scholarly journals Trauma, témoignage et récit

Protée ◽  
2007 ◽  
Vol 34 (2-3) ◽  
pp. 113-125
Author(s):  
Anne Martine Parent

Résumé Le présent article explore la manière dont le trauma ruine la possibilité même d’un récit tout en le rendant nécessaire à la fois. Tout d’abord, un survol de l’histoire de la notion de trauma et des théories du trauma montre que c’est l’incompréhensibilité d’un événement pour un sujet qui fait de cet événement un trauma. Cette incompréhensibilité met le sujet aux prises avec une double contrainte (double bind) : d’une part, l’incompréhensibilité de l’événement traumatique pousse le sujet à tenter de l’intégrer dans son histoire psychique par sa mise en récit, tandis que, d’autre part, cette incompréhensibilité constitue cela même qui empêche la mise en récit de l’événement. Le témoignage semble être le seul genre de récit qui puisse se faire à partir de cette double contrainte, comme le révèle l’analyse de témoignages de camps de concentration nazis (notamment ceux de Charlotte Delbo et de Jorge Semprun) dans la dernière partie de l’article.

2005 ◽  
Vol 31 (3) ◽  
pp. 57-68 ◽  
Author(s):  
Colin Davis

La littérature de l'holocauste pose problème à la critique éthique dans la mesure où celle-ci cherche le plus souvent à affirmer la pertinence des valeurs que l'holocauste remet en question. Cet article examine des textes de Charlotte Delbo, Elie Wiesel et Jorge Semprun qui suggèrent que la rencontre avec l'holocauste est impossible pour les survivants et leurs lecteurs ; l'événement est trop traumatisant pour être intégré à l'expérience du sujet et la connaissance qu'il offre est décrite comme inutile ou dangereuse. Enfin, la notion d'" enseignement " est empruntée à la pensée de Levinas pour esquisser une façon d'aborder la littérature de l'holocauste qui ne consisterait pas à se l'approprier du point de vue des valeurs du lecteur.


2017 ◽  
Vol 33 (2) ◽  
pp. 244-261 ◽  
Author(s):  
Katharine Venter ◽  
Denise Currie ◽  
Martin McCracken

There is growing evidence that in the UK demands for non-profit and voluntary sector organisations to comply with funders’ target driven priorities are often in tension with organisations’ social goals. The implications of this for employees are not yet sufficiently understood. The present article builds on Bateson et al.’s theory of double-bind to develop a socially contextualised model to understand employees’ experiences of workplace contradictions in the sector. Drawing from data provided by 49 individuals working in three case study organisations, our conceptualisation of a ‘non-profit double-bind’ provides a new and novel way of understanding how social meta-communicative processes serve to embed or reframe contradictions within intense employment relationships.


Tangence ◽  
2014 ◽  
pp. 75-94
Author(s):  
Martine-Emmanuelle Lapointe

La critique a très souvent divisé l’histoire littéraire québécoise en un avant et un après. Chez les auteurs les plus sévères, l’après se présente comme la suite endeuillée des années 1960, son prolongement moribond — topos que l’on retrouve aussi parfois dans la France de l’après mai 1968. L’après se situe donc dans un espace temporel aux contours imprécis. Il aurait un commencement — autour de 1980 — mais pas de fin, car il incarnerait le dénouement sous toutes ses formes, l’épuisement des signes de la culture, la morosité sociétale, la fin des idéologies. Le présent article interroge les présupposés d’une telle mise en récit de la littérature québécoise contemporaine et par là même de la fabrication de la borne temporelle de 1980. L’analyse porte plus précisément sur les dossiers que les revues Spirale et Liberté ont fait paraître en 1980. Elle vise certes à relever les figures de la fin, de la désillusion et du désenchantement, souvent associées au contexte politique entourant le premier référendum sur la souveraineté du Québec, mais aussi celles d’un certain ressourcement, porté entre autres par le discours féministe dans les pages du magazine culturel Spirale. L’examen des dossiers parus en 1980 tend à dégager d’un vaste ensemble de textes un récit minimal, lequel permet de mieux y cerner l’inscription, non pas de l’année 1980, mais des oeuvres et des réflexions sur la culture qu’elle a vu naître.


