scholarly journals Des brèches dans le mur : inégalités sociales, sociologie et savoirs d’expérience

2018 ◽  
Vol 49 (1) ◽  
pp. 89-117
Author(s):  
Christopher McAll

Les sociétés inégalitaires doivent se protéger du regard critique de ceux et celles qui s’en perçoivent comme les victimes. Présenter ces inégalités comme inévitables et justes devient alors d’autant plus nécessaire qu’elles risquent d’engendrer un ressentiment qui peut déclencher une demande de changement social radical. Comment la sociologie peut-elle maintenir une distance critique vis-à-vis d’arguments qui cherchent à légitimer les inégalités, afin de participer à la production d’une société plus égalitaire ? Ce texte suggère des brèches pour sortir des espaces de connaissance emmurés qui protègent les inégalités. Il s’agit, dans un premier temps, de revenir sur les approches qui voient dans les inégalités une condition relevant des individus eux-mêmes. Par la suite, sont examinées les perspectives selon lesquelles les inégalités sociales sont perçues comme découlant de rapports entre groupes sociaux, chaque type de rapport étant associé à la production d’un certain type de savoir racisant ou naturalisant. Dans un troisième temps, est abordé le rôle des sciences sociales dans la construction des « murs » qui protègent les inégalités sociales. Est proposée alors une lecture critique de l’État technobureaucratique, conçu comme contribuant à la production des inégalités. Le texte se termine par un appel pour une sociologie qui s’allie avec d’autres acteurs du monde social, reconnaisse les savoirs fondés sur l’expérience de vie et d’intervention et participe à la transformation de l’État social et de sa capacité de produire une société plus égalitaire et plus libre.

2009 ◽  
Vol 35 (2) ◽  
pp. 547-560
Author(s):  
Jocelyne Couture

Résumé J’arguerai ici que tout en repoussant d’une main une conception du changement social basé sur la sélection naturelle des pratiques sociales et des individus qui y participent, les théories normatives qui font appel à des modélisations des choix sociaux, qu’ils soient de nature économique, politique ou morale, en entretiennent potentiellement les conséquences. Plus précisément, j’arguerai que les modèles que l’on utilise encore le plus volontiers dans les sciences sociales, c’est-à-dire ceux de la théorie des jeux, de la théorie de la décision ou de la négociation rationnelle, contribuent à répercuter, au plan normatif, les deux aspects — social et individuel — de la sélection naturelle. L’argument s’appuie sur une analyse de la théorie standard de l’utilité et montre que la conception de la rationalité maximisante définie dans ce cadre formel incorpore les exigences de la sélection à celles de la rationalité.


2019 ◽  
Vol 74 (1) ◽  
pp. 25-41
Author(s):  
Clément Lenoble ◽  
Valentina Toneatto

RésumésCet article présente l’œuvre de Giacomo Todeschini, historien des « lexiques médiévaux de la pensée économique ». Les travaux de ce médiéviste italien portent sur la formation et la transmission des langages, des façons de parler et des expressions qui ont façonné le vocabulaire de l’économie et des sciences sociales, depuis l’Antiquité tardive jusqu’au début de l’époque moderne. Todeschini propose une nouvelle lecture des écrits scolastiques traitant de faits économiques. Son œuvre propose de reconsidérer le sens de ces textes, leurs rapports aux transformations économiques médiévales ainsi que leur place dans l’histoire de la pensée économique. L’histoire écrite par Todeschini n’est ni celle des origines du capitalisme et de la société de marché ni celle des rapports entre christianisme et économie. Il ne s’agit pas non plus d’une histoire de la pensée économique. Son analyse de la matérialité des lexiques transmis par le Moyen Âge à la science économique moderne permet, en revanche, de mieux saisir le sens de ceux-ci et de restituer les contextes dans lesquels ils se sont formés. Sa réflexion débouche à la fois sur une histoire du gouvernement et sur une histoire des discours justifiant les inégalités sociales et la domination, économique et politique, des grands marchands dans les cités italiennes. C’est pourquoi il est utile de lire aujourd’hui Todeschini à la lumière des discussions entre les historiens, les sociologues, les théologiens, les économistes et les philosophes qui ont élaboré, dans le cadre des débats autour des origines du capitalisme et des rapports entre économie et religion, les principales thèses auxquelles il s’oppose.


2010 ◽  
Vol 63 (1) ◽  
pp. 83-113 ◽  
Author(s):  
Martin Petitclerc

Résumé J’aimerais réfléchir, dans cet article, à quelques enjeux relatifs à la « crise » de l’histoire sociale québécoise et à l’émergence d’une nouvelle histoire des idées qui prétend fonder un nouveau rapport au passé. Après une période pendant laquelle l’histoire sociale a pratiquement régné sans partage, les constats d’un essoufflement, voire d’une crise, se sont succédé au cours des années 1990. Au tournant des années 2000, ces constats de crise ont laissé progressivement place à une critique plus radicale qui a rejeté en bloc l’histoire sociale, l’accusant d’avoir construit un récit moderniste méprisant à l’égard de la tradition. Cette critique a soutenu qu’une nouvelle histoire des idées, plus respectueuse de la tradition, permettrait de mieux rendre compte de la crise actuelle d’une société québécoise en perte de repères identitaires, politiques et sociaux. Cet article vise donc à explorer cette conjoncture historiographique, indissociable d’un contexte intellectuel et politique plus large, qui remet en question la pertinence même de comprendre le passé québécois à partir des thèmes centraux de l’histoire sociale, et notamment celui des inégalités sociales. Il appelle finalement les praticiens actuels de l’histoire sociale à une refondation d’un projet historiographique critique autour du problème du changement social.


