scholarly journals La laïcité au Cameroun : pratiques religieuses et rapport(s) au travail dans les services publics

Author(s):  
Salifou Ndam

L’État camerounais prône la laïcité. Pourtant, plus de 50 ans après l’indépendance officielle du pays, la question de la laïcité demeure assez complexe et ambiguë en termes d’appropriation publique et de diverses interprétations. En effet, le religieux se manifeste sans limite, et à des échelles variées et différenciées, dans les multiples sphères de la vie quotidienne. Dans les services publics par exemple, il se matérialise par l’omniprésence d’objets et lieux de culte sur les espaces de travail et dans les interactions professionnelles entre agents et usagers. Bien qu’étant officiellement déviante, cette pratique résulte du besoin réel des agents publics d’emporter leurs religions dans leurs lieux de travail, au nom de la laïcité et de la liberté de culte. Du fait de l’apparente confusion entre laïcité et liberté de culte, la religion se positionne dans les services publics non seulement comme un élément de marquage social, mais aussi comme un outil de revendication identitaire, de mobilisation religieuse et un guide des conduites des agents et usagers. Cette reconfiguration des rapports sociaux des agents publics entre eux et des agents publics avec des usagers remet en question l’une des exigences cardinales du service public, au sens administratif du terme. Par conséquent, le présent article s’appuie sur les données issues des observations directes à Yaoundé, la capitale du pays, et des entretiens semi-directifs avec les usagers et agents publics de cinq ministères, pour analyser les rapports des individus à la laïcité. Il en ressort que la prépondérance des faits religieux dans les services publics participe d’une remise en question de la déontologie administrative et professionnelle des agents publics, et des considérations diverses de la notion de laïcité par la société camerounaise en général. Bien que ces dernières soient contradictoires, leur multiplicité et ses conséquences constituent une preuve de la cohabitation religieuse, de conciliation et de partage des subjectivités au travail, et en même temps une entorse au rendement et à l’efficacité des agents publics au Cameroun.

2002 ◽  
Vol 12 (1) ◽  
pp. 155-168
Author(s):  
Paul BÉLANGER

Résumé Le présent article, tiré d'une thèse de doctorat, vise à décrire la double signification des pratiques de contre-école qui se sont développées dans les zones libérées durant la lutte armée en Guinée-Bissau de 1963 à 1973. Double signification à titre de riposte idéologique et de rupture face à la reproduction des rapports sociaux de domination. L'hypothèse de base de la thèse de l'auteur est que la contre-école, réalité abstraite des pratiques idéologiques autonomes des classes dominées, constitue un lieu heuristique d'analyse mettant en transparence l'école dans le jeu des rapports de classes.


Groupwork ◽  
2020 ◽  
Vol 29 (1) ◽  
pp. 108-125
Author(s):  
Dominic Bizot ◽  
Mathieu Bisson ◽  
Philippe Roy ◽  
Virginie Attard

Le présent article est le résultat d’une recherche visant à présenter des parcours d’hommes ayant participé à des groupes pour pères dans le contexte des bouleversements que les familles occidentales ont connus au cours des dernières décennies. L’objectif de cette recherche était d’identifier les motivations des pères à s’engager dans un processus de réflexion et d’action au sein d’un groupe, d’en apprendre plus sur leur expérience tout au long de ce processus, de comprendre ce qui a changé dans leur vision de la masculinité et de la paternité, puis de connaître la manière dont ils actualisent leur projet de vie au regard d’éventuels changements. Des entrevues semi-dirigées ont été menées auprès de onze pères impliqués dans huit groupes de soutien au Québec. Les résultats révèlent que les rapports sociaux (par exemple, la relation avec la conjointe ou l’ex-conjointe, avec les enfants, avec les femmes et avec les autres hommes en général) s’en trouvent modifiés, voire améliorés. En outre, la reconstruction des rapports à soi-même et aux autres semble être à la fois le principal défi de ces hommes et la source de leur plus grande satisfaction.This article aims to understand the journeys of men who participated in fathers’ groups in the context of the upheavals that the Western family has experienced in recent decades. It is based on the results of a study that aimed to identify the motivations of fathers who engaged in a process of reflection and action within these support groups; to examine their experience of this process, to understand what has changed in their vision of masculinity and fatherhood through this experience; and explore how they update their life plans in the light of possible changes. Semi-structured interviews were conducted with eleven fathers involved in eight different groups in Quebec. The findings reveal that social relationships, including relationships with partners, or ex-partners, children, women, and other men in general, evolved and in some cases improved. In addition, the reconstruction of relationships with oneself and others seems to be both the main challenge as well as the greatest satisfaction of these men.


