scholarly journals Les savoirs aux prises avec l’opinion : l’exemple des effets du divorce

2004 ◽  
pp. 57-71
Author(s):  
Claude Martin

Résumé Si l’on entend, par « société des savoirs », la mobilisation des connaissances pour une meilleure gouvernance des sociétés contemporaines, celle-ci reste largement hypothétique. En effet, nombre d’obstacles s’érigent sur le chemin de la diffusion des savoirs dans la société, dont le premier est le poids des idées reçues et l’importance du contexte idéologique. Selon l’état du débat public, certains résultats de travaux académiques trouveront un écho, quand d’autres seront littéralement négligés, oubliés, voire niés. Ce phénomène de tri, de filtrage de la contribution des chercheurs au débat public est particulièrement puissant dans le domaine des sciences sociales, où la controverse scientifique représente une des modalités de production des savoirs eux-mêmes, et où l’établissement d’une causalité est toujours sujette à caution, tant le nombre de variables en cause est considérable et incontrôlable. Pour rendre compte de cette faiblesse des sciences sociales face au discours de l’opinion, nous prendrons ici l’exemple d’une controverse inscrite depuis plus d’un siècle dans l’histoire des sciences de l’Homme et de la Société : celle qui concerne le lien entre instabilité familiale et délinquance. En retraçant quelques moments de l’histoire de cette hypothétique causalité, il est possible de prendre la mesure, à la fois du rôle que joue indiscutablement le contexte idéologique et politique, et de l’impact du néoconservatisme ambiant sur les relations entre sciences sociales et action publique.

2019 ◽  
Vol 73 (4) ◽  
pp. 753-783 ◽  
Author(s):  
Christelle Havard ◽  
André Sobczak

Au cours des vingt dernières années, la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est devenue une préoccupation majeure du débat public et de la recherche en sciences sociales. La multiplication des démarches RSE a nécessairement un impact sur les organisations syndicales qui sont amenés à s’adapter et à réagir ou qui peuvent se saisir des opportunités offertes par la RSE. L’objectif de cet article est d’apporter un éclairage sur la manière dont les stratégies des centrales syndicales en matière de RSE se construisent.Deux types de travaux sont mobilisés pour analyser ces stratégies et la manière dont elles se sont construites : les travaux de Boxall (2008) en relations industrielles et ceux de Whittington (2006) du courant de la « stratégie comme pratique » (strategy as practice, en anglais). Une grille d’analyse est proposée pour étudier la construction de la stratégie en matière de RSE de cinq Confédérations syndicales représentatives en France au cours de la période 2006-2016.Les résultats de l’étude longitudinale révèlent trois catégories de stratégies : 1- des Confédérations syndicales qui ont formulé assez tôt une stratégie favorable à la RSE ; 2- des Confédérations qui se sont engagés dans une stratégie plus récemment ; et, 3- une Confédération qui reste critique à l’égard de la RSE. Les éléments déterminants de ces stratégies sont, d’une part, les relations externes que ces Confédérations ont nouées avec les ONG et les pouvoirs publics, et, d’autre part, les ressources affectées à la RSE et les actions engagées. Sur le plan théorique, l’article permet d’élargir le potentiel des courants théoriques retenus et d’ouvrir de futures perspectives de recherche. Sur le plan pratique, il permet de mieux comprendre ces stratégies et, le cas échéant, de mieux s’y adapter, voire de les influencer.


2004 ◽  
Vol 59 (3) ◽  
pp. 182-187
Author(s):  
V. Noseda

Abstract. Dans le présent article, nous formulons l'hypothèse que la problématique de l'exclusion et celle de la violence urbaine sont liées, et ce dans le cadre d'une redéfinition du rôle de l'Etat, d'une territorialisation de la question sociale et d'une nouvelle gestion des classes populaires. Notre but sera d'inviter les chercheurs en sciences sociales, et en particulier les géographes, à retracer la genèse des catégories d'exclusion et de violence urbaine qui sont imposées dans le débat public de ces dernières années, ainsi que de proposer quelques pistes de recherche. Une réflexion qui devrait en effet permettre non seulement de mieux comprendre les enjeux dont ces catégories sont porteuses mais aussi de réfléchir sur le rôle politique que les géographes sont appelés â remplir dans cette nouvelle configuration où le territoire fail figure d'un acteur politique à part entière.


2020 ◽  
pp. 32-33

Les sondages d’opinion, lorsqu’ils sont réalisés dans les règles de l’art, fournissent des indications quantitatives sur ce que pensent les Français à un instant T. Ces résultats alimentent le débat public en chiffres et peuvent faire ressortir des tendances, certaines préoccupations mais aussi des paradoxes, voire des incompréhensions et des idées reçues. Grâce à ces données, les parties prenantes du nucléaire peuvent affiner leur communication et nourrir le débat démocratique.


