scholarly journals L’« horloge biologique » des femmes : un modèle naturaliste en question. Les normes et pratiques françaises face à la croissance de l’infertilité liée à l’âge

2014 ◽  
pp. 1-23 ◽  
Author(s):  
Manon Vialle
Keyword(s):  
De Se ◽  

La croissance de l’infertilité liée à l’âge dans les sociétés industrielles avancées suscite un accroissement de demandes en matière d’assistance médicale à la procréation (AMP) et amène ainsi chaque société à s’interroger sur ses normes et pratiques. En France, cette question est un révélateur de la spécificité du modèle bioéthique qui encadre les techniques d’AMP ainsi que de ses tensions et contradictions croissantes. La particularité de ce modèle est de se présenter comme strictement « thérapeutique » et de reposer sur la notion d’« infertilité pathologique ». Or c’est justement la simplicité apparente de cette distinction entre pathologie et convenance que met en question l’infertilité liée à l’âge : elle ouvre vers une approche plus complexe de l’infertilité comme phénomène liant à la fois le somatique et le social. À partir d’une enquête auprès de professionnels qui font face à l’infertilité, nous montrerons la prégnance de ce modèle thérapeutique dans leur pratique. Mais nous verrons également que le contexte sociodémographique contemporain amène à une évolution de la notion même d’infertilité et interroge ce modèle de référence. De plus, l’apparition de nouvelles techniques telles que la congélation ovocytaire renforce la mise en question du modèle bioéthique et amène à penser autrement l’opposition pathologie/convenance sur laquelle il est construit. La question est de savoir si ce modèle saura évoluer vers une vision plus complexe et moins idéologique de l’infertilité, ce qui s’avère être un enjeu important pour la société française dans les années à venir et qui va bien au-delà de l’accès aux techniques favorisant ce dépassement.

Author(s):  
Khalid Dahmany ◽  
Mohamed El Bouazzaoui

Le présent article aborde l’écriture de l’auteur marocain Abdellah Taïa. Il analyse, dans un premier lieu, quelques aspects liés à l’écriture intimiste dans son rapport avec l’épineuse question de l’homosexualité. Par quels procédés cette question est-elle abordée ? Dans un second temps, il analyse la mise en procès des mœurs et de la déterritorialisation. Nous verrons comment l’auteur s’en prend aux mœurs hostiles à sa différence et sa « gayitude », avant de nous attarder sur les tribulations de certains personnages de Taïa aux prises à la fois avec le désir de se libérer du territoire asphyxiant de l’Orient et avec les fausses promesses de l’Occident.


Author(s):  
Hervé Ondoua

Les subalternes peuvent-elles parler ? C’est à cette question que s’attèle à répondre notre communication à partir d’une approche marxiste propre à Spivak. En empruntant la méthode déconstructive, il s’agit pour Spivak de résister à la traduction et à tentation de la « reconnaissance du tiers-monde par assimilation ». Aussi pour Spivak comme pour Derrida de s’interroger sur la manière d’accueillir l’Autre comme absolument étranger, sans le soumettre à la violence de la traduction, de la première question, qui es-tu ? Il ne s’agit plus de rendre invisible la pensée ou le sujet pensant, mais bien au contraire de faire ressortir l’ethnocentrisme. Le risque est toujours de se « reterritorialiser » au sein du langage hégémonique impérialiste sur un essentialisme. Il faut donc une réécriture de l’impulsion structurale utopique qui fait « délirer la voix intérieure qui est la voix de l’autre en nous ». Il s’agit pour Spivak de déconstruire, en tant qu’intellectuelle post-coloniale et décolonialiste, le concept de « femme du Tiers-monde », de désapprendre c’est-à-dire se poser en situation de recul par rapport à la manière dont elle a pu être formée dans une logique traductrice. Dès lors, « les subalternes peuvent-elles parler ? » n’apparaît elle pas comme le lieu où les minorités sortent du discours impérialiste et discriminatoire de la francophonie ? Cette nouvelle orientation du discours ne permet-elle pas de sortir des concepts monolithiques majoritaires utilisés dans les sciences sociales pour parler des minorités ?   Mot clés : subalterne, francophone, couleur, éducation, occident


