scholarly journals La sociologie contre le socialisme dans l'oeuvre d'Emile Durkheim

Sociologija ◽  
2018 ◽  
Vol 60 (2) ◽  
pp. 433-457
Author(s):  
Ivica Mladenovic

L?article analyse la comprehension du socialisme par Emile Durkheim, telle qu?elle a ete exposee dans plusieurs articles academiques et dans un livre publie apres sa mort. Durkheim a en effet etudie cette question profondement et passionnement pendant les annees 1895-1896 dans le cadre d?un cours sur le socialisme qu?il donnait a l?Universite de Bordeaux. Dans la premiere partie de cet article, nous essayons de definir ce classique de la sociologie scientifiquement ainsi qu?ideologiquement, au vu du contexte sociohistorique de la Troisieme Republique, qui a, sans aucun doute, principalement influence ses interets intellectuels majeurs. Dans la deuxieme partie, nous analysons l?approche durkheimienne du socialisme qui a ete dans une large mesure influencee par des facteurs non scientifiques, a savoir, les tentatives du sociologue pour defendre son projet politique ?du solidarisme? et de critiquer les paradigmes politiques concurrents. Au centre de sa critique se trouve le socialisme qui, a la fin du dix-neuvieme siecle, etait en pleine ascension, non seulement en tant que mouvement politique, mais egalement en tant que source de connaissance. A tel point que plusieurs intellectuels confondaient le socialisme et la sociologie, ce qui etait particulierement genant pour le sociologue. De plus, on souligne le fait que Emile Durkheim ne respecte pas dans son analyse du socialisme les stricts criteres scientifiques, qui sont d?ailleurs introduits en sociologie par lui-meme, de sorte que sa sociologie joue en meme temps un double role: scientifique et d?ideologie politique.

2005 ◽  
Vol 37 (101) ◽  
pp. 263-290 ◽  
Author(s):  
Jules Dufour

Les peuples autochtones qui vivent au Québec, Canada, cherchent à faire reconnaître leurs droits les plus fondamentaux, ancestraux existants, territoriaux, économiques et sociaux et ce, en conformité avec le mouvement international en faveur de ces peuples, tel qu'il s'est manifesté au cours des 20 dernières années dans le cadre de l'Organisation des Nations Unies. Le présent article analyse cette question fondamentale en dressant le bilan des efforts des peuples autochtones vivant au Québec déployés sur ce plan et en esquissant les conditions qui leur permettront de survivre, telles qu'elles ont été définies dans le cadre du Sommet de la Terre qui s'est tenu à Rio de Janeiro, Brésil, en juin 1992.


2016 ◽  
Vol 35 (2-3) ◽  
pp. 39-64
Author(s):  
Maud Gauthier-Chung

« On ne naît pas femme : on le devient », écrivait Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe, énonçant, pour la première fois dans l’histoire, l’idée que la féminité devait être comprise comme un produit social plutôt que comme un donné naturel. En vue des inégalités sociales et économiques auxquelles mène l’intégration des modèles genrés féminins, serait-il légitime de tenter de bouleverser ou même d’interrompre, sur le plan politique, le processus social du « devenir femme » ? Cet article se veut une tentative de réponse partielle à cette question, à partir de la perspective du libéralisme politique. Abordant le cas des inégalités économiques entre les hommes et les femmes au Canada, la première partie explore les tensions entre la promotion de l’égalité entre les sexes et l’impératif libéral de respect des choix individuels. Plusieurs féministes ont, en effet, soutenu qu’il est impossible, à partir d’un cadre libéral, de rendre compte des inégalités relatives au genre et d’y remédier, puisque celles-ci découlent de choix et de préférences liés aux conceptions de la « vie bonne » individuelles. La deuxième partie porte, quant à elle, sur la politique qui semble expliquer le succès des pays présentant la plus grande parité entre les sexes, soit les quotas de congés parentaux pour les pères. La troisième partie examine cette politique dans une perspective critique afin de dégager les principaux arguments qui militent contre l’implantation de tels quotas dans une société libérale. Contre ces arguments, la dernière partie fait la démonstration qu’il serait non seulement cohérent d’implanter une telle politique dans une société libérale, mais que celle-ci constitue un impératif en regard de la raison d’être du libéralisme comme forme d’organisation sociale.


