De compte-fil à garde-fou : la lecture du traducteur de poésie
Plusieurs représentants de la tradition herméneutique, dont Umberto Eco, Paul Ricoeur et George Steiner, considèrent le texte littéraire inachevé sans le concours du lecteur, lequel est cependant tenu d’en respecter la cohérence interne. Dans un tel contexte, l’affirmation selon laquelle le traducteur serait d’abord un lecteur constitue une évidence qui recèle, en soi, de multiples implications. Dans cet article, nous verrons d’abord comment l’oeuvre littéraire conditionne la lecture et, par conséquent, la traduction pour nous pencher ensuite sur la tension que présuppose la lecture d’un poème à traduire. Pour ce faire, nous comparerons cinq modèles décrivant le processus de traduction poétique des théoriciens suivants : Robert De Beaugrande, Andrei Bantaş, Francis R. Jones, Christopher Millis et Robert Bly. Ceux-ci s’inscrivent, selon nous, dans la lignée herméneutique en ceci qu’ils préconisent une lecture attentive du poème source, mais cherchent à en contrebalancer les effets par une révision obligatoire minimisant l’apport subjectif du traducteur. L’analyse de ces modèles permettra de constater l’importance réelle de la lecture dans la tâche du traducteur de poésie.