scholarly journals « Qui sème peu récolte peu » : Chrétien de Troyes au champ romanesque

2009 ◽  
Vol 40 (2) ◽  
pp. 69-77
Author(s):  
Baptiste Franceschini

Résumé Chrétien de Troyes ouvre son Conte du Graal sur une étonnante métaphore de l’écrivain semeur en train de répandre ses graines romanesques. Cette représentation paysanne d’un auteur qui travaille le texte comme on travaillerait la terre permet alors de légitimer une écriture littéraire toujours susceptible, au Moyen Âge, de constituer un affront aux Écritures. En se peignant dans l’effort rustique, Chrétien de Troyes choisit donc de reconduire sa soumission, tant à l’ordre divin (le labeur est bien le destin de tout bon chrétien depuis le péché originel) qu’à la hiérarchie féodale où le fruit de l’activité n’est qu’une exigence du fief que le travailleur ne saurait réclamer.

1979 ◽  
Vol 34 (4) ◽  
pp. 672-683 ◽  
Author(s):  
Noël Coulet

Le cérémonial des « joyeuses entrées » est bien connu à partir du xive et surtout du xve siècle. On dispose alors d'abondantes descriptions, rédigées par des auteurs qui se montrent attentifs aux nombreux détails qui font tout le pittoresque de ces « parades bruyantes et colorées ». C'est d'ailleurs à cette époque que le programme s'enrichit de toute une mise en scène qui met les ressources du théâre au service de la propagande monarchique. Mais le rituel d'entrée n'est pas pour autant une métamorphose des gestes tout simples de l'accueil qui est normalement dû au souverain ou au seigneur exerçant son droit de gîte. L'adventus ou occursus est liturgique et solennel tout au long du Moyen Age. Les éléments de cette réception ritualisée se retrouvent de façon immuable, tant dans le récit que Grégoire de Tours procure de l'entrée du roi Gontran à Orléans au vie siècle que dans la description par Adhémar de Chabannes des entrées des comtes d'Anjou au xie siècle. Ils figurent inchangés aussi bien dans les narrations des sources du Haut Moyen Age relatant l'entrée à Rome de Charlemagne ou des papes du ixe siècle que dans l'évocation par Chrétien de Troyes de l'accueil réservé au roi Arthur dans Yvain.


2013 ◽  
Vol 129 (3) ◽  
pp. 589-607
Author(s):  
Francesca Gambino

AbstractL’un des personnages les plus mémorables du Chevalier au lion de Chrétien de Troyes est le paysan qu’on rencontre dans la forêt de Brocéliande, juste avant d’atteindre la source merveilleuse. Dans certains manuscrits il apparaît comme le gardien des taureaux, des ours et des léopards qui se battent devant lui. Des associations similaires d’animaux ne devaient pas surprendre les hommes du Moyen Âge, qui étaient familiers des histoires dans lesquelles coexistaient des animaux sauvages de différentes régions géographiques. Le passage correspondant du Mabinogi de Owein, texte gallois qui suit le même récit que le roman de Chrétien, énumère cerfs, lions, serpents, et «toutes sortes d’animaux». Il est donc probable que la source commune aux deux romans citait plusieurs bêtes sauvages. L’archétype de ces personnages est probablement le légendaire «seigneur des animaux», divinité qui dans les cultures des chasseurs de la préhistoire présidait à la reproduction et à la distribution du gibier et qui a subi plusieures métamorphoses dans les contes hagiographiques de différents saints et dans d’autres textes de la littérature française médiévale. L’association d’animaux disparates constitue donc un canevas narratif traditionnel et le passage de Chrétien de Troyes se réfère à ce substrat mythique.


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