Agression sexuelle et thérapie traditionnelle : essai d’expertise et de prise en charge ethnopsychanalytique d’une adolescente africaine migrante victime d’abus sexuels
Dans cet article, nous interrogerons en trois étapes certains faits ambigus rencontrés par des professionnels au cours d’une pratique en clinique transculturelle. Le premier pas questionne l’interculturalité des concepts et les réactions du migrant, qui mettraient à mal le professionnel et l’obligeraient à se décentrer, à penser sa position clinique et, enfin, à travailler le contre-transfert culturel négatif qui en résulterait. La deuxième étape concernera l’indication proprement dite du soin dans ce contexte et nous ferons le choix de mobiliser pour ce faire l’ethnopsychanalyse. Enfin, il s’agira de réfléchir aux perspectives cliniques et psychopathologiques qui émergent du matériel clinique récolté à la suite d’une telle rencontre. Nous poserons ainsi les jalons d’une conceptualisation en psychopathologie de famille démigrante ou remigrante en souffrance, ou encore de patient démigrant ou remigrant, en s’appuyant sur le cas d’une adolescente victime d’abus sexuels. Nous verrons que c’est à l’occasion d’un retour de la famille au Cameroun et de l’intrusion d’une pratique traditionnaliste par la grand-mère (test traditionnel de virginité) qu’un premier événement traumatique vécu en France fera retour après-coup. Cette situation mettrait en lumière de manière particulièrement crue la difficile question du choc toujours possible entre deux cultures thérapeutiques.