Within the Quota de Cole Porter et Charles Koechlin : la francisation du jazz américain
Créé à Paris le 23 octobre 1923 par les Ballets suédois de Rolf de Maré, Within the Quota a été commandé en vue de la tournée américaine prévue pour le mois suivant. Ayant comme toile de fond les péripéties d’un immigrant suédois arrivant à New York, le ballet se déroule sur une musique jazz composée par Cole Porter et orchestrée par Charles Koechlin. Or, lors de la représentation new-yorkaise en novembre 1923, F. D. Perkins du New York Tribune affirme que le jazz de Porter contient plus de traces stylistiques de Darius Milhaud que celles de George Gershwin. Installé à Paris depuis 1919, Porter révèle-t-il ainsi dans sa partition des transferts stylistiques issus de son nouvel environnement musical ? Jusqu’à quel point l’orchestration de Koechlin concourt-elle à « franciser » l’écriture de cette oeuvre américaine ? Cet article vise notamment à démontrer l’imprégnation d’éléments propres à la musique française moderne au coeur de l’écriture jazz de Porter. Dans cette démonstration de la francisation du jazz, il est question d’abord des traits jazzistiques de Porter, puis de l’orchestration de Koechlin en prenant en compte la partition manuscrite pour trois pianos de Porter. L’étude se penche ensuite sur la facture « francisée » de la musique de Porter sur les plans mélodiques et harmoniques. Celle-ci révèle que même si Porter met l’accent sur des sonorités jazzistiques par l’usage de notes bluesées et de rythmes fortement syncopés, la partition Within the Quota regorge d’éléments empruntés à des compositeurs français qu’il fréquente à partir de1920.