scholarly journals Un traducteur médical au XIXe siècle : Gustave Borginon et l’antisepsie

2017 ◽  
Vol 61 ◽  
pp. 113-130
Author(s):  
Delphine Olivier-Bonfils
Keyword(s):  

Certains auteurs ont affirmé que le traducteur du XIXe siècle portait entièrement le projet de traduction, du choix de l’auteur et de son texte à celui de l’éditeur. Dans certains cas, son intervention a donné lieu à des protestations de la part des auteurs eux-mêmes, Darwin, reniant les traductions de sa théorie sur l’évolution par Clémence Royer par exemple. On peut faire cependant l’hypothèse que, dans un domaine pratique comme celui de la chirurgie où l’on transmet plutôt des techniques à appliquer que des théories bouleversant la vision du monde, le texte traduit se présente essentiellement comme un transfert de données factuelles du texte source dans la langue cible. L’analyse détaillée de la traduction (1882) par Gustave Borginon des écrits de Joseph Lister exposant le principe de l’antisepsie met en évidence une attitude plus nuancée, soit une fidélité que l’on pourrait qualifier de « fonctionnelle », parce qu’elle préserve tous les détails pratiques de la méthode antiseptique. Cependant, les références à la filiation existant entre le principe antiseptique et la théorie des germes de Pasteur sont fortement atténuées. De la même manière, les certitudes affichées par Lister sont clairement modérées. Un certain nombre d’indices incitent cependant à penser que l’auteur n’était pas étranger à des modifications qui semblent destinées à favoriser l’acceptation, par des chirurgiens français encore réticents, d’une pratique innovante et salvatrice.

1985 ◽  
Vol 40 (3) ◽  
pp. 509-519
Author(s):  
Jean-Louis Triaud

Le XIXe siècle, en Afrique de l‘Ouest soudano-sahélienne, est caractérisé par des guerres idéologiques de grande ampleur, plus connues sous le nom de Jihād. Ces guerres ont donné lieu à une intense production littéraire, polémique et justificative, qui témoigne notamment du développement d‘une classe de clercs dans toutes ces sociétés, et de l‘aspiration d‘au moins une partie de ces clercs à la conquête du pouvoir politique. Ces Jihād sont, certes, dirigés contre le paganisme, mais ils visent au premier chef un certain nombre de pouvoirs établis qui pratiquent l‘Islam depuis plusieurs siècles, mais s‘accommodent en même temps de coutumes et d‘usages anté-islamiques et vivent en bonne intelligence avec les non-musulmans. C‘est ce que les tenants des Jihād dénoncent sous le nom de ikhtilât (« mélange », c‘est-à-dire mélange avec le paganisme).Ces Jihād représentent donc plus des mouvements de purification et de réforme de l‘Islam que des entreprises de conquête systématique en territoire infidèle.


