LE QUÉBEC DANS LE SYSTÈME FRANCOPHONE DE L’INFORMATION AU XIXe SIÈCLE
À Québec et en Louisiane, dans le dernier tiers du xviiie siècle, sont fondés les premiers journaux de langue française d’Amérique du Nord, tandis que le lancement du Journal de Paris en 1777 fait entrer la France dans le temps de la quotidienneté médiatique. Progressivement se constituent, de Paris à Bruxelles et à Genève, de Montréal à la Nouvelle-Orléans en passant par New York, de grands axes de circulation de journalistes, de corpus et d’imaginaires, à la source du premier mouvement de mondialisation médiatique dans sa dimension francophone, qui culmine au milieu du xixe siècle. Ce que nous appellerons la « francosphère médiatique » a ainsi reposé sur des traits culturels et littéraires (par la conscience d’user d’une langue commune prestigieuse — le français — avec ses oeuvres, ses auteurs et ses imaginaires collectifs), historiques (par la dynamique d’une « destinée » commune qui unit les deux façades atlantiques) et technologiques (par le développement des réseaux télégraphiques continentaux, du chemin de fer, des lignes maritimes et, en 1866, du premier câble transatlantique). Cet article posera ainsi l’hypothèse qu’il a existé, au milieu du xixe siècle et au coeur de ce système interconnecté, une littérature-journal de la francophonie qui s’est manifestée poétiquement sous la forme de certains genres journalistiques. Le genre de la chronique en a constitué le pivot central (nous en proposerons la synthèse avec ses grands praticiens, en France, en Belgique et au Québec), mais notre réflexion s’ouvrira également au reportage, qui émerge dans le dernier tiers du siècle de part et d’autre de l’Atlantique, et qui traduit les grandes mutations qui affectent le journalisme avec les nouveaux protocoles de l’écriture de l’information. Notre article se terminera sur les grands éléments poétiques du reportage au Canada français, domaine encore peu fouillé par la recherche, et qui a pourtant vu des journalistes — Lorenzo Prince, Auguste Marion, Jules Fournier ou encore Gilbert Larue — connaître de grands succès populaires.