2005 ◽  
Vol 36 (1) ◽  
pp. 59-75
Author(s):  
Silvestra Mariniello
Keyword(s):  
De Se ◽  

Résumé Comment désobéir sans emprunter les voies de la désobéissance déjà prévues par L’Autorité ? L’article propose une lecture de l’oeuvre d’Elsa Morante à la lumière de cette question à laquelle Carlottina dans LeMonde sauvé par les gamins, trouve une réponse originale. La merveilleuse fable de l’étoile jaune semble résumer toute l’activité littéraire d’Elsa Morante : il ne s’agit pas, pour cet auteur, de se situer du côté des avant-gardes, en subvertissant les règles de la tradition, par exemple, (forme de désobéissance prévue par « La Loi »), ni de se situer du côté de la tradition littéraire, d’obéir à son autorité, mais d’inventer une autre désobéissance, qui ne serait ni prévue, ni diamétralement opposée aux lois. La désobéissance de Morante semble récupérer l’expérience vécue des femmes, qui passe par un devenir-femme de la conscience et de la poésie. Un devenir- femme, auquel les femmes doivent accéder pour sortir de leur histoire, pour écrire une autre histoire, faite aussi de corps, de silence, d’expériences vécues au quotidien, l’histoire d’un « je » pluriel, ouvert à l’autre.


2016 ◽  
Vol 4 ◽  
Author(s):  
Jacques Quintin
Keyword(s):  
De Se ◽  
Il Y A ◽  

Le texte suivant consiste en le récit de la fin de vie de mon père, à la maison sous les soins de ma mère, et illustre quelques enjeux éthiques, familiaux, de souffrance et de sens. Ce récit permet de montrer que la maladie et la mort, loin de se réduire à un problème à résoudre, deviennent un questionnement: qui sommes-nous, que devenons-nous? Plus que tout, il y a cette question : que pouvons-nous espérer de ces expériences de vie?


2006 ◽  
Vol 33 (1) ◽  
pp. 19-35
Author(s):  
Paul Dumouchel
Keyword(s):  
De Se ◽  

Résumé Avant de répondre à la question : qu’est-ce qu’une maladie mentale pour Pinel ? il convient de se demander qu’est-ce qu’une maladie pour lui ? Or la réponse à cette question indique premièrement que pour Pinel, il n’y a pas sens à établir une distinction radicale entre maladie mentale et maladie physique. Malgré le fait que la tradition voit en lui un des fondateurs de la psychiatrie en tant que discipline autonome, pour Pinel, l’aliénation ne constitue pas un type d’affection radicalement différent de la maladie physique. Deuxièmement, elle montre que pour Pinel il n’y a pas de continuité entre le temps de la maladie et la temporalité subjective du patient. Ce qui veut dire que pour lui, contrairement à la tradition psychiatrique subséquente, il n’y a pas de lien explicatif entre le trouble mental et l’histoire du sujet.


