scholarly journals Le livre français dans les bibliothèques des aristocrates hongrois au XVIIIe siècle

2020 ◽  
Vol 141 ◽  
pp. 31-39
Author(s):  
István Monok

À partir du milieu du XVIIe siècle, le livre de langue française commence à occuper une place de plus en plus importante dans les collections de l’aristocratie hongroise. Il s’agit, en premier lieu, d’ouvrages historiques et de belles-lettres mais, au milieu du XVIIIe siècle, des titres théoriques – théorie politique, philosophie – s’y rencontrent aussi en nombre croissant. Les aristocrates hongrois complètent quelquefois leurs connaissances en théologie en ayant recours à des publications de langue française. Il convient de souligner que les résultats des recherches dans le domaine de la présence du livre français paraissent confirmer l’intuition de ceux qui ont mis en valeur l’élargissement de l’abîme culturel séparant les différentes couches de la société hongroise. Les aristocrates – surtout ceux qui vivent non loin de Vienne – s’éloignent dans leur goût et dans leurs choix culturels, non seulement des intellectuels bourgeois, mais aussi de la majorité de la société nobiliaire.

Author(s):  
Jean-Claude Schmitt

La pandémie de Covid 19 à partir de janvier 2020 - depuis la Chine vers le reste de l’Asie, puis l’Europe et l’Afrique, et enfin les deux Amériques -, n’est pas sans rappeler des épidémies du passé, souvent bien plus meurtrières encore, en premier lieu celles de la peste (qui emporta le tiers de la population européenne en 1348). Trois épidémies de peste ont frappé l’Europe à travers l’histoire : la Peste de Justinien (541-770), la Peste Noire (1348-1352, suivie de nombreuses récidives jusqu’en 1720) et la peste de Chine (qui n’a touché en fait que les ports européens et américains, entre 1850 et 1940). La peste, par ses agressions ou ses retraits, a une valeur systémique pour le « long Moyen Âge » qui commence dans l’Antiquité tardive et se poursuit jusqu’au XVIIIe siècle : par ses assauts répétés tout au long de cette période, mais aussi par ses retraits comme entre l’époque de  Charlemagne et le XIVe siècle ; cet âge « sans peste »  correspond à la phase du plus grand essor des campagnes médiévales. Au contraire, quand la peste est de retour entre le XIVe et le XVIIe siècle, elle est un des facteurs décisifs d’une longue stagnation démographique. Jamais la cause véritable de la peste (qu’on attribuait à la corruption de l’air ou à un châtiment de Dieu)  n’a été reconnue tout au long de ces siècles. Pourtant on observe dès la fin du Moyen Âge une progression des conceptions « contagionistes » et non-officielles qui anticipent sur la découverte du bacille de la peste par Alexandre Yersin en 1894, en même temps que du rôle des puces et des rats. La peste a suscité des comportements de toutes natures, qui évoquent parfois les mesures prises aujourd’hui pour freiner ou empêcher la progression de l’épidémie (par exemple la quarantaine). Elle a nourri de nouveaux élans de piété et aussi la recherche de boucs-émissaires dont les communautés juives furent les premières victimes. Sur le plan culturel, elle suscita de brillants témoignages littéraires (tel le Decameron de Giovanni Boccacio), mais on ne peut pas lui attribuer la naissance de l’art macabre, car celui-ci lui est antérieur.


Author(s):  
Jean-Claude Schmitt

La pandémie de Covid 19 à partir de janvier 2020 - depuis la Chine vers le reste de l’Asie, puis l’Europe et l’Afrique, et enfin les deux Amériques -, n’est pas sans rappeler des épidémies du passé, souvent bien plus meurtrières encore, en premier lieu celles de la peste (qui emporta le tiers de la population européenne en 1348). Trois épidémies de peste ont frappé l’Europe à travers l’histoire : la Peste de Justinien (541-770), la Peste Noire (1348-1352, suivie de nombreuses récidives jusqu’en 1720) et la peste de Chine (qui n’a touché en fait que les ports européens et américains, entre 1850 et 1940). La peste, par ses agressions ou ses retraits, a une valeur systémique pour le « long Moyen Âge » qui commence dans l’Antiquité tardive et se poursuit jusqu’au XVIIIe siècle : par ses assauts répétés tout au long de cette période, mais aussi par ses retraits comme entre l’époque de  Charlemagne et le XIVe siècle ; cet âge « sans peste »  correspond à la phase du plus grand essor des campagnes médiévales. Au contraire, quand la peste est de retour entre le XIVe et le XVIIe siècle, elle est un des facteurs décisifs d’une longue stagnation démographique. Jamais la cause véritable de la peste (qu’on attribuait à la corruption de l’air ou à un châtiment de Dieu)  n’a été reconnue tout au long de ces siècles. Pourtant on observe dès la fin du Moyen Âge une progression des conceptions « contagionistes » et non-officielles qui anticipent sur la découverte du bacille de la peste par Alexandre Yersin en 1894, en même temps que du rôle des puces et des rats. La peste a suscité des comportements de toutes natures, qui évoquent parfois les mesures prises aujourd’hui pour freiner ou empêcher la progression de l’épidémie (par exemple la quarantaine). Elle a nourri de nouveaux élans de piété et aussi la recherche de boucs-émissaires dont les communautés juives furent les premières victimes. Sur le plan culturel, elle suscita de brillants témoignages littéraires (tel le Decameron de Giovanni Boccacio), mais on ne peut pas lui attribuer la naissance de l’art macabre, car celui-ci lui est antérieur.


