ANGÉLINE DE MONTBRUN OU LA DISSOLUTION DE L’UTOPIE ULTRAMONTAINE
Dans Formation de l’imaginaire littéraire au Québec, 1764-1867, Maurice Lemire notait que « les structures de redoublement de miniaturisation » dominent le monde du roman au xixe siècle. Cette miniaturisation se lit dans la création d’une société en miniature (précisément), isolée du reste du monde, un « enclos » (le mot est de Lemire) où le monde est réduit à la parenté et au voisinage et à l’intérieur duquel « tout est euphémisé » (ibid). Nous croyons que ces miniatures correspondent à des utopies. Nous suggérons donc de relire le roman de Laure Conan comme présentant à travers la création de Valriant une de ces miniatures et de mettre en valeur l’utopie que le roman propose, qui se révélera une utopie ultramontaine. À la différence des utopies libérales que sont celles sur lesquelles se terminent par exemple Charles Guérin de Chauveau et Jean Rivard d’Antoine Gérin-Lajoie, et qui sont aussi une projection dans un avenir imaginaire, les utopies ultramontaines (que l’on retrouvera dans la finale de Pour la patrie de Tardivel) sont des univers sans avenir possible, destinés à disparaître avec la/le protagoniste. Reste la question de savoir ce qu’est une utopie ultramontaine au féminin et on observera comment Valriant se construit contre l’image du cloître, qui sera pourtant celle qui survivra au xxe siècle.