1949 ◽  
Vol 4 (3) ◽  
pp. 311-315
Author(s):  
Fernand Braudel
Keyword(s):  

Charles Morazé adore s'aventurer très en avant des lignes sagement, voire trop sagement tenues par ses confrères en histoire et en sciences sociales. Il lui faut l'ivresse des coups de main, des raids et de la solitude, car il a besoin de nous quitter pour nous surprendre ou nous irriter au retour — plus encore, pour se justifier à ses yeux de sa passion dévorante pour l'Histoire. Pour elle, n'a-t-il pas successivement trahi, hier, les mathématiques et la philosophie — qui d'ailleurs, rassurons-nous, en tireront vengeance tout au long de sa vie ?


1961 ◽  
Vol 16 (1) ◽  
pp. 136-146
Author(s):  
Robert Mandkou

Nos lecteurs connaissent les ouvrages et la vivante école de sociologie religieuse de Gabriel Le Bras : les termes mêmes de ses classifications (détachés, saisonniers, observants, dévots) sont passés dans le langage courant des sciences sociales, en même temps que leur auteur, approfondissant pendant un bon quart de siècle sa recherche, faisait progresser sa propre problématique en passant des dénombrements de la pratique à la mesure, plus difficile, de la vitalité religieuse.


2000 ◽  
Vol 55 (6) ◽  
pp. 1229-1253 ◽  
Author(s):  
Jackie Assayag
Keyword(s):  

RésuméAprès un siècle d'études, il subsiste une zone en friche dans le champ des sciences sociales de l'Asie du Sud : celle de la ou des classes moyennes. Se posent non seulement les questions de son estimation numérique et de sa recomposition depuis cent cinquante ans, mais aussi celle de sa forfaiture puisque d'aucuns la considèrent comme responsable de la fabrication de la démocratie la plus inégalitaire dans le monde. Ces questions sont abordées à partir de réflexions sociologiques, historiques et épistémologiques.


1999 ◽  
Vol 54 (5) ◽  
pp. 1137-1156 ◽  
Author(s):  
Thomas Späth
Keyword(s):  

De prime abord, elles n'ont rien de commun. Et pourtant, les quatre publications dont ici il sera question présentent, chacune à sa manière mais toutes de manière quelque peu iconoclaste, un défi aux représentations prétendument bien établies de l'histoire du principat romain. Aussi distinctes que soient leurs thématiques, les auteurs partagent un même objectif : mieux saisir la spécificité et donc la différence de Rome par rapport aux valeurs et aux modèles du politique du 19esiècle européen, qui ont largement dominé la conceptualisation de l'histoire romaine, domination peutêtre plus forte dans lesAltertumswissenschaftenallemandes qu'ailleurs.


1968 ◽  
Vol 23 (2) ◽  
pp. 233-240 ◽  
Author(s):  
Charles Morazé

La grandeur et la décadence des cités, la fécondité, les poisons de la prospérité et ses vicissitudes, les manières dont la sagesse ou la vanité transfigurent l'angoisse, ces considérations sont dans Hérodote. Et si toutes les époques n'ont pas inspiré également leurs témoins ou leurs historiens, aucune histoire ne fut valablement écrite sans que l'auteur y traite de sociétés, d'économies et psychologies. Les antécédents de nos sciences sociales sont dans ces rencontres de la philosophie avec l'histoire, la seconde servant de laboratoire à la première. Le problème posé aujourd'hui, des rapports de l'histoire avec les sciences sociales, est en réalité aussi ancien que la légitimité de chacune à exister indépendamment des autres.Si la spécialisation de toutes disciplines est tenue pour une condition de leur développement, les sciences physiques, séparées aussi de la philosophie dont la dialectique avait fourni leurs premiers concepts, sont restées solidaires entre elles grâce à leur commun recours aux mathématiques. L'essor des premières s'inscrit dans celui des secondes.


1990 ◽  
Vol 45 (2) ◽  
pp. 507-522 ◽  
Author(s):  
Olivier Dumoulin

Pour tout un chacun, le jeudi 24 octobre 1929 demeure le « jeudi noir » ; le jour où les prévisions de l'économiste de Harvard, l'un des papes de l'économie d'alors, le grand Irving Fisher, furent ridiculisées, balayées, lorsque, d'un « haut plateau » permanent où les voyaient stabilisés les valeurs mobilières et bientôt les prix, s'engagèrent dans une spirale infernale à la baisse. Coïncidence remarquable, ce même jeudi, à 500 mètres de Wall Street, au 61 de Broadway, les responsables de la division des sciences sociales de la Fondation Rockefeller décidaient de soumettre à leur conseil d'administration un projet de financement d'une enquête internationale sur l'histoire des prix. Au moment où le monde entrait dans la crise, économistes et historiens se proposaient donc de saisir, dans la longue durée, l'un des symptômes les plus évidents de la catastrophe : les fluctuations des prix.


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