scholarly journals Sur la « nature » du tirage au sort en politique : dialogue entre hasard et élection

2017 ◽  
Vol 36 (1) ◽  
pp. 3-23 ◽  
Author(s):  
Hugo Bonin

Le débat contemporain entourant l’utilisation du sort en politique tend parfois à oublier que celui-ci s’inscrit dans un contexte institutionnel précis. En effet, la discussion tente généralement de révéler une nature immanente au tirage au sort. Parmi les auteurs ayant abordé cette question, deux pôles peuvent être dégagés : ceux qui mettent l’accent sur le caractère neutralisateur du hasard en politique et ceux qui insistent sur sa dimension égalitaire. Or, de telles positions obscurcissent le fait que c’est en fonction de certains arrangements institutionnels spécifiques que les potentiels neutralisateurs ou égalitaires du tirage au sort sont mis de l’avant. Adoptant à la fois une perspective philosophique, historique et sociologique, cet article analyse le tirage au sort en politique selon l’angle de son essence et de ses effets. Un survol de différentes expériences historiques aide à illustrer le fait que le potentiel du tirage au sort en politique dépend principalement de la pratique politique dans laquelle il s’inscrit. Par la suite, une comparaison de l’élection et du tirage permet de démontrer le caractère problématique de l’idée d’une essence de ces processus et de démontrer l’importance d’une réflexion en termes de potentialité et non de nature.

2005 ◽  
Vol 37 (101) ◽  
pp. 263-290 ◽  
Author(s):  
Jules Dufour

Les peuples autochtones qui vivent au Québec, Canada, cherchent à faire reconnaître leurs droits les plus fondamentaux, ancestraux existants, territoriaux, économiques et sociaux et ce, en conformité avec le mouvement international en faveur de ces peuples, tel qu'il s'est manifesté au cours des 20 dernières années dans le cadre de l'Organisation des Nations Unies. Le présent article analyse cette question fondamentale en dressant le bilan des efforts des peuples autochtones vivant au Québec déployés sur ce plan et en esquissant les conditions qui leur permettront de survivre, telles qu'elles ont été définies dans le cadre du Sommet de la Terre qui s'est tenu à Rio de Janeiro, Brésil, en juin 1992.


2018 ◽  
pp. 161-175
Author(s):  
Tetsuo Sawada
Keyword(s):  
De Se ◽  

Le phénomène de « perversion » occupe une position bien particulière dans les domaines psychopathologique et psychanalytique. Selon la théorie de Freud, le rêve a pour effet de libérer les désirs refoulés pendant la journée. Au lieu d’être refoulés au tréfonds de l’inconscient, la plupart des vécus du pervers se manifestent dans sa vie en prenant des formes anormales ou immorales telles que le voyeurisme ou l’exhibitionnisme. La perversion est donc un phénomène foncièrement conscient et corporel. Or, si la phénoménologie est définie comme l’analyse de la structure des vécus de la conscience intentionnelle, il s’avère nécessaire d’analyser phénoménologiquement cette structure de la perversité au lieu de se contenter d’étudier la conscience dite saine ou normale. Pour aborder cette question, cet article analyse le texte de Marc Richir, intitulé Phantasia, imagination, affectivité, car il y tente de dégager la structure de la conscience du pervers d’une façon tout à fait innovante.


