Transposition de la morale des prophètes dans la trilogie de Michel Tournier
La présence de la Bible dans l’oeuvre de Tournier témoigne du fait qu’elle s’interroge sur la responsabilité de l’homme que Moïse rattache à l’essence de la morale prophétique : « C’est la justice, oui la justice que tu dois chercher ». Dans ce sens, l’oeuvre de Tournier — marquée par une énonciation largement prophétique et faisant toujours place à la voix de l’Autre — nous permet de penser la place de l’écrivain dans la culture contemporaine en rapport avec la Loi. Dans cet article, nous tenterons de dégager le discours moral du roman qui laisse entendre la voix des prophètes et de problématiser l’appropriation que Tournier fait de leur langage, de leur mission et de leur morale (ramener le peuple à la justice). Se manifeste ainsi le désir du roman qui, en subvertissant, pervertissant, détournant… bref transposant le message prophétique, pose les linéaments d’une morale qui se fraie une voie dans l’ambiguïté.