scholarly journals Féminin, féminité et diversité dans les albums Agrippine de Claire Bretécher depuis 1995

2016 ◽  
Vol 1 (9) ◽  
pp. 5-18
Author(s):  
Adeline Geneviève Caute

« Quand on est une femme et qu'on est sainement égoiste, on est féministe » (Bretécher) Incontournable de la bande dessinée française des années 1970 à nos jours, Claire Bretécher a signé plus de trente-cinq albums. Dans ses publications, l’auteure s’est beaucoup intéressée au féminin, c’est-à-dire à l’être femme, ainsi qu’à la féminité, c’est-à-dire à la manière dont la culture enseigne aux filles à devenir et à être des femmes. C’est, entre autres, à ce titre que Roland Barthes la qualifie de « meilleur sociologue français (sic) » en 1976. Observatrice de son époque, par l’étude de la langue et de l’évolution des mœurs, Bretécher fait œuvre de témoin critique de ses contemporains depuis ses débuts au sein de l’équipe du journal Pilote en 1969. Si, à ses débuts, et notamment avec la série Cellulite, Bretécher créait des héroïnes plus tranchées, aux intérêts parfois conventionnels, chez qui s’exprimait un désir de féminité aussi intense que grotesque, depuis la fin des années 1990 et surtout depuis les années 2000, ses personnages féminins sont de plus en plus forts, actifs et variés, qu’ils s’agissent d’adolescentes ou d’arrière-grands-mères, de femmes blanches ou de personnages de couleur, de femmes de ménage ou de femmes d’affaires. C’est ce qu’elle donne à voir tout particulièrement dans les derniers tomes de la série Agrippine. Dans le présent article, j’étudie les divers visages du féminin dans l’œuvre absolument originale et unique de Claire Bretécher dans ses œuvres récentes, en m’intéressant à la représentation de la diversité, à l’aune de la théorie féministe. 

2016 ◽  
Vol 1 (10) ◽  
pp. 156-168
Author(s):  
Leslie Goufo Zemmo

Le présent article se propose de faire une analyse sémiotique du parcours figuratif de la femme noire dans la bande dessinée africaine Aya de Yopougon de M. Abouet et C. Oubrerie. Cette bande dessinée aborde implicitement la question de la responsabilité énonciative de la femme africaine en tant qu’acteur discursif dans le neuvième art. Nous montrons notamment comment la construction identitaire de cette dernière se faire progressivement au fil des tomes (1 à 6) pour aboutir à un figure linguistique autonome et complète. Cela est rendu possible à travers la segmentation cohérente du récit qui permet de dégager les différentes phases de son processus d’élévation sociale. Ce dernier part notamment de l’altérité qui la pose comme inférieure aux hommes, pour ensuite lui permettre de se découvrir en tant que personne entière. Ce qui en fin de compte contribue à définir son identité sociale, du moins dans la bande dessinée. Une identité qui contribue à poser cette bande dessinée comme un récit engagé qui voudrait, à sa manière convaincre les lectrices africaines à penser autrement leur être dans la société.


2010 ◽  
Vol 46 (2) ◽  
pp. 83-99
Author(s):  
Rainier Grutman
Keyword(s):  

Le présent article part de la présence cryptée du dialecte bruxellois dans Le sceptre d’Ottokar pour montrer comment la bande dessinée réfracte subtilement la situation socio-linguistique de son premier public. Loin de se réduire à une sorte d’« escorte verbale » enfermée dans les phylactères qui accompagnent le dessin, les traces écrites de la (et des) langue(s) commentent, situent et prolongent l’image, de manière à obtenir un équilibre sui generis qui permet à Hergé d’étager les sens. Dans Les aventures de Tintin, ces derniers se superposent sans s’annuler, créant un exemple complexe susceptible de plaire, non seulement aux proverbiaux « jeunes de 7 à 77 ans », mais encore aux lecteurs d’ici et d’ailleurs, « ici » étant en l’occurrence la Belgique francophone et plus particulièrement Bruxelles, ville natale de Georges Remi. Il est en effet frappant de constater à quel point Tintin combine des références très internationales (paneuropéennes à défaut d’être vraiment « universelles ») et des allusions tout à fait locales (belges ou mieux : bruxelloises). Ce constat, souvent répété au sujet du versant iconique des albums, peut être étendu à leur versant linguistique : malgré le gommage d’expressions et références jugées trop exclusivement belges et pouvant nuire à la pénétration tant souhaitée du marché français, il subsiste un substrat linguistique bruxellois, dont la présence discrète mais constante rapproche Les aventures de Tintin du palimpseste.


