scholarly journals La vie du clergé québécois au XIXe siècle

2005 ◽  
Vol 8 (3) ◽  
pp. 259-273
Author(s):  
Pierre Savard

L'histoire du clergé canadien-français qui fut si étroitement mêlé au destin de notre peuple reste à écrire. Nous possédons cependant des études nombreuses sur certains aspects de l'oeuvre du clergé chez nous. Son attitude politique, celle de l'épiscopat à tout le moins, a été scrutée avec patience et racontée parfois avec force détails. Dans un de ses meilleurs ouvrages, le chanoine Groulx a précisé le rôle du clergé dans l'éducation. La thèse récente du P. Ryan nous a révélé un clergé plus préoccupé qu'on ne l'avait cru des problèmes sociaux. Les historiens de la pensée n'ont pas manqué de souligner le rôle du clergé dans l'élaboration de l'idéologie conservatrice du Canada français traditionnel. Mais il y a encore beaucoup à explorer. Si nous nous interrogeons, par exemple, sur la vie interne du clergé, son recrutement, sa formation, sa spiritualité, la physionomie et l'action des diverses familles religieuses, la discipline ecclésiastique, la pensée ecclésiologique, les relations entre les clercs et leurs supérieurs, nos connaissances se révèlent beaucoup plus limitées. La tâche, d'ailleurs, n'est pas facile. Des chercheurs patients ont pu dénombrer les clercs, calculer « le quotient clérical des fidèles » pour un moment donné ou « le taux sacerdotal de tant de garçons à la naissance». Plus délicate est l'étude qualitative du clergé. Comme l'a écrit le grand historien belge Léon Halkin : « Les statistiques n'ont pas le dernier mot, les chiffres sont indicatifs, ils ne sont pas décisifs. Ce qui compte, c'est la densité spirituelle de la foi. » Cette considération méthodologique qui s'ajoute au caractère limité et discontinu de notre documentation aide à comprendre l'aspect provisoire et incomplet du tableau que nous nous proposons d'esquisser.

2005 ◽  
Vol 8 (3) ◽  
pp. 275-297 ◽  
Author(s):  
Philippe Sylvain

Le dix-neuvième siècle est le siècle du libéralisme. Sous sa forme laïciste, le libéralisme dérive directement de la Révolution française qui a d'abord reconnu la non-confessionnalité de l'État, puis laïcisé les services publics et, enfin, proclamé la séparation de l'État et des Églises. En dépit de l'opposition acharnée de l'Église catholique, ces mouvements allaient se répercuter, à des dates et à des degrés différents suivant les pays, dans les nations qui, jusque-là, avaient vécu en un climat de chrétienté. C'est ce que André Latreille exprime par ces lignes d'une rare densité : « Il y a eu, écrit l'éminent historien, entre 1789 et 1799, une nation, la France, où ils ont en quelque sorte explosé tous à la fois, de sorte qu'en l'espace de cinq ou six années seulement on a passé à un régime de totale laïcisation. (...) À ces trois mouvements (...), l'Église s'est opposée avec une persévérance, avec une sorte d'intransigeance passionnée, dès 1789 et pendant tout le XIXe siècle, — le moment le plus dramatique du conflit avec les sociétés « modernes » se situant sous le pontificat de Pie IX, entre 1850 et 1880. » Cette lutte qui dressa l'Église contre les libéraux européens et sud-américains ne fut pas moins violente au Canada français. C'est une histoire qui reste à écrire. Pour l'instant, je m'en tiendrai aux années qui vont de 1848 à 1862, étape cardinale durant laquelle ultramontains et libéraux définissent leurs positions et engagent un combat à outrance dont les péripéties se succéderont à un rythme passionné tout le reste du siècle.


1976 ◽  
Vol 31 (3) ◽  
pp. 631-643 ◽  
Author(s):  
François Sigaut
Keyword(s):  
Il Y A ◽  

C'est en 1931, il y a plus de quarante ans, que Marc Bloch en publiant ses Caractères originaux… donnait la première synthèse de ce qu'on savait alors sur la répartition géographique des assolements en France. Synthèse encore valable dans ses grandes lignes, mais qu'on n'a pas essayé jusqu'ici, semble-t-il, de transcrire sur carte. On peut se demander pourquoi cet essai n'a pas été tenté. Les indications rassemblées par Marc Bloch, il est vrai, n'étaient pas suffisantes à elles seules pour permettre une cartographie même schématique. Mais on pouvait les compléter : Marc Bloch lui-même en avait suggéré le moyen, cette méthode régressive — « lire l'histoire à rebours » — qui consiste à aller du connu à l'inconnu, c'est-à-dire, bien souvent, du récent à l'ancien.


