scholarly journals Aux frontières mouvantes des mouvements sociaux, ou quand les partis politiques s’en mêlent. Le cas du souverainisme au Québec*

2009 ◽  
Vol 28 (1) ◽  
pp. 37-62 ◽  
Author(s):  
Pascale Dufour ◽  
Christophe Traisnel

Résumé Le concept de mouvement social, dans sa définition usuelle, fait référence à l’ensemble des militants et des organisations, qui, structurés plus ou moins formellement en réseaux, développent des actions concertées en faveur d’une cause plus ou moins définie. Quelle que soit l’approche théorique considérée, les organisations du mouvement social sont présentées comme distinctes de partis politiques perçus comme des acteurs de la politique institutionnelle, intervenant au sein de l’arène électorale. Dans cette perspective, les partis politiques et les mouvements sociaux entretiennent évidemment des relations, mais sont présentés comme opérant sur des terrains de jeux disjoints : la représentation politique institutionnalisée pour les uns, le champ de la protestation sociale pour les autres. Pourtant, la « frontière » entre participation politique institutionnelle et extra-institutionnelle est on ne peut plus poreuse. Dans cet article, nous soutenons que, dans certaines configurations de mouvements sociaux, les partis politiques peuvent faire partie intégrante du mouvement social dont ils sont issus et en constituent même les acteurs pivots. En basant notre démonstration sur le cas du mouvement souverainiste au Québec et sa transformation au cours des 40 dernières années, nous montrons comment le Parti québécois et le Bloc québécois se trouvent au coeur de la mouvance souverainiste et contribuent encore, vaille que vaille, à la définition d’un mouvement qui les dépasse.

1979 ◽  
Vol 12 (3) ◽  
pp. 471-498 ◽  
Author(s):  
Jerome H. Black ◽  
Nancy E. McGlen

La participation politique des hommes et des femmes au Canada, 1965–1974Nous nous demandons si le niveau de participation politique des Canadiennes a augmenté par rapport à celui des hommes entre 1965 et 1974, c'est-à-dire au cours de la montré des mouvements féministes. Nous fondant sur des sondages nationaux réalisés au moment des élections de 1965 et de 1974 utilisant différents indices de participation politique nous montrons que les femmes ont en effect comblé l'écart de participation entre les hommes et elles-mêmes, même si des différences se maintiennent quant à certaines formes de participation. Nous prenons en consideration plusieurs hypothèses qui tentent d'expliquer les différents niveaux de participation politique féminine. Nous vérifions ces hypothèses à l'aide d'une méthode d'analyse appropriée. Quelques conclusions fondamentales se dégagent de ces tests, notamment: (1) certaines catégories de femmes participaient autant que les hommes dès 1965 et certaines dépassaient même les hommes; (2) les catégories de femmes dont le niveau de participation politique était le plus bas en 1965 ont connu la plus forte augmentation de participation de 1965 à 1974 (en particulier parmi les Franco-Québécoises); et (3) l'hypothèse selon laquelle la participation politique féminine est reliée à sa participation au monde du travail n'est vraie que pour les femmes de carrière. Les données des sondages ne nous permettent malheureusement pas de conclure que l'augmentation de la participation féminine découle directement de l'influence des mouvements féministes. Les modèles de participation féminine dont vous disposons indiquent néanmoins que ces mouvements ne sont pas négligeables.


2009 ◽  
Vol 42 (2) ◽  
pp. 345-362 ◽  
Author(s):  
Sylvia Bashevkin

Abstract.This study examines public statements by female candidates for the leadership of major federal parties in the period 1975–2006, with reference to the conceptual literature on political representation. Was the willingness of women politicians to voice feminist rhetoric more closely related to extra-parliamentary dynamics, notably the changing fortunes of feminist and antifeminist movements, or to parliamentary factors, including the ideological as well as competitive circumstances of their parties? The empirical discussion suggests feminist content was particularly strong in the language of Rosemary Brown for the NDP in 1975, Kim Campbell for the PCs in 1993 and Martha Hall Findlay for the Liberals in 2006. Overall results point toward the utility of a two-pronged perspective that merges a parliamentary view that centre-left through centre-right parties, as well as those in an opposition or weak governing position, were more likely sites of feminist discourse than hard right and firmly competitive parties, with a movement-focused approach that explains the diminished use of representational rhetoric during this period, even in relatively hospitable parties, with reference to the declining legitimacy of organized feminism. Unlike in the US, women candidates in right parties in Canada did not use their campaigns as vehicles for voicing strong antifeminist positions.Résumé.Cette étude survole la littérature conceptuelle sur la représentation politique et examine ainsi les déclarations publiques faites par les candidates lors des courses à la direction des principaux partis politiques fédéraux pendant la période allant de 1975 à 2006. La volonté des politiciennes d'exprimer la rhétorique féministe était-elle davantage apparentée à la dynamique extra-parlementaire, notamment la force des mouvements féministes et antiféministes, ou plutôt aux facteurs parlementaires comme l'idéologie et la compétitivité de leur parti? La discussion empirique suggère que le contenu féministe était particulièrement important dans le vocabulaire utilisé par Rosemary Brown pour le NPD en 1975, par Kim Campbell pour le PPC en 1993 et par Martha Hall Findlay pour le PLC en 2006. Les résultats indiquent qu'il est utile, pour ce type d'étude, de considérer une fusion des deux approches. La première est une perspective parlementaire, qui suggère que les partis se situant sur le spectre politique entre le centre-gauche et le centre-droit, de même que ceux qui se trouvent dans une position d'opposition ou de gouvernement faible ou minoritaire, sont les plus réceptifs aux discours féministes. La deuxième approche (movement-focused) porte son attention sur les mouvements sociaux pour expliquer la diminution de l'utilisation de la rhétorique représentationnelle pendant cette période, et ce, même dans les partis relativement réceptifs au féminisme organisé. Contrairement à la situation aux États-Unis, les candidates à la direction des partis de droite au Canada n'ont pas utilisé la course à l'investiture de leur parti comme tremplin pour exprimer de fortes positions antiféministes.


