scholarly journals Réflexivité et recherche-action en contrat CIFRE, quand les contraintes du terrain deviennent opportunités

2018 ◽  
Vol 13 (1) ◽  
pp. 211-224
Author(s):  
Camille Rouchi

Cet article propose de communiquer sur un retour d’expérience et d’engager une réflexion sur la réalisation d’une recherche critique en sciences humaines financée par son terrain de recherche. L’ambition est ainsi d’adopter un double point de vue : celui de l’universitaire et du professionnel. Cette posture n’étant pas sans inconvénient puisqu’elle implique de se poser la question à la fois des attentes et des besoins du monde professionnel et scientifique dans le cadre de ce qui relève de la recherche-action. Être engagé par son terrain, c’est se confronter à la contradiction des temporalités et de multiples intérêts. Nous verrons que l’élaboration de l’objet de recherche, l’obtention des données et les modalités de restitution, interpelle la nécessité d’adopter un point de vue réflexif et pour le chercheur de transformer les contraintes en opportunités.

2018 ◽  
Vol 34 (6-7) ◽  
pp. 595-598 ◽  
Author(s):  
Ariel Bernier ◽  
Alain Leplège

L’âge des mineurs qui réclament un traitement pour la dysphorie du genre (anciennement et encore couramment appelée « transgénérisme » ou « transsexualité ») ne cesse de reculer [1], mais un manque de consensus sur des traitements qui soient médicalement et éthiquement acceptables pour les individus prépubères, rend difficile leur prise en charge [2, 3]. Une étude des critères sur lesquels reposent les choix de traitement de ces patients, et plus particulièrement le blocage hormonal, révèle certains obstacles intrinsèques à l’éthique médicale qui empêchent l’élaboration d’une réponse claire et décisive. Nous verrons, dans cette revue, que les experts médicaux, les psychologues et les spécialistes de sciences humaines ne s’accordent pas sur l’origine et donc sur la définition du transgénérisme. Il est ainsi difficile de prendre en charge les individus concernés, l’éthique médicale tirant souvent aujourd’hui son autorité d’un accord général entre les experts. Nous analyserons également comment les risques du traitement proposé, ou les risques de refuser de donner ce traitement, peuvent également peser dans les débats d’éthique médicale, alors qu’ils sont évalués de plusieurs manières, certaines étant plus subjectives que d’autres. Finalement, reste la question difficile du consentement chez les mineurs. L’âge en deçà duquel le mineur ne peut prendre la responsabilité pour ses propres actes apparaît se modifier arbitrairement selon le thème abordé : avortements, traitements pour maladies sexuellement transmissibles, etc. Les débats autour du traitement hormonal des mineurs transgenres doivent donc tenir compte de ces considérations éthiques afin de pouvoir mieux les aider.


2014 ◽  
pp. 1-23 ◽  
Author(s):  
Manon Vialle
Keyword(s):  
De Se ◽  

La croissance de l’infertilité liée à l’âge dans les sociétés industrielles avancées suscite un accroissement de demandes en matière d’assistance médicale à la procréation (AMP) et amène ainsi chaque société à s’interroger sur ses normes et pratiques. En France, cette question est un révélateur de la spécificité du modèle bioéthique qui encadre les techniques d’AMP ainsi que de ses tensions et contradictions croissantes. La particularité de ce modèle est de se présenter comme strictement « thérapeutique » et de reposer sur la notion d’« infertilité pathologique ». Or c’est justement la simplicité apparente de cette distinction entre pathologie et convenance que met en question l’infertilité liée à l’âge : elle ouvre vers une approche plus complexe de l’infertilité comme phénomène liant à la fois le somatique et le social. À partir d’une enquête auprès de professionnels qui font face à l’infertilité, nous montrerons la prégnance de ce modèle thérapeutique dans leur pratique. Mais nous verrons également que le contexte sociodémographique contemporain amène à une évolution de la notion même d’infertilité et interroge ce modèle de référence. De plus, l’apparition de nouvelles techniques telles que la congélation ovocytaire renforce la mise en question du modèle bioéthique et amène à penser autrement l’opposition pathologie/convenance sur laquelle il est construit. La question est de savoir si ce modèle saura évoluer vers une vision plus complexe et moins idéologique de l’infertilité, ce qui s’avère être un enjeu important pour la société française dans les années à venir et qui va bien au-delà de l’accès aux techniques favorisant ce dépassement.


Dialogue ◽  
2015 ◽  
Vol 54 (3) ◽  
pp. 409-453
Author(s):  
BARBARA STIEGLER

En 2002, le paléontologue américain Stephen Jay Gould a rendu un surprenant hommage à l’évolutionnisme de Nietzsche. J’explique ici leur proximité critique, déjà annoncée par Daniel Dennett en 1995, de trois façons différentes. Je montre d’abord qu’elle permet à Gould de se départir du partage dualiste entre sciences de la nature et sciences humaines et sociales, dans lequel Dennett essaie de l’enfermer. Je montre ensuite qu’elle ouvre, loin de toute tentation d’instaurer de nouveaux «crochets célestes», des voies fécondes et inattendues pour repenser l’hypothèse de la volonté de puissance. Je soutiens enfin qu’elle apporte des gages solides à l’ensemble de la critique nietzschéenne du darwinisme.