1973 ◽  
Vol 6 (2) ◽  
pp. 295-302 ◽  
Author(s):  
Morton Schoolman

Le socialisme tel que décrit par Marx donnerait-il naissance à un « homo ludens » ou à un « homo faber » ? Cette question a fait l'objet d'une vigoureuse controverse entre les critiques de l'œuvre de Marx depuis plus d'une décade, controverse qui portait principalement sur les premières œuvres de Marx dont l'absence de rigueur philosophique pouvait accréditer les interprétations les plus diverses. Une lecture attentive du Grundrisse de Marx, écrit dont on a peu fait cas jusqu'à tout récemment, permet de résoudre la controverse. Le présent article analyse le concept de travail chez Marx, tel qu'exposé dans le Grundrisse, et établit un rapport d'identité entre ce concept et la notion marcusienne de « loisir » (play). Il appert que Marx et Marcuse partagent la même opinion sur la nécessité de l'abolition du travail tel que nous l'avons connu jusqu'à présent, de même que sur les postulats ayant trait à la domination que l'homme est appelé à exercer sur la nature et au développement d'une société complètement automatisée.De plus, l'auteur suggère que certains passages des Manuscrits économiques et philosophiques permettent de croire que ce que Marx entendait par « l'activité humaine non-aliénante » peut également se rapprocher sensiblement de la notion marcusienne de « loisir » (play) mais diffère en tout point de l'entendement que Edward Andrew avait de la notion marxienne de « travail » (work) comme « activité soit de liberté, soit de servitude ». La liberté humaine, selon Marx, n'est pas engendrée par les « améliorations, même radicales, des conditions du travail », mais elle repose plutôt sur la liberté des activités elles-mêmes, liberté qu'il est qualitativement impossible de retrouver dans le « travail ».A partir de cette réévaluation des rapports entre le travail et la liberté, l'auteur suggère une reconsidération de notre entendement du concept marxien de l'homme afin de le rendre plus compatible avec une pratique sociale qui serait libérée du travail.


Ethnologies ◽  
2003 ◽  
Vol 25 (1) ◽  
pp. 237-262
Author(s):  
Gabriela Blebea Nicolae

Résumé Le passé d’une personne est-il révélateur ? Les valeurs morales sont-elles indifférentes à l’identité personnelle ? Une personne peut-elle changer radicalement si les circonstances changent ? Ce sont quelques-unes des questions générales qui entourent l’interrogation spécifique aux pays postcommunistes, celle de la possibilité ou non d’ignorer le fait qu’un politicien qui déclare aujourd’hui « ses convictions démocratiques » a collaboré avec la police politique. Cette question, posée à travers la problématique de l’identité personnelle, porte sur une réalité difficile à imaginer pour un citoyen d’une société démocratique qui n’a connu ni la torture, ni l’intimidation provoquées par la police politique sous le communisme, du temps où il existait un délateur pour vingt personnes. Cet article examine les possibles conséquences que pourrait avoir l’ouverture des archives de la police politique sur l’identité de ceux qui ont été « l’objet de la surveillance » et sur celle des anciens délateurs. En tenant compte du fait que l’identité personnelle se définit en termes de continuité et d’une certaine unité, cet article analyse deux cas « exemplaires », même s’ils sont des cas limite : le premier porte sur la récupération de l’identité personnelle par l’aveu et le deuxième sur l’héroïsme de préserver la cohérence identitaire dans les cas exceptionnels.


2010 ◽  
Vol 39 (1-2) ◽  
pp. 99-108
Author(s):  
Ghislain Otis

Cet article analyse la contribution récente de la Cour interaméricaine des droits de l’homme au développement du droit international relativement à la question spécifique de la réparation des violations des droits fonciers des peuples autochtones. Il dégage ensuite les principales leçons que les juges canadiens devraient tirer de cette jurisprudence au moment de trancher un litige entre l’État et un peuple autochtone. Les deux grandes catégories de réparations identifiées par l’auteur sont la restitution et la compensation. Chacune opère une redistribution de la richesse et du pouvoir entre autochtones et non-autochtones. La réparation de nature restitutoire est celle qui soulève les plus grandes difficultés politiques et pratiques puisqu’elle implique une remise en cause de situations foncières parfois acquises de longue date au profit de tiers. Le droit du système interaméricain sur cette question paraît audacieux tout en étant empreint d’un certain pragmatisme qui amène à relativiser le principe de restitution au nom de l’équité et de la paix sociale. La compensation pécuniaire et non pécuniaire du préjudice subi par les autochtones, y compris le préjudice culturel, se présente par contre comme une mesure minimale qui souffre peu d’exceptions.


