scholarly journals Les voies sociales de la consécration musicale

2016 ◽  
Vol 47 (2) ◽  
pp. 137-161
Author(s):  
Adrien Pégourdie

Cet article analyse les déterminants sociaux de l’accès à la reconnaissance artistique en musique classique. Récusant les modèles théoriques naturalistes centrés sur le talent comme principe explicatif ultime de la réussite des carrières artistiques, il s’attache à mettre en évidence les conditions sociales de la consécration musicale. Ainsi, le processus de reconnaissance est étudié à travers les inégalités instrumentales qu’il suscite, lesquelles sont étroitement liées à des différenciations sociales. Après avoir mis au jour ces inégalités, qui tendent à consacrer prioritairement des interprètes d’instruments socialement sélectifs, on s’intéresse aux façons de surmonter l’absence de consécration pour des interprètes des instruments plus ouverts socialement qui sont, le plus souvent, poussés vers l’enseignement. L’étude des trajectoires de musiciens révèle ainsi les dynamiques sociales auxquelles elles sont soumises, de l’origine sociale dont dépend notamment la familiarisation précoce avec les principes du champ de la musique classique aux inégalités entre les sexes qui orientent les manières de « se faire à sa position ».

Dialogue ◽  
2004 ◽  
Vol 43 (2) ◽  
pp. 339-354 ◽  
Author(s):  
Sonia Sikka

RésuméCet article analyse le besoin qu'éprouvent certaines personnes de se «reconnecter», ou renforcer lews liens, à une culture dans laquelle elles n'ont jamais été enchâssées, eu égard aux critères auxquels se mesure généralement un tel enchâssement (langue, valeurs, croyances, modes de vie, coutumes religieuses, etc.). Situant les résultats de son analyse par rapport à la pensée de Kymlicka et autres, il fait valoir que des facteurs tels que les liens de parenté, l'identification à autrui et l'expérience du racisme déterminent largement quel est le groupe culturel que les individus parviennent à considérer comme le leur.


2020 ◽  
pp. 155-168
Author(s):  
Valérie Schwob
Keyword(s):  
De Se ◽  

La pratique de la natation peut être envisagée sous la triple problématique d’un accès à la santé lié à l’acquisition de règles d’hygiène et de sécurité ainsi qu’à la pratique physique à proprement parlé. De fait, loin de se satisfaire les seuls savoir-faire techniques, « savoir nager » incorpore un rapport éducatif spécifique : une réflexion sur la place de l’individu, la place des corps dans la société, la relation à l’eau et à l’environnement. La santé définit par l’OMS se construit physiquement mais aussi socialement et psychologiquement. Dès lors, comment envisager un bien être aquatique collectif ? Les savoirs faire sociaux, d’entraide, de bienveillance liés à la nage peuvent-ils être envisagés dès l’apprentissage ? Existe-t-il un levier réflexif lié à l’usage de l’eau ? Cet article analyse un projet associatif qui a pour but de réduire les inégalités d’accès aux pratiques sportives de santé telles que la nage en proposant des modalités de pratique spécifiques ainsi qu’un projet de solidarité internationale au Sénégal. Les entretiens qualitatifs et des observations participantes permettent de construire des éléments d’analyse de l’engagement dans la pratique ainsi que sur le ressenti aquatique. In fine, cette recherche nous amène à porter un regard réflexif sur les modalités des pratiques sportives et d’envisager une approche centrée à la fois sur le ressenti et sur les problématiques environnementales.


Sociologias ◽  
2018 ◽  
Vol 20 (48) ◽  
pp. 30-46
Author(s):  
Jacques Leenhardt
Keyword(s):  
De Se ◽  

Résumé Pour des raisons méthodologiques, la sociologie entretient une relation plutôt distante avec la littérature. En tant que discipline scientifique, la sociologie doit définir ses objets sur la base de « propriétés inhérentes » (Durkheim). Y aurait-il une littérarité (Literarnost), telle que proposée par Jakobson ? Évidemment pas. La même chose s’applique à la fictionalité. La sociologie, par conséquent, préfère aborder son objet de façon détournée, pour aborder la « littérature » par son environnement : auditoires, critiques, politiques éditoriales, lecture. Cet article analyse quelques raisons historiques et épistémologiques d’une telle stratégie, qui évite d’aborder le noyau même de la littérature : la confrontation de différents mondes fictifs dans le texte et dans la lecture. Selon la théorie de la fiction, si la sociologie doit comprendre les forces qui transforment le statut actuel de la société, elle devrait accorder plus d’attention aux processus symboliques qui se produisent dans l’expérience littéraire, une activité qui permet à tous de se confronter des situations et des valeurs possibles (fictifs) et, par conséquent, symbolise un monde social différent possible.