2008 ◽  
pp. 31-52 ◽  
Author(s):  
William D. Coleman

Résumé Cet article analyse le rôle que les groupes d’intérêt peuvent jouer dans les conflits entourant la question nationale au Québec. Occupant une place intermédiaire entre l’État et les acteurs économiques, ces groupes subissent à la fois les pressions nationalistes et les mouvements d’intégration économique. Nous montrons qu’en se structurant à l’image de l’État québécois, les groupes d’intérêt se sont différenciés de plus en plus de leurs partenaires canadiens, de telle sorte que le comportement de ces groupes a renforcé les forces autonomistes au Québec. Cette analyse est fondée sur une étude des associations qui représentent les grandes classes sociales : le patronat, les ouvriers, les producteurs agricoles; les professions, c’est-à-dire les médecins et les enseignants; et les nouveaux mouvements sociaux tels que le mouvement des femmes.


Author(s):  
Maëlle Meigniez ◽  
Barbara Lucas ◽  
Lea Sgier

L’objectif de cet article est de montrer l’utilité d’une approche ethnographique pour saisir le rapport des personnes âgées institutionnalisées au vote et à la participation politique. Au travers d’un travail de terrain dans six établissements médico-sociaux (EMS) en Suisse romande, nous montrons comment, derrière un apparent manque d’intérêt pour la politique et un désengagement du vote, sommeille parfois un vif intérêt qui ne demande qu’à être entendu. Cela nous amène à un double constat : d’une part la «mort civique» souvent constatée chez les personnes âgées institutionnalisées n’est pas une fatalité inhérente à l’âge, mais aussi l’effet d’un (évitable) évitement du politique par le contexte institutionnel lui-même; et d’autre part ce n’est que par une approche de terrain que le rapport des personnes âgées à la politique, souvent enseveli sous des normes sociales ou des sentiments d’incompétence, ou invisibilisé au quotidien, peut être saisi.


1992 ◽  
Vol 25 (1) ◽  
pp. 55-68 ◽  
Author(s):  
Manon Tremblay

AbstractThis article examines how Quebec politicians' sex and political party influence the orientation of their opinions through three themes: the evolution of women's social status, actions of the feminist movement in this sense and the idea of female legislators representing women. A questionnaire was sent to the 305 candidates of the New Democratic party of Quebec, the Quebec Liberal party and the Parti québécois in the provincial election of September 25, 1989. The results show that if women and men manifest no differences in their support of the evolution of women's social status and of the feminist movement, women are more inclined than men to support the idea that women politicians should represent the specific interests of women. Of all the above-mentioned parties, the Liberal party resists this idea the most as well as the feminist movement in general.


2013 ◽  
Vol 46 (2) ◽  
pp. 295-322 ◽  
Author(s):  
Manon Tremblay

Résumé.En décembre 1977, le gouvernement du Québec, formé par le parti québécois (PQ), modifiait la Charte des droits et libertés de la personne pour y ajouter l'orientation sexuelle comme motif illicite de discrimination, devenant ainsi le premièr gouvernement en Amérique du Nord à interdire la discrimination pour cause d'orientation sexuelle. Le présent texte analyse les raisons pour lesquelles le gouvernement du PQ a agi avec autant d'avant-gardisme en cette matière. Il repose sur l'argument suivant lequel le mouvement des lesbiennes et des gais au Québec a bénéficié d'une conjoncture favorable, tissée d'opportunités de nature politique et culturelle, afin de décrocher une protection de l'État contre la discrimination.Abstract.In December 1977, the Quebec government, formed by the Parti Québécois (PQ), amended the Quebec Charter of Human Rights and Freedoms to include sexual orientation as a prohibited ground for discrimination. Quebec thus became the first jurisdiction in North America to prohibit discrimination on the basis of one's sexual orientation. This paper examines the reasons why the PQ government was ahead of everybody else in this matter. It argues that the Quebec lesbian and gay movement benefited from a coincidence of political and cultural opportunities that played in its favor in order to secure legal protection against discrimination.


