Dépasser les « éducations à » : vers une pédagogie de l’égalité en formation initiale du personnel enseignant

2018 ◽  
Vol 31 (1) ◽  
pp. 179-197
Author(s):  
Isabelle Collet

En Suisse romande, des recommandations fédérales incitent l’institution scolaire à travailler pour l’égalité des sexes. Pourtant, ce thème ne fait pas partie des objectifs d’enseignement. Par ailleurs, l’éducation à l’égalité des sexes a fait une entrée timide à l’école. Bien que les « éducations à » portent en elles un projet d’émancipation, la manière dont elles sont mises en œuvre (en particulier en ciblant surtout la lutte contre les stéréotypes) ne permet pas une conscientisation des élèves ou des enseignantes et des enseignants sur la source des inégalités femmes-hommes. L’auteure veut montrer qu’un cours de pédagogie féministe critique auprès du futur personnel enseignant au primaire en formation initiale permet de sortir de cette impasse. Son approche cherche à transformer les étudiantes et les étudiants en les faisant réfléchir sur le genre et les rapports sociaux de sexe à l’œuvre dans les classes, afin qu’à leur tour il leur soit possible d’y éveiller leurs élèves.

2019 ◽  
Vol 46 (2) ◽  
pp. 73-91 ◽  
Author(s):  
Julie Larochelle-Audet

Vingt ans après l’adoption de la Politique d’intégration scolaire et d’éducation interculturelle (Ministère de l’Éducation, 1998), sa transposition dans les programmes de formation initiale en enseignement fait l’objet d’un bilan mitigé (Larochelle-Audet, Magnan, Potvin et D’Arrisso, 2018). Alors que des discours racistes se banalisent dans l’espace public (Potvin, 2008, 2016), les lacunes constatées dans la formation mettent en question les limites de ces orientations pluralistes. Cet article se penche en particulier sur les conceptions et les usages de la notion de diversité ethnoculturelle dans la formation en enseignement, et plus largement dans l’institution éducative québécoise. Il présente les résultats d’une analyse secondaire de données initialement collectées dans le cadre d’une recherche de maîtrise auprès de neuf professeures de trois universités francophones (Larochelle-Audet, 2014a). À partir d’outils conceptuels du féminisme matérialiste, des fragments permettant de voir les rapports sociaux de race sont assemblés de manière à révéler comment ces rapports sont à la fois dissimulés et réifiés par cette notion. Cet exercice de mise en visibilité s’intéresse successivement à la diversité ethnoculturelle comme contenu de formation, comme propriété de certains groupes de personnes et, enfin, comme voile s’inscrivant dans une logique d’effacement du racisme (Dhume, El Massioui et Sotto, 2016).


2000 ◽  
Vol 22 (2) ◽  
pp. 343-355
Author(s):  
Nicole Mosconi

Les femmes ont aujourd’hui plus de chances que les hommes de sortir du système scolaire avec une formation générale. Mais la segmentation du marché du travail entre emplois masculins valorisés et emplois féminins dévalorisés se répercute au niveau du système de formation initiale dans une forte ségrégation des garçons et des filles entre filières et cursus différents (littéraires et tertiaires pour les filles, scientifiques et techniques industriels pour les garçons). La poussée de la scolarisation féminine tend à introduire une division verticale dans le groupe des filles entre celles qui ont un niveau égal ou supérieur au baccalauréat et celles qui ont un niveau inférieur. La manière dont s’organisent les différences de formation professionnelle et d’insertion entre les sexes renvoie aux rapports sociaux de sexe qui sont structurés comme un système de division et de domination entre groupes de sexe.


2018 ◽  
Vol 31 (1) ◽  
pp. 105-121
Author(s):  
Josée Trudel

Le Programme des services de garde éducatifs du Québec, Accueillir la petite enfance, est un des principaux fondements soutenant la formation initiale et la pratique quotidienne du personnel éducateur. Or, aucune analyse de genre de ce document central à l’éducation des enfants de 0 à 5 ans n’aurait à ce jour été effectuée. En ressort une volonté discursive d’éducation à l’égalité, mais aussi plusieurs éléments contrevenant à ces aspirations. L’omission de la construction sociale des différences entre les sexes, l’absence de toute identité sexuelle autre que garçon et fille, la dissonance entre les fondements théoriques de lutte contre les stéréotypes sexuels et la perpétuation de nombre d’entre eux, de même qu’une rédaction non sexiste déficiente, représentent les principaux défis liés au genre auxquels devront répondre les rédactrices et les rédacteurs à l’occasion de la mise à jour de ce document de base dans le domaine de l’éducation à l’enfance.


2019 ◽  
Vol 58 (2) ◽  
pp. 143-150
Author(s):  
Pascale Molinier

La psychodynamique du travail a étendu les conditions sociales de la sublimation au travail ordinaire et à la dynamique de la reconnaissance. Selon Christophe Dejours, la reconnaissance porte sur le faire mais elle se capitalise dans le registre de l’être. Or ce que les femmes font est généralement confondu avec ce qu’elles sont. D’où un déficit chronique de reconnaissance de leurs contributions, bien sûr aggravé par les rapports sociaux de domination (voir l’effet Mathilda dans les sciences). Ce constat sera ici principalement argumenté à partir des analyses psychodynamiques du travail féminisé (les activités de care) qui se caractérisent par leur discrétion. De la sous-estimation du travail féminin, il résulte de nombreuses conséquences, tant sur le plan théorique que clinique : la sublimation dépend-elle nécessairement de la reconnaissance ? – on déplacera cette question autour de l’expressivité et de la voix.


2019 ◽  
Author(s):  
M Camus ◽  
J Jacques ◽  
JP Le Mouel ◽  
JM Gonzalez ◽  
L Vuitton ◽  
...  

1982 ◽  
Vol 37 (2) ◽  
pp. 246-254 ◽  
Author(s):  
Janusz Tazbir

M'étant interrogé, il y a quelques années, sur l'accueil réservé aux œuvres de Thomas More et sur leur diffusion en Pologne, j'ai tenté de définir les raisons pour lesquelles les utopies classiques n'avaient pas trouvé de résonance parmi les citoyens de la République nobiliaire. Elles sont multiples. Ainsi, presque toutes les représentations de la société idéale, depuis la Politique de Platon, les visions de More ou de Campanella, jusqu'aux utopies du siècle des Lumières, préconisent une ingérence très poussée dans la vie privée des citoyens, un contrôle continu exercé sur eux par des censeurs spécialement institués à cette fin, la soumission à des normes très rigoureuses de discipline sociale — en un mot, un fonctionnement de l'État qui est en contradiction flagrante avec les institutions de la Pologne des xvie-xviie siècles. Comme le remarque à juste titre Claude Backvis, l'utopie naît dans des conditions où elle ne peut en aucune mesure être réalisée. Elle réclame tout parce qu'elle n'est en mesure de rien obtenir ; son maximalisme vient de ce qu'on pense impossible de modifier, de quelque façon que ce soit, les rapports sociaux et politiques existants. C'est la raison pour laquelle la noblesse polonaise qui, à l'époque de la Renaissance, avait largement les moyens de transformer l'État, ne recherchait pas de compensation dans la création imaginaire d'un monde idéal, utopique. Plus tard, le conservatisme de l'État polonais, son hostilité déclarée à tout changement, s'opposèrent efficacement tant à la création de variantes polonaises qu'à la réception des versions étrangères de l'utopie.


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