scholarly journals Archéologie, formalisation et sciences sociales

2002 ◽  
Vol 31 (1) ◽  
pp. 119-127 ◽  
Author(s):  
Jean-Claude Gardin

Résumé L'archéologie est depuis vingt ans le lieu d'un programme de recherches consacrées à une analyse formelle des constructions historiques, inspirée du paradigme computationnel. Les travaux menés dans cette voie apportent quelque lumière sur des questions d'épistémologie pratique, groupées ici sous trois titres: le sens et la place du " naturel " dans ces constructions (langage naturel, logique naturelle, raisonnement naturel) ; la manière dont on s'y accommode ou non de la pluralité des interprétations et de leur caractère réputé non cumulatif ; la viabilité des positions médianes recommandées aujourd'hui entre science et littérature ou sens commun. L'article expose les enseignements tirés du programme logiciste sur ces différents points, en archéologie, et s'achève par une interrogation sur leur pertinence dans les sciences sociales en général.

2002 ◽  
Vol 25 (2) ◽  
pp. 11-22
Author(s):  
Jean-Claude GARDIN
Keyword(s):  
De Se ◽  

Résumé Dans une perspective logiciste, les textes interprétatifs des sciences sociales sont justiciables d'une réécriture à la manière d'un calcul, qui fait ressortir les données et les opérations constitutives du raisonnement. Les recherches menées dans cette voie, en archéologie notamment, éclairent d'un jour nouveau les mécanismes et les fondements des constructions propres aux sciences de l'homme. Les leçons tirées portent sur le statut de l'explication dans ces disciplines, sur la part du sujet dans la conception et dans la validation de nos théories, sur l'intérêt d'une épistémologie pratique où ces théories sont jaugées selon des critères de valeur clairement déclarés, sur la neutralité d'une telle épistémologie à l'égard des méthodes des sciences sociales; enfin et surtout, sur la fragilité d'un entre-deux où celles-ci tentent sans relâche de se placer, entre science et littérature ou sens commun.


Dialogue ◽  
1971 ◽  
Vol 10 (2) ◽  
pp. 276-293 ◽  
Author(s):  
Roger Lapointe
Keyword(s):  

La distinction de deux Wittgenstein est-elle mythique, ainsi que le voudrait R. J. Bernstein? Mythe créé involontairement par un penseur aussi peu mythomane que possible, B. Russell, quand, dans sa préface au Tractatus, il assigna à l'auteur l'intention d'établir les « conditions d'un langage logiquement parfait ». Prenant le contre-pied d'un Wittgenstein-I lancé à la poursuite d'un langage idéal, Wittgenstein-II aurait, dans Investigations philosophiques, opéré un retour au langage naturel et au sens commun.Il est sans doute possible d'exagérer la distance qui sépare le Tractatus des Investigations philosophiques (dorénavant dénotés par T et IP). Mais on ne saurait la nier. Quelques rétractations expresses enregistrées dans le second ouvrage nous en empêcheraient (par exemple IP 23, 46, 97, 114). Le problème est plutôt de déterminer l'ampleur et la nature de la transformation, de la mesurer.


2002 ◽  
Vol 19 (2) ◽  
pp. 77-86 ◽  
Author(s):  
Gilles HOULE

Résumé L'opposition désormais classique des méthodes quantitatives et qualitatives en sciences sociales a pour conséquence que ce sont les données, faites de chiffres ou lettres, qui infèrent le plus souvent les objets de recherche, parce que réductibles précisément à ces techniques et méthodes. De l'herméneutique au positivisme le plus intempéré, l'enjeu est bel et bien celui d'une méthodologie générale: le cas de l'analyse clinique est ici considéré.


2011 ◽  
pp. 147-168 ◽  
Author(s):  
Annette Leibing

Cet article vise à problématiser le « mouvement pour la personne » dans le domaine des soins de la maladie d’Alzheimer. L’histoire récente de ce mouvement, lequel viendrait sauver « la personne à l’intérieur », l’inscrit dans une opposition explicite à l’approche biomédicale. On juge que cette dernière nie la personne en mettant l’accent sur la cognition, la rationalité, la réflexivité et l’autonomie. J’avance dans cet article que la notion changeante de personne, dans le domaine des soins de la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de démence, prolonge la vie dans la vie, ce qui est relié à la « mort sociale » dont traitent depuis longtemps les sciences sociales. Les pratiques investissant la personne peuvent être comprises comme des négociations culturelles entourant la mort bio-sociale. Ces pratiques reposent sur un sens commun qui n’est pas questionné, et elles ne sont pas exemptes de limites.