2010 ◽  
Vol 46 (3) ◽  
pp. 145-157
Author(s):  
Sophie Létourneau

Dans la tradition humorale, l’enfant est porté vers la mélancolie parce qu’influençable. Comme il croît, il se meut, il s’émeut. La mélancolie de l’enfant se nomme néoténie : elle est causée par la « prématuration spécifique de la naissance chez l’homme », comme le rappelle Jacques Lacan. Mélancolique en raison du jeu de sa forme, l’enfant est ouvert au temps : il est la figure instable de ce qu’on devine être plus tard le même et autrement. On ne s’intéressera donc pas à l’enfant en tant qu’il serait l’objet d’une nostalgie du temps passé, mais plutôt à l’enfant comme à la Mélancolie même, son emblème, sa figure et son mouvement. On appellera « enfant » quelque chose comme le manque à être. Ce sera aussi, l’enfant, une figure en formation, le mouvement vers l’accomplissement. Ce pourrait être la figura d’Auerbach, la promesse d’une incarnation — image, photographie ou roman. Ce sera, ici, l’enfant présenté dans les photographies et les récits du Roland Barthes par Roland Barthes. Reléguée aux limbes de l’oeuvre, cette figure semble avoir échappé au regard critique. Bien qu’il soit mineur, l’enfant a pourtant portée théorique. On voudra, dans le présent article, se pencher sur l’enfant et sa mélancolie, sur le désir d’être formé, sur l’exigence de la copie et sur la photographie.


2019 ◽  
Vol 19 (1) ◽  
pp. 11-33
Author(s):  
Khalid Lyamlahy

Dans L'enfant de marbre, roman publié en 2007 et reprenant des motifs de ses écrits antérieurs, l'écrivain marocain Mohamed Leftah (1946-2008) explore le thème du deuil à travers le récit d'un narrateur qui cherche à reconstituer l'histoire de son enfant mort-né qu'il avait jadis abandonné. Partant d'une lecture attentive du texte, le présent article analyse la représentation du deuil périnatal en s'appuyant sur des références théoriques et d'autres expériences littéraires du deuil (Roland Barthes, Philippe Forest, Camille Laurens). La première partie de l'article éclaire l'ambivalence du deuil périnatal en révélant les aspects de la quête identitaire qui le sous-tend dans le roman de Leftah. La deuxième partie s'intéresse aux difficultés qui entravent cette quête ainsi qu'aux variations spatiotemporelles mises en oeuvre par l'auteur dans une tentative de résister au topos obsessif de la perte. Enfin, la troisième partie interroge la capacité de l'écriture, qu'elle soit mise en abyme ou portée par le pouvoir de la fiction, à élever une sépulture vivante qui répond à la fois à la perte de l'enfant et au désir d'écriture de soi.


2013 ◽  
pp. 64-72
Author(s):  
Vincent Vespa

La bande dessinée « Tintin au Congo » a soulevé ces derniers temps de nombreuses critiques. Éditée en 1931 et rééditée en 1946, certains passages subissent aujourd’hui le courroux de personnes jugeant l’ouvrage raciste et xénophobe. Dès lors, on peut s’interroger sur les significations d’une interdiction de cette bande-dessinée en Belgique ? Tel est l’objectif du présent article. Après avoir précisé les faits ayant remis l’ouvrage au cœur de l’actualité belge et internationale, les enjeux politiques d’une telle interdiction sont exposés. La liberté d’expression, la concurrence mémorielle – et son pendant, l’oubli –, ainsi que la reconnaissance des torts commis au « Congo Belge » sont successivement passés en revue. Ensuite, trois enjeux mémoriels liés à cette interdiction sont présentés : la négation de la représentation coloniale, la position du gouvernement congolais et les effets d’une jurisprudence interdisant une telle bande-dessinée. Enfin, en précisant l’époque à laquelle a été conçu « Tintin au Congo », la conclusion revient sur les idées paternalistes des années 1930 tout en insistant sur l’intérêt d’un tel ouvrage, reflétant un imaginaire colonial et pouvant constituer un outil pédagogique pour les jeunes générations.


2010 ◽  
Vol 28 (1-2) ◽  
pp. 15-27
Author(s):  
Jan Baetens

Le présent article offre un aperçu des rencontres et interactions entre les champs de la photographie et de la sémiotique depuis 1961 (date de publication de l’article fondateur de Roland Barthes “Le Message photographique”). Il analyse successivement trois aspects de cette problématique: a) la grande diversité des analyses sémiotiques du fait photographique; b) les apports mutuels des deux domaines, puisque la sémiotique a changé notre manière de voir la photographie et vice versa; c) les problèmes et les opportunités qui se profilent lorsqu’on cherche à articuler théoriquement les deux domaines.


Author(s):  
Daniele Carluccio

« La Doxa est un mauvais objet parce que c’est une répétition morte,qui ne vient du corps de personne – sinon peut-être, précisément, de celui desMorts », dit Roland Barthes dans un fragment de son autobiographie. La reformulationsuggère qu’il y a bien un « corps », sous la Doxa. Le présent article estconsacré à cette hantise barthésienne de la chose doxique, telle qu’elle se manifestedans les Mythologies, à propos des mythes, ces « cadavres parlants ». Lecommentaire prend pour objet particulier le texte sur le catch, lu à la lumière del’essai sur Michelet et du thème, cher à l’historien, de la résurrection. Il s’attacheà montrer que le mythe christique, comme le rapprochement avec la tragédie,transfi gure le mythe prosaïque du catch, dans la vision et dans l’écriture de Barthes.