2003 ◽  
Vol 30 (1-2) ◽  
pp. 45-98
Author(s):  
Manuel Bruña Cuevas

SUMMARY During the 19th century the old palatallof French (in, e.g.,travailler,travail,fille) definitively gave way to /j/. During about the same period Spanish underwent a similar evolution, but the process of substitution of /j/ for /ʎ/ found itself in a less advanced stage than in French; indeed, certain varieties of present-day Spanish still maintain these two phonemes. Taking all the works together which during the 19th and the first half of the 20th century were addressed to the teaching of French to speakers of Spanish, the author concentrates his attention on the difficulties that the authors encountered when presenting this dying or already deceased phoneme (namely, the palatallof French) to an audience which, although it still possessed this phoneme in their own language, had begun to find it difficult to distinguish the diverse phonetic realizations that the Spanish /j/ was acquiring. As is shown in this study, the time difference in the evolution of this phenomenon of dephonologization in French and, with some delay, also in Spanish led the authors of these textbooks to misunderstandings and errors in the treatment of the disappearing or vanished former palatallof French.RÉSUMÉ Au XIXe siècle, l’ancienlpalatal du français (travailler,travail,fille) laissait définitivement sa place à /j/. L’espagnol subissait, vers la même époque, une évolution similaire, mais le processus de substitution de /j/ à /ʎ/ se trouvait dans cette langue bien moins avancé qu’en français; de fait, certaines variétés de l’espagnol actuel possèdent encore les deux phonèmes. En prenant comme corpus l’ensemble des ouvrages destinés à l’apprentissage du français par les hispanophones au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, nous centrons fondamentalement notre attention sur les difficultés qu’ont éprouvées leurs auteurs à présenter un phonème moribond ou déjà mort (lpalatal français) à un public qui, quoique le possédant encore dans sa langue maternelle, avait lui aussi de plus en plus de mal à le distinguer des diverses réalisations phoniques qu’adopte le /j/ espagnol. Le décalage temporel entre l’évolution de ce phénomène de déphonologisation en français et en espagnol donne lieu chez nos auteurs à des malentendus et à des erreurs d’appréciation que nous passons en revue dans cet article.ZUSAMMENFASSUNG Im 19. Jahrhundert überläßt der alte Palatalldes Französischen (travailler,travail,fille) definitiv seinen Platz dem Phonem /j/. Im Spanischen erfolgt um die gleiche Zeit eine ähnliche Entwicklung, wobei allerdings der Wandel von /j/ zu /ʎ/ nicht so weit fortgeschritten ist. Daher haben einige Varietäten des Spanischen heute noch beide Varianten des Phonems. Bei einem Corpus, das die Gesamtheit der Französischlehrbücher für Spanier des 19. Jahrunderts umfaßt, konzentrieren wir uns auf die Schwierigkeiten, welche ihre Autoren bei der Präsentation eines untergehenden (bzw. bereits untergegangenen) Phonems für ein Publikum hatten, welches ebenfalls immer größere Schwierigkeiten hatte, die unterschiedlichen Realisierungen des Phonems /j/ in seiner eigenen Sprache getrennt wahrzunehmen. Die Phasenverschiebung bei der Entphonologisierung im Französischen und im Spanischen führt bei den Verfassern zu Mißverständnissen und Irrtümern, welche in dem Beitrag analysiert werden.


2002 ◽  
Vol 57 (6) ◽  
pp. 1521-1557 ◽  
Author(s):  
Alain Cottereau

RésuméL’émancipation ouvrière, à la suite de la Révolution française, loin d’être une formule creuse, a donné lieu à des exigences efficaces de bon droit et s’est traduite en pratiques jurisprudentielles locales. L’article décrit un double phénomène: la mise en œuvre de cette émancipation, puis sa dénégation soudaine durant les années 1880-1890, un « coup de force dogmatique » tenant pour nulles et non avenues neuf décennies de droit des ouvriers, pour lui substituer le « droit du travail ». Au lieu du principe de bilatéralité des volontés libres, s’instaura un principe de protection en contrepartie d’une subordination industrielle impérative.


2002 ◽  
Vol 2 (2) ◽  
pp. 297-316
Author(s):  
Fernando H. CARDOSO

Résumé Plutôt que d'adopter une approche " culturaliste " des obstacles au développement ou de reprendre l'opposition " traditionnel-moderne " dans ses acceptions classiques d'échelle ou d'antinomie, l'auteur étudie le développement sous l'angle des combinaisons plus ou moins particulières auxquelles donne lieu l'interaction de différents modes de production dans une société donnée, ainsi que des obstacles résultant de cette même combinaison. Dans cette optique, F. H. Cardoso analyse tout d'abord la variation produite dans le mode de production qui prévalait au xixe siècle en Amérique latine par suite de la combinaison entre, d'une part, la prise de contrôle par l'étranger de l'économie d'exportation et une technologie plus développée et, d'autre part, les moyens de participation au pouvoir des groupes locaux et l'utilisation des richesses. Ainsi, dans les " économies d'enclave ", l'ancienne classe dirigeante exerce une domination proprement politique et, faute d'une couche locale d'entrepreneurs, l'édification d'une économie interne nécessite une révolution sociale et politique plus ou moins profonde et l'interventionnisme de l'État, alors qu'ailleurs le modèle reste plus libéral. Indépendamment de cette variante, dans tous les pays à industrialisation très tardive, le système de production national est dans une position de dépendance structurelle de par sa seule intégration à la société industrielle moderne : les caractéristiques qui lui sont imposées, en matière technologique par exemple, accentuent le phénomène de la marginalité et créent une nouvelle dualité au sein même du secteur industriel-urbain. C'est donc le modèle même de développement qui engendre ici ses obstacles et non la résistance d'institutions liées à la culture traditionnelle.