2013 ◽  
Vol 19 (1) ◽  
pp. 185-223 ◽  
Author(s):  
Amélie Champagne ◽  
Romaine Malenfant ◽  
Guy Bellemare ◽  
Louise Briand

Plusieurs publications, ces dernières décennies, s’intéressent aux difficultés importantes qui accompagnent l’insertion professionnelle des jeunes. En effet, il appert que les difficultés d’insertion dans le secteur privé soient importantes, notamment pour les jeunes sans diplôme et possédant peu ou pas d’expérience du marché du travail. Mais qu’en est-il en ce qui concerne le secteur de l’économie socialeƒ? Les valeurs et les objectifs de développement de ces entreprises favoriseraient-ils une expérience d’intégration au marché du travail positive pour les jeunes peu scolarisés? Le présent article se centre sur les pratiques de gestion de la main-d’oeuvre jeune du point de vue de ces derniers et de celui de leurs employeurs. Deux recherches sont mises en dialogue afin de préciser et de comparer les dimensions qui exercent un rôle significatif dans la consolidation ou la rupture du lien d’emploi des jeunes. Le paradigme du don est également mobilisé dans l’analyse des rapports sociaux qui semblent caractériser les entreprises d’économie sociale.


2002 ◽  
Vol 19 (1) ◽  
pp. 37-56 ◽  
Author(s):  
Céline LE BOURDAIS ◽  
Pierre J. HAMEL ◽  
Paul BERNARD

Résumé S'intéressant à l'analyse de la position des femmes dans l'ensemble des rapports sociaux, la sociologie féministe a imposé la reconnaissance des tâches domestiques en tant que "travail" réel, alors que le marxisme les considérait comme un reliquat du passé et le fonctionnalisme comme une vocation naturelle des femmes. En intégrant cet apport de la sociologie féministe, le présent article étudie comment les couples québécois se répartissent ce travail, compte tenu de variables comme la charge familiale et le statut d'emploi de chacun des conjoints. Les données proviennent d'un sondage qui a rejoint en 1986 environ 1 300 couples. Les indices y sont nombreux du fait que le travail domestique demeure essentiellement une affaire de femmes, à laquelle l'homme ne fait qu'épisodiquement une contribution significative. On peut penser que cette division du travail risque peu de changer tant que les femmes tendront à être reléguées, sur le marché de l'emploi, dans des positions professionnelles inférieures à celles des hommes.


2006 ◽  
Vol 6 (1) ◽  
pp. 25-43 ◽  
Author(s):  
Celia Rojas-Viger

Résumé La féminisation de la migration est une des caractéristiques de la mondialisation contemporaine. Elle concerne l’ensemble des sociétés, dont le Canada et le Québec. Ce phénomène touche les différents groupes ethniques, l’ensemble des classes sociales, les non-professionnels comme les professionnels. Cependant, il existe très peu d’études documentant le processus d’insertion et les conditions de vie des femmes scolarisées, possédant déjà à leur arrivée une formation universitaire. Pourtant, l’admission des premières Latino-Américaines, présentant un niveau scolaire élevé, en tant qu’immigrantes canadiennes date de 1968. Afin de combler ce vide, le présent article se propose, à partir de deux recherches ethnographiques, de présenter ces femmes, leurs conditions sociales et les défis qu’elles doivent affronter, tant durant leur réinsertion académique en milieu universitaire qu’après l’obtention de leurs diplômes, pour s’insérer sur le marché du travail. Nous nous intéresserons plus particulièrement à la société pluriethnique montréalaise dans laquelle l’ethnicisation des rapports sociaux prévaut.


Author(s):  
Monique Van Dormael

Fondamentalement, les Centres de santé de quartier contestent la structure des rapports sociaux que fonde la pratique médicale traditionnelle : pouvoir légitime des soignants de proposer aux soignés des grilles de lecture médicales des difficultés de leur vie quotidienne, contrôle interne des soignants par le biais des rapports hiérarchiques, absence de solidarité entre soignés. L’auteur fournit une description des Centres de santé de quartier, de leur financement, de leur fonctionnement et pose les jalons pour une évaluation de ces expériences.