2008 ◽  
Vol 19 (2-3) ◽  
pp. 153-177
Author(s):  
Pierre Noreau
Keyword(s):  
De Se ◽  
Il Y A ◽  

Résumé Le saut de la multidisciplinarité à l’interdisciplinarité est un saut périlleux. Le chercheur se demande constamment s’il n’est pas en train de trahir ses références disciplinaires. Les rapports entre les théoriciens du droit, les sociologues et les politologues fournissent des exemples nombreux de ces relations en porte-à-faux. Entre le droit et la sociologie, il y a la normativité. Mais qu’est-ce qu'une norme? Entre la science politique et le droit, il y a l’autorité, mais d’où tire-t-elle ses origines, du pouvoir ou de la légalité? Le rôle que tient le travail théorique en droit est-il le même que celui qu’il joue dans les autres sciences humaines? Quels sont les compromis nécessaires au travail interdisciplinaire? Jusqu’à quel point les épistémologies sont-elles compatibles et faut-il nécessairement les mettre au jour avant de se mettre en action; faut-il apprendre en marchant? Le texte porte notamment sur les points de jonction entre théorie du droit, théorie sociologique et théorie politique et met en évidence certaines conditions de l’interdisciplinarité.


2015 ◽  
Vol 30 (S2) ◽  
pp. S92-S93
Author(s):  
G. Monnier

La schizophrénie est une maladie mentale grave, dont la prévalence mondiale est estimée à 1 %. Malgré un manque d’études et de statistiques officielles, son existence en Afrique sub-saharienne est toutefois incontestable sur le terrain. De Devereux et al. [1] à Nathan et Stengers [2], nous verrons d’abord comment l’ethnopsychiatrie a conceptualisé différents modèles explicatifs de la pathologie mentale. Certains courants voient dans la schizophrénie une forme d’adaptation à la modernité en cours dans les pays occidentaux, alimentant ainsi la thèse d’une construction sociale de cette pathologie. Ces théories entendent analyser le rôle joué par la globalisation économique et culturelle dans l’émergence supposée de la schizophrénie en Afrique. Dans un deuxième temps, nous passerons en revue les statistiques épidémiologiques sur la santé mentale en Afrique de l’Ouest. La littérature internationale retrouve des disparités dans la répartition géographique de la schizophrénie (gradient Nord-Sud, urbanisation et migration [3] présentées comme facteurs de risque significatifs de développer la maladie, etc.). Nous confronterons ces données à celles que nous avons récoltées sur le terrain en Afrique de l’Ouest, plus particulièrement au Bénin [4]. Enfin, il sera présenté quelques vignettes cliniques de malades schizophrènes rencontrés au Bénin, au cours du partenariat entre Smao et l’ONG Saint-Camille de Lellis. Leurs profils sont variés : de tous âges, issus de différents milieux socioéconomiques, urbains ou ruraux ; la symptomatologie présentée par les schizophrènes africains diffère-t-elle de celle observée en Europe ? Du désenchaînement à la réadaptation sociale, en passant par l’utilisation de médicaments psychotropes, nous verrons quelle prise en charge pourrait leur est proposée. Notre pratique clinique nous permet ainsi de questionner cette pathologie et sa prise en charge, et de reconsidérer les résultats des recherches menées dans le domaine médical, comme dans celui des sciences humaines et sociales.


2018 ◽  
Vol 19 ◽  
pp. 237-247
Author(s):  
Thomas F. Broden

C’est en développant la phonologie selon les principes sémiologiques du Cours de linguistique générale (CLG) que le Cercle linguistique de Prague a réussi à imposer la linguistique comme étant la plus avancée des sciences humaines pendant des décennies. Ce faisant, le groupe tchèque a aidé à faire reconnaître Ferdinand de Saussure comme maître à penser pour l’ère moderne, à côté de figures telles que Freud, Marx et Nietzsche. Roman Jakobson en particulier a beaucoup contribué au rayonnement du saussurisme, par son génie et sa production scientifique abondante, par ses vues généreuses et sa longue carrière variée. Dans une première partie, cet essai retracera brièvement quelques étapes dans l’élaboration de l’idée du sémiologique chez Saussure. Dans la deuxième partie, nous verrons comment Jakobson a repris la thèse saussurienne tout en élaborant ses propres idées sémiotiques qui complètent, développent et contestent parfois certaines propositions du CLG.


