scholarly journals Trois nuances de l’expertise stratégique : le rôle des avocats dans la procédure d’asile

2019 ◽  
Vol 38 (1) ◽  
pp. 99-128
Author(s):  
Sule Tomkinson

Au cours de la dernière décennie, les juristes ont documenté de façon régulière les disparités dans les taux de reconnaissance du statut de réfugié, concluant que le facteur déterminant est moins le fond de la cause entendue que l’identité de celui qui examine la demande de statut de réfugié. Cet article s’intéresse au rôle de la représentation juridique dans ce contexte. S’appuyant sur un travail ethnographique de terrain portant sur les procédures d’asile au Canada ainsi que sur les acteurs qui y sont impliqués, le présent article contribue à la recherche sur la prise de décision en matière de statut de réfugié à deux égards. Premièrement, il analyse la détermination du statut de réfugié à l’aide du cadre théorique des « institutions habitées » (inhabited institutions). Il éclaire l’influence des interactions sociales sur les processus décisionnels, démontrant l’utilité théorique de consacrer ce cadre d’analyse à la compréhension des procédures d’asile. Deuxièmement, en s’inspirant du concept d’« expertise stratégique », l’article se consacre à l’analyse des aspects sociaux, relationnels et interpersonnels de l’utilisation de la loi par les avocats. Cette analyse démontre que les avocats anticipent et façonnent dans une large mesure les procédures d’asile en adoptant trois stratégies : la conformité, la délibération et la contestation.

2017 ◽  
Vol 24 (2) ◽  
pp. 66-74 ◽  
Author(s):  
Émile Tremblay ◽  
Louise St-Pierre ◽  
Christian Viens

Le présent article fait état du modèle de soutien à la prise de décision appliqué à l’évaluation d’impact sur la santé (EIS) en Montérégie, au Canada. Pour répondre à la volonté de soutenir l’élaboration de politiques et projets municipaux favorables à la santé et fondés sur les données probantes, la Direction de santé publique a mis en œuvre une démarche d’EIS dont les fondements pratiques s’inspirent des expériences internationales en matière d’EIS et dont les assises théoriques reposent sur le partage et le courtage de connaissances. L’expérience montérégienne démontre que la stratégie de courtage de connaissances appliquées à l’EIS encourage un partage respectueux des responsabilités et rôles de chacune des parties prenantes et favorise l’utilisation des connaissances de santé publique dans la prise de décision municipale. Le courtage des connaissances permet de prendre en compte les enjeux locaux dans les analyses d’impact et dans les recommandations aux décideurs. En conclusion, il s’avère que l’implication des décideurs municipaux à la recherche de solutions favorables à la santé permet d’inscrire les données probantes à l’intérieur des processus décisionnels et d’observer leur utilisation à plusieurs niveaux. L’évaluation des premières expériences d’EIS révèle en effet que les connaissances partagées répondent à des besoins immédiats engendrant leur utilisation directe, contribuent à des changements de perception et de pratique à plus large échelle et font de la santé une valeur reconnue par les décideurs publics et promue auprès de leurs citoyens pour accroître l’acceptabilité des initiatives municipales.


2012 ◽  
Vol 40 (1) ◽  
pp. 160-175
Author(s):  
Éliane Dulude ◽  
Martial Dembélé

Le présent article prend appui sur une étude exploratoire visant à comprendre le processus de construction et de négociation du sens d’une réforme par les enseignants d’un département de langues modernes au collégial au Québec. L’article a pour but de mettre en lumière l’influence relative des symboles, du coordonnateur et des interactions sociales dans les changements de pratique. Les données proviennent principalement d’entrevues semi-dirigées avec les enseignants participants, complétées par une analyse de contenu de prescriptions ministérielles. Il ressort de l’analyse des données, entre autres, que l’épreuve synthèse est devenue un objet de prestige dans ce département et exerce une pression constante sur les interactions entre enseignants ainsi que sur les priorités d’action.


2019 ◽  
Vol 39 (3) ◽  
pp. 75-97
Author(s):  
Julie Maheux ◽  
Karine Poitras ◽  
Amélie Paquin-Boudreau

L’expertise psychologique s’avère essentielle afin de soutenir les décisions émises par les tribunaux. Les recommandations qui en découlent sont déterminantes pour les juges, les procureurs et les clients qui font l’objet de l’évaluation. Le psychologue expert, qui doit prendre en considération plusieurs points de vue divergents, sera inévitablement confronté à des dilemmes éthiques et déontologiques au cours de sa pratique. Le présent article présente trois vignettes cliniques, dans lesquelles seront abordés le conflit d’intérêts, le consentement, la notion de client et l’obligation d’impartialité. Enfin, nous nous pencherons sur les balises et réflexions qui devraient encadrer la prise de décision.