2005 ◽  
Vol 32 (3) ◽  
pp. 495-523
Author(s):  
Diane Éthier

Selon les théories du développement politique, l'instauration et la consolidation de la démocratie dépendent essentiellement de facteurs domestiques. Cette approche est-elle encore valide à notre époque, alors que de plus en plus d'organisations internationales exigent de leurs partenaires qu'ils procèdent à des réformes démocratiques en échange de divers types d'aide ou d'ententes ? Une réponse affirmative a été apportée à cette question par diverses études spéculatives qui ont estimé que la conditionnalité politique des programmes d'aide serait inefficace, en raison : 1) des conditions internes défavorables des pays receveurs ; 2) de l'attitude récalcitrante des États receveurs ; 3) des dissensions et de l'incohérence des donateurs vis-à-vis de la conditionnalité. En se référant à ce modèle, la première partie de l'article argue que la conditionnalité politique de l'élargissement vers l'Est de l'Union européenne (UE) devrait être beaucoup plus efficace puisque : 1) les conditions internes des pays candidats sont plus favorables et 2) que, tant les pays candidats que les États membres de VUE, sont convaincus du bien-fondé des réformes demandées. La deuxième partie du texte confirme la pertinence de cette hypothèse par un examen empirique des impacts des deux modèles de conditionnalité politique. La conclusion examine les incidences théoriques d'un tel constat.


2005 ◽  
Vol 40 (4) ◽  
pp. 741-772 ◽  
Author(s):  
Ghislain Otis

La liberté de religion peut-elle être assurée par un système juridique en dehors de l'idéologie individualiste et « universalisante » des droits fondamentaux ? L'auteur tente de répondre à cette question en prenant pour champ d'investigation le droit canadien relatif aux peuples autochtones. Dans la première partie de son étude, il souligne l'importance de la référence religieuse dans les revendications foncières des autochtones et explique comment le droit constitutionnel canadien, en reconnaissant les droits ancestraux et les droits issus de traités des peuples autochtones, consacre le principe de l’« autochtonité » comme fondement autonome de droits religieux afférents à la terre et aux ressources naturelles. De cette analyse, il ressort que les communautés autochtones pourront revendiquer des droits sur certains sites qu'elles tiennent pour sacrés ainsi que des droits d'usage religieux des terres et ressources naturelles du domaine public. Si la consécration constitutionnelle de droits religieux sui generis en marge de toute charte des droits individuels ne fait pas de doute, l'auteur met en évidence dans la seconde partie de l'article les diverses contraintes inhérentes à la conception traditionaliste que se fait la Cour suprême du Canada de l’« autochtonité » comme assise des droits ancestraux. Ces contraintes religieuses tiennent principalement à l'importance déterminante que la Cour accorde au réfèrent culturel précolonial dans la définition des droits ancestraux et à la représentation « sacralisante » de la terre qui imprègne le régime du titre aborigène esquissé dans l'affaire Delgamuukw c. Colombie-Britannique. L'auteur relève en outre les dangers que pourrait poser pour la liberté individuelle de religion le communautarisme foncier propre au titre aborigène. Il indique à cet égard les moyens juridiques susceptibles d'être déployés, au nom des droits fondamentaux, pour préserver les individus de l'enfermement religieux par le groupe. Enfin, l'auteur conclut que, dans l'état actuel de la jurisprudence, les droits religieux particuliers reconnus aux peuples autochtones ne s'accompagnent pas d'une véritable liberté de religion permettant aux autochtones contemporains de redéfinir librement leur rapport à la terre et aux ancêtres.