Plural ◽  
2019 ◽  
Vol 26 (1) ◽  
pp. 208-232
Author(s):  
Pedro Martins Serra ◽  
Marcus De Campos Bicudo

Serge Paugam é pesquisador e professor titular [directeur d’étude] de Sociologia na École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) de Paris, diretor de pesquisa no Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) e diretor da Équipe de Recherches sur les Inégalités Sociales (ERIS) do Centre Maurice Halbwachs (CMH). É autor de diversos livros sobre temas como pobreza, desigualdades sociais e exclusão.


2008 ◽  
Vol 14 (1) ◽  
pp. 43-51 ◽  
Author(s):  
Jacques Rhéaume

RÉSUMÉ La recherche-action représente moins une nouvelle méthodologie de la recherche en sciences sociales qu'un nouveau type de rapport entre des chercheurs et des groupes sociaux engagés dans une dynamique d'action. Dans la tradition lewinienne, la recherche-action est un projet d'expérimentation sociale participatif et éducatif. Un tel projet, dans sa pratique, soulève plusieurs enjeux autour des relations de pouvoir et de la domination culturelle entre chercheurs, praticiens et groupes sociaux. Il questionne, plus globalement, l'utilité sociale de la recherche sur le changement social. Un survol rapide de quelques modèles alternatifs (action sociale, herméneutique, existentiel) vient relativiser l'approche lewinienne principalement développée dans ce texte.


2021 ◽  
Vol 28 (1_suppl) ◽  
pp. 24-30
Author(s):  
Jean-Charles Basson ◽  
Nadine Haschar-Noé ◽  
Thierry Lang ◽  
Fabien Maguin ◽  
Laurence Boulaghaf

Une recherche interventionnelle en santé des populations permet d’analyser les modalités de lutte contre les inégalités sociales de santé que pratique la Case de Santé de Toulouse (France). Créée en 2006, selon une approche de santé communautaire, cette organisation associative comprend un centre de santé de premier recours et un pôle santé-droits visant à accroître les capacités, individuelles et collectives, d’agir des très nombreux usagers-patients démunis qu’elle accueille afin d’améliorer leur santé et leurs conditions de vie. Cette expérimentation à visée de changement social rend nécessaires des arrangements partenariaux qu’une étude menée par le bas, selon les principes de la sociologie de l’action organisée, autorise à porter au jour. Il apparaît alors que la difficulté réside dans l’articulation entre, d’une part, la création, l’entretien et le bon fonctionnement des partenariats institutionnels induits par le projet et son financement et, d’autre part, les désajustements de ces derniers provoqués par des modes d’intervention associatifs proposant un modèle alternatif en santé.


2021 ◽  
Vol 37 (6-7) ◽  
pp. 647-653
Author(s):  
Alexandra Roux

Les recherches sur la contraception constituent un champ très dynamique des sciences sociales à partir des années 2000, prolongeant des travaux fondateurs publiés dès les années 1980. Nous proposons dans cette revue une synthèse de ces travaux et présentons quatre types d’approche de la contraception, renvoyant à diverses problématiques en sociologie : une sociologie de la demande en contraception ; une sociologie de l’offre contraceptive et de la prescription, la production ou la promotion de contraceptifs ; enfin, des approches portant sur les institutions, qui façonnent les systèmes contraceptifs à l’échelle nationale. Nous évoquerons également les inégalités sociales d’accès à la contraception.


2009 ◽  
Vol 13 ◽  
pp. 147-154
Author(s):  
Josée Beaudoin ◽  
Chantale Mailhot

Résumé Les recherches sur les partenariats entreprise-université reposent souvent sur l’étude de cas exemplaires aux États-Unis en haute technologie. Il apparaît intéressant d’investiguer ces relations de coopération dans des contextes différents de celui des Etats-Unis. Dans les petits pays, l’innovation implique souvent que la coopération entre des acteurs multiples est nécessaire pour que soient appropriées et mobilisées les connaissances scientifiques dans le champ économique. Dans cet article, nous examinerons comment a été organisée et géré, par un centre de liaison et de transfert québécois, un projet de recherche impliquant des acteurs de plusieurs milieux. L’examen des leçons tirées de l’expérience d’un centre de liaison et de transfert montre que les partenariats peuvent appuyer le changement social, mais que la recherche en collaboration nécessite l’instauration de nouveaux outils et dispositifs institutionnels.


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