2009 ◽  
Vol 66 (2) ◽  
pp. 218-230
Author(s):  
Pierre A. Cholette

RÉSUMÉ Une façon répandue de transformer des chiffres d’exercices financiers en estimations d’année civile consiste à considérer l’estimation civile comme une fraction (par exemple 1/4) d’un chiffre financier et d’une fraction complémentaire (3/4) du chiffre financier suivant. À titre d’exemple, si l’année financière se termine en mars, l’estimation de 1987, disons, est l’addition des deux chiffres suivants : 1/4 du chiffre de 1986-87 et 3/4 du chiffre de 1987-88. Selon le présent article, ce procédé est acceptable seulement si les chiffres financiers sont en hausse (ou en baisse) ininterrompue. En effet, en cas de changement de direction  — et même de plafonnement  — des chiffres financiers, le procédé implique un comportement invraisemblable de la composante conjoncturelle sous-jacente. Ceci complique l’analyse conjoncturelle, la prise de décision et la gestion macro-économique. L’article compare le procédé à une méthode récemment mise au point par Cholette et Baldwin (1989). Cette dernière est essentiellement une adaptation des méthodes utilisées pour l’étalonnage, c’est-à-dire pour l’ajustement de séries infra-annuelles à des jalons annuels (Denton, 1971; Bournay et Laroque, 1979); de même qu’une adaptation des méthodes utilisées pour l’interpolation entre valeurs annuelles civiles (Boot, Feibes et Lisman, 1967).


Author(s):  
Karima LAMRANI ◽  
Laila BENNIS

Dans le cadre de la couverture du risque de change, et de façon absolument identique, tous les produits n'assurent pas les mêmes degrés de couverture, certains peuvent même s’avérer très dangereux dans des cas particuliers. Ce présent article vient montrer les stratégies de couverture adéquates selon les objectifs de chaque entité. Il vise à développer, de façon efficiente, les principaux catégories et moyens de la gestion du risque de change des transactions, ainsi que les règles à observer pour l'arbitrer et le limiter. Après un bref diagnostic de la gestion du risque de change chez les entreprises marocaines, le problème de couverture du risque de change est évoqué. Puis, les principales techniques et stratégies de couverture sont argumentées à partir d’exemples et hypothèses. Finalement, des critères de choix sont exposés. Un des principales finalités de ce travail est de vous faire entrer avec simplicité au cœur d’un des marchés financiers les plus mouvementé et captivant actuellement et de confirmer qu’il existe plusieurs facettes d’application des instruments de change dans ce contexte, pour répondre aux objectifs et contraintes de chaque organisation. Les résultats de cet article montrent les outils nécessaires à la prise de décision judicieuse, qui contribueront au succès de l’entreprise en matière de couverture de risque de change.


2020 ◽  
Vol 28 (3) ◽  
pp. 43-52
Author(s):  
Michel Trépanier ◽  
Isabeau Four ◽  
Olivier Corbin-Charland

Les initiatives visant à développer un écosystème favorable à la création et à la croissance des entreprises et/ou de l’innovation reposent sur l’idée de réunir une diversité d’acteurs. Les interactions sociales, ouvertes et diversifiées, deviennent alors du soutien et des moteurs de l’innovation. Déterminantes du succès des écosystèmes, elles sont pensées comme « faciles » tant à faire exister qu’à multiplier. Dans le présent article, nous revenons sur quelques constats de base de la sociologie des réseaux, puis utilisons le concept d’homophilie pour examiner la faisabilité sociologique de cette multiplication et de cette diversification des relations. L’analyse s’appuie sur l’étude de deux cas exemplaires. D’une part, l’écosystème montréalais de startups dans le secteur numérique, où l’absence d’homophilie explique la relative rareté des collaborations et, d’autre part, l’Esplanade, un accélérateur et espace collaboratif montréalais dédié à l’entrepreneuriat et à l’innovation sociale, où la ressemblance des acteurs explique les nombreuses collaborations observées.