Author(s):  
Denis Carré ◽  
Nadine Levratto

RésuméCe texte cherche à établir les raisons de la modeste participation des PME à l’innovation technologique malgré les politiques de soutien mises en place depuis plus de 20 ans. Nous abordons cette question à partir d’une analyse rétrospective des différents dispositifs institutionnels mobilisés et en montrant comment les actions mises en oeuvre ont oscillé entre aménagement du territoire et renforcement du système national de recherche et développement. Il apparaît alors que la relative faiblesse de leur participation et leur position adventice s’expliquent moins par les formes particulières des dispositifs en cause que par les politiques de soutien à ces entreprises mises en place.La première partie montre que la modeste implication des PME aux programmes nationaux d’innovation résulte à la fois d’un manque de ciblage sur cette catégorie d’entreprises et de l’insuffisante mise en réseau de la plupart des entreprises constitutives de ce sous-ensemble. La deuxième partie indique comment les pôles de compétitivité ont cherché à contourner ces handicaps grâce à leurs modalités de définition et leur mode d’organisation interne. La troisième partie, plus prospective, dresse un premier bilan de la mise en place des pôles de compétitivité et de l’effet dynamisant sur l’innovation par et dans les PME.


2017 ◽  
Vol 36 (1) ◽  
pp. 3-23 ◽  
Author(s):  
Hugo Bonin

Le débat contemporain entourant l’utilisation du sort en politique tend parfois à oublier que celui-ci s’inscrit dans un contexte institutionnel précis. En effet, la discussion tente généralement de révéler une nature immanente au tirage au sort. Parmi les auteurs ayant abordé cette question, deux pôles peuvent être dégagés : ceux qui mettent l’accent sur le caractère neutralisateur du hasard en politique et ceux qui insistent sur sa dimension égalitaire. Or, de telles positions obscurcissent le fait que c’est en fonction de certains arrangements institutionnels spécifiques que les potentiels neutralisateurs ou égalitaires du tirage au sort sont mis de l’avant. Adoptant à la fois une perspective philosophique, historique et sociologique, cet article analyse le tirage au sort en politique selon l’angle de son essence et de ses effets. Un survol de différentes expériences historiques aide à illustrer le fait que le potentiel du tirage au sort en politique dépend principalement de la pratique politique dans laquelle il s’inscrit. Par la suite, une comparaison de l’élection et du tirage permet de démontrer le caractère problématique de l’idée d’une essence de ces processus et de démontrer l’importance d’une réflexion en termes de potentialité et non de nature.


2005 ◽  
Vol 42 (2) ◽  
pp. 283-297 ◽  
Author(s):  
Robert Leroux
Keyword(s):  
De Se ◽  

La démarche de Fernand Dumont, si on la suit en détail, est compliquée, sinueuse; elle s'inspire d'une telle diversité de courants théoriques qu'à première vue il devient parfois difficile de s'y retrouver, comme si chacun des nombreux problèmes qu'il a traités appelait la nécessité de se référer à un corpus intellectuel particulier. Dumont a beaucoup lu. Alors que sa pensée est en pleine gestation, au moment même où il s'initie au savoir sociologique dans la première partie des années 1950, il fait des découvertes fécondes et décisives. Très tôt, parmi les fondateurs de la pensée sociologique, il est particulièrement fasciné par Émile Durkheim. Il est autant séduit par l'architecture théorique de l'œuvre que par ses larges vues ou par la profondeur de l'analyse. Mais ce n'est pas tout : contrairement à Marx ou à Weber, par exemple, Durkheim a la particularité et le mérite d'avoir fondé une école, groupée autour de L'Année sociologique, qui rassemble quelques-uns des plus brillants jeunes esprits de la Troisième République, comme Marcel Mauss, Célestin Bougie, François Simiand et Maurice Halbwachs. En étudiant les travaux des membres de l'École française de sociologie, Dumont découvre d'innombrables matériaux qui lui permettront de donner une profondeur supplémentaire à sa propre pensée.


