scholarly journals Les contradictions fondamentales de l’école minoritaire

2007 ◽  
Vol 23 (3) ◽  
pp. 509-526 ◽  
Author(s):  
Roger Bernard

Résumé Dans des conditions sociales et démographiques très défavorables, nous demandons à l'école minoritaire de réussir là où la famille et la communauté éprouvent d'énormes difficultés. L'analyse reprend l'argumentation qui conduit à faire de l'école un agent de vitalité ethnolinguistique, examine l'environnement social qui délimite les véritables pouvoirs de l'école, et fait ressortir les contradictions fondamentales qui guettent l'école qui se donne comme mission le changement social. Devant l'ampleur de l'assimilation linguistique, la profondeur de l'acculturation et l'étendue de l'effritement des communautés canadiennes-françaises minoritaires, les défis de culturation et de communalisation de l'école sont démesurés par rapport aux moyens habituellement mis à sa disposition pour les relever.

2005 ◽  
Vol 7 (1-2) ◽  
pp. 23-35 ◽  
Author(s):  
Léon Dion

Il y a moins de dix ans, les intellectuels étaient d'avis que la société québécoise était parvenue à un moment critique de son existence. Nombre d'entre eux se groupaient dans le Rassemblement des forces démocratiques. Leur diagnostic était des plus déprimants : (( stérilité » de l'esprit, « monolithisme » de la pensée, « omniprésence » de la droite, bref, le corps social tout entier, selon eux, était menacé de mort. Aujourd'hui, cependant, les intellectuels définissent la situation d'une manière bien différente : ils parlent généralement de « dynamisme », de « croissance » et de « révolution ». Comment expliquer cette étonnante volte-face des états d'esprit en si peu de temps ? L'observation un peu attentive des faits nous amène à conclure que les conditions sociales, bien qu'elles aient évolué dans ce court intervalle, ne sont pas fondamentalement aussi différentes que l'antinomie des slogans qui servent à les caractériser ne le laisse supposer. Le contraste des perceptions paraît tenir surtout à des facteurs psychologiques. Il y a dix ans, le Québec touchait à la fin d'une longue ère de conservatisme politique : l'impression d'immobilisme social et intellectuel s'en trouvait amplifiée ; aujourd'hui, nous venons d'entrer dans une ère de progressisme politique : la conscience du changement social et intellectuel s'en trouve accrue. Inversement, l'ampleur de l'évolution dans certains secteurs était alors méconnue tandis qu'aujourd'hui on sous-estime souvent l'importance des foyers de conservatisme. Une enquête un peu poussée, menée en 1958 par l'Institut d'éducation des adultes auprès de différents milieux, révélait chez les membres d'associations les plus diverses, en même temps qu'une conscience aiguë de l'emprise du traditionalisme, l'adhésion à des normes démocratiques élevées de même qu'aux valeurs propres à la civilisation moderne. Par contraste, le débat sur le Bill 60, moment critique de l'évolution récente, manifesta la fermeté de l'emprise des convictions anciennes sur un grand nombre d'associations et d'individus. Au delà des apparences, aujourd'hui comme il y a dix ans, la divergence des aspirations et des mentalités parmi les agents sociaux est intense. Dans les deux cas, cependant, par suite d'une disposition d'esprit particulière, on magnifie dans les perceptions globales un aspect de la situation idéologique et on réduit l'importance de l'autre aspect. Comment rendre compte de ce comportement insolite ? Peut-on aller au delà de l'explication psychologique élémentaire que je viens d'esquisser ? Le problème posé peut se formuler ainsi : comment se fait-il que le stock des idéologies dont dispose la société — entendant par idéologie un système plus ou moins élaboré de représentations en vue de l'action — soit assurément beaucoup plus diversifié qu'il ne semble aux acteurs sociaux ? Comment se fait-il qu'une série entière d'idéologies reste toujours sous-utilisée, voire même ignorée au plan global, et que les idéologies qui paraissent activer le cours des choses fassent généralement partie elles aussi d'une seule et même série d'idéologies ? Tout se passe comme s'il existait dans la société des mécanismes de polarisation qui entraînent les idéologies sociales particulières, dès qu'elles acquièrent une fonction et une signification globales, dans l'orbite de deux constellations idéologiques dominantes que j'appellerai le « conservatisme » et le « progressisme ». Par ces deux termes, j'entends deux orientations d'esprit opposées, l'une, le conservatisme, s'attachant à la consolidation et à la défense des valeurs et des institutions existantes, et l'autre, le progressisme, visant à l'implantation de valeurs et d'institutions nouvelles. J'emploierai ces deux notions d'une manière synthétique, c'est-à-dire comme exprimant deux dynamiques, différentes et opposées, de polarisation des idéologies. Dans le présent exposé, je veux m'attacher à identifier les mécanismes de polarisation des idéologies, à supposer qu'ils existent, et à examiner les effets qui résultent de la polarité sur le comportement et le destin des idéologies. L'identification des mécanismes de polarisation, je vais la chercher, d'une part, dans la nature même du tissu social qui enveloppe les idéologies, c'est-à-dire les pouvoirs, et, d'autre part, dans la voie d'analyse généralement empruntée pour l'étude des idéologies et qui consiste à considérer celles-ci selon l'optique des pouvoirs plutôt que selon celle des agents sociaux. À la suite de cet exposé forcément abstrait, je décrirai brièvement comment la question de la polarité des idéologies se pose au Québec.