2018 ◽  
pp. 161-175
Author(s):  
Tetsuo Sawada
Keyword(s):  
De Se ◽  

Le phénomène de « perversion » occupe une position bien particulière dans les domaines psychopathologique et psychanalytique. Selon la théorie de Freud, le rêve a pour effet de libérer les désirs refoulés pendant la journée. Au lieu d’être refoulés au tréfonds de l’inconscient, la plupart des vécus du pervers se manifestent dans sa vie en prenant des formes anormales ou immorales telles que le voyeurisme ou l’exhibitionnisme. La perversion est donc un phénomène foncièrement conscient et corporel. Or, si la phénoménologie est définie comme l’analyse de la structure des vécus de la conscience intentionnelle, il s’avère nécessaire d’analyser phénoménologiquement cette structure de la perversité au lieu de se contenter d’étudier la conscience dite saine ou normale. Pour aborder cette question, cet article analyse le texte de Marc Richir, intitulé Phantasia, imagination, affectivité, car il y tente de dégager la structure de la conscience du pervers d’une façon tout à fait innovante.


2014 ◽  
Vol 11 (2) ◽  
pp. 42-52
Author(s):  
Elizabeth Geary Keohane

Cet article analyse un ouvrage d’André Gide, Carnets d’Égypte, dans le contexte de ‘late style’, un concept adornien développé par Edward Said. Bien que Carnets d’Égypte représente un des derniers ouvrages de Gide, il ne s’agit pas d’une tentative de créer une impression de complétude ni de couronner une œuvre variée. C’est plutôt un espace créatif où il peut se permettre de se concentrer sur l’inachèvement. Nous examinons donc ce que Gide a choisi de ne pas ‘terminer’ ou même de ne pas ‘finaliser’ – le voyage lui-même et surtout le processus d'écriture qui s'ensuit. Pour Said, ‘late style’ est une attitude que nous pouvons déceler chez certains auteurs qui se trouvent devant la mort. Se concentrer sur l’inachèvement et non sur la complétude dans un tel cas révèle une certaine résistance chez Gide qui est tout de même productive, car elle arrive à faire avancer le processus d’écriture. André Gide in Egypt: the Unfinished and the Creative Process This article analyses a work by André Gide, Carnets d’Égypte, in the context of 'late style', an Adornian concept developed by Edward Said. Although Carnets d’Égypte is one of Gide’s final works, it does not attempt to create a sense of completeness nor does it attempt to crown a varied body of work. It is instead a creative space where he can allow himself to concentrate on the incomplete or the unfinished. I therefore examine what Gide has chosen not to ‘finish’ or even not to ‘finalise’ – that is, the journey itself and more particularly, the related writing process. For Said, ‘late style’ is an attitude that can be detected in certain authors facing death. Concentrating in such a case on what remains unfinished, instead of on completeness, reveals a certain resistance on Gide’s part which is nonetheless productive, since it manages to advance the writing process.


1972 ◽  
Vol 5 (1) ◽  
pp. 104-119 ◽  
Author(s):  
Richard Sandbrook

Cet article veut montrer que des notions comme celles de patron-client et de faction sont essentielles à la compréhension de plusieurs situations de conflit en Afrique. La notion de patron-client, qui est préférée aux notions voisines de « patronage » et de « machine politique », peut être définie comme une relation duale, caractérisée par l'inégalité des statuts, la réciprocité et l'interaction de face à face. Un réseau de relations patron-client est fait d'une série de relations de ce type, formant une structure pyramidale dont les liaisons aboutissent en un centre, et ce parfois grâce à plusieurs patrons intermédiaires. Quant à la faction, on peut la définir comme le segment de ce réseau qui est apte à entrer en compétition pour obtenir de la richesse, du pouvoir et du statut à l'intérieur d'une organisation ou d'un territoire donné. L'importance en Afrique des divisions entre factions se laisse voir par les insuffisances même de deux modèles conceptuels qui sont souvent utilisées dans l'analyse des situations de conflit: le modèle qui se fonde sur les clivages ethniques ou « tribaux », et le modèle qui se fonde sur les conflits de classe. C'est seulement en introduisant des concepts comme ceux de patron-client et de faction qu'on peut rendre compte des anomalies observées en ces deux modèles. En conclusion, on s'interroge sur les conditions sociales, économiques et politiques ainsi que sur les conséquences de la « politique de clientèle ». Une première conclusion provisoire veut que l'existence des factions à l'intérieur des armées, des partis, des organismes gouvernementaux, des syndicats, des coopératives et des associations tribales est à la fois une conséquence et une cause de leur faible degré d'institutionnalisation. Une seconde conclusion souligne la contradiction entre les appels publics qui demandent de se sacrifier dans l'intérêt de la nation à construire, et la pratique privée fort répandue qui consiste à établir, à la façon des mercenaires, des relations de client à patron. On note enfin que la politique de clientèle peut, dans certaines circonstances, contribuer à l'intégration politique, en jetant des ponts entre leaders de différents groupes ethniques et de différentes strates socio-économiques.