1996 ◽  
Vol 11 (1) ◽  
pp. 91-113 ◽  
Author(s):  
Beatrice Moring

Cet article traite du mariage, du ménage, de la mobilité sociale et des modèles migratoires sur la côte et dans les îles du sud-ouest de la Finlande. Au XVIIe siècle, la famille souche était prédominante dans la population rurale: c'était la conséquence du système d'héritage et des nécessités de l'economie paysanne. Mais, avec le XVIIIe siècle, les unions neo-locales (autrement dit la résidence indépendante du jeune couple) se multiplièrent, l'âge moyen au mariage des cultivateurs augmenta alors que celui des non-cultivateurs diminuait. Ces changements résultent à la fois de l'affaiblissement du système de transmission intégrale des exploitations, de l'introduction de la pomme de terre et de nouvelles techniques de pèche. A la fin du XVIIIe siècle, pour cette région, le modèle de nuptialité se rapproche de celui qu'Hajnal a défini pour l'Europe du Nord-Ouest.La génération née au milieu du XVIIIe siècle descendait pour moitié de paysans et appartenait encore à ce groupe au moment de la mort. La génération suivante n'en était issue que pour un peu plus du tiers, par suite de l'augmentation du nombre des paysans sans terre. Cependant la proportion de la population paysanne touchée par une descente sociale ne changea pas substantiellement avant 1820, alors que 80% des descendants de non-paysans ne connurent aucune mobilité sociale. On remarque en outre, trait important du modèle de mobilité en cause, que les femmes furent socialement plus mobiles que les hommes. On suggère que c'est la crainte d'une mobilité sociale descendante qui doit avoir encouragé les enfants de paysans à émigrer.


2018 ◽  
Author(s):  
Joel Candau

En l’espace de quelques années, ce terme a non seulement envahi la littérature scientifique - au point d’être l’éponyme de la revue Anthropocene créée en 2013 –mais il est aussi devenu familier dans le débat public. On en trouve la trace dès les années 1990, et on pourrait en chercher la genèse dans la notion de noosphère promue par le minéralogiste Vladimir Vernadski et par Teilhard de Chardin, mais ce sont les Prix Nobel Paul Crutzen et Eugene Stoermer (2000) qui l’ont formellement proposé pour désigner l’époque géologique contemporaine, caractérisée par une influence croissante de l’humanité sur son environnement, concomitamment à l’explosion démographique de notre espèce. Selon l’acception qu’ils ont alors donnée à ce terme, cette époque succéderait à l’Holocène. La période charnière serait la fin du XVIIIe siècle (Steffen et al. 2011), qui voit l’invention du moteur à vapeur par James Watt (en 1784) et le début de la révolution industrielle en Europe. Les effets anthropiques sur la nature sont alors devenus tout à la fois intenses et étendus à toutes les régions du monde. Il y a en premier lieu la transformation des sols, érodés et artificialisés, dont l’évidence stratigraphique (Price et al.2011) pourrait justifier à elle seule l’invention de la nouvelle ère géologique. Mais il y a aussi la pollution, l’acidification des océans, la perturbation du cycle des éléments (charbon, nitrogène, phosphore, de nombreux métaux), l’augmentation dans l’atmosphère de la concentration en CO2, N2O, CH4, le changement climatique, la déforestation, l’attrition prononcée des forêts tropicales, la domestication des plantes et des animaux, l’extinction de nombreuses espèces vivantes (Dirzo et al. 2014) avec, peut-être, de nouveaux processus de spéciation et d’hybridation (Thomas 2013), etc.


1988 ◽  
Vol 15 ◽  
pp. 229-252 ◽  
Author(s):  
Gaëtan Feltz

Le cheminement de l'Histoire s'est fait lentement depuis le temps de ses pères fondateurs au Grand Siècle de Périclès; mais le processus vers l'état des connaissances actuelles s'est accéléré dès la fin du XVIIe siècle avec les débuts de l'Histoire méthodique enrichie par l'Erudition au XVIIIe siècle, pour en arriver à rechercher un sens dans une Histoire conceptualisée. Le XIXe siècle sera marqué par le développement des Philosophies de l'Histoire: elles ont cours encore aujourd'hui bien qu'elles soient entachées de doute, de scepticisme, de relativisme (Bourde/Martin 1983). Le grand débat qui oppose les historiens se situe au niveau de l'interprétation, du sens à donner à l'analyse d'une source, qu'elle soit écrite, orale, archéologique, sonore ou imagée. Ou bien l'analyse critique des documents et leur confrontation permettent de reconstituer la fresque historique à travers ses tenants et aboutissants, ou bien l'on essaye d'aller plus loin en intégrant l'analyse critique dans une conception que l'on se fait de l'évolution historique, en admettant au préalable qu'il existe une dynamique sousjacente, un moteur, une problématique en fait.


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