Sociologija ◽  
2018 ◽  
Vol 60 (2) ◽  
pp. 433-457
Author(s):  
Ivica Mladenovic

L?article analyse la comprehension du socialisme par Emile Durkheim, telle qu?elle a ete exposee dans plusieurs articles academiques et dans un livre publie apres sa mort. Durkheim a en effet etudie cette question profondement et passionnement pendant les annees 1895-1896 dans le cadre d?un cours sur le socialisme qu?il donnait a l?Universite de Bordeaux. Dans la premiere partie de cet article, nous essayons de definir ce classique de la sociologie scientifiquement ainsi qu?ideologiquement, au vu du contexte sociohistorique de la Troisieme Republique, qui a, sans aucun doute, principalement influence ses interets intellectuels majeurs. Dans la deuxieme partie, nous analysons l?approche durkheimienne du socialisme qui a ete dans une large mesure influencee par des facteurs non scientifiques, a savoir, les tentatives du sociologue pour defendre son projet politique ?du solidarisme? et de critiquer les paradigmes politiques concurrents. Au centre de sa critique se trouve le socialisme qui, a la fin du dix-neuvieme siecle, etait en pleine ascension, non seulement en tant que mouvement politique, mais egalement en tant que source de connaissance. A tel point que plusieurs intellectuels confondaient le socialisme et la sociologie, ce qui etait particulierement genant pour le sociologue. De plus, on souligne le fait que Emile Durkheim ne respecte pas dans son analyse du socialisme les stricts criteres scientifiques, qui sont d?ailleurs introduits en sociologie par lui-meme, de sorte que sa sociologie joue en meme temps un double role: scientifique et d?ideologie politique.


Author(s):  
Outi Kalla ◽  
Jarl Wahlström ◽  
Jukka Aaltonen ◽  
Juha Holma ◽  
Pentti Tuimala ◽  
...  

Identifier avec précision les troubles schizophréniques a toujours été un problème complexe et controversé. Les caractéristiques psychologiques de la schizophrénie ont donné lieu à un volume considérable de travaux et de débats. Ces dernières années sont apparus un nombre croissant d'articles portant sur les différences et similitudes des manifestations de la psychose selon les cultures, partant de l'idée que les caractéristiques de personnalité nationales pourraient contribuer aux tableaux psychopathologiques. Le but premier de cette étude est de mieux comprendre les troubles psychotiques par l'investigation de la structure de personnalité et du fonctionnement de patients faisant un premier épisode psychotique. Le second objectif est de décrire les différences et similitudes observées dans les réponses au Rorschach de patients finlandais et espagnols afin de mettre en évidence des caractéristiques nationales et de contribuer ainsi à la recherche Rorschach interculturelle. Ont été inclus 41 protocoles de patients finlandais hospitalisés de manière consécutive pour premier épisode psychotique, et 32 en Espagne. Le travail a porté sur un certain nombre d'indicateurs de difficultés d'ajustement tirés du résumé formel du Rorschach en Système intégré ( Weiner & Exner, 1991 ). Tous les patients avaient été diagnostiqués comme schizophrènes ou souffrant d'autres troubles fonctionnels psychotiques non affectifs selon le DSM-IV. Les Rorschach ont été administrés en Système intégré aussitôt que possible après leur admission mais après la phase aiguë. La comparaison des groupes finlandais et espagnol, loin de montrer des différences significatives, étaient similaires sur beaucoup de points. Ces résultats confirment des données déjà bien établies sur les structures et mécanismes des patients psychotiques, mais ils en interrogent d'autres. Les patients obtiennent plus de styles ambiéquaux et moins d'introversifs que prévu. Beaucoup d'entre eux manquent de compétences sociales, d'intérêt pour les relations interpersonnelles et semblent avoir une vie sociale insatisfaisante. On observe des signes de difficultés dans le contrôle émotionnel et de modulation des affects, des traits dépressifs, une détresse émotionnelle, et peu de capacités de coping. Les résultats soulignent la notion que les problèmes affectifs et les traits dépressifs devraient être considérés comme un élément important dans un premier épisode psychotique, et ils confirment la présence de déficits cognitifs survenants tôt dans l'histoire d'un trouble psychotique. On a rencontré moins de dysfonctionnements idéationnels que prévu. Les deux groupes de patients se différenciaient sur certaines variables Rorschach, en particulier celles qui concernent la perception de soi. Les patients finlandais sont plus souvent centrés sur eux-mêmes de faç on excessive, plus préoccupés d'eux-mêmes et plus enclins M l'introspection. La majorité des patients espagnols manifestent un sentiment de valeur de soi négatif. Ils disposent de moins de ressources et ont plus souvent des déficits en capacité de coping. En admettant que ces résultats sont dus à des différences dans les caractéristiques de personnalité des patients psychotiques en Finlande et en Espagne, plutôt que des différences nationales dans la manifestation au Rorschach de structures de personnalité en fait identiques, alors ces données pourraient bien nous permettre de repérer des différences interculturelles de personnalité. Toutefois, l'impact des facteurs culturels est difficile M évaluer, surtout s'agissant d'une psychopathologie aussi sévère que la psychose, et la seule faç on d'avancer dans la compréhension de cette question serait de recueillir plus de données Rorschach interculturelles sur des patients psychotiques.