Author(s):  
Vincent Brulois

Tous les ans, nombre d’entreprises lancent leur enquête d’engagement et les communicateurs internes sont sommés d’interroger des salariés, confrontés à des questions de sens. Partant du propos qu’« il faut s’engager pour engager », selon les mots d’un praticien, quelle sorte de professionnel engagé est ce praticien ? Celui-ci ne peut-il exercer son métier sans un investissement personnel fort ? De quoi est alors fait cet engagement ? Dans quelle mesure cet engagement influence-t-il la façon d’exercer son métier ? Telle est l’intrigue proposée et trois éclairages nous seront utiles pour la résoudre: sur l’engagement, sur la posture du praticien dans l’organisation, sur la dynamique de sa trajectoire professionnelle. Nous verrons que, engager demande de s’expliquer, de dialoguer, voire de se disputer autour du travail et de son organisation. La dimension communicationnelle du travail apparaît ainsi comme une évidence.   Every year, companies launch their commitment survey and internal communicators are asked, as a matter of priority, to interview employees, who are confronted with questions of meaning. Starting from the premise that, in the words of a practitioner, “one must commit oneself to engage others”, we explore the nature of this commitment. Can the practitioner exercise his job without strong personal investment? What is the basis for his commitment? How does this commitment influence the way he does his job? To answer these questions, we will seek to clarify the nature of the practitioner’s commitment, his role within the organization and the dynamics of his career path. We will see that, in order to engage others, internal communicators have to explain, to exchange ideas, to enter into a dialogue and even to argue about the work and its organization and the relations between individual employees. The communication dimension of his work thus seems obvious.


2011 ◽  
pp. 247-298 ◽  
Author(s):  
Jean-Guy Lacroix

L’objet du texte est d’analyser l’enjeu socio-historico-politique de l’actuel contexte référendaire au Québec en faisant ressortir comment et pourquoi il constitue un moment de rupture par rapport à l’histoire passée et à l’histoire à faire. Après avoir d’abord précisé que la construction et la reproduction de l’identité et du sentiment d’appartenance à une collectivité relèvent du mouvement de l’histoire et qu’elles n’ont rien de linéaire et d’irréversible, l’auteur souligne que la spécificité de la culture québécoise francophone et de l’idéologie nationaliste des Québécois francophones sont constitutives l’une de l’autre et qu’elles se sont mutuellement renforcées au cours de l’histoire. Le texte montre en quoi la culture québécoise francophone a joué un rôle stratégique dans la fragmentation du Canada. Cependant, l’auteur fait constater que cette tendance, la fragmentation du Canada, n’est pas sans contre-tendances et que la société civile québécoise est elle-même, aujourd’hui, l’objet d’une forte pression « dualisante » attribuable pour une bonne part au refus des minorités anglophone et allophones de participer au sujet collectif qu’est la collectivité, largement majoritaire, des Québécois francophones. L’article se penche sur l’incidence de l’intégration de certaines innovations technoéconomiques, surtout dans le domaine médiatique, sur le système institutionnel de reproduction sociale. Il fait remarquer que, face à l’accumulation qui exige le changement, sont implantées des institutions qui réorganisent le sphère reproductive. Toutefois, au Canada, cette mise en place est soumise à la tendance structurante, la fragmentation, ce qui fait que ces institutions finissent par être fragmentées en institutions anglophones et francophones ou fédérales et québécoises, particulièrement sous la poussée des vécus spécifiques quotidiens et des structures sociales spécifiées, fragmentées, au cours de l’histoire. Sur cette base, le texte aborde par la suite la question du rôle des médias dans la reproduction de l’identité québécoise et de la société civile au Québec, processus qui n’est pas lui non plus sans contre-tendances, et dans lequel les institutions « fédéralisantes » jouent un rôle majeur, entre autres en produisant et en alimentant l’ambivalence identitaire au sein de la collectivité des francophones du Québec. Poursuivant l’examen des contre-tendances à la reproduction de la spécificité de la société civile du Québec et de la culture québécoise francophone, l’auteur s’attaque aux effets de l’internationalisation-mondialisation sur les souverainetés nationales et sur la production-diffusion culturelle. L’argumentaire débouche sur le constat de la nécessité, pour les sociétés voulant participer pleinement à la construction du devenir, tant le leur que celui de la planète, de se doter d’une véritable politique de développement culturel. Le texte s’attarde à cette question en examinant la politique culturelle des libéraux fédéraux et en se penchant sur l’incidence du contexte de « l’après-Meech » sur le développement de l’identité et de la culture québécoises. Enfin, l’auteur s’applique à relever ce que devraient être les paramètres d’une véritable politique québécoise de développement culturel, ce qui le conduit, pour terminer, à s’intéresser à la place du rapport interlinguistique dans la question du Québec.