Author(s):  
Marcelina Bańkowska

Parmi plusieurs domaines de la vie quotidienne marqués par le tabou langagier nous pouvons distinguer celui de la lingerie féminine qui, se référant à des parties du corps humain dites honteuses, recourt à l’euphémisation pour échapper à l’expression de ce qui est gênant. Le présent article aura pour but d’analyser comment et par quels moyens linguistiques ce phénomène s’effectue dans les dénominations des pièces de lingerie. L’analyse sera effectuée dans quatre langues : le français, l’italien, l’anglais et le polonais. Nous allons également prendre en considération le phénomène des noms de marques dans le rayon vestimentaire mentionné afin de pouvoir observer comment le concept de l’interdiction linguistique est réalisé à travers ce type d’appellations. Cette étude sera portée sur différents contextes formels, stylistiques mais aussi pragmatiques.


2009 ◽  
Vol 21 (2) ◽  
pp. 29-55
Author(s):  
Hartog Guitté ◽  
Marguerite Lavallée ◽  
Adriana Fuentes Ponce

L'époque actuelle, très préoccupée de l'esthétisme corporel, a érigé la beauté au rang de critère de santé physique et mentale et a fait de la minceur un impératif en matière d'acceptation sociale. Dans un tel contexte, il paraît intéressant de savoir comment réagissent les femmes, cibles choyées des médias sur ces thèmes, à cette préoccupation incessante. Le présent article propose une discussion sur les processus identitaires mis en œuvre relativement aux exigences sociales sur l'apparence physique qui s'imposent aux femmes pour préserver une image positive d'elles-mêmes. Après plusieurs mois d'observation participante et d'entrevues réalisées dans un centre d'entraînement, une enquête a été menée auprès de 120 femmes de la capitale de l'État de Puebla, au Mexique, pour connaître leur représentation de l'apparence physique des femmes. Les résultats obtenus sur la perception des femmes grosses et des femmes minces mettent en évidence la façon dont sont incorporés divers éléments de violence symbolique qui agissent en fonction d'un discours présent dans divers espaces socioculturels et qui légitiment l'exercice de la discrimination et de l'oppression dans la vie quotidienne des femmes.


Author(s):  
Mathilde Bigo

Cadre de la recherche :Les résultats exposés dans le présent article sont le fruit d’une recherche doctorale réalisée à l’université Rennes 2 et dont la thèse a été soutenue en 2015.Objectifs :Cet article interroge, dans une perspective genrée, les mobilités résidentielles des femmes âgées, en différenciant les mobilités qui se déroulent avant la mise en retraite de celles intervenant après la retraite.Méthodologie :En s’appuyant sur un échantillon de 21 femmes âgées de 62 à 91 ans habitant des communes littorales en région Bretagne, des analyses ont été effectuées concernant les évènements qui constituent des transitions dans le parcours de vie, pour comprendre les causes données aux mobilités résidentielles : temps libre, veuvage, maladie.Résultats :La mise en retraite est, pour certaines, l’occasion de renégocier les rapports de pouvoir au sein du couple, lorsque la vie maritale avait imposé de suivre les mobilités du conjoint. Pour d’autres femmes, seules, la mobilité résidentielle de retraite est une mobilité dépourvue de contraintes salariales et familiales. Pour autant, la mobilité résidentielle n’est pas toujours choisie. Elle peut, au contraire, être forcée par le manque de ressources financières lors du veuvage, par le besoin de se rapprocher des services, ou encore par un nécessaire réaménagement de l’architecture intérieure du logement.Conclusions :L’analyse des mobilités résidentielles des femmes à la retraite révèle que les rapports sociaux de sexe sont prégnants dans les modalités de choix résidentiel et que les caractéristiques de la ville, en plus de celles du bord de mer, sont largement structurantes dans le choix de résidence.Contribution :En croisant les problématiques liées au genre et à l’avancée en âge, et en les inscrivant spatialement, cette recherche en géographie sociale met l’accent sur la façon dont le nouvel espace de vie, à l’heure de la vieillesse, peut devenir ressource voire possibilité d’émancipation.


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