2006 ◽  
Vol 26 (3) ◽  
pp. 456-473 ◽  
Author(s):  
Daniel Vaillancourt
Keyword(s):  

Résumé La figure du Patriote a une généalogie complexe du fait qu'elle est bicéphale. Dans cet article, à l'aide de divers objets discursifs, nous analyserons les deux grandes faces de la figure, à savoir le tribun et le paysan. En nous arrêtant aux fondements historiques et discursifs de la figure du tribun, emblème de Papineau, on s'aperçoit que cet aspect de la figure a été construit dans les moments heureux du parti Patriote et réduit au silence dans les décennies qui suivent. Au contraire, dans la suite des discours, par le biais de l'histoire de François-Xavier Garneau, des romans de la terre et de l'illustration d'Henri Julien, le Patriote sera transfiguré en « habitant ». En prenant en compte cette évolution de la figure et les différentes modélisations discursives auxquelles elle donne lieu, nous entamons ici un parcours sériel de ces textes et de ces images, en montrant comment ces réaménagements reprennent et maintiennent des traits qu'on retrouvait sur l'autre face de la figure.


2020 ◽  
pp. 159-170
Author(s):  
Federica D’Ascenzo

Durant la Belle Époque, le roman de l’écrivain supplante progressivement le roman du peintre et se constitue en un filon qui donne lieu à une interrogation sur le rôle de l ’homme de lettres dans la société bourgeoise et sur les causes de son désarroi. L’auteur véhicule ainsi à travers son œuvre un portrait axiologique de soiqui, renvoyant implicitement à la difficulté de la création, rend compte des valeurs qui façonnent la fin de siècle. La modélisation qui en découle intègre la caricature, devenue omniprésente au XIXe siècle, non seulement pour la charge parodique qui la caractérise, mais pour le pouvoir désormais accepté que l’exagération, la déformation et la blague détiennent dans l’interprétation du réel. De Huysmans à Gide,de Lorrain à Gourmont, de Dumur à Mauclair, Mirbeau ou Céard, le roman de l’écrivain fait de la caricature et de la dévaluation la garantie de l’authenticité de la projection autofictive.


2011 ◽  
Vol 7 (1) ◽  
pp. 147-180
Author(s):  
Manon Brunet
Keyword(s):  

Le gaumisme donne lieu au Québec, entre 1864 et 1868, à la formation de trois réseaux intellectuels. Un réseau anti-gaumiste, représenté par la faction la plus libérale du Séminaire de Québec, de l’Université Laval et de l’archevêché de Québec et deux réseaux gaumistes soutenus par Mgr Gaume : l’un extrémiste, rejoignant la majorité des diocèses hors de Québec, dirigé par Alexis Pelletier et ayant pour membres Taché et Routhier, l’autre, modéré, pris en charge par Henri-Raymond Casgrain et défendu par Crémazie, à la jonction de Gaume et de Montalembert. Or, ces réseaux gaumistes connaissent des agents doubles, se croisent puis se dissocient en 1868. Casgrain et ses troupes se rangent alors du côté libéral modéré. Le débat gaumiste contribue donc à configurer le réseau littéraire naissant en deux grandes tendances idéologiques signalées par l’histoire littéraire.


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