Le renversement du souverain injuste. Un débat sur les fondements de la légitimité islamique en Afrique noire au XIXe siècle

1985 ◽  
Vol 40 (3) ◽  
pp. 509-519
Author(s):  
Jean-Louis Triaud

Le XIXe siècle, en Afrique de l‘Ouest soudano-sahélienne, est caractérisé par des guerres idéologiques de grande ampleur, plus connues sous le nom de Jihād. Ces guerres ont donné lieu à une intense production littéraire, polémique et justificative, qui témoigne notamment du développement d‘une classe de clercs dans toutes ces sociétés, et de l‘aspiration d‘au moins une partie de ces clercs à la conquête du pouvoir politique. Ces Jihād sont, certes, dirigés contre le paganisme, mais ils visent au premier chef un certain nombre de pouvoirs établis qui pratiquent l‘Islam depuis plusieurs siècles, mais s‘accommodent en même temps de coutumes et d‘usages anté-islamiques et vivent en bonne intelligence avec les non-musulmans. C‘est ce que les tenants des Jihād dénoncent sous le nom de ikhtilât (« mélange », c‘est-à-dire mélange avec le paganisme).Ces Jihād représentent donc plus des mouvements de purification et de réforme de l‘Islam que des entreprises de conquête systématique en territoire infidèle.

2018 ◽  
Vol 73 (2) ◽  
pp. 359-384
Author(s):  
Ismail Warscheid

RésumésCet article propose une analyse du Livre du désert (Kitāb al-bādiya), un traité de droit composé par Muḥammad al-Māmī (m. 1282/1865), un lettré musulman originaire des déserts du Tiris dans l’actuelle Mauritanie. Dans son ouvrage, l’auteur réfléchit sur l’adaptation de la charia – la loi religieuse de l’islam – aux besoins des populations pastorales de l’Ouest saharien : comment s’approprier un système normatif a priori insensible aux contextes nomades, étant donné que celui-ci postule l’autorité d’un État dirigé par un souverain islamique (imām) comme garant de son implémentation et suppose la ville comme cadre de l’exercice de la justice ? L’article restitue les différents contextes dans lesquels s’inscrit le propos d’al-Māmī : celui d’un notable religieux à la fois engagé dans les luttes de pouvoir entre groupes nomades et fervent partisan des mouvements de djihad en Afrique de l’Ouest aux xviiie et xixe siècles, celui d’un jurisconsulte malikite qui pense sa société dans le cadre du droit musulman postclassique, celui d’un bédouin s’interrogeant sur les implications juridico-religieuses de la distance culturelle qui sépare son monde de celui des sédentaires. Tout l’enjeu est de remettre en question les notions de centre/périphérie et de « déclin » postclassique qui continuent à structurer le champ de l’histoire intellectuelle de l’islam.


2003 ◽  
Vol 30 (1-2) ◽  
pp. 45-98
Author(s):  
Manuel Bruña Cuevas

SUMMARY During the 19th century the old palatallof French (in, e.g.,travailler,travail,fille) definitively gave way to /j/. During about the same period Spanish underwent a similar evolution, but the process of substitution of /j/ for /ʎ/ found itself in a less advanced stage than in French; indeed, certain varieties of present-day Spanish still maintain these two phonemes. Taking all the works together which during the 19th and the first half of the 20th century were addressed to the teaching of French to speakers of Spanish, the author concentrates his attention on the difficulties that the authors encountered when presenting this dying or already deceased phoneme (namely, the palatallof French) to an audience which, although it still possessed this phoneme in their own language, had begun to find it difficult to distinguish the diverse phonetic realizations that the Spanish /j/ was acquiring. As is shown in this study, the time difference in the evolution of this phenomenon of dephonologization in French and, with some delay, also in Spanish led the authors of these textbooks to misunderstandings and errors in the treatment of the disappearing or vanished former palatallof French.RÉSUMÉ Au XIXe siècle, l’ancienlpalatal du français (travailler,travail,fille) laissait définitivement sa place à /j/. L’espagnol subissait, vers la même époque, une évolution similaire, mais le processus de substitution de /j/ à /ʎ/ se trouvait dans cette langue bien moins avancé qu’en français; de fait, certaines variétés de l’espagnol actuel possèdent encore les deux phonèmes. En prenant comme corpus l’ensemble des ouvrages destinés à l’apprentissage du français par les hispanophones au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, nous centrons fondamentalement notre attention sur les difficultés qu’ont éprouvées leurs auteurs à présenter un phonème moribond ou déjà mort (lpalatal français) à un public qui, quoique le possédant encore dans sa langue maternelle, avait lui aussi de plus en plus de mal à le distinguer des diverses réalisations phoniques qu’adopte le /j/ espagnol. Le décalage temporel entre l’évolution de ce phénomène de déphonologisation en français et en espagnol donne lieu chez nos auteurs à des malentendus et à des erreurs d’appréciation que nous passons en revue dans cet article.ZUSAMMENFASSUNG Im 19. Jahrhundert überläßt der alte Palatalldes Französischen (travailler,travail,fille) definitiv seinen Platz dem Phonem /j/. Im Spanischen erfolgt um die gleiche Zeit eine ähnliche Entwicklung, wobei allerdings der Wandel von /j/ zu /ʎ/ nicht so weit fortgeschritten ist. Daher haben einige Varietäten des Spanischen heute noch beide Varianten des Phonems. Bei einem Corpus, das die Gesamtheit der Französischlehrbücher für Spanier des 19. Jahrunderts umfaßt, konzentrieren wir uns auf die Schwierigkeiten, welche ihre Autoren bei der Präsentation eines untergehenden (bzw. bereits untergegangenen) Phonems für ein Publikum hatten, welches ebenfalls immer größere Schwierigkeiten hatte, die unterschiedlichen Realisierungen des Phonems /j/ in seiner eigenen Sprache getrennt wahrzunehmen. Die Phasenverschiebung bei der Entphonologisierung im Französischen und im Spanischen führt bei den Verfassern zu Mißverständnissen und Irrtümern, welche in dem Beitrag analysiert werden.


