être égologique et monologique. Il appelle la déliaison de la subjectivité (laquelle n’est pas intériorité et encore moins irrationalité mais condition de la précision) par rapport à la philosophe européenne. Le sujet n’est nullement abandonné mais requalifié en termes de processus (hétérogènes) de subjectivation. Il se trouve déplacé dans l’expérience du terrain et le travail de l’écriture ainsi que des sons et des images. Dans le trouble et la turbulence sont aujourd'hui en train de s’inventer dans les périphéries de la culture et dans les cultures diasporiques de nouvelles formes de subjectivité pouvant être qualifiées d’hybride, de métisse, de mutante. Aussi notre vocation est-elle d’accompagner et pourquoi pas de contribuer à créer des possibilités de devenir différents de ce que nous sommes. Dans cette perspective, qui est celle d’une anthropologie politique du sujet (et non de l’objet), ce qu’Alexandre Kojève a qualifié le « sujet de la science » conçu de manière vectorielle et unidirectionnel appelle à être problématisé car ce dernier ne peut être transparent et unifié. Il se trouve dans les sociétés contemporaines en permanence divisé, ce qui est source de toutes les multiplicités. Les notions d’assujettissement et de désassujettissement (c'est-à-dire de resubjectivation), peuvent être alors utilisées comme des notions exploratoires afin de poser cette question : comment ceux qui ont été considérés comme objets (du savoir) peuvent (re)devenir sujet (de la connaissance), acteurs (et non seulement agents)


2005 ◽  
Vol 27 (70) ◽  
pp. 105-113 ◽  
Author(s):  
Gregory Levine

Comme instrument d'administration publique, l'impôt foncier a profondément marqué de nombreuses régions, particulièrement en Amérique du Nord. La présente étude délimite les champs d'intérêt pertinents à une étude géographique de l'impôt foncier. On y trouvera en outre un survol des études que des géographes et d'autres spécialistes des sciences sociales ont consacrées aux effets économiques, à l'incidence sociale et à l'efficacité administrative de cette forme d'impôt. Or, ces études n'ont pas de perspective historique. À ce titre, la bibliographie consacrée à cette question gagnerait à inclure des analyses fondées sur une perspective historique et matérialiste. De telles analyses jetteraient un éclairage nouveau sur l'évolution historique du système fiscal et permettraient de mieux comprendre les forces de classe agissant sur cette évolution. L'étude géographique de l'application de l'impôt foncier dans telle ou telle région pourrait ainsi s'inscrire dans un cadre plus global.


2021 ◽  
Author(s):  
Charles Ragin ◽  
Howard Becker

De quoi un cas est-il le cas ? Cette question hante l’ouvrage classique dirigé par Charles Ragin et Howard Becker. Délaissant les débats classiques sur la généralisation et le rôle de la théorie dans l’étude de cas, il nous invite à réfléchir à ce qu’est faire cas. Quelle que soit la modalité mise en oeuvre, par déduction, induction ou abduction, l’opération du faire cas est centrale, épistémologiquement et méthodologiquement, pour saisir l’intérêt de l’étude de cas en sciences sociales. En s’attachant à ouvrir l’idée de cas et donc à ne pas restreindre celui-ci à la seule étude monographique, ni d’ailleurs à la seule approche qualitative, cet ouvrage repose sur un choix explicite et clair : tenter d’expliciter les procédures par lesquelles on constitue un cas en liant ses particularités à des éléments plus généraux et ceci en rendant compte de l’extrême variété des façons d’y parvenir.


2005 ◽  
Vol 36 (98) ◽  
pp. 275-298
Author(s):  
Jean-Paul Hubert

Les sciences sociales se servent de découpages géographiques pour constituer les phénomènes sur lesquels porte leur savoir. Aussi, une théorie expliquant comment apparaissent ces cloisonnements du monde, en les considérant en tant qu'objets autonomes, pourrait apporter une connaissance cruciale, voire fondatrice, pour ces sciences. La théorie de la forme urbaine porte précisément sur de tels objets, mais peut-elle justifier épistémologiquement son droit à occuper cette place fondamentale? Cette question conduit à engager sur cette théorie une réflexion critique. Nous nous en rapportons à l'oeuvre de Kant afin de comprendre à quelles conditions a priori un lieu de l'oecoumène peut être déterminé par une position géographique. L'analyse des fondements transcendantaux des objets géographiques structuraux atteste une cohérence remarquable de la théorie de la forme urbaine avec l'architectonique des trois Critiques kantiennes et légitime ses prétentions scientifiques.