Slovo ◽  
2021 ◽  
Vol The Distant Voyages of Polish... (The distant journeys of...) ◽  
Author(s):  
Katia Vandenborre

International audience Of the four books which were written by Jacek Hugo‑Bader, three are held in Russia and in the territories of the former Soviet Union: In the Paradise Valley, Among the Weeds herbes [W rajskiej dolinie, wśród zielska, 2002], White Fever [Biała gorączka, 2009] and Kolyma Diaries [Dzienniki kołymskie, 2010]. This Russianness is the starting point of the present article which aims to place Hugo‑Bader’s literary personality in the Polish galaxy of travel writers. His interest for post‑Soviet space connects Hugo‑Bader with two writers who have distinguished themselves in this field: Svetlana Aleksievič and Ryszard Kapuściński. Considering the method, the collection of material, the relationship to witnesses, the vision of Russian power, the storytelling and the use of literature, the comparison will help to identify some of Hugo‑Bader’s most important specificities. Sur les quatre livres que compte l’oeuvre de Jacek Hugo‑Bader, trois se déroulent en Russie et dans les territoires de l’ex‑URSS : Dans la vallée paradisiaque, parmi les mauvaises herbes [W rajskiej dolinie, wśród zielska, 2002], La Fièvre blanche [Biała gorączka, 2009] et Le Journal de la Kolyma [Dzienniki kołymskie, 2010]. Cette prédominance russophone constitue le point de départ du présent article dont l’objet est de situer la personnalité littéraire d’Hugo‑Bader, dans la pléiade polonaise des écrivains voyageurs. L’intérêt pour l’espace post‑soviétique invite en effet à rapprocher Hugo‑Bader de deux écrivains qui se sont illustrés dans le domaine : Svetlana Aleksievitch et Ryszard Kapuściński. En prenant en compte la méthode, la collecte de matériau, la relation aux témoins, le rapport au pouvoir russe, la mise en récit et l’utilisation de la littérature, la comparaison permettra de dégager ainsi quelques‑unes des spécificités de l’auteur de La Fièvre blanche.


2018 ◽  
Vol 37 (1) ◽  
Author(s):  
Pierre Rajotte

Un schème narratif bien précis s’impose, consciemment ou inconsciemment, aux pèlerins de plus en plus nombreux qui relatent leur expérience de marche intensive sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce schème, communément appelé le « monomythe », met en corrélation le statut d’un héros et l’accomplissement d’un voyage initiatique. Le présent article rappelle ce qui caractérise ce schème narratif du parcours mythologique du héros. Puis il illustre comment ce parcours se déploie dans un récit reconnu comme particulièrement représentatif de l’expérience pèlerine : Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin (2013), de même que dans un corpus de 47 récits québécois publiés de 1996 à 2016. La démonstration tente ensuite d’évaluer la portée épistémologique de l’analyse de ce schème pour comprendre l’expérience ainsi mise en récit, et notamment pour expliquer le sens et la popularité actuelle de la marche pèlerine. De cet examen, il ressort que le Camino est au pèlerin ce que l’exploit initiatique est au héros : il rend possible un travail de restauration et de transfiguration identitaire. Pour plusieurs pèlerins, en quête d’accomplissement ou appelés à vivre une transition nécessaire à la suite d’une crise identitaire (ex. divorce, retraite, chômage, etc.), l’expérience semble agir comme un rite conjuratoire largement tributaire d’une représentation de soi en héros.


2021 ◽  
Vol 48 (1) ◽  
pp. 93-103
Author(s):  
Joanna Teklik

For the prisoners of the concentration camps winter with its seasonal attributes as the icy cold or snow is more than a meteorogical phenomenon. The arrival of winter not only announces the annihilation of the prisonners, but also and perhaps above all their dashing and the unspeakable suffering to come out. In this paper we wish to study in the light of such authors as Robert Antelme, Charlotte Delbo, Primo Levi, David Rousset and Jorge Semprún how the hard weather conditions are able to redraw the space and the prisoners’Horizon of despair.


2003 ◽  
Vol 34 (4) ◽  
pp. 219-226 ◽  
Author(s):  
Bart Duriez ◽  
Claudia Appel ◽  
Dirk Hutsebaut

Abstract: Recently, Duriez, Fontaine and Hutsebaut (2000) and Fontaine, Duriez, Luyten and Hutsebaut (2003) constructed the Post-Critical Belief Scale in order to measure the two religiosity dimensions along which Wulff (1991 , 1997 ) summarized the various possible approaches to religion: Exclusion vs. Inclusion of Transcendence and Literal vs. Symbolic. In the present article, the German version of this scale is presented. Results obtained in a heterogeneous German sample (N = 216) suggest that the internal structure of the German version fits the internal structure of the original Dutch version. Moreover, the observed relation between the Literal vs. Symbolic dimension and racism, which was in line with previous studies ( Duriez, in press ), supports the external validity of the German version.


Sign in / Sign up

Export Citation Format

Share Document