2018 ◽  
Vol 30 (1) ◽  
pp. 7-42
Author(s):  
Frédéric Boily ◽  
Amy Vachon-Chabot
Keyword(s):  
De Se ◽  

La nature et l’importance des relations qui existent entre les communautés francophones canadiennes et le Québec suscitent fréquemment des controverses et des questionnements identitaires. Par exemple, comment les jeunes francophones et francophiles voient-ils les autres francophonies et comment perçoivent-ils leur propre francophonie à l’intérieur du Canada? Existe-t-il une conscience d’une francophonie de l’Ouest ou les identités francophones provinciales se sont-elles imposées dans la façon de se représenter? Dans ce texte, nous présenterons les résultats d’une recherche de terrain menée en 2014-2015 qui examine la manière dont les étudiants du Campus Saint-Jean perçoivent la francophonie albertaine dans son rapport avec les autres francophonies de l’Ouest. Il s’agit d’une étude qui, en explorant les perceptions des jeunes francophones et francophiles qui fréquentent cette institution post-secondaire francophone, permet de saisir s’ils se perçoivent comme faisant partie d’un espace francophone albertain ou alors d’une pluralité d’espaces francophones canadiens. Nous verrons alors qu’il existe des perceptions opposées en ce qui concerne la vitalité ainsi que la place de la francophonie albertaine à l’intérieur de la francophonie de l’Ouest.


2019 ◽  
Vol 48 (4) ◽  
pp. 528-552
Author(s):  
Stéphanie Tremblay ◽  
Jacques Cherblanc

Les débats sur la laïcité au Québec ne présentent aucun signe d’essoufflement alors que le gouvernement de la CAQ vient d'adopter à l’Assemblée nationale son projet de loi sur la laïcité (de l’État 16 juin 2019). Ce moment historique pour le Québec concernant l’articulation politique de sa laïcité offre une occasion de se pencher sur la trajectoire récente de cette notion afin de mieux repérer et comprendre comment cette dernière en est venue à incarner la primauté de certaines valeurs, comme la « neutralité » religieuse des membres de la fonction publique, incluant les enseignant.e.s. Cet article vise ainsi à retracer les principaux moments pivots de cette laïcité à la québécoise en découpant son évolution en trois temps, entre 1999 et 2013. À chaque période, qui cristallise un jalon important du débat politique, nous porterons attention à trois indicateurs : la définition de la laïcité à l’occasion d’une commission ou d’un projet de loi porté ou cautionné par le gouvernement ; le rapport revendiqué ou implicite à l’identité nationale ou à l’histoire dans le débat et ; les articulations avec l’École (institution, cours, enseignants, etc.). Nous verrons que la trajectoire de la laïcité s’impose par étape à chaque période, évoluant d’un débat structurel à un débat convictionnel.


1970 ◽  
Vol 25 (4) ◽  
pp. 842-856 ◽  
Author(s):  
Denys Lombard
Keyword(s):  
A Priori ◽  
De Se ◽  

L'Asie du Sud-Est offre à l'historien un terrain à la fois privilégié et complexe ; on sait qu'en ce carrefour, le « substrat » a largement subi les influences de l'Inde, de la Chine, de l'Islam et de l'Europe et l'on est a priori en droit de se demander si le phénomène urbain n'y porte pas, de façon originale, la marque des diverses cultures qui s'y sont ainsi croisées. Il s'en faut malheureusement que nous disposions déjà des monographies élémentaires qui permettraient de donner à cette question une réponse certaine ; sauf exceptions, les études archéologiques ont principalement porté sur des édifices religieux (hindouistes ou bouddhistes) et, pour la période antérieure à l'arrivée des Européens, l'histoire économique et sociale reste pour ainsi dire à écrire.


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