Dans cet article, je rends compte de l’histoire de la publication de la traduction américaine de Journal du voleur de Jean Genet et je commente quelques différences entre l’édition qui a servi de base pour cette traduction (l’édition Skira) et l’édition qui est actuellement en vente en France (l’édition Gallimard). La première traduction en anglais de Journal du voleur (traduit par Bernard Frechtman) fut publiée à Paris, chez Olympia Press, en 1954. Sur la quatrième de couverture se trouvait la notice suivante : « Ne peut être vendu aux États-Unis, ni au Royaume-Uni. » Dix ans plus tard, en 1964, The Thief’s Journal parut cependant aux États-Unis, chez Grove Press. Si l’on regarde les péritextes de ces deux éditions anglophones, il semble s’agir de deux textes différents : le premier est traduit d’après la première édition publiée de Journal du voleur en France, l’édition Skira, tandis que le deuxième se baserait, selon la notice de droits d’auteur, sur l’édition Gallimard, qui a été remaniée par Genet. En réalité, il n’en est rien : la traduction publiée chez Grove Press est identique à celle publiée chez Olympia Press. L’histoire de la publication de Journal du voleur en anglais soulève plusieurs questions auxquelles je propose ici des réponses : pourquoi l’édition Olympia ne pouvait-elle être vendue aux États-Unis ? Pourquoi l’édition Skira n’est-elle pas mentionnée comme source pour l’édition Grove ? Et quelles sont les différences entre les deux éditions françaises ? S’ajoute à ces questions un événement curieux, dont je rends également compte : en 1965, le texte de l’édition Olympia est republié aux États-Unis chez Greenleaf Publishing company, qui est rapidement poursuivi en justice par Grove Press, Gallimard, Frechtman et Genet. Et pour une fois, Genet ne se trouve pas sur le banc des accusés, mais parmi les plaignants.