Author(s):  
Vincent Brulois

Tous les ans, nombre d’entreprises lancent leur enquête d’engagement et les communicateurs internes sont sommés d’interroger des salariés, confrontés à des questions de sens. Partant du propos qu’« il faut s’engager pour engager », selon les mots d’un praticien, quelle sorte de professionnel engagé est ce praticien ? Celui-ci ne peut-il exercer son métier sans un investissement personnel fort ? De quoi est alors fait cet engagement ? Dans quelle mesure cet engagement influence-t-il la façon d’exercer son métier ? Telle est l’intrigue proposée et trois éclairages nous seront utiles pour la résoudre: sur l’engagement, sur la posture du praticien dans l’organisation, sur la dynamique de sa trajectoire professionnelle. Nous verrons que, engager demande de s’expliquer, de dialoguer, voire de se disputer autour du travail et de son organisation. La dimension communicationnelle du travail apparaît ainsi comme une évidence.   Every year, companies launch their commitment survey and internal communicators are asked, as a matter of priority, to interview employees, who are confronted with questions of meaning. Starting from the premise that, in the words of a practitioner, “one must commit oneself to engage others”, we explore the nature of this commitment. Can the practitioner exercise his job without strong personal investment? What is the basis for his commitment? How does this commitment influence the way he does his job? To answer these questions, we will seek to clarify the nature of the practitioner’s commitment, his role within the organization and the dynamics of his career path. We will see that, in order to engage others, internal communicators have to explain, to exchange ideas, to enter into a dialogue and even to argue about the work and its organization and the relations between individual employees. The communication dimension of his work thus seems obvious.


2018 ◽  
Vol 30 (1) ◽  
pp. 7-42
Author(s):  
Frédéric Boily ◽  
Amy Vachon-Chabot
Keyword(s):  
De Se ◽  

La nature et l’importance des relations qui existent entre les communautés francophones canadiennes et le Québec suscitent fréquemment des controverses et des questionnements identitaires. Par exemple, comment les jeunes francophones et francophiles voient-ils les autres francophonies et comment perçoivent-ils leur propre francophonie à l’intérieur du Canada? Existe-t-il une conscience d’une francophonie de l’Ouest ou les identités francophones provinciales se sont-elles imposées dans la façon de se représenter? Dans ce texte, nous présenterons les résultats d’une recherche de terrain menée en 2014-2015 qui examine la manière dont les étudiants du Campus Saint-Jean perçoivent la francophonie albertaine dans son rapport avec les autres francophonies de l’Ouest. Il s’agit d’une étude qui, en explorant les perceptions des jeunes francophones et francophiles qui fréquentent cette institution post-secondaire francophone, permet de saisir s’ils se perçoivent comme faisant partie d’un espace francophone albertain ou alors d’une pluralité d’espaces francophones canadiens. Nous verrons alors qu’il existe des perceptions opposées en ce qui concerne la vitalité ainsi que la place de la francophonie albertaine à l’intérieur de la francophonie de l’Ouest.


2019 ◽  
Vol 48 (4) ◽  
pp. 528-552
Author(s):  
Stéphanie Tremblay ◽  
Jacques Cherblanc

Les débats sur la laïcité au Québec ne présentent aucun signe d’essoufflement alors que le gouvernement de la CAQ vient d'adopter à l’Assemblée nationale son projet de loi sur la laïcité (de l’État 16 juin 2019). Ce moment historique pour le Québec concernant l’articulation politique de sa laïcité offre une occasion de se pencher sur la trajectoire récente de cette notion afin de mieux repérer et comprendre comment cette dernière en est venue à incarner la primauté de certaines valeurs, comme la « neutralité » religieuse des membres de la fonction publique, incluant les enseignant.e.s. Cet article vise ainsi à retracer les principaux moments pivots de cette laïcité à la québécoise en découpant son évolution en trois temps, entre 1999 et 2013. À chaque période, qui cristallise un jalon important du débat politique, nous porterons attention à trois indicateurs : la définition de la laïcité à l’occasion d’une commission ou d’un projet de loi porté ou cautionné par le gouvernement ; le rapport revendiqué ou implicite à l’identité nationale ou à l’histoire dans le débat et ; les articulations avec l’École (institution, cours, enseignants, etc.). Nous verrons que la trajectoire de la laïcité s’impose par étape à chaque période, évoluant d’un débat structurel à un débat convictionnel.


1964 ◽  
Vol 19 (6) ◽  
pp. 1085-1086 ◽  
Author(s):  
Roland Barthes
Keyword(s):  
De Se ◽  
Il Y A ◽  

La Pensée Sauvage a paru il y a environ deux ans. Dès ce moment, les Annales ont désiré s, associer à la discussion qui ne pouvait manquer de se développer autour de ce livre important. Toutefois, nous n'avons pas voulu ouvrir un débat sur l'œuvre de Cl. Lévi-Strauss sans disposer d'un certain nombre de réflexions véritables, et non seulement de réactions d''actualité. Ceci explique que nous ayons pris notre temps et que nous le prenions encore : le débat qui s'ouvre aujourd'hui doit se poursuivre au moins pendant deux numéros après celui-ci.


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