La lettre sous le regard du cyclope. La loi du secret dans la correspondance entre Claude Gauvreau et Paul-Émile Borduas
Parmi les diverses pratiques connues sous le terme d’écriture intime, celle de Claude Gauvreau entretient un rapport complexe à l’épistolaire et à l’autobiographie. À partir d’une réflexion portant sur l’interdit posée par Muriel Guilbault peu avant la mort de Gauvreau et les enjeux autobiographiques présents dans le roman moniste Beauté baroque, l’auteur analyse la place que le « secret » occupe par la suite dans la correspondance échangée entre le poète et Borduas. Examinant les conséquences découlant de la rupture par Gauvreau du pacte de confidentialité qui fait passer un document privé de Borduas dans la sphère publique et la nature de « l’étrange querelle » — selon les termes de Jacques Marchand —, qui conduit les deux hommes à interrompre leurs échanges, l’auteur interroge l’effet de cette loi de l’interdit sur la diffusion de l’oeuvre de Gauvreau, longtemps limitée à un cercle d’initiés, et dont seule l’édition posthume de ses écrits pouvait dénouer l’insoluble paradoxe.