Author(s):  
Catherine D'Hondt ◽  
Rudy De Winne

On peut lire dans le dernier rapport annuel de la Banque nationale de Belgique que, en dépit de l’environnement de taux d’intérêt bas (voire négatifs), les ménages belges continuent de donner la préférence à l’épargne sous la forme d’actifs liquides comme les comptes d’épargne, ou d’actifs à long terme mais peu risqués comme les produits d’assurance avec capital garanti. Ce comportement est difficile à comprendre au regard de la théorie financière classique qui considère l’individu comme un agent économique rationnel cherchant notamment à maximiser sa richesse tout en limitant son risque. C’est ici que la finance comportementale peut jouer un rôle pour nous aider à mieux comprendre l’influence des facteurs cognitifs et émotionnels dans la prise de décision des investisseurs. La finance comportementale a mis au jour l’existence de nombreux biais comportementaux qui suivent souvent les mêmes schémas chez les individus. Les origines de ces biais sont multiples : le recours à des heuristiques, la sur-confiance et les mécanismes liés à l’estime de soi, les émotions et la maîtrise de soi, ou encore les interactions sociales. Ces différents phénomènes amènent parfois l’individu à poser des choix non rationnels. Cette propension est particulièrement présente chez l’investisseur à cause des caractéristiques des décisions auxquels il est confronté. En effet, ces décisions impliquent souvent des instruments financiers complexes par nature ainsi qu’un arbitrage entre le présent et le futur. De plus, les décisions financières nécessitent fréquemment de pouvoir évaluer le risque inhérent à celles-ci. Enfin, s’ajoute le fait que certaines décisions financières sont tellement peu fréquentes qu’elles ne permettent pas à l’individu de tirer les leçons de ses erreurs passées.  Les biais comportementaux les plus susceptibles de conduire l’investisseur à une gestion sous-optimale de son portefeuille d’actifs sont le biais de représentativité qui peut se manifester par une tendance à acheter les titres dont les prix augmentent, le biais de disponibilité qui peut amener l’investisseur à surestimer la probabilité d’une prochaine crise, le biais de familiarité qui le pousse à privilégier les titres qui lui sont les plus familiers, le biais de disposition qui amène l’investisseur à réaliser ses plus-values trop rapidement et à ne pas couper ses pertes assez vite, le biais de sur-confiance qui le pousse à traiter des volumes importants et trop fréquemment. Ces exemples révèlent à quel point le comportement des investisseurs, qu’ils soient individuels ou professionnels, est influencé par un mélange complexe d’heuristiques et d’émotions, qui peut lui-même être affecté par certains facteurs individuels et collectifs. La littérature en finance comportementale regorge aujourd’hui d’articles scientifiques démontrant l’existence de ces biais ainsi que leur caractère systématique et donc souvent prévisible. Ces contributions sont dès lors porteuses d’enjeux et de perspectives. Elles ne se limitent pas au monde académique ; elles doivent aussi permettre aux régulateurs et aux conseillers financiers de mieux servir les intérêts des investisseurs. Il s’agit en fait de mieux comprendre leurs points faibles afin de leur éviter les pièges que peuvent représenter leurs intuitions, leurs heuristiques, leurs émotions ou leurs excès de confiance. La finance comportementale nous invite ainsi à passer de «l’homo economicus» imaginé par la théorie financière classique à «l’homo sapiens» que nous sommes en réalité...


2018 ◽  
Vol 64 (1) ◽  
pp. 28-34
Author(s):  
Elsa Drevon ◽  
Dominique Maurel ◽  
Christine Dufour

Le présent article vise à positionner la veille, et plus spécifiquement la veille stratégique, par rapport à la prise de décision, selon la littérature en sciences de gestion et en sciences de l’information. Trois principaux modèles de prise de décision seront présentés (première partie), à partir desquels ont pu être identifiés trois facteurs qui influencent la prise de décision (deuxième partie). Enfin, trois types de soutien qu’apporte la veille stratégique à la prise de décision seront mis en évidence (troisième partie), nous amenant à conclure que la veille stratégique contribue, théoriquement, à soutenir le processus de prise de décision en amont et en aval.


Author(s):  
Yamina NECISSA ◽  
Naima CHABBI CHEMROUK

En Algérie, la protection et la mise en valeur du patrimoine est l’une des orientations stratégiques du Schéma National d’Aménagement du Territoire à l’horizon 2030. À cette fin, les Pôles d’Économie du Patrimoine et les Parcs Culturels sont introduits comme une nouvelle alternative de développement territorial articulé autour d’un concept nouveau : « le projet de territoire ». Or, la mise en œuvre de ce projet dépend non seulement de facteurs physiques spécifiques au patrimoine en question mais surtout de l’implication effective de toutes les parties prenantes. Les acteurs locaux qui sont confrontés au quotidien, aux besoins de leurs territoires sont souvent exclus d’un processus de décision caractérisé par une forte centralisation. Par conséquent, l’objectif du présent article consiste à élaborer et tester un outil d’évaluation de la capacité de contribution des ressources patrimoniales au développement durable territorial. Le résultat attendu est de proposer une démarche de mise en valeur des projets patrimoniaux basée sur un diagnostic des différentes potentialités et contraintes et sur l’ouverture du processus de prise de décision aux acteurs locaux et aux habitants. Le parc national de Tlemcen dans la région Ouest de l’Algérie a été sélectionné comme cas d’étude au vu de la richesse de son patrimoine paysager et culturel et de par l’échelle intercommunale qu’il couvre.


2017 ◽  
Vol 62 (2) ◽  
pp. 49-63
Author(s):  
Éric Gagnon ◽  
Manon Voyer ◽  
Paule Terreau ◽  
Nadine Lacroix ◽  
Geneviève Fournier St-Amand ◽  
...  

Le retour à domicile des personnes âgées ayant subi un traumatisme craniocérébral pose la question de leur autonomie. La question porte autant sur leur autonomie fonctionnelle, leur capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne, que leur autonomie décisionnelle, leur participation à la prise de décision touchant leur lieu de résidence. Le présent article examine les conditions d’exercice de cette double autonomie et l’expérience de la dépendance chez les personnes ayant subi un traumatisme craniocérébral, dans l’objectif d’améliorer l’accompagnement offert à ces personnes pendant et après la réadaptation. L’analyse repose sur des entretiens avec des personnes âgées et leurs proches.


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