2019 ◽  
Vol 27 (1) ◽  
pp. 73-81
Author(s):  
Douglas Ochiai Padilha ◽  
Alfio Brandenburg ◽  
Jean-Paul Billaud

La coopération universitaire entre la France et le Brésil a été mise en place dans les années 1970. On suit ici celle qui s’est nouée plus particulièrement dans le domaine de la sociologie rurale et de l’environnement, au travers d’un accord initial entre un laboratoire CNRS de l’Université Paris Nanterre et une université de la Paraíba au Brésil. Au rythme d’accords successifs allant jusqu’à aujourd’hui, le réseau des coopérations s’est étendu aussi bien en France en impliquant en particulier des institutions liées à l’agronomie qu’au Brésil où des universités du Sud ont rejoint la coopération au gré des divers accords. En retraçant une collaboration remarquable par sa continuité, nous montrons comment elle a évolué vers plus de parité entre partenaires et en quoi elle fut en prise avec les courants d’idées irriguant les milieux académiques certes, mais aussi les mouvements sociaux, loin d’être à la traîne de ces derniers.


2019 ◽  
Vol 27 (1) ◽  
pp. 20-38 ◽  
Author(s):  
Guillaume Ollivier ◽  
Stéphane Bellon ◽  
Tatiana Deane de Abreu Sá ◽  
Danièle Magda

L’agroécologie en France et au Brésil résulte d’interactions entre la science, des pratiques agricoles et la politique. Nous analysons la manière dont deux institutions publiques de recherche agronomique, l’Empresa Brasileira de Pesquisa Agropecuária (Embrapa) et l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), appréhendent ces frontières à l’occasion de sa mise sur leur agenda de programmation. Notre analyse montre comment leurs exercices de programmation étant, plus ou moins, dépendants de leurs contextes politiques nationaux, il en résulte des dynamiques et des cadrages différents de la notion. Précédant l’Inra, l’Embrapa, fortement incité par le gouvernement et les mouvements sociaux, intègre l’agroécologie pour légitimer une recherche alternative, au service des agriculteurs familiaux dans un contexte agricole et politique très clivé et houleux. À l’Inra, l’agroécologie permet la (re)légitimation de l’agronomie pour répondre aux enjeux sociétaux actuels, tout en rejetant la radicalité politique des mouvements sociaux. Elle trouve ensuite un écho dans la politique publique. Nous montrons enfin que la notion donne lieu à des cadrages et débats internes au sein des deux institutions reflétant différentes conceptions du rapport science/société.


1998 ◽  
Vol 31 (2) ◽  
pp. 311-338 ◽  
Author(s):  
Réjean Pelletier ◽  
Daniel Guérin

AbstractDoes the rise of new social movements (NSMs) represent a challenge for the traditional political parties in Quebec? Though this question can be answered from many perspectives, this study focuses on the programmatic aspect of this challenge that encompasses both a number of new societal issues and adherence to new values promoted by the NSMs. More precisely, it addresses the following questions: have the issues of environment and the respect of women's rights been already integrated into the political platforms of the two mainstream political parties in Quebec, the Liberal Party of Quebec and the Parti Québécois? Can the activists of those political parties be distinguished from the members of environmental and women's rights movements with regard to their values? On the one hand, both the Liberal party and the Parti Québécois have for a long time incorporated into their platforms issues linked to the defence of the environment and to the promotion of gender equality. On the other hand, the authors observe that the adherence to postmaterialist values is stronger in the NSMs than in the parties. One main conclusion is that one cannot compare adherence to the new values in the parties and the NSMs as two homogeneous blocs. Instead, the authors see four distinct organizations. They encourage further research to examine other dimensions of the problem such as the organizational aspect of the political challenge posed by the rise of NSMs.


2005 ◽  
Vol 4 (2) ◽  
pp. 75-86 ◽  
Author(s):  
Elisabeth Souza Lobo

Dans cette note, l'auteure examine la documentation brésilienne d'abord sur les mouvements sociaux et la participation des femmes à ces mouvements, s'attardant particulièrement à ceux basés sur des articulations particulières entre vie privée et pratiques publiques (clubs de mères, luttes urbaines, revendications de garderies, de logements, etc.). Elle tente ensuite de saisir, dans les travaux des années 1980, l'émergence des femmes comme sujets collectifs, en rapport avec les questions de citoyenneté et d'égalité des droits et dans leur représentation au sein des institutions politiques et syndicales. Elle en conclut qu'au Brésil, l'enracinement profond des femmes dans les mouvements sociaux ne s'est pas traduit en légitimité politique.


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