2017 ◽  
Vol 42 (1) ◽  
pp. 125-145 ◽  
Author(s):  
Isabelle Doré ◽  
Jean Caron

La santé mentale est plus que l’absence de maladie mentale ou de troubles mentaux : elle constitue une forme de bien-être complet et interpelle notre capacité à jouir de la vie et à faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés. La santé mentale et la maladie mentale ne représentent pas les extrêmes d’un même continuum, mais constituent plutôt des concepts distincts, bien que corrélés. La santé mentale influence directement le fonctionnement personnel et social des individus, justifiant l’importance d’agir en amont des problèmes pour promouvoir la santé mentale. Cet article vise, dans un premier temps, à situer le concept de santé mentale dans une perspective historique ; la conception traditionnelle suggérant que la santé mentale se définit par l’absence de troubles mentaux a été remplacée par une conception holistique qui interpelle directement la santé publique. Des modèles théoriques sont présentés afin d’exposer les diverses composantes de la santé mentale qui incluent une appréciation du bien-être émotionnel/qualité de vie (QV), du bien-être psychologique et social. Les auteurs présentent également différents instruments de mesure qui permettent d’évaluer les multiples dimensions de la santé mentale. Enfin, une recension des écrits présente les résultats de recherche sur les déterminants de la santé mentale. Nous souhaitons que cet article permette au lecteur de se familiariser avec des concepts et des outils qui ont pour but d’orienter la recherche, la surveillance, l’élaboration de politiques publiques et de programmes de santé publique destinés à la promotion de la santé mentale.


2007 ◽  
Vol 22 (1) ◽  
pp. 47-72 ◽  
Author(s):  
Claude Laflamme

Résumé Le discours officiel soutient que les jeunes ont besoin de formation pour s'insérer dans le marché de l'emploi. Pendant que la population en général s'instruit de plus en plus et que des modèles théoriques expliquent le rôle de la formation dans l'insertion professionnelle, la situation des jeunes sur le marché de l'emploi ne cesse de se dégrader. Ce texte examine la valeur, sur le marché de l'emploi, du diplôme des finissants du secondaire et du collégial, et pose la question du rapport entre le système d'enseignement et le système de production.


2010 ◽  
Vol 42 (1) ◽  
pp. 171-196 ◽  
Author(s):  
Schirin Amir-Moazami
Keyword(s):  
De Se ◽  

Résumé Cet article analyse le dialogue interculturel en Allemagne grâce à l’outil conceptuel que représente l’herméneutique critique de Gadamer. Le point de départ en est le Deutsche Islam Konferenz (DIK), une initiative de dialogue avec les musulmans menée par l’État en Allemagne. À partir de l’idée de Gadamer du caractère processuel du dialogue et d’une ouverture principielle à la différence de l’autre, je souhaite montrer que le DIK trouve ses origines bien plus dans une politique d’intégration que dans une idée de « compréhension » mutuelle. Plutôt que de délinéer une réflexion critique sur les prémisses d’un « travail de l’histoire » (Wirkungsgeschichte) propre à un individu et d’une révision potentielle de ces prémisses à travers la rencontre, cet article suggère qu’un tel événement dialogique se base sur l’assomption d’une normalité de soi et d’une déviance d’autrui à transformer. En donnant la parole à certains représentants musulmans et à leur refus de se transformer unilatéralement, j’avance que les retombées de telles mesures de dialogue n’en sont pas moins ouvertes et ambivalentes.


2015 ◽  
pp. 206-222
Author(s):  
Martine Court ◽  
Julien Bertrand ◽  
Géraldine Bois ◽  
Gaële Henri-Panabière ◽  
Olivier Vanhée

Depuis les années 1980, de nombreuses études ont montré que les individus issus de familles nombreuses ont tendance à désirer et à avoir eux-mêmes un nombre élevé d’enfants. Pour autant, cette reproduction à l’âge adulte du type de famille que l’on a connu pendant l’enfance ne va pas de soi. Le fait d’avoir grandi dans une fratrie nombreuse ne suffit pas à lui seul à faire naître chez les individus le désir d’avoir à leur tour de nombreux enfants. L’émergence de ce désir suppose un certain nombre de conditions sociales. Cet article analyse ces conditions, en s’intéressant au rôle de la socialisation primaire. Il décrit en particulier trois types d’expériences socialisatrices susceptibles de favoriser ou au contraire de défavoriser la construction de l’aspiration à avoir soi-même un grand nombre d'enfants chez les jeunes issus d’une famille nombreuse : les souvenirs plus ou moins heureux que les individus gardent de leur enfance, leur implication dans la prise en charge de leurs cadets et leur perception de l'expérience de leurs parents. Dans chaque cas, l’article montre que les expériences socialisatrices associées au désir d’avoir soi-même un grand nombre d'enfants ne sont pas réparties de manière uniforme au sein de l’espace social.


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