2005 ◽  
Vol 3 (1-2) ◽  
pp. 25-26
Author(s):  
Marcel Trudel

Que savons-nous au juste de notre XIXe siècle ? L'historien qui désire répondre à une telle question se voit confronté à un certain nombre de difficultés. Ainsi, qui peut prétendre avoir seulement parcouru toute la production historique relative au siècle dernier ? Qu'il s'agisse de l'évolution économique, sociale, démographique, politique ou religieuse, l'historien dispose maintenant d'un assez large éventail de travaux susceptibles de lui fournir une vue d'ensemble de cette époque troublée. Évidemment, parmi les historiens, des figures dominantes se dégagent d'emblée, tels Garneau, David, Suite, Chapais, Groulx, Maheux, Bruchési, Christie, Dent, l'équipe de Canada and ils Provinces, Creighton, Lower, Mclnnis, Wade, Morton et Easterbrook, qui non seulement ont réalisé un effort considérable de synthèse mais qui ont aussi pour plusieurs influencé d'une façon décisive l'orientation de la recherche. Ces quelques noms ne font pas oublier les nombreux auteurs d'études spécialisées, les biographes, les fabricants de monographies paroissiales ou régionales et, enfin, les généalogistes. Suffit-il de s'être familiarisé avec les études les plus marquantes pour être en mesure de porter un jugement valable sur une masse aussi imposante de travaux ? Il faut de plus avoir pris contact avec l'ensemble des problèmes que soulève l'évolution globale du Canada français depuis l'introduction du parlementarisme jusqu'à la prise du pouvoir par Laurier. Tout cela constitue une sérieuse invitation à la prudence. Deux principaux courants parallèles et, en très grande partie, autonomes ont marqué le développement de l'historiographie canadienne depuis Garneau jusqu'à la seconde guerre mondiale. L'un, d'inspiration essentiellement nationaliste, reflète l'unanimité idéologique des historiens canadiens-français et l'autre, d'origine anglo-saxonne, se révèle depuis la fin du XIXe siècle plus ouvert à la diversité et plus soucieux de s'appuyer sur des méthodes scientifiques. Ce n'est pas qu'une certaine influence réciproque ne se soit fait sentir — les œuvres de Chapais, De Celles, Bruchési, Lower et Mason Wade en témoignent — mais il reste que, d'une façon générale, les échanges de points de vue ont été plutôt limités. Tout cela tend à donner l'impression d'une double construction historique étroitement cloisonnée.


2005 ◽  
Vol 10 (2-3) ◽  
pp. 373-387
Author(s):  
Christine Piette-Samson

L'étude des idéologies au XIXe siècle revêt un intérêt particulier en raison de l'affrontement violent qui oppose libéraux et ultramontains. La révolution française voit s'épanouir en Europe un courant de liberté face auquel nous retrouvons les adversaires du progrès vite appuyés par les autorités religieuses. Les catholiques de partout se tournent alors vers Rome et se regroupent dans le mouvement ultramontain, partisan d'un retour en arrière. À l'autre pôle, champions de la liberté politique et individuelle : les libéraux. La lutte idéologique qui s'engage touche l'Europe entière et passe, presque intégralement, en Amérique. Au Canada français, en effet, se retrouvent les mêmes tendances. En tète de l'une, l'évêque de Montréal, Mgr Bourget, avec à sa suite la majorité du clergé et de la population s'opposent au petit groupe libéral formé autour de l'Institut canadien en 1844 et du journal l'Avenir en 1847. De ce noyau Louis-Antoine Dessaulles est certainement l'un des types les plus représentatifs. Le but de cette étude est la présentation de l'idéologie de Louis-Antoine Dessaulles, dont la carrière est une excellente illustration du libéralisme canadien-français pour lequel il lutta en tant qu'homme politique, journaliste et polémiste. Une brève évocation de cette carrière sera suivie de la présentation de l'idéologie elle-même regroupée autour de deux thèmes émanant du libéralisme lui-même : libertés individuelles et libertés publiques. Dans ces deux domaines, nous tenterons de dégager les principes de Dessaulles inséparables de ses polémiques. Nous limitons cependant cette étude à la pensée de Dessaulles au moment où il est rédacteur du journal le Pays, du 1er mars 1861 au 24 décembre 1863.


1996 ◽  
Vol 17 (1) ◽  
pp. 193-210
Author(s):  
Odile Rudelle

Il y a peut-être une gageure à vouloir confronter l’œuvre de Jules Ferry, homme d’état républicain de la Fin du XIXe siècle, à un « Modèle américain », qui avait été plus en vogue au début du siècle. A la différence de Chateaubriand ou Tocqueville. Jules Ferry qui a été un grand voyageur en Europe ou en Afrique du Nord, n’a pas traversé l’Atlantique. Pire encore, quand il en a eu l’occasion, en 1872, il l’a refusée. En effet, pour le reposer de la double tragédie du Siège et de la Commune de Paris où il avait failli perdre la vie. Monsieur Thiers lui avait proposé un poste d’ambassadeur à Washington. C’est Athènes qu’il préféra, tant l’Amérique lui paraissait lointaine, éloignée des « grandes affaires », où se jouait le destin de l’Europe des nouvelles nationalités. A l’heure des guerres balkaniques, il préférait se rapprocher de Constantinople et des grandes cours européennes où, après le désastre de Sedan et la chute de l’Empire, il espérait pouvoir œuvrer en faveur de la bonne la réputation d’une France républicaine, devenue paisible.