2012 ◽  
Vol 41 (1-2) ◽  
pp. 28-47 ◽  
Author(s):  
Véronique Dumont ◽  
Laurence Johannsen ◽  
Anne Rousseau

Cet article analyse l’apport d’une démarche participative de construction d’un tableau de bord à la structuration d’une innovation sociale, un réseau coopératif. Comment l’enrôlement des membres dans la construction collaborative d’un outil de gestion accroît-il leur implication et institutionnalise-t-il leurs relations, structurant par là même leur réseau? La première partie de cet article expose sa problématique : le processus d’émergence des réseaux et les difficultés inhérentes en termes de pilotage et d’animation. La deuxième partie décrit la méthode d’accompagnement participative au pilotage des réseaux (MAPP), conçue par le Centre de recherche public Henri Tudor dans le cadre d’une recherche-action pour répondre à cet enjeu spécifique de pilotage des réseaux. Dans une troisième partie, les auteures présentent leur cadre théorique, qu’elles mobilisent dans l’étude d’un cas, l’impact de MAPP sur un réseau associatif émergent.


2018 ◽  
Vol 28 (2) ◽  
pp. 225-255 ◽  
Author(s):  
Salimeh Maghsoudlou

RésuméLa première partie de cet article est consacrée à la présentation d'al-Mustamlī al-Buḫārī et du commentaire volumineux qu'il a rédigé sur al-Ta‘rruf li-maḏhab altaṣawwuf d'al-Kalābāḏī. Al-Mustamlī et al-Kalābāḏī avaient, tous les deux, un grand penchant pour les discussions de kalām et al-Mustamlī s'est étendu sur nombre de questions théologiques dans son commentaire, le Šarḥ al-Ta‘arruf. Au vu de la présence de sujets propres au kalām dans le livre d'al-Mustamlī, cet article abordera la question de l'appartenance de ce dernier aux écoles de la théologie sunnite et montrera que malgré sa proximité géographique avec Abū Manṣūr al-Māturīdī, al-Mustamlī était probablement affilié à l’école d'Abū l-Ḥasan al-Aš‘arī. La seconde partie de cet article portera sur le problème de la nature de l'esprit (rūḥ) dans le traitement qu'en offre al-Mustamlī. En abordant cette question, al-Mustamlī est allé au-delà des frontières de l'anthropologie physicaliste du kalām et son argument en faveur de l'existence de l'esprit offre des affinités avec la preuve avicennienne de l'existence de l’âme rationnelle, telle qu'elle se présente dans le fameux argument de l'homme volant. L'ouvrage d'al-Mustamlī constitue donc une source importante pour comprendre l'histoire intellectuelle en Transoxiane et les interactions entre les différents groupes de théoriciens – mutakallimūn, Sufis et falāsifa.


2018 ◽  
pp. 161-175
Author(s):  
Tetsuo Sawada
Keyword(s):  
De Se ◽  

Le phénomène de « perversion » occupe une position bien particulière dans les domaines psychopathologique et psychanalytique. Selon la théorie de Freud, le rêve a pour effet de libérer les désirs refoulés pendant la journée. Au lieu d’être refoulés au tréfonds de l’inconscient, la plupart des vécus du pervers se manifestent dans sa vie en prenant des formes anormales ou immorales telles que le voyeurisme ou l’exhibitionnisme. La perversion est donc un phénomène foncièrement conscient et corporel. Or, si la phénoménologie est définie comme l’analyse de la structure des vécus de la conscience intentionnelle, il s’avère nécessaire d’analyser phénoménologiquement cette structure de la perversité au lieu de se contenter d’étudier la conscience dite saine ou normale. Pour aborder cette question, cet article analyse le texte de Marc Richir, intitulé Phantasia, imagination, affectivité, car il y tente de dégager la structure de la conscience du pervers d’une façon tout à fait innovante.


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