2019 ◽  
Vol 58 (2) ◽  
pp. 143-150
Author(s):  
Pascale Molinier

La psychodynamique du travail a étendu les conditions sociales de la sublimation au travail ordinaire et à la dynamique de la reconnaissance. Selon Christophe Dejours, la reconnaissance porte sur le faire mais elle se capitalise dans le registre de l’être. Or ce que les femmes font est généralement confondu avec ce qu’elles sont. D’où un déficit chronique de reconnaissance de leurs contributions, bien sûr aggravé par les rapports sociaux de domination (voir l’effet Mathilda dans les sciences). Ce constat sera ici principalement argumenté à partir des analyses psychodynamiques du travail féminisé (les activités de care) qui se caractérisent par leur discrétion. De la sous-estimation du travail féminin, il résulte de nombreuses conséquences, tant sur le plan théorique que clinique : la sublimation dépend-elle nécessairement de la reconnaissance ? – on déplacera cette question autour de l’expressivité et de la voix.


1946 ◽  
Vol 1 (1) ◽  
pp. 70-76
Author(s):  
Claude Maldor
Keyword(s):  

La grandeur de l'homme et son bonheur sont-ils inconciliables ? Cette question résume en quelques mots le conflit de deux civilisations. C'est la seule qui aille véritablement au fond des choses. On peut dire qu'au delà des incidents quotidiens de la politique et même de la guerre, le conflit entre deux conceptions de l'homme est le drame prodigieux qui divise la Jerre. La revendication fondamentale de tous les malheureux, de tous les déshérités, de tous les prolétaires, c'est le bonheur pour l'homme, pour tous les hommes. Dépourvus de tout, ce bonheur se présente à eux sous la forme plus ou moins vague d'une terre promise, où les besoins essentiels seront enfin satisfaits.


1976 ◽  
Vol 31 (6) ◽  
pp. 1176-1194 ◽  
Author(s):  
Zsigmond Pál Pach

Dans un article récent, le professeur Ashtor présente un exposé utile sur les « dernières recherches relatives au commerce du Levant » et débat de certains points vivement controversés sur le sujet. Mais nous constatons avec regret qu'il a négligé une question chaudement discutée et qui a fait l'objet d'une controverse pendant près de deux siècles. C'est à cette question que le présent article est consacré.Depuis le début du XIXe siècle, et pendant sa plus grande partie, une thèse a presque fait l'unanimité des historiens de toutes nations : au Moyen Age, les produits du Levant auraient été transportés vers l'Europe centrale et même occidentale en passant par la Hongrie et la Transylvanie.


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