2002 ◽  
Vol 57 (6) ◽  
pp. 1521-1557 ◽  
Author(s):  
Alain Cottereau

RésuméL’émancipation ouvrière, à la suite de la Révolution française, loin d’être une formule creuse, a donné lieu à des exigences efficaces de bon droit et s’est traduite en pratiques jurisprudentielles locales. L’article décrit un double phénomène: la mise en œuvre de cette émancipation, puis sa dénégation soudaine durant les années 1880-1890, un « coup de force dogmatique » tenant pour nulles et non avenues neuf décennies de droit des ouvriers, pour lui substituer le « droit du travail ». Au lieu du principe de bilatéralité des volontés libres, s’instaura un principe de protection en contrepartie d’une subordination industrielle impérative.


2002 ◽  
Vol 2 (2) ◽  
pp. 297-316
Author(s):  
Fernando H. CARDOSO

Résumé Plutôt que d'adopter une approche " culturaliste " des obstacles au développement ou de reprendre l'opposition " traditionnel-moderne " dans ses acceptions classiques d'échelle ou d'antinomie, l'auteur étudie le développement sous l'angle des combinaisons plus ou moins particulières auxquelles donne lieu l'interaction de différents modes de production dans une société donnée, ainsi que des obstacles résultant de cette même combinaison. Dans cette optique, F. H. Cardoso analyse tout d'abord la variation produite dans le mode de production qui prévalait au xixe siècle en Amérique latine par suite de la combinaison entre, d'une part, la prise de contrôle par l'étranger de l'économie d'exportation et une technologie plus développée et, d'autre part, les moyens de participation au pouvoir des groupes locaux et l'utilisation des richesses. Ainsi, dans les " économies d'enclave ", l'ancienne classe dirigeante exerce une domination proprement politique et, faute d'une couche locale d'entrepreneurs, l'édification d'une économie interne nécessite une révolution sociale et politique plus ou moins profonde et l'interventionnisme de l'État, alors qu'ailleurs le modèle reste plus libéral. Indépendamment de cette variante, dans tous les pays à industrialisation très tardive, le système de production national est dans une position de dépendance structurelle de par sa seule intégration à la société industrielle moderne : les caractéristiques qui lui sont imposées, en matière technologique par exemple, accentuent le phénomène de la marginalité et créent une nouvelle dualité au sein même du secteur industriel-urbain. C'est donc le modèle même de développement qui engendre ici ses obstacles et non la résistance d'institutions liées à la culture traditionnelle.


2006 ◽  
Vol 26 (3) ◽  
pp. 456-473 ◽  
Author(s):  
Daniel Vaillancourt
Keyword(s):  

Résumé La figure du Patriote a une généalogie complexe du fait qu'elle est bicéphale. Dans cet article, à l'aide de divers objets discursifs, nous analyserons les deux grandes faces de la figure, à savoir le tribun et le paysan. En nous arrêtant aux fondements historiques et discursifs de la figure du tribun, emblème de Papineau, on s'aperçoit que cet aspect de la figure a été construit dans les moments heureux du parti Patriote et réduit au silence dans les décennies qui suivent. Au contraire, dans la suite des discours, par le biais de l'histoire de François-Xavier Garneau, des romans de la terre et de l'illustration d'Henri Julien, le Patriote sera transfiguré en « habitant ». En prenant en compte cette évolution de la figure et les différentes modélisations discursives auxquelles elle donne lieu, nous entamons ici un parcours sériel de ces textes et de ces images, en montrant comment ces réaménagements reprennent et maintiennent des traits qu'on retrouvait sur l'autre face de la figure.


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