2019 ◽  
Vol 20 (2) ◽  
pp. 195-234
Author(s):  
Michel Morin

Par le contrat de transaction, les parties renoncent au droit de faire trancher la contestation qui les oppose. Les droits litigieux sont alors définitivement éteints. Seules subsistent les obligations énoncées par la transaction. Il est possible de se demander si cette cristallisation de l’obligation antérieure équivaut à une novation. Pour ce faire, il convient de bien définir le contrat de transaction, ce qui permet de le distinguer aisément du désistement et de l’acquiescement. Ceci permet également de comprendre pourquoi, dans un contrat de transaction, le fait qu’une obligation soit dépourvue de cause signifie qu’il y a eu vice du consentement, qu’il s’agisse de l’erreur ou de la crainte. L’effet de la chose jugée qui résulte de la transaction ne permet pas de déterminer s’il y a eu novation. Il faut de même éviter de confondre cette question et celle de la résolution du contrat de transaction pour inexécution des obligations qu’il prévoit. Compte tenu du fait qu’une simple modification de l’obligation ne constitue pas forcément un cas de novation, il est possible de rejeter la thèse de la novation automatique. Cette solution a des conséquences intéressantes pour l’interprétation du règlement à l’amiable, la recherche de la prescription applicable ainsi que pour l’étude de certaines conséquences découlant de la solidarité.


2005 ◽  
Vol 20 (1-2) ◽  
pp. 277-287
Author(s):  
John E. C. Brierley

Bien que le système français de tenure seigneuriale au Québec ait mérité une attention toute particulière des historiens, l'histoire de la tenure anglaise de « franc et commun socage », introduite en 1774 et qui règne même aujourd'hui dans la zone dite des Cantons de l'Est, n'est pas moins singulière. Est-ce que dans l'Acte de Québec, après avoir établi à l'article 8 l'ancien droit français, on a voulu introduire tout le système anglais du droit des biens lorsqu'on a mentionné, à son article 9, que la concession des terres pourrait se faire selon la tenure anglaise ? Ou au contraire a-t-on voulu tout simplement exclure lapplication des incidents de la tenure française en faisant appel à l'équivalent anglais d'une tenure libre ? L'Acte constitutionnel de 1971 n'a pas résolu cette question, confiant cependant à la législature locale le soin d'adapter la tenure anglaise dans sa « nature » et dans ses « conséquences » aux conditions locales. Les autorités britanniques ont, semble-t-il, opté pour la première interprétation, puisqu'en 1825 une loi impériale édictait que le droit anglais des biens s’appliqueraient dans les cantons. La réaction locale, sous la forme de législation, en 1829, révèle l'équivoque ressentie par la population locale: après avoir validé pour le passé les transactions accomplies selon les formes françaises, la loi de 1829 établit pro futuro la validité des transactions immobilières selon les règles anglaises ou les formes françaises. Ce mélange de règles de fond et de forme anglaises et françaises — une véritable coexistence de systèmes juridiques sur un même territoire — semble avoir semé la confusion chez les justiciables et les hommes de loi durant les 25 années suivantes. Même dans le cas où la loi anglaise de 1825 a établi le droit anglais pour l'avenir, a-t-elle voulu déclarer aussi que le droit anglais existait dans le territoire québécois depuis 1774 ? Voilà une thèse qui pourrait se défendre d'après le sens grammatical de cette loi ainsi que celle de 1829. On semblait indécis au Québec sur cette question avant les décisions célèbres des années 1850 dans les arrêts Stuart v. Bowman et Wilcox v. Ce dernier a décidé enfin que le droit anglais des biens n'a pas pu être introduit dans les cantons avant 1825 et que toute interprétation contraire frise l'absurdité. Le jugement du juge en chef Lafontaine, aussi acceptable qu'il soit sur le plan politique, ne semble pas toutefois s'accorder avec le sens littéral des lois en question. Mais enfin que pouvait-on faire ? Une loi de 1857 de l'Assemblée législative a finalement opté pour l'application de lois canadiennes dans tout le territoire québécois et cette solution, après l'abolition de la tenure française en 1854, semble avoir été acceptée par ces mêmes milieux qui, dans les années précédentes, ont été agités par la question. L'uniformité de notre droit commun ayant été établie sur le sol québécois, la perspective d'une codification à la française s'ouvrait et devint réalité, comme on le sait, quelques années plus tard.


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