scholarly journals Eurospy. Une culture pop européenne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

2017 ◽  
Vol 46 (3) ◽  
pp. 47-63
Author(s):  
Matthieu Letourneux

Entre 1950 et 1970, l’espionnage connaît dans toute l’Europe un succès considérable. Des films, séries télévisées, collections de romans, de bandes dessinées ou de romans-photos sont diffusés par centaines et circulent très largement entre les pays, participant de la sorte à la redéfinition d’une identité culturelle européenne et à son homogénéisation à travers des traductions, des coproductions et des accords entre éditeurs. Marqués par une forte sérialisation des discours, ces récits contribuent à redéfinir les imaginaires européens après les bouleversements qu’ils ont connus avec la Seconde Guerre mondiale. Marginalisée sur la scène internationale, affaiblie dans ses anciens territoires coloniaux, traumatisée par les conflits passés entre les nations, l’Europe se réinvente dans ces oeuvres, en mettant en scène des logiques de collaboration inter-États et en redéfinissant ses représentations géopolitiques. Elle négocie ainsi entre une reconnaissance de son déclin et une affirmation de son rôle selon de nouvelles modalités. Mais c’est aussi dans le domaine des moeurs, de la sexualité ou de la consommation que le récit d’espionnage rend compte des tensions qui traversent les sociétés en mutations des Trente Glorieuses, dans un discours qui oscille entre fascination et répression. En ce sens, alors même qu’il s’agit de productions bas de gamme destinées au divertissement, et peut-être pour cela même, les récits d’espionnage démontrent la faculté des productions sérielles à rendre compte des mutations des imaginaires face aux transformations d’une époque.

1970 ◽  
Vol 25 (5) ◽  
pp. 1418-1433 ◽  
Author(s):  
Rondo Cameron

Le développement de l'économie française après la Seconde Guerre mondiale est, pour les sociologues et historiens américains spécialistes des affaires françaises, un phénomène qui n'a pas fini d'étonner, un phénomène très discuté et qui donne lieu à bien des réinterprétations de l'histoire économique de la France. Certains, parmi ces Américains, ont eu une connaissance personnelle de la France pour y avoir étudié à titre privé durant les années de la grande dépression qui a précédé la guerre ; d'autres ont fait connaissance avec la France durant la dernière phase de la guerre et les premières années de l'après-guerre en tant que conseillers auprès des forces militaires et de l'Administration de la Coopération économique. Les uns et les autres ont été marqués, il va sans dire, par leurs impressions sur l'économie française de l'époque — une époque particulièrement sombre et malheureuse — et ces impressions ont évidemment influencé leur interprétation de la société française contemporaine, et même de l'histoire française tout court.


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