2010 ◽  
Vol 20 (1) ◽  
pp. 135-159
Author(s):  
Gwenn Scheppler

Résumé L’oeuvre d’Hergé, auteur de Tintin, s’est constituée parallèlement à la période de transition entre le cinéma muet et le parlant. Le cinéma des premiers temps, auquel fut exposé Hergé, n’était d’ailleurs pas aussi silencieux qu’on l’a prétendu puisque, par ses bonimenteurs, il participait à la tradition orale. Constatant que le passage vers un cinéma parlant n’est pas une simple évolution, mais bien une mutation du média cinématographique, on cherche donc à retracer selon quelles modalités la bande dessinée a pu être influencée par cette transformation. Dans cette optique, l’auteur du présent article scrute les traces de l’influence du cinéma oral sur les premiers travaux d’Hergé, et analyse l’évolution de ces travaux à l’aune de la complexité du passage au cinéma parlant. Il montre ainsi dans quelle mesure l’héritage du cinéma oral se manifeste dans les premiers albums de Tintin.


2003 ◽  
Vol 34 (4) ◽  
pp. 219-226 ◽  
Author(s):  
Bart Duriez ◽  
Claudia Appel ◽  
Dirk Hutsebaut

Abstract: Recently, Duriez, Fontaine and Hutsebaut (2000) and Fontaine, Duriez, Luyten and Hutsebaut (2003) constructed the Post-Critical Belief Scale in order to measure the two religiosity dimensions along which Wulff (1991 , 1997 ) summarized the various possible approaches to religion: Exclusion vs. Inclusion of Transcendence and Literal vs. Symbolic. In the present article, the German version of this scale is presented. Results obtained in a heterogeneous German sample (N = 216) suggest that the internal structure of the German version fits the internal structure of the original Dutch version. Moreover, the observed relation between the Literal vs. Symbolic dimension and racism, which was in line with previous studies ( Duriez, in press ), supports the external validity of the German version.


Author(s):  
Odile Husain

Le présent article tente d’effectuer un rapprochement entre un article européen de Rossel et Merceron et un livre américain de Reid Meloy, tous deux consacrés à l’analyse des organisations psychopathiques. Si tous les auteurs s’entendent sur l’économie narcissique du psychopathe, le choix de la population d’étude diffère quelque peu, en raison de l’approche structurale des premiers et de l’approche symptomatique du second. Tandis que l’étude suisse ne retient que des psychopathes du registre des états-limites, l’étude américaine inclut également des psychopathes de niveau psychotique. Par contre, la mésentente règne au niveau des outils d’analyse du discours psychopathique: analyse statistique et échelles validées chez Meloy; approche qualitative chez Rossel et Merceron. Aux premiers, l’on reprochera un certain réductionisme et appauvrissement du discours, prix à payer pour le respect de la standardisation et de la cotation. Aux seconds, l’on reprochera l’absence de toute quantification qui pose problème lorsque l’on aborde la question de la validité des données. Néanmoins, Européens et Américains s’entendent sur la notion d’un fonctionnement psychopathique. La relation d’objet est marquée par la pulsion agressive et ses dérivatifs, par la recherche de pouvoir et de contrôle. La lutte contre la dépendance est déduite chez Meloy de l’absence de réponse de texture et chez Rossel et Merceron de l’absence de contenus de dépendance. La qualité narcissique des représentations d’objet est mise en évidence, chez Meloy, par le biais de l’investissement du paraître, chez Rossel et Merceron par l’importance du processus d’externalisation. La dévalorisation des objets est aussi décrite. Ni les uns ni les autres ne font réellement référence à l’angoisse car cette angoisse qualifiable d’anaclitique s’exprime justement sous des manifestations tout à fait opposées. Le vide intérieur est déduit, chez Meloy, à partir de l’ennui que vit le psychopathe et, chez Rossel et Merceron, à partir de la survalorisation de la référence au réel. Une grande convergence existe entre les deux écrits au sujet des mécanismes de défense. Tous les auteurs s’accordent sur la prépondérance du clivage et du déni, un déni par le mot et l’acte chez Meloy, un déni hypomaniaque chez Rossel et Merceron. De part et d’autre de l’Atlantique, on s’accorde également pour attribuer une place importante à l’identification projective et à l’identification à l’agresseur. Par ailleurs, Rossel et Merceron démontrent comment à travers les caractéristiques de l’énonciation et les nuances de la verbalisation du psychopathe, il est possible d’inférer son non-investissement de la mentalisation et du savoir au profit d’un surinvestissement de l’agir. La complémentarité, voire la similarité, des commentaires dans les deux ouvrages devrait réconforter certains cliniciens, désarmés devant le fossé qui semble parfois régner entre la littérature des deux continents et confirmer, qu’indépendamment du type de méthodologie et de validation choisi, l’observation clinique du psychologue expérimenté demeure la pierre angulaire de toute recherche en psychopathologie.


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