1978 ◽  
Vol 11 (1) ◽  
pp. 3-32 ◽  
Author(s):  
A. D. Nelson

Le relativisme éthique et l'étude des valeurs politiquesDepuis quelques années, de nombreux politicologues se sont laissés persuader de réprimer leurs penchants réformistes, au moins dans le cadre de leur profession. Cette auto-répression a été produite par leur adoption de la doctrine du relativisme éthique qui a prédominé dernièrement dans les sciences sociales en Amérique du Nord et en Europe. Cette doctrine se manifeste par une censure methodologique qui soutient que l'analyse scientifique est en elle-même incapable de produire des jugements sur la valeur des choses. L'acceptation de cette censure méthodologique a conduit les analystes non seulement à abandonner la recherche traditionnelle de ce que l'on pourrait appeler « des standards objectifs de valeur dans la nature » mais elle a aussi empêchê le développement des recherches sur les origines et la signification des jugements de valeur.L'examen des fondements de cette censure méthodologique suggère qu'elle est fondée sur des postulats hautement spéculatifs plutôt que sur des évidences empiriques concluantes. L'examen des raisons techniques avancées à l'appui de cette censure, c'est-à-dire l'argumentation baseé sur une logique propositionnelle, révèle que cet argument ne s'adresse pas à la question fondamentale et est donc une raison insuffisante pour restreindre nos recherches de la façon prescrite par cette approche. De même l'examen de la théorie émotive des valeurs et la base empirique sur laquelle elle est fondée, révèle que son fondement est plutôt faible. Elle semble tenir sa force d'un mode particulier d'interprétation des comportements présupposant la subjectivité des valeurs, ce qui est précisément l'objet de cet article. Et finalement, l'examen des raisons du rejet d'une autre possibilité—celle de l'existence des critères objectifs de valeurs discernables dans la nature—montre que ce rejet n'a qu'une base empirique fragmentair e et non concluante.Il semble que ce rejet soit fondé sur un postulat méthodologique ou sur des hypothèses métaphysiques ou épistémologiques qui peuvent être vrais mais qui ne peuvent prétendre avoir été démontrés empiriquement de façon décisive. Et puisque ces postulats semblent contredire l'expérience telle que saisie par le sens commun, il est raisonnable de conclure que leur adoption n'est pas conforme aux exigences empiriques de la science moderne.Il appert donc que l'influence considérable que la doctrine du relativisme éthique a eu sur les études politiques récentes a rétréci leurs perspectives et les a détournées de manière injustifiée de ce qui peut être considéré comme leurs véritables objectifs.


1968 ◽  
Vol 7 (3) ◽  
pp. 149-171
Author(s):  
Jean-Louis Schefer

La sémiologie générale étant avant tout une description ( une formali sation) des systèmes signifiants, le problème qu'elle soulève au lieu même de sa formation, est celui de la transcription dans un code linguistique ( logique, mathématique) de données extra-linguistiques ( extra-logiques, extra-mathé matiques). Ce problème se pose dans toutes les branches de la sémiologie. mais il est plus aisément inaperçu ou passé sous silence lorsqu'il s'agit d'une sémio logie formalisant ( transcrivant ) les systèmes signifiants élaborés dans les langues naturelles ( la littérature. les différents types de communication sociales, les phénomènes psychopathologiques, etc.) . Or, une fois touchés les systèmes signifiants représentatifs ( comme la peinture, l'image cinématographique, la photographie, etc.) qui s'orga nisent sans recours explicite au langage naturel, le problème de la lexicali sation de ces systèmes et de la formalisation de cette lexicalisation, surgit avec tout son poids épistémologique et sémiologique. C'est la question du " triptyque image-langue-discours" : c'est ici que nous trouvons la notion de lexie qu'élabore l'étude de Jean-Louis Schefer, " Lecture et système du tableau ". Traité par un spécialiste à propos d'un objet qui paraitra restreint, la peinture ( un tableau), le concept de lexie et la manière dont il est présenté jette, cependant, un pont entre le texte ( le discours, et notamment le discours sémiotique) et les pratiques sociales non textuelles (tout ce que la multipli cité de la vie sociale, le " monde ", " notre histoire ", représentent). En ce sens, cette étude pourra introduire, à nos yeux, à une réflexion générale sur l'expansion de la démarche sémiotique vers toutes les pratiques signifiantes non discursives de la société. D'autre part, la notion de lexie telle qu'elle est étudiée par Schefer, étend la problématique soulevée par l'article de Gérard Genette " Langage poé tique, poétique du langage" (Information sur les sciences sociales, 7, 2) concer nant l'aspect sémiotique des rapports norme-anomalie dans les systèmes signifiants irréductibles à la langue parlée. La lexie propose un point de vue qui dépasse une telle distinction dans la mesure où, traitant du texte ( diffé rencié de la langue), elle passe outre la ligne et la surface, et pense dans l'espace de la permutation signifiante ( dans l'intertextualité ) . Cette réflexion se situe de même, on le verra, dans le champ ouvert par la philosophie de J. Derrida exposée brièvement dans ce numéro.


1949 ◽  
Vol 4 (3) ◽  
pp. 311-315
Author(s):  
Fernand Braudel
Keyword(s):  

Charles Morazé adore s'aventurer très en avant des lignes sagement, voire trop sagement tenues par ses confrères en histoire et en sciences sociales. Il lui faut l'ivresse des coups de main, des raids et de la solitude, car il a besoin de nous quitter pour nous surprendre ou nous irriter au retour — plus encore, pour se justifier à ses yeux de sa passion dévorante pour l'Histoire. Pour elle, n'a-t-il pas successivement trahi, hier, les mathématiques et la philosophie — qui d'ailleurs, rassurons-nous, en tireront vengeance tout au long de sa vie ?


1961 ◽  
Vol 16 (1) ◽  
pp. 136-146
Author(s):  
Robert Mandkou

Nos lecteurs connaissent les ouvrages et la vivante école de sociologie religieuse de Gabriel Le Bras : les termes mêmes de ses classifications (détachés, saisonniers, observants, dévots) sont passés dans le langage courant des sciences sociales, en même temps que leur auteur, approfondissant pendant un bon quart de siècle sa recherche, faisait progresser sa propre problématique en passant des dénombrements de la pratique à la mesure, plus difficile, de la vitalité religieuse.


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