2006 ◽  
Vol 27 (2) ◽  
pp. 273-282
Author(s):  
David A. Bell

Je me propose d'examiner ici un coup d'État français. C'est un coup d'état qui est attendu depuis plusieurs années, à la suite de longs conflits entre le pouvoir exécutif et les soi-disant représèntants du peuple. Il est médité, préparé et exécuté par le chef de l'État lui-même contre les représentants du peuple. Il est suivi par l'exécration quasiuniverselle du chef de l'État par l'opinion publique. Néanmoins, après un certain temps, le coup d'Etat semble avoir réussi. Les protestations diminuent, l'opinion publique accepte les changements. Les opposants se désespèrent et dénoncent la lassitude de leurs compatriotes. Quel est ce coup d'État ? Pour les historiens du XIXe siècle, la réponse est évidente : ce ne peut être que celui de Louis-Napoléon Bonaparte contre la Seconde République. Mais pour les his,toriens du XVIIIe siècle, il y a une autre réponse possible: le coup d'Etat du Chancelier Maupeou contre les parlements, c'est-à-dire les cours souveraines, au mois de décembre 1770.


2005 ◽  
Vol 40 (111) ◽  
pp. 341-362 ◽  
Author(s):  
Lynda Villeneuve

Les représentations du paysage charlevoisien au cours du XIX e siècle font une large place aux normes dictées par l'art du paysage européen, britannique en particulier. Le mouvement esthétique romantique interpréta les signes du paysage charlevoisien en référence à une idéologie agriculturiste et anti-urbaine présente à partir de la décennie 1840 en particulier. Le paysage fut intégré à l'idéologie nationale canadienne dans la seconde moitié du XIXe siècle par les artistes torontois qui recherchaient, à cette époque, l'authenticité des paysages ruraux du Canada. Le paysage charlevoisien fut alors représenté comme un paysage rural authentique du Canada français, ayant su préserver la beauté de son milieu naturel et le mode de vie typique de ses habitants. Ces représentations picturales, en raison des idéologies conservatrices qui les sous-tendent, accordaient peu d'importance au vécu territorial d'une région en mutation rapide au cours de la période 1831-1871, sous l'impulsion de la nouvelle économie urbaine industrielle.


2008 ◽  
Vol 48 (2) ◽  
pp. 153-185 ◽  
Author(s):  
Yvan Lamonde

RÉSUMÉ « L'intellectuel » apparaît en France au moment de l'affaire Dreyfus et constitue une figure typique du milieu culturel français jusqu'à ses représentants les plus fameux, Jean-Paul Sartre et Albert Camus. Le substantif « intellectuel » est utilisé pour la première fois au Québec par Léon Gérin en 1901 et devient de plus en plus usuel dans l'Action française et à Parti pris en passant par André Laurendeau et la jeunesse de la Crise, chez les universitaires de l'Ecole des Sciences sociales de l'Université Laval et les collaborateurs de Cité libre et de Liberté. Le présent article tente de répondre à la question suivante : pourquoi l'intellectuel francophone ne fut-il pas possible au Québec avant 1900 ? Tout en comparant les sociétés française et québécoise, nous analysons le lexique qui désigne le phénomène et les conditions socioculturelles qui rendent possible l'intellectuel; nous proposons une mesure des professions culturelles d'où pouvait émerger cet intellectuel et nous scrutons les formes d'expression et de sociabilité du milieu culturel québécois du XIXe siècle. En ayant à l'esprit l'évolution de l'intellectuel québécois francophone au XXe siècle, nous proposons quelques explications à son émergence spécifique.


Author(s):  
Jean Levasseur

Le Canada français littéraire du XIXe siècle compte des œuvres relevant de l’utopie et de la science-fiction. Rémi Tremblay, Franco-Américain d’adoption, présente avec Un revenant (1884) une œuvre unique. Huit ans avant Jules Verne dans son Château des Carpathes (1892), Tremblay introduit la fantasmagorie dans la fiction. La science permet de véhiculer des idées libérales, dans le sillage de l’idéologie démocratique américaine. Par ailleurs, l’originalité du texte se trouve aussi dans le traitement fictionnel de la lanterne magique, qui fait se confronter deux philosophies scientifiques du XXe siècle, la relativité d’Einstein et la théorie quantique.


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