Au bord de la Seine avec les Goncourt
Plusieurs romans d’Edmond et Jules de Goncourt (En 18.., Charles Demailly, Renée Mauperin, Manette Salomon) proposent de longues et riches descriptions de la Seine, que nous examinons afin d’en dégager la poétique commune, tout en relevant quelques exceptions marquantes. Les Goncourt interrompent volontiers la trame narrative d’un roman pour se complaire dans des compositions tout en nuances de couleurs, en effets de lumières et d’ombres, en contrastes de mouvements et en orchestrations de sons. Sans être des descriptions de tableaux réels, ces passages sont parfois inspirés d’une oeuvre ou d’un peintre en particulier, et trahissent parfois une tentative, de la part des romanciers, de rivaliser avec les artistes qu’ils admirent. Si leur situation géographique varie, ces scènes partagent un ton mixte qui combine la gaîté et la mélancolie. La Seine et ses bords fonctionnent souvent chez les Goncourt comme un locus amoenus trompeur ou révélateur : s’y déroulent de brefs interludes idylliques et amoureux qui annoncent néanmoins des naufrages imminents. Un ton mélancolique teinte aussi maintes mentions de la Seine dans le Journal, surtout sous la plume d’Edmond veuf de son frère.