2019 ◽  
Vol 58 (2) ◽  
pp. 143-150
Author(s):  
Pascale Molinier

La psychodynamique du travail a étendu les conditions sociales de la sublimation au travail ordinaire et à la dynamique de la reconnaissance. Selon Christophe Dejours, la reconnaissance porte sur le faire mais elle se capitalise dans le registre de l’être. Or ce que les femmes font est généralement confondu avec ce qu’elles sont. D’où un déficit chronique de reconnaissance de leurs contributions, bien sûr aggravé par les rapports sociaux de domination (voir l’effet Mathilda dans les sciences). Ce constat sera ici principalement argumenté à partir des analyses psychodynamiques du travail féminisé (les activités de care) qui se caractérisent par leur discrétion. De la sous-estimation du travail féminin, il résulte de nombreuses conséquences, tant sur le plan théorique que clinique : la sublimation dépend-elle nécessairement de la reconnaissance ? – on déplacera cette question autour de l’expressivité et de la voix.


1971 ◽  
Vol 26 (6) ◽  
pp. 1291-1299 ◽  
Author(s):  
Walter Endrei

Un historien de l'économie me dit un jour que, tout en admettant l'importance des recherches effectuées dans le domaine de l'histoire de la technique, il ne voyait pas la possibilité de les utiliser si elles n'aboutissaient pas à des conclusions concrètes, exprimées en données numériques : en d'autres termes, si l'indice de la productivité n'était pas connu, chiffre caractéristique des conditions sociales de l'époque. Cet argument était si persuasif que, depuis lors, je m'efforce d'établir ces indices pour chaque thème que j'étudie.Pour l'industrie lainière qui est ici mon propos, la terminologie n'est pas unifiée selon les divers pays; les unités de mesure, les titres des fils, la largeur, la longueur et le poids des pièces varient, eux aussi, selon les époques et selon les régions. Et ce qui aggrave encore la situation c'est que ces données ne sont souvent pas indiquées dans les sources, car elles étaient considérées comme généralement connues.


1983 ◽  
Vol 38 (2) ◽  
pp. 221-233 ◽  
Author(s):  
S. A. M. Adshead

Le but de cet article est d'étudier le phénomène bureaucratique des administrations du sel dans une large perspective spatio-temporelle. En nous appuyant sur cinq exemples pour lesquels nous disposons d'une documentation relativement abondante — la Chine de la fin de l'empire et du début de l'époque républicaine, l'Inde des années vingt et trente de ce siècle, l'Empire ottoman au tournant des XIXeet XXesiècles, la France du XVIIIesiècle et la Venise médiévale —, nous cherchons à montrer qu'en dépit de différences tenant aux temps et aux lieux, ces administrations de la gabelle relèvent d'un phénomène bureaucratique unique pouvant être mis en relation avec des conditions sociales et politiques spécifiques. La démonstration se fera par un examen des analogies et des différences le long des deux axes de la structure et de la conjoncture. Nous concluons que les ressemblances générales l'emportent sur les différences, encore que les ressemblances dominent sur l'axe de la structure et les différences sur celui de la conjoncture. Les administrations de la gabelle représentent un véritable cas d'espèce bureaucratique. Il s'agit du premier type de service public spécialisé à vocation non militaire de l'État moderne se développant entre le XIIeet le XXesiècle.


L Homme ◽  
1992 ◽  
Vol 32 (121) ◽  
pp. 31-46 ◽  
Author(s):  
Susan Carol Rogers
Keyword(s):  

1992 ◽  
Vol 53 (1) ◽  
pp. 293-302
Author(s):  
Danièle Stewart
Keyword(s):  

Sign in